FOLIE
i° La folie, alicnatio mentis de Plater , rnorbi rnentalis de Linné , folie de Sauvages , aliénation mentale de Pinel, et que nous appellerons lésion de T innervation , qui induit l’individu en erreur dans toutes les fonctions cérébrales , et olfre à étudier un nombre infini de degrés que nous ne décrirons pas ; seulement nous parlerons de la manie , mélancolie , monomanie, de la démence, comme étant des degrés bien tranchés.
L’individu chez lequel on observe la folie bien caractérisée, olfre aux philosophes un beau sujet de méditations ; il ne prête aucun charme à ses passions, il ne suit pas les caprices de la mode sociale qui est parvenue aujourd’hui à un point très élevé duridiculisme ; dans cet état, l’homme semble être le plus rapproché de l’état de nature. D’après Locke, les individus atteints de folie , sont semblables à ceux qui possèdent de faux principes d’après lesquels ils raisonnent très juste, quoique les conséquences en soient erronées : ils sont donc induits en erreur par leurs sens , et une preuve , c’est que les letircs semblent chevaucher les unes
sur les autres lorsqu’ils veulent lire. Témoin encore ce Préfet d’une grande ville qui, âgé de quarantetrois ans , fut accusé faussement d’avoir lavorisé l’insurrection dans son département, se coupa la gorge , on eut le bonheur de le guérir. Il fit plusieurs voyages très loin , et fut toujours accompagné des memes voix qui , disait-il , lui reprochaient son crime. Comme ce magistrat connaissait un peu le russe , les memes voix se faisaient entendre encore en ce langage , mais aussi il les comprenait difficilement.
La folie peut être due à diverses causes , soit physiques , soit morales : après l’action de ces dernières , il n’existe sur la physionomie de l’individu, aucun signe qui puisse faire soupçonner quelque dérangement intellectuel , au moins pendant quelque temps; tandis qu’au contraire , lorsqu’elle dépend d’un vice de conformation du cerveau ou d’une prédisposition , il est bien rare qu’on ne devine pas la lésion qui existe , parce qu’il règne dans * les formes de l'individu , dans ses idées , dans ses passions et habitudes , quelques traits caractéristiques de cette lésion.
On sait que depuis la plus haute antiquité on a cru que la lune pouvait déterminer la folie , c’est pour cette raison qu’on appelle les ious, dans presque toutes les langues, des lunatiques. Esquirol a prouvé que , seulement » la lumière de cet astre déterminait chez eux de la frayeur et rien de plus.
Les causes morales agissent tantôt d’une manière lente , et tantôt d’une manière brusque , comme chez ces jeunes filles violées où la honte et le chagrin déterminent la folie. On a vu des femmes atteintes d’un accès de manie la première nuit de leurs noces : la pudeur s’était révoltée contre la nécessité de coucher avec un homme. Chez une autre aussi, un accès de manie s’est manifesté lors de la première approche de son mari , qui fut très douloureuse , elle l’aimait cependant avec excès.
Grand nombre d’auteurs se sont occupés des causes de ce symptôme d’une lésion de l’innervation , qui donne lieu à de si nombreux symptômes secondaires, d’après notre système. Cœlius Aurélianus avait senti que les causes de cette maladie devaient être bien étudiées ; il remarqua que toutes les impressions trop vives exercées sur les organes des sens des fous , étaient plus nuisibles qu’utiles. Depuis peu , Battie , Harper, Parteger Darwin , Perfcct, Willis et Haslam, en Angleterre; Faucett , Auenbruggcr, Gredding , Zimmermann et Loeher, en Allemagne ; Chiarugi , en Italie ; Pinel, Foderé , MM. Esquirol , Gcorget, etc., en France, ont fait beaucoup pour la science de cette lésion cérébrale.
On nous pardonnera aisément, nous espérons de nous être étendus si longuement sur la définition et la cause de la folie, mais nous avons désiré faire connaître comment nous concevionsce symp-
tome. Nous allons maintenant nous occuper de diverses phases de cette lésion qui ne sont pas encore tellement bien tranchées, qu’il ne reste à y ajouter.
En effet , quelle différence rigoureuse existe-t-il entre un mélancolique et un maniaque, etc., etc.? Aucune bien patente , nous espérons. Cependant , pour nous conformera l’usage généralement suivi, nous diviserons la lésion de l’innervation qui trouble les fonctions de l’organe cérébral , en quatre chefs principaux ou symptômes , qui sont : i° la mélancolie , ou état dans lequel le jugement n’est pas altéré dans tout ce qui n’a point rapport à une idée particulière ou à une série d’idées ayant trait a un seul objet; 20 la monomanie, dans laquelle le délire semble rouler sur un seul objet ; 3 la manie, cet état où il se joint au délire général une surexcitation : 4° la démence , cet épuisement d énergie cérébrale qui met l'homme insensé dans 1 impossibilité de percevoir aucune sensation , surtout en ce qui a rapport aux fonctions morales.