MONOMANIE
3° La rnonomame , ce second degré d’une lésion de l’innervation , sera définie: un désordre dans une idée ou dans une série d’idées relatives et à un seul objet et aux passions plutôt qu’aux facultés intellectuelles. Cette perversion des sentiments naturels peut exister long-temps sans trouble manifeste de l'intelligence. Nous devons essayer d’expliquer la cause de cette lésion bornée des sentiments , des penchans , et de cette intégrité des facultés cérébrales intellectuelles , puis après nous citerons quelques cas de monomanie.
Dans le premier cas , c’est à-dire lorsque les penchants et les sentiments sont exaltés ou pervertis , il faut bien en trouver la cause dans un surcroît d’énergie du centre cérébral qui préside à leur manifestation , et comme ils sont le plus souvent lésés en petit nombre, on conçoit que l’attention n’étant fixée que sur un seul point, les autres facultés cérébrales doivent se trouver à l’abri , au moins pour quelque temps, de cette cause qui en trouble la manifestation. Il ne doit pas être passé sous silence cet état de nullité dans lequel semblent etre les autres facultés, lorsque celles perverties
sont parvenues au plus haut point d’exaltation , la vie est distribuée avec profusion au re'gulateur de ces dernières , tandis que les autres en sont totalement prives.
Dans le second cas, c’est-à-dire lorsque certaines facultés intellectuelles sont conservées , saines , nous ne trouvons d’autres moyens de nous en rendre compte , qu’en cherchant , dans la localisation des facultés cérébrales, la cause de cette intégrité. Aussi, comme nous l’avons dit plus haut, lorsque l’attention est fixée sur un seul point , les autres facultés se reposent , et lorsqu’on tire l’individu de sa rêverie , les autres facultés reprennent leur empire : les sens de 1 individu sous l’influence de cet état , sont aussi dans 1 inaction , et lorsqu’il est retiré de son erreur, ils fonctionnent de nouveau ; la lumière et les sons ébranlent leur centre îespectd , et la position du maniaque est changée pour quelques instants , car sa conversation est tiès suivie, si on a soin de le distraire du sujet de son déliré. Dans cette variété de la folie , nous voyons encore la lésion de 1 innervation nous en expliquer l’apparition , et ce qui le prouve, c’est que si on peut parvenir à occuper toutes les facultés intellectuelles de l’individu, il peut guérir de sa folie partielle et se rendre maître de sa volonté impérieuse. En agissant ainsi , chaque portion du cerveau reçoit une dose suffisante d’innervation , et celles qui s en emparaient auparavant avec avi-
dite, ne sont plus dans un état d’excitation morbide d’où naissait la monomanie.
Nous allons citer quelques cas de monomanie que M. l’avocat-général , dans l’affaire d Henriette Cornier, et M. Dupin, dans le procès d Arzac, regardent comme une chimère , un fantôme évoqué, tantôt pour arracher les coupables à la juste sévérité des lois , tantôt pour priver arbitrairement un citoyen de sa liberté. 11 est étonnant que des hommes , on ne peut plus étrangers à l’étude de ces maladies , veulent imposer de leur autorité privée , une opinion contraire à celle de tous les médecins qui ont consacré leur vie à la recherche de la connaissance de cette maladie. Il est impossible que ces Magistrats décident de leur chef s il y a ou non monomanie chez un accusé au moment qu il a commis le crime. Il est déjà assez malheureux que nous ayons à déplorer en France, la mort de plusieurs aliénés qui ont porté leur tète sur 1 échafaud. Pense-t-on que les supplices de tous ces criminels, par la hache patibulaire , retiendront jamais les bras de tous ceux qui se rendent criminels dans un moment de fureur, d’exaltation cérébrale éphémère , qui ne sont, à nos yeux , que des individus sous l’influence d une monomanie passagère , dont les causes sont presque toujours une grande douleur, une grande surprise , un profond chagrin , enfin un désespoir qui tourne la tète pour quelques jours ou pour quelques heures , comme le disait
Me Bcllart , dans son plaidoyer pour Joseph Gras. Qu’il y ait ou non préméditation lorsque l’homme commet un crime , il ne jouit pas de toutes ses facultés, puisque sa raison a succombé.
Cependant , nous ferons une distinction entre les individus exaltés et les criminels de profession qui attendent leur victime dans les forêts ou sur les grands chemins ; ces derniers sont indignes de toute commisération. Mais ôter la vie à un être qui s’est rendu criminel par une action commise pendant qu’il n’avait pas l’usage de la raison, et, parce que ses intérêts les plus chers , son amourpropre , etc., auront été lésés ; c’est i° un crime , 2° une suprême injustice , 3° affligeant pour l’humanité , 4° révoltant pour la morale publique , 5° enfin , contraire à l’esprit de la loi. Pour condamner à mort cet être qui doit inspirer autant de pitié qu’il a pu inspirer d’eflroi et causer de malheurs , ses juges le font avec toute leur raison et le plus grand sang-froid , tandis que le coupable , lui, était, dans un état d’aliénation mentale au moment. de l’action. Présumons : lorsqu’un maniaque ou individu exalté aura commis un crime , c’est justice et précaution de l’enfermer; mais l’envoyer à l’échafaud , ce serait cruauté ! ! !
C’est trop nous écarter de notre sujet , mais nous voudrions voir toutes les Cours suivre le sage exemple donné par celle de mise en accusation de
la Cour royale de Piiom. ( Gazette des Tribunaux du 24 juin 1826.)
Effrayé par les fougueuses prédications d’un missionnaire sur les peines de l’autre vie , un vigneron croit ne pouvoir en préserver sa lamille que par le baptême de sang : il égorge ses cnfans. (Pinel , Aliénation')
D’autres fois, c’est pour se réunir dans le ciel aux objets de leurs affections, qu’ils donnent la mort aux personnes qui leur sont le plus chères , et se la donnent ensuite à eux-mêmes. D’autres ne voient partout que des ennemis, des rivaux; d’autres veulent venger de prétendus outrages ; d’autres encore , résolus de terminer leur existence, commettent un homicide dans l’intention de se faire condamner à la peine capitale , soit qu’ils n’aient pas le courage de s’ôter eux-mêmes la vie , soit afin d’avoir le temps de se réconcilier avec Dieu, (hsquirol , Dictionnaire des sc. mêd , art. Manie , et art. Suicide; Chrichton, Anlnquiry into thc nature and origine of mentel dérangement.)
Un autre , nouvel Abraham, entend un ange qui lui commande d’immoler son fds sur un bûcher : il le sacrifie. ( Journal d'Hufcland.) Enfin , pour ne citer qu’un seul fait entre mille du même genre , les Mornrniers de la Suisse ont prouvé en 1823 à quels horribles excès peuvent encore aujourd’hui se porter des esprits faibles égarés par des doctrines
mystiques. ( Relation des atrocités commises dans le canton de Zurich , en 1823, par une secte de fanatique. )
Une domestique se jette aux genoux de sa maîtresse et lui demande en grâce de sortir de sa maison ; elle lui avoue que toutes les fois qu’elle déshabille l’enfant confié à ses soins , cet enfant pour qui elle a toute la tendresse d’une mcrc , elle éprouve un désir presqu’irrésistible de l’éventrer (Marc, Consul, médico-légale pour H. Cornier.)