CHAPITRE II
FOHC TIOHS DU CERVEAU.
Le cerveau est l’organe le plus indispensable à l’entretien de la vie : seul, avons-nous déjà dit , il est l’organe de l’intelligence qui élève l’homme au plus haut degré de l’échelle des êtres ; il tient sous sa dépendance toutes nos fonctions, il est la cause des phénomènes vitaux , sans lui point d’existence possible. En vertu de son organisation, il reçoit toutes les impressions et de nos organes et des corps extérieurs ; il se passe une modification moléculaire dans son tissu qui produit ce raisonnement et que donne le sentiment de l’existence : sous l’influence de ces excitations, tant internes qu’externes , il distribue à chaque point du corps , par la voie des conducteurs nerveux, et le mouvement et la vie : il est donc le point central et l’aboutissant des sen-
sations, comme il est le point de départ des mouvements volontaires et involontaires. Il éprouvé une fatigue d’autant plus prononcée à mesure qu’il s’applique à des sensations actuelles , qu’il rappelle des souvenirs, qu’il s’exerce à former des se'ries de jugements; nous pouvons soutenir l’action de sentir très long-temps sans fatigue, mais reproduire des sensations par la contention soutenue , en déduire des corrolaires, sont des travaux actifs qui mettent le cerveau dans un état de tension et de lassitude.
Sentinelles vigilantes et avancées ,les organes des sens vont à la recherche, et des matériaux impressionnables pour la vie intellectuelle que le cerveau digère , et des matériaux nutritifs que l’estomac élabore , pour les appropi'ier à notre constitution.
Si les organes des sens qui cherchent avec avidité dans 1 état sain les impressions extérieures, n’existaient pas chez un individu, il n’aurait connaissance de rien , pas même de son existence : car, bien que des sensations intérieures , provoquées par les organes , existeraient, rien du monde extérieur ne lui étant connu, il ne pourrait, raisonner. Tel est à peu près le sort de ces idiots , bien qu’ils ont les sens extérieurs passibles de recevoir des impressions , ils n’ont pourtant pas le sentimentdc la vie, parce que la portion cérébrale qui doit élaborer cet aliment intellectuel , est ou désorganisée , ou n a jamais existée.
Reconnaissons donc de suite que le cerveau est l’organe de l’intelligence, puisqu’elle varie dans l’état de veille et de sommeil, dans l'état de santé et de maladie , et enfin que tout ce qui trouble son imagination la trouble aussi , pourvu que nous la regardions comme le résultat obtenu d’une organi" sation cérébrale parfaite. Cette définition est la seule vraie, rationnelle et capable de satisfaire à toutes les exigeances de la raison.
Fesons connaître les fonctions qui ont été attribuées a chacune des divisions de l’appareil cérébrospinal : plus les fonctions s exercent avec énergie et plus elles sont importantes dans la série nombreuses des etres , plus aussi le développement de la masse cérébrale est considérable : c’est ainsi que chez les animaux carnassiers qui ont l’odorat très développé, les nerfs olfactifs qui président à cette fonction , ont quelquefois le volume du cerveau.
« Toutes les lois que la vue est 1res perçante, comme chez les oiseaux, les tubercules quadrijumeaux ont un volume très considérable: partout où un nerf à fonctions importantes s’insère à un des points de la masse encéphalique, il y a une partie renflée et comme gangliforme.
Plusieurs systèmes ont été imaginés pour expliquer le mode d agir du centre nerveux, mais deux principaux se sont succédés jusqu’ici: dans le premier, une partie de ce centre serait l’aboutissant de toutes les sensations, vers lui irradieraient tou-
tes les impressions possibles , il aurait encore le privilège de tenir toutes les fonctions sous sa dépendance ; de là , tous les mouvements , toutes les volifions seraient distribuées sur tous les points du corps. L’innervation, ce fluide vital et cérébral, découlerait sur tous les organes pour les animer et vivifier; de ce même centre, les combinaisons de l’intelligence y seraient exclusivement opérées ; ce lien central de tout le système fut placé i° par Descartes dans la glande pinéale, ainsi que par Murait et autres ; 2° dans la couche optique , corps strié par Willis, Sabouraut et Saucerotte ; 3° dans le septum lucidum, par Digby , Kenalin et Duncan ; 4° dans le corps calleux , par Lapeyronie ; 5° dans la moelle allongée, par Lorry, Blancard, etc.; 6° par Sœmmering, dans la sérosité halitueuse des ventricules. Nous le demandons, a-t-on jamais vu rien de plus variable surlcsiégcde notre intelligence qu’ils appellent ame; ce qui a ridiculisé ce système « autant qu’il le mérite , est l’observation qui a démontré qu’il pouvait y avoir des anormalies , des désordres graves et absences de ces parties , sans que l’intelligence et la conscience soient anéanties, et que la plupart d’entre elles manquent à certains animaux dont l’action cérébrale ne diffère toute fois que par son énergie, de celles des autres êtres qui les possèdent.
Après la mort, lorsqu’on ouvrait la prison obscure (le crâne) fermée à triple tour pour y cher-
cher l’immortelle recluse , qu’on n’a pas trouvée jusqu’à présent, et qu’on leur demandait où était la divine prisonnière , ils répondaient : que semblable à la colombe qui avait pris son vol hors de l’arche, elle avait quitté les voûtes qu’elle animait ; nous oublions de dire que cette prisonnière a une sœur qu’ils appelaient Y imagination. Quoiqu’il en soit , ce principe est ingrat , peu reconnaissant : comment , après avoir habité le cerveau, cet instrument servile , pendant si long-temps , il n’a pas daigné laisser aucune trace de sa présence? C’est, il faut en convenir, un bien ridicule système que celui qui repose sur des données aussi fausses. Voilà pourtant le siècle qui méprise celui dans lequel les contes absurdes des revenants étaient crus, tandis qu’il ne voit pas qu’il en soutient de bien pires ; les siècles sont semblables à la vie de l’homme , ils se détériorent, se décrépissent, et marchent d’un pas rétrograde.
Le deuxième système qui , après de longues hésitations, des discussions interminables, a remplace ceux de ces philosophes, consiste à attribuer aux diverses parties du système cérébral, des propriétés, des fonctions spéciales ou comme étant le siège différent d’actes intellectuels, de mouvements, de sentiments, d’instincts et de penchants qu’on remarque sur les animaux. Cette théorie , qui n’avait été que superficiellement décrite par W illis , a été reprise, perfectionnée , analysée par plusieurs sa-
vants physiologistes; d'après leurs recherches, on voit que les fonctions suivantes sont attribuées aux diverses parties de l’appareil cérébro-spinal : d’après le tableau de la répartition de M. Serres , concernant les actions nerveuses :
i° Le renflement inférieur ou la région lombaire de la moelle, est l’excitateur de l’éjaculation, de la contraction de l’utérus et de la vessie.
2° La portion dorso-costale du même prolongement rachidien est l’excitateur des intestins grêles et de l’action des côtes.
3° La portion cervicale est l’excitateur des agents mécaniques de la respiration.
4° Les cordons antérieurs de la moelle sont les excitateurs principaux des mouvements , et les cordons postérieurs , ceux de la sensibilité.
5° L’éminence olivaire excite les mouvements du cœur ; le corps restiforme préside à la respiration pulmonaire ; le cordon intermédiaire à ces deux faisceaux, tient les mouvements de l’estomac sous sa dépendance ; d’où il résulte que le segment du quatrième verticule est un loyer important de vitalité, et que les excitations nutritives et conservatrices sont concentrées dans la limite inférieure de ce segment.
6° La trapèze est l’excitateur des mouvements de la lace ; les faisceaux où s’insèrent, les nerfs trijumeaux , les excitateurs des appareils des sens et de l’instinct; et en général, le segment supérieur du
quatrième ventricule est le foyer de la sensibilité , ainsi que de la motilité générale.
y0 Les tubercules quadrijumeaux président à l’association des mouvements volontaires ou à leur équilibration , et de plus , ils sont , dans les trois classes inférieures, les excitateurs exclusifs de l’organe de la vision.
8° Le lobe médian du cervelet est l’excitateur des organes génitaux ; ses hémisphères excitent les ■ mouvements des membres , et en particulier des membres pelviens ; le cervelet entier est , en outre , l’excitateur du saut.
9° La couche optique préside à la vision chez l’homme et les mammifères; ses radiations cérébrales sont excitatrices des mouvements des membres thoraciques, et subsidiairement, de la respiration.
io° Les radiations médullaires des corps striés sont excitatrices des membres pelviens.
1 1° Le champ olfactif est l’excitateur de l’odorat.
12° Le demi-centre ovale est l’excitateur de la voix et de la parole , et les lobes cérébraux sont les excitateurs des facultés intellectuelles.
Le tableau de M. Flourens en diffère un peu ; mais à la vérité le résultat de leur recherche ne varie que de bien peu de chose. Suivant ce célèbre physiologiste
i° La moelle épinière excite les contractions musculaires , et les lie en mouvements d’ensemble.
2" La moelle allongée est indispensable à l’exécution des mouvements spontanés et voulus.
3° La faculté d’ordonner ces mouvements, en marche , saut , vol , station , etc. , dérive exclusivement du cervelet.
4° Les tubercules quadrijumeaux sont le siège du principe primordial des mouvements de 1 iris.
5° Le cerveau préside à la perception des sensations , à la volition des mouvements et à la vision.
6° En général , les parties à substance blanche en dehors sont sensibles, et celles à substance blanche en dedans sont irritables ou président aux contractions musculaires.
M. Rolando a publié en 1809 le résultat de ses expériences , elles ont la plus grande analogie possible avec celles de M. Flourens, et il pense :
i° Que le cervelet est organisé de manière à représenter une sorte de pile voltaïque , et qu il sécrète ou fournit le principe excitateur de tous les mouvements.
20 Que le cerveau est le siège des facultés intellectuelles , des perceptions et des volitions , ainsi que la lorce qui dirige et régularise l’action excitatrice du cervelet.
3° Que les sensations et les irritations motrices se croisent sur autant de lignes qu il y a de fibres dans la moelle épinière , sans se faire obstacle, puisque les irritations motrices dépendent de 1 émis-
sion descendantes des fluides formas par le cervelet, et que les sensations sont transmises par l’oscillation ascendante des fibres de la moelle.
Les principales opinions des deux plus célèbres physiologistes modernes , MM. Magendie et Desmoulins , sont les suivantes :
i° Les cordons anterieurs de la moelle president aux mouvements , et les cordons postérieurs aux sensations.
2° Dans le lobe du quatrième ventricule à l’endroit où s’implantent les racines de la cinquième paire de nerfs , se réunissent et se concentrent toutes les sensations reçues , ou par le tronc entier, ou par les téguments du visage , ou par les organes des sens, moins celui de la vue.
3° Le noint de ce lobe du quatrième ventricule, qui sert d’origine à la huitième paire , préside à la respiration ainsi qu’à la digestion, et spécialement à l’action de l’estomac.
4° Ce segment est , en général , le siège des besoins ou des forces instinctives qui se rapportent aux fonctions digestives et respiratrices ; ainsi que du sommeil , de l’assoupissement et d’un phénomène inverse de la force excitatrice des sensations et des mouvements.
5° La conscience des sensations chez les mammifères, et en outre, la volonté chez les reptiles et les poissons, résident aussi dans le lobe du quatrième ventricule.
6° Le cervelet est , chez les mammifères et les oiseaux, le siège de la force qui lait exécuter les mouvements en avant , et ses deux moitiés président à des mouvements de rotation sur l’axe de l’animal.
70 Les tubercules quadrijumeaux, non-seulement président à la vision, mais influent encore sur la direction des mouvements.
8° Les lobes cérébraux sont le siège des facultés intellectuelles et des voûtions.
q° La portion sus-orbitaire de ces lobes préside à la parole.
i o° Le corps calleux et la voûte à trois piliers , sont spécialement consacrés aux seules facultés intellectuelles et à la coordination des actious des deux hémisphères cérébraux.
iie La masse des corps striés est le siège d’une force d’impulsion en arrière, qui lait équilibre avec celle en sens opposé , qui réside dans le cervelet.
12° Sentir et penser sont deux actions distinctes, dontl une a pour organe le lobe du quatrième ven tricule, et l’autre les lobes cérébraux.
Dans la tâche que nous avons entreprise , nous ne nous sommes pas engagés a faire la part de la critique des fonctions que les expérimentateurs ont attribuées à différentes portions du cerveau, nous avons dû présenter les inductions comme vraies ; nous dirons même , quels que soient les systèmes qui seront imaginés à l’avenir sur les fonctions du
système cérébral , on ne pourra jamais placer autre part que clans cette masse pulpeuse , le siège et la cause de l'intelligence.
Il nous suffit, pour le sujet qui nous occupe, de savoir que le cerveau est l’organe de la pensée, celui des mouvements , des sentiments , de la production , de l’innervation , du fluide nerveux, électrique , subtil , etc. , nécessaire au maintien de l’harmonie vitale. D’après tout ce qui précède , nous pensons ' qu’on est en droit de conclure que le système de pluralité de renflements nerveux à fonctions distinctes, a une incontestable suprématie sur les opinions anciennes. Pourtant fesons observer en passant , que les expérimentateurs n’ont pas tenu assez compte de l’influence mutuelle qui les rend toutes subordonnées à chacune d’entre elles.
Résumons ce qui précède : l’appareil nerveux formé par un assemblage d’organes qui agissent tous de concert, est non-seulement le centre de l’anirnalisation entière , le ressort qui en coordonne et détermine tous les mouvements, mais encore il tient sous son empire absolu tous les actes de la vie organique, végétative. Cette vie intérieure peut durer long-temps , quoique le cerveau ne soit pas développé parfaitement pour les combinaisons de l’intelligence ; dans ce cas , le système de la vie organique a la prédominance sur celui de l’animalité , car l’attention n’existe pas , aucune sensation distincte ne peut être durable ni perçue , l’individu ne
remarque rien : les organes des sens, quoique bien conformés, demeurent inactifs ou ne reçoivent que des impressions involontaires, fugaces, inaperçues; il n’a pas le sentiment de l’existence. La cause d’un pareil état est dû i° à une modification matérielle du cerveau qui, chez les idiots, rend les impressions stériles; 2° et à l’absence totale ou partielle de la portion du cerveau que nous avons dit plus haut, être nécessaire à l’accomplissement de telle ou telle fonction.
Quelquefois , quoique le cerveau soit le plus parfaitement organisé , il ne reçoit aucune impression. Les sens n’existant pas, ou étant désorganisés , ne peuvent lui soumettre une foule de sensations à analyser ; les impressions intérieures peuvent aussi ne pas ctre perçues, et la vie ne pas moins continuer. Ce qui dépend de ce que le cerveau peut distribuer l’innervation qui entretient le mouvement dans une partie , 'tandis que les conducteurs qui transmettent les sensations au centre cérébro-spinal , peuvent être lésés ou ne pas exister. Ce genre de lésion se rencontrant très souvent dans 1 organisation des sens , pourquoi n’existcrait-clle pas a 1 intérieur ?
D’autrefois le cerveau est bien organisé , les sens sont bien développés, tout en un mot paraît devoir favoriser la production de 1 intelligence et la faire arriver au plus haut degré de perfection , les serviteurs de l’intellect reçoivent un nombre infini de sensations extérieures, mais elles ne font aucune
impression sur le cerveau ; si elles en font , elles sont légères , stériles ou peu durables , le cerveau ne combine rien, ne rassemble, n’analyse rien. C’est pourtant ce qui se rencontre très souvent dans les classes pauvres de la société qui n’ont jamais joui des bienfaits d’une éducation bien développée : c’est à peine s’ils ont l’intelligence nécessaire pour se suffire , ils ne font que ce qu’ils voient journellement faire , rien n’est exécuté qui ne soit presque d’imitation Leurs esprits sont bornés; leurs jugements sont très faux; ils se livrent brutalement à toutes les passions excitées par l’action viscérale ; si un principe d’une autre nature que le cerveau bien organisé produisait à la pensée, ce serait le comble du ridicule que d’en ravaler la dignité au niveau de la matière cérébrale sans laquelle il n’agirait jamais , et de le supposer encore susceptible d’infirmités , de maladies, etc. De ce qui précède, nous devons donc conclure qu’il ne suffit pas de naître bien organisé pour acquérir de l’intelligence, qu il faut i° que nous allions , à l’aide de nos sens , à la recherche des corps extérieurs , et que nous les étudions et comparions ; 2° que 1 éducation achève ce que les sens ont commencé et qu’elle développe l’intellect. Ce qui prouve encore que nos connaissances sont le résultat de l’étude des sens , est l’impossibilité dans laquelle se trouve un homme de raisonner sur les couleurs, le son, l’odorat, le goût et la forme des corps , etc., s’il se trouve privé d’un
des cinq sens qui president à ces fonctions. Donc c’est par les sens que nous avons idée et connaissance de lout ce qui nous entoure, et que l’intelligence la plus vaste jusqu’à l’instinct le plus brut , est le résultat de l’organisation. Si comme nous venons de le démontrer, l’intellect est un effet de l’activité matérielle du cerveau, c’est une erreur absurde d’attribuer à quelque chose de divin ce sentiment de moi , du vrai , du juste , etc. , ce qui n’est dû qu’à l’organisation ; car rien d’immatériel ne peut être créé par la matière et les philosophes qui croient que toute notre activité intérieure émane de l’ame , sont dans l’erreur la plus complète ; nous dirons mieux, ils doutent de la puissance de Dieu. Dans notre avant-propos, nous avons discuté assez longuement sur ce point afin que nous ne soyons pas accusé d immoralité.
Si rien n’est produit par la masse cérébrale, pourquoi , lorsqu’elle n’existe pas , l’intelligence est- elle nulle ? Pourquoi encore, lorsque le cerveau existant, mais étant lésé, l’intelligence estelle pervertie ou abolie? Si la matière vivante ne peut rien par elle-même , pourquoi dans les cas cités ici, 1 intellect est-il nul? Pourquoi enfin dans certains autres les êtres végétants sont-ils supérieurs à I homme ? Pourtant les exemples de ce genre ne sont pas rares. Citons en un , pris parmi mille où la supériorité du végétal est reconnu. Un végétal fixé au sol , se suffit à lui-même , par ses feuilles il
puise dans 1 espace, par ses racines il puise dans la terre les matériaux nécessaires à sa nutrition et au maintien de sa vie ; tandis que plusieurs individus, très communs malheureusement dans les maisons d’aliénés , réfugiés dans des endroits éloignés .existant d’une vie végétative, mourraient infailliblement , si une main charitable n’introduisait dans leurs estomacs , les aliments nécessaires à leur nutrition. Donc ces individus , en raison de leur organisation cérébrale , sont condamnés a rester dans une asthénie incurable. Des exemples
se rencontrent et chez les idiots de naissance , et chez des individus qui ont joui de toutes leurs facultés intellectuelles, ou qu’une maladie ou une forte émotion morale aura anéanties. Le sentiment du moi , de l’existence , du juste , du beau , du vrai , etc. , existe-t-il chez ces êtres ' Nous le demandons à nos antagonistes. Nous savons bien qu ils vont se retrancher dans les exceptions , mais nous leur prouverons que chez tous les hommes , pareil état peut exister à la suite d’une maladie.
Nous nous expliquons , la nature des lésions de fonctions organiques, par les lésions de tissus , sans avoir besoin de recourir à un raisonnement subtil, en d’autres termes : dans une paralysie du sentiment ou du mouvement, nous connaissons avec une précision presque mathématique , l’organe ou le point de l’organe encéphalique qui est lésé , et vous voudriez que nous n’accordassions pas exclu-
sivement à ce centre nerveux tout ce qui distingue l’être humain de tous les autres êtres , quand nous voyons et palpons ce que nous avions prédit pendant la vie ?
Si nous demandons à un philosophe qu’est-ce que l’intelligence, il s’empressera de nous répondre : qu’idéale et vaporeuse créature, elle est trop insaisissable pour subir un attouchement , trop mystérieuse pour être entendue , trop pudique pour laisser analyser sa belle nature ; voilà , nous espérons , une définition bien claire et qui peut satisfaire le plus exigeant des matérialistes. Si nous leur répondons à notre tour qu’elle est le produit de l’application attentive des sens à la connaissance des objets extérieurs, etc. , ils feront retomber sur nous , qursommes vrais , tout le ridicule que leur définition leur avait fait justement mériter.
Si l’homme a de l’intelligence, s’il ale sentiment du moi , c’est qu’il est de son oi’ganisation cérébrale d’être ainsi privilégiée , de même que si les animaux qui le suivent ne jouissent pas de cet avantage , c’est que leur organisation est moins parfaite. Puisqu’on remontant l’échelle animale, les fonctions propres à chaque être sont plus nombreuses et plus compliquées, il est du devoir d’un homme vrai de ne pas mépriser la matière qui lui explique tout. La vie végétative est, nous l’espé. rons , le résultat de I activité des tissus qui la créent, elle ne dépend bien certainement pas de l’existence
d’une amc, car s’il en était ainsi, puisque cette vie est propre aux animaux et aux végétaux , il faudrait alors dire que l’ame d’un poirier différât de celle d’un pommier, etc. Que les philosophes étudient les dégradations animales et les décadences physiques , alors ils nous comprendront.
Si les végétaux vivent, se reproduisent, c’est qu’ils sont organisés pour remplir ces fonctions, et rien de surnaturel ne les excite à agir ainsi. Comme à mesure qu’on descend l’échelle de tous les êtres en général , les fonctions vont en s’affaiblissant et les constitutions en se simplifiant; nous nous croyons autorisés à dire hautement que s'il existe une amc chez l’homme pour lui donner la faculté de créer des idées, il faut que les philosophes en admettent une chez tous les êtres végétaux, car comme nous, ils remplissent des jonctions d’une haute importance. Qu’ils lui accordent, s’ils veulent , une faible dignité , pourvu qu’ils la reconnaissent, c’est tout ce que nous voulons, parce qu’ici nous avons à dessein d’admettre par ame , l’activité des tissus plus ou moins forte. S’ils nous ridiculisent en disant que l’homme seul possède une amc comme le prouve son intelligence, nous leur répondrons qu’il ne la doit qu’à son cerveau , comme l’oiseau doit la faculté de voler à son organisation de luir et le chasseur qui l’attaque et les lacs qu’on lui tend. Donc si l’homme a desfonctions plus nombreuses que les autres animaux, il ne les
possède que de son organisation, de la matière que les philosophes osent critiquer sans la connaître ; rien de plus, encore une fois , ne nous anime.
Nous ne prétendons pas remonter aux causes premières , ce serait entrer dans des discussions interminables. Nos adversaires les philosophes qui aiment tant à exercer leur imagination, ont seuls le droit d’entreprendre une pareille tâche : mais nous voulons que l’intelligence, etc., soit le produit unique dun cerveau bien organisé , et s’il n’en est pas ainsi, pourquoi sans lui est-elle impossible?
Pour terminer ces discussions qui sont déjà bien longues , nous allons essayer de décrire le mode d’agir des sensations sur la masse cérébrale , pour la production des mouvements. Nous savons qu’un fluide vital découle des nerfs sur tous les points des corps, un ébranlement moléculaire a lieu dans leur intérieur, du point central à la circonférence. Cette innervation abonde-t-elle dans une partie , les mouvements sont désordonnés, insolites , confus et convulsifs : si au contraire la sensibilité est exagérée , pervertie . troublée , on est certain qu’une plus forte somme de principe nerveux est envoyée à la partie qui est le siège de la surexcitation vitale. A chaque instant et sur tous les points de notre corps, il se lorme et se dégage du fluide nerveux Plus le système sensitif est développé , plus nécessairement dans un temps donné
il doit se sécréter de ce principe , et. chaque viscère , en vertu de son organisation intime, reçoit sa dose plus ou moins forte de cet influx. C’est avec raison qu’on a comparé ce fluide animal au fluide électrique, car dans plusieurs cas, on a pu par lui, faire exécuter pendant la vie et après la mort , des mouvements semblables à ceux qui sont produits par le fluide qui est sécrété par le cerveau.
Plus un organe , avons-nous dit , reçoit de fluide éleciro- animal, plus les phénomènes de la vie s’accomplissent vivement, la circulation redouble d’activité , la nutrition se fait plus promptement, etc.; de meme, si on met cpielques graines de cresson, par exemple , en rapport avec le courant électrique, la germination au lieu de se faire en quatre ou cinq jours lorsqu’on les met en terre, se fait en cinq minutes; donc, puisque ce fluide accélère, développe la vie et la nutrition chez les êtres végétants, il doit chez nous produire le même effet, comme il le fait , car plus une partie reçoit de fluide électroanimal , plus elle acquiert de développement et de résistance.
Chez les individus à constitution nerveuse , bien développée , 1 innervation est toujours troublée , toutes les impressions sont insolites, des douleurs se lont sentir sur tous les points du corps, la vie est traînée avec langueur, toutes les fonctions organiques languissent , la constitution s’affaiblit et la vie s éteint. Dans ce cas , le système nerveux bien
certainement a etc* le point de départ de toutes ces impressions fausses et douloureuses ; et pour qu’il en soit ainsi, une modification moléculaire dont nous ne connaissons que les résultats et non pas la nature , a dû se faire dans son intérieur, et d’après ce que nous avons dit plus haut , il est impossible qu’il en soit autrement. Puisque le cerveau est l’organe formateur et distributeur de l’innervation , il doit ressentir un des premiers les effets funestes des fatigues excessives. Dans une longue route faite à pieds , on peut , en la commençant , s’occuper de différentes choses ; la gaîté , le bavardage prédominent , la marche n’en souffre pas » mais à mesure qu'elle se prolonge , la force nerveuse se dissipe, et bientôt la conversation cesse, ou ne s’occupe plus que de la marche, il semble qu’on craint de dépenser en pure perte ce qui est indispensable pour accomplir le trajet assigné : se repose-t-on un instant par le sommeil , aucune attention n’ayant lieu, du fluide a dû se réformer: fait-on usage de liqueurs excitantes , le cerveau sécrète bien plus de principe nerveux : le dépenset-on par le coït, la fatigue se fait bientôt sentir, et un sommeil réparateur est nécessaire à la nouvelle, formation de ce fluide. D’où nous pouvons conclure encore que , puisque les mouvements dépensent le fluide vital et qu’il se recouvre par le repos , il faut qu’il ait sa source, dans nous, et non hors de nous , et cette source ne peut être placée que
dans le système cérébral ; donc ici la matière est active
Si les philosophes persistaient à croire que chez nous la matière bien organisée ne peut rien et qu’elle est subordonnée à un principe pensant dont la source serait divine, nous leur ferons connaître que les animaux qui nous suivent dans l’échelle des êtres, sont plus heureusement organisés que nous, chétifs êtres , jetés nus sur la terre etquipé- - ririons infailliblement si nous n’étions secourus par nos parents dont l’âge et l’éducation ont perfectionné l’intelligence. Chez ces animaux la vie est propre. Au sortir du sein maternel ils peuvent exister sans le concours de leurs parents. Leur organisation est donc bien plus privilégiée que celle de l’homme. Lorsqu’ils naissent, le principe pensant est donc bien supérieur à celui qui existe chez 1 homme à cette époque ? Que répondront les philosophes à ces questions? rien. Ils avoueront leur ignorance, ou plutôt ils ne l’avoueront pas; mais ils auront recours à des subtilités de raisonnement. La médecine, au contraire, satisfera aux exigences de ces questions par des explications positives, résultat de l’observation qui n’enfante jamais d’erreur.
Nous jugeons du degré d’intelligence d’un individu, d’après sa masse cérébrale , mais à mesure qu’on descend l’échelle des êtres, elles diminuent toutes deux, tandis que le centre nerveux ganglionaire va en se compliquant. Cette vérité est incon-
testable et ne peut être réfutée. Les fonctions végétatives sont en même temps plus compliquées , les volitiens instinctives sont plus vives, elles prédominent sur les intellectuelles. Plus l’homme avance en âge , plus le cerveau se complique et prédomine sur le centre végétatif ; si les fonctions du cerveau ne sont pas exercées, l’instinct sera plus vif et le moteur des mouvements instinctifs plus développé. L’anatomie prouve ces faits, et ils sont inattaquables.
Force nous est donc de conclure que tout est le résultat de l’organisation et non d’autres choses , comme les philosophes le veulent. Si tous les êtres qui peuplent le globe avaient la même masse cérébrale bien organisée, l’intelligence serait propre à tous. Le cerveau reçoit les impressions intérieures et extérieures , les combine et les digère pour en faire l’intelligence , comme l’estomac digère les aliments qu’on introduit dans son intérieur. On connaît par quel mécanisme l’acte de la digestion est accompli , on sait que le conduit digestif en est l’agent et non rien de surnaturel. On conçoit encore le mode d’agir du foie pour produire la bile , et des reins pour la sécrétion de l’urine : on voudrait que le cerveau fit exception , ce qui n’est certainement pas , car sa fonction à lui , c’est la pensée. Sans impressions pas d’intelligence , sans aliments pas de nutrition : ces deux axiomes sont de la plus grande justesse et irréfutables.
Si l'intelligence est le produit de ce principe divin , et non le résultat du jeu des fibres du tissu cérébral, pourquoi, encore une fois, n est-elle pas la meme chez tous les hommes , et est-elle susceptible de disparaître chez quelques individus soumis à l’influence de telle cause ? La réponse des philosophes sera celle-ci : Vaine a besoin du cerveau comme d’un ouvrier salarié pour manifester sa présence chez l’individu ; que si elle paraît être moins prononcée chez quelques hommes , c’est que le cerveau, pour lequel elle exécute ses fonctions , est lésé dans son organisation, que seule elle ne peut rien exécuter. Conçoit-on un pareil raisonnement? l’ame est parfaite, existe par elle-même, elle émane de Dieu ; quand on sait qu’elle n’est rien sans le cerveau , qu’elle n’est pas la même à toutes les époques de la vie chez les différents individus, et qu’enfm rien jusqu’à ce jour n’en a démontré l’existence ni la nécessité , tandis qu’on démontre mathématiquement l’existence et la nécessité du cerveau chez les hommes. Concluons que si l’ame, l’intelligence, tout ce que vous voudrez enfin, a besoin du concours du cerveau pour en dévoiler sa présence, elle n’émane pas de Dieu.
Arrêtons nous ici, notre but à nous, est accompli lorsque nous avons prouvé que tout est le résultat de l'organisation cérébrale.