‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 22 sur 28 · QUATRIÈME SECTION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SECTION

Symptômes cérébraux d’une lésion d innervation.

Dans cette section , nous aurons à nous occuper, non pas de tous les symptômes qui procèdent de l’ence'pbale dune manière secondaire , car si on voulait donner le nom de symptômes d’une lésion de l’innervation à tous ceux qui résultent symphatiquement d’une douleur éloignée , toutes les maladies seraient des névroses, c’està-dire des symptômes qui auraient leur point de départ dans une ou plusieurs parties du système nerveux primitivement affectées. De toutes les maladies, il n’en est point sur lesquelles on n’ait avancé d’aussi ridicules et étranges erreurs que sur les névroses , et dont on n’ait plus originalement contesté le siège et la nature ; disons-le , il n’en existe point de plus difficiles à guérir. A l’époque où les nerfs étaient confondus avec les ligaments et les tendons , on ne connaissait point ces maladies: nos névroses actuelles étaient attribuées à des causes extra-corporelles, à la lésion des esprits animaux , à leur trouble ; qui croirait que ce système ridicule était encore en vogue lorsque les tendons furent distingués des nerfs. Nous définirons donc la névrose avec M. Roche , l’augmentation de l’ac-

tion organique d’un tissu sans appel appréciable de fluides ; c’est aussi une lésion de la quantité de fluide vital (en plus ou en moins) qui doit être envoyé normalement à toutes les parties du corps , car non-seulement le fluide nerveux sera envoyé en plus grande quantité, comme dans l’épilepsie, les convulsions , mais encore en faible quantité, comme dans la paralysie , etc., etc. Cette lésion de l’innervation aussi naturelle que celle de la circulation , bien qu’elle ne soit pas palpable comme cette dernière , n’existe pas moins. Nous ferons observer cependant que les causes des lésions de l’innervation , malgré qu’elles soient très variées , agissent toujours sur des individus prédisposés , comme chez les femmes , les enfants , en un mot chez tous les individus dont le système nerveux est très irritable, par suite de fatigues intellectuelles et morales.

Les symptômes qui annoncent les lésions de l’innervation sont très nombreux , et pour mettre de la clarté dans leur étude , nous serons obligés de ne décrire, sous le nom de symptômes , que le nom de la maladie qu’on a donné conventionnellement à cette réunion de signes ; ainsi , pour nous faire comprendre , nous voulons dire que nous ne décrirons pas tous les symptômes qui annoncent l’hystérie , mais que nous parlerons seulement de leur ensemble ; de cette façon , nous ne dérogerons aucunement au plan que nous nous sommes tracé.

Nous formerons deux sous-divisions de symp-

tomes, selon qu’ils seront ou locaux ou generaux: dans la première , nous placerons l’hypercousie , la nyctalopie , etc.; dans la seconde, la mélancolie, la manie , la monomanie , la folie en un mot , le somnambulisme , les convulsions , les crampes , la catalepsie , le tétanos , l’hystérie , la chorée ou la danse saint-Guy. On comprend que si nous étions obligés d’expliquer la cause de l’apparition de tous les symptômes qu’on a assigné à chacune des maladies dont nous venons de citer les noms , nous serions forcés de répéter constamment la même chose , attendu que beaucoup d’entre eux , quoique remarqués dans différentes maladies , sont semblables cependant , et ont pour point de départ la même cause : la lésion de l’innervation.

Symptômes locaux.

i°]Jhypercousie, cette névrose, cette lésion de l’innervation de l’ouïe, a été appelée de ce nom par M. Itard ; elle nous présentera plusieurs degrés à étudier, suivant que les perceptions auditives seront plus ou moins pénibles , douloureuses et exaltées. Ce symptôme d’une lésion de l’innervation se remarque aussi pendant l’hystérie , les inflammations de la face et du cuir chevelu. Ici nous n’avons en vue que la lésion de l’innervation dont l’existence est révélée par celle des fonctions du sens auditif : nous allons d’abord nous occuper de la lésion d’innervation en plus, c’est-à-dire de

l’exaltation de la sensibilité. Plus haut , lorsque nous nous sommes attachés à décrire les bourdonnements de V oreille, nous avons eu intention de regarder ce symptôme comme une dépravation de l’ouïe ou paracousie , comme l’appelle M. Itard. Dans ce symptôme , comme dans le premier degré de celui que nous décrivons dans Ce paragraphe , on entend des bruits qui n’ont jamais existé ou qui n’existent plus. Nous ne parlerons pas de l’apparition de ce symptôme dont la cause est la présence près de l’ouïe , des artères dilatées , etc., etc.

Dans le cas actuel , c’est-à-dire lorsque l’innervation est en plus , le point du cerveau où les perceptions ont lieu , et les nerfs qui transmettent les ondes sonores jouissent d’une vitalité exagérée, les mêmes bruits qui ne développaient que des sensations agréables dans l’état normal , produisent ici une exaltation dans les fonctions de l’oreille ; cette exaltation est duc à la sécrétion d’une plus lortc sommc]de principe innervatif qui est distribué avec profusion à toutes les parties de cet organe auditif, de telle sorte que les ondes sonores sont perçues d’une façon toute morbide , et que les perceptions qui en découlent , sont fausses et sans vérité ; c’est le cas encore de ceux chez lesquels , pendant une lésion de circulation cérébrale , existe un premier degré de ces illusions et délire acoustiques qui leur font croire qu’ils entendent des cris d animaux , de la musique , etc. Cependant nous ferons

observer que ce symptôme se montre rarement seul , c cst-à-dire sans qu’on n’observe en même temps d’autres symptômes, soit de l’innervation , etc., etc., existant sur d’autres points du cerveau, et se montrant au dehors dans les organes qu’ils animent et les fonctions qu’ils gouvernent et. exécutent.

Lorsque l’organe central auditif, au lieu d’être exalté , est au contraire comme dans un état d’a- * tonie , la scène change de face ; les signes qui accompagnent cette lésion de l’innervation, montrent fidèlement que l’ouïe ne reçoit du fluide vital qu’avec parcimonie : cet état se rencontre très souvent chez les individus à la suite de toutes les fatigues intellectuelles ou cérébrales, c’est-à-dire lorsque la dépense nerveuse aura été considérable : dans ce cas, on conçoit que le cerveau ne peut plus fournir assez de principe vital pour que les fonctions auditives s’accomplissent convenablement. Ici , au lieu de voir les perceptions qui doivent effectuer l’audition dans un état d’exaltation , nous les voyons au dessus du type normal , faibles , sans énergie , en un mot quelquefois milles. Il faut donc de toute nécessité admettre que l’état, morbide des fonctions , soit augmentées , diminuées , perverties ou abolies , nous porte à supposer que le principe vital n’est plus pleinement ni régulièrement distribué à l’organe auditif ; en un mot , que le point du cerveau qui préside à l’audition , n’a plus le de-

gré d’activité convenable , et pour alimenter toutes les parties de l’oreille , et pour être impressionné de manière que la fonction auditive soit accomplie convenablement.

2° La nyctalopie. Ce symptôme que nous plaçons au rang de ceux dus à une lésion de l’innervation , a été défini : une diminution ou abolition pendant le jour de la faculté visuelle qui ne peut alors s’exercer que pendant la nuit ; on a prétendu que la cause de son apparition était due à une longue détention dans un endroit obscur, et que la rétine seule était le siège de cette maladie. Cette maladie paraît exister chez plusieurs animaux et chez certains individus de l’espèce humaine , désignés sous le nom d’albinos.

Nous pensons que c’est à tort qu’on ait placé cette maladie dans la rétine , par la raison qu elle ne peut être sensible que par le fluide vital qu elle reçoit du cerveau ; il en est de même pour toutes les autres parties de l’œil. Nous pensons que le point du système nerveux central qui perçoit les sensations visuelles , en demeurant long-temps sans être impressionné par son agent ordinaire : la lumière, doit éprouver une sensation extraordinaire lorsqu’il vient à être mis de nouveau en rapport avec lui que si la rétine parait jouer quelque rôle dans l’apparition de la nyctalopie , ce n est que d’une manière bien secondaire. On voit donc encore ici une lésion de l’innervation pour la cause

de ce symptôme : elle arrive à la rétine plus promptement et en plus grande quantité.

11 serait beau de pouvoir s’assurer si, chez les individus i° qui sont demeurés très long-temps dans un endroit obscur et qui , rendus à la liberté , n’ont jamais pu supporter l’action de la lumière ; 2° chez les albinos, où naturellement on observe cette impossibilité de fixer le grand jour ; 3° et chez les animaux qui présentent aussi ce symptôme , on ne remarquerait pas quelques lésions physiques du point central visuel. Ce qui semble fortifier notre opinion, est la facilité qu’ont ces individus de voir dans les ténèbres alors que les rayons lumineux n’arrivent plus sur leurs yeux.

Quelquefois cette lésion de l’innervation du centre visuel donne naissance à des illusions d’optique , que, depuis Maître- Jan, on appelle imaginations : ce sont des objets diversement colorés , bizarres , lumineux , des taches qui dépendent probablement , sans aucun doute , d’un trouble dans la sécrétion du fluide vital , comme nous allons le prouver ; toutes les fois que la partie nerveuse qui préside à la vision est le siège d’un trouble quelconque , on sait que les impressions chariées par les nerfs qui lui sont affectés ne développent que de fausses sensations ; il faut bien qu’il en soit ainsi , puisqu’il n’y a rien de réel dans tout ce que dit voir l’individu malade. Comment voudrait-on qu’un organe malade remplisse ses fonctions avec régularité

et vérité? MM. Roche et Sanson disent, eux, que ces symptômes peuvent dépendre d’un changement physique dans les diverses parties qui traversent les rayons lumineux. Est-ce qu’il y a changement physique aussi , lorsqu’après avoir fixé le soleil , les corps paraissent colorés d’une manière bizarre ? Ici encore la surexcitation cérébrale et de la rétine empêche les sensations et les impressions d’être véritables. L’exemple que nous allons citer ici va nous prouver d’une manière très claire, quelle influence a la lésion de l’innervation pour la production des illusions d’optique.

Un officier du génie , âgé de quarante-six ans , qui, en passant sur la place Vendôme, en plein jour, ne voyait plus la colonne ; il crut qu’elle avait été renversée par les insurgés. Il est à observer que cet officier venait, d’éprouver une forte émotion morale; cependant, il ne faudrait pas croire qu’il n’apercevait pas la colonne , il faudrait plutôt admettre qu’il la voyait , mais que la lésion d’innervation qui existait chez lui, l’empêchait de la reconnaître ; puis encore il était fortement préoccupé de son renversement par des ennemis. Cet homme, en un mot, était le jouet de l’erreur du sens visuel , etc.

Il nous resterait à décrire les symptômes qu’on observe du côté des sens olfactif et gustatif à la suite d’une lésion de l’innervation ; mais , comme nos lecteurs connaissent assez les aberrations origi-

nales de ccs organes , nous nous croyons dispensés d’en parler avec details, nous dirons seulement que pour l’odorat il est des individus qui croient sentir des odeurs plus ou moins insupportables qui, réelment , n’existent pas : tel est le cas de cette femme de la rue des Lombards à Paris , âgée de vingt-sept ans , qui était frappée de l’odeur de charbon qu’on voulait , dit-elle , employer à l’asphyxier. Pour le goût , on voit des individus éprouver une répugnance invincible pour certains aliments , parce que, disent-ils, ils leur semblent tous nauséabonds ; les exemples de ce genre ne sont pas rares. Pour le toucher , on verra qu’il est bon nombre d’individus qui se trompent sur le volume , la pesanteur et la température des corps qu’ils touchent ; nous pensons qu’on n’ira pas chercher la cause de celte perversion tactile dans une lésion des muscles ou des nombreux nerfs de la main , on remontera à la source , au système nerveux central qui nous explique tout. Pourquoi ici se garde-t-on bien de recourir à cette explication , tandis que pour la nyctalopie on veut que la rétine soit seule le siège de la lésion d’innervation ? C’est probablement parce qu’on oublie de se rappeler que les lésions de l’innervation ont toujours le point de départ dans le centre cérébral et non dans les nerfs qui sont par eux-mémes insensibles , puisque coupés , ils ne transmettent plus rien et sont toujours accompagnés de paralysie qni est pour nous syno-

nyme de lésion de l’innervation. Ce que nous disons ici est prouvé par les expériences physiologiques les plus modernes et connues de nos lecteurs.

Symptômes généraux.

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