CHAPITRE III
RÉFUTA.TIOK DE LA R A CHSOID [ÏE.
Dans l’anatomie de la membrane arachnoïde , nous avons vu qu’elle ne renfermait ni nerfs ni vaisseaux sanguins. Déjà en partant de là il est facile de pressentir qu’on s’est trompé sur les maladies dont elle pouvait être atteinte. Ce sont pourtant des ce'lèbres médecins qui lui ont prêté leur talent, tandis que le cerveau qui est reconnu pâteux pour être le siège de la sensibilité, serait bien inférieur à l’arachnoïde enflammée, d’après les symptômes dont ils lui accordent la production. Plusieurs médecins se sont occupés d’attaquer cette doctrine qui avait presque déjà acquis la force de chose jugée : M. Gama est un de ceux qui lui ont porté le coup mortel. Bichat, qui accordait aux membranes séreuses la propriété de s’enflammer si facilement, disait, en parlant de l’arachnoïde :
que la maladie de cette membrane est la plus rare de toutes les séreuses. Nous allons passer en revue i° la manière d’agir de ses causes, 2° les symptômes qu’on lui accorde , 3° et les résultats des ouvertures des cadavres, alors nous verrons que rien de vrai n’autorise les médecins les plus modernes à laire une distinction bien tranchée entre l’arachnoïdite et l’encéphalite proprement dite. L’opinion de M. Georget , qui fut celle des plus illustres médecins des siècles précédents , consiste à regarder comme fausse une pareille division Des trois membranes qui entourent le cerveau, la pie-mère est la seule qui a quelques rapports avec lui , la duremère ne le recouvre immédiatement dans aucun endroit ; l’arachnoïde est totalement isolée des corps extérieurs et de leurs impressions ; les matériaux des sensations n’ont aucune relation avec elle , et l’on ne conçoit pas comment dans l’état actuel de la science , on rencontre encore des partisans de cette théorie.
Si elle était liée à l’organe cérébral comme l’est la pie-mère , le système serait inattaquable, mais nous venons de dire qu elle n’a aucun rapport avec lui. D’après tous les expérimentateurs , elle serait insensible dans l’état sain , car on peut la pincer, la piquer, l’irriter de mille et mille manières , sur un animal vivant , sans qu’il en ait la perception. La piquer , c’est ia rendre malade , et pourtant après avoir répété sur le meme animal ces expé-
riences plusieurs fois de suite , il n en est résulté aucune douleur. M. Ribes, en raison de sa finesse et de l’absence des vaisseaux sanguins, lui îefuse la propriété de s enflammer • cet auteui ne nous paraît pas trop absolu. Ce qu il y a de cei tain , c est qu’on ne conçoit pas d’où proviendrait l’extrême sensibilité de cette membrane lorsqu'elle est irritée, surtout lorsqu’on a égard à sa texture et à ses rapports.
On a prétendu que les maladies du cei\eau pouvaient occasionner 1 arachnoidite , qu elle se développait par sympathie ou par une soi te de métastase, dans le cours ou à la fin de toutes les maladies des principaux viscères de 1 économie ; mais on a dit que les causes qui la produisaient le plus facilement étaient 1 insolation, les veilles piolongées , l’usage des alcooliques , les contusions , les travaux assidus , la réaction fébrile générale , en un mot toutes les émotions morales fortes , la frayeur, les chagrins prolongés , un amour contrarié et non satisfait : ces dernières causes agissent en pervertissant et en enchaînant 1 innervation. Sous leur influence , la circulation est troublée , accélérée ou ralentie , plus de sang dans un temps donné, pénètre, la masse cérébrale, elle se trouve gênée dans l’accomplissement de ses fonctions. Qui ne voit dans l’enumeration des causes de la prétendue arachnoïdite, toutes celles qu on ci oit capables de provoquer une cérébrite et qu elles
produisent en effet: toutes encore, elles font affluer vers la superficie du cerveau d’abord, une plus grande quantité de liquide sanguin , et plus tard la congestion se déclare. L’esprit se refuse de comprendre comment et par quelle voie inconnue la séreuse crânienne peut s’enflammer. Lorsque l’arachnoïde a été trouvée malade, ce ne fut qu’à la suite des plaies de tête ou àson irritation par des corps -étrangers, encore n’a-t-on jamais trouvé de lésion isolée de cette membrane. Cette lame séreuse est toujours confondue avec la pie-mère , dans les recherches anatomico-pathologiques. Répétons encore que toutes les causes qu’on a cru capables de provoquer l’inflammation de la séreuse encéphalique , sont toutes cérébrales. A qui force-t-on de croire que le travail de l’intelligence est le produit de l’arachnoïde ? Si on ne peut le persuader, pourquoi voudrait- on que les veilles prolongées , les applications intellectuelles , assidues , toutes les émotions morales fortes en un mot , irritassent moins le cerveau que F arachnoïde : autant faudrait faire croire que les matières alimentaires stimulent plutôt le péritoine que la membrane muqueuse gastrite, comme l’a dit fort judicieusement M. Bégin. On a été plus loin : on a prétendu que c’était à l’arachnoïde qu’appartenait plusieurs cas de fievres pernicieuses , délirantes , dont ce n’est pas ici le lieu de parler. Pour mettre le comble du ridicule à cette théorie, on a dit , que la goutte, les
dartres, le rhumatisme, etc. , pouvaient lui donner naissance, ainsi que les inflammations dues a des causes spécifiques : telles que la rougeole, la variole, la scarlatine, etc. Si des impressions morbides ont lieu vers le centre cérébral, nous demandons quelle partie ou le cerveau ou l’arachnoïde , devra se trouver affectée de préférence? Nous espérons bien qu’on n’ira pas nous répondre que c’est la séreuse , quand on sait que cette membrane est insensible aux impressions les plus fortes et les plus long-temps continuées.
Il est inutile de nous étendre davantage sur les causes de la prétendue arachnoïdite ; abordons l’étude des symptômes dont on la croit capable d’être la source.
Tous les auteurs qui ont traité de l’arachnoidite , croyaient posséder ce tact médical qui est le privilège de certains êtres de la nature, pour distinguer son inflammation de celle du cerveau. Pour nous, et pour tous ceux qui sont de notre avis , nous pensons qu’il n’est pas un phénomène caractéristique qui ne révèle une affection de la pulpe cérébrale ; les symptômes seuls ont suffi pour les conduire dans l’erreur. En effet, pendant long-temps on a cru avec M. Lallemand , que les symptômes spasmodiques sans paralysie , annonçaient 1 araehnoïditc ; mais aujourd’hui les vrais observateurs sont revenus à des idées plus justes et plus vraies. Pendant les premiers temps d une inflammation
cérébrale , les fonctions de cet organe sont surexcitées , l’innervation est désordonnée, les sens plus sensibles a la lumière, ils jouissent , comme le cerveau, d’une grande activité. Dans cette période , l’ouverture des cadavres démontre la superficie du centre nerveux très rouge : on n’a pas manqué d’attribuer cette coloration à l’arachnoïdite , car on a encore raisonné d’après l’analogie des inflammations des autres séreuses. Si nue membrane enveloppante du cerveau doit jouir de la propriété de s’enflammer : c’est bien la pie-mère et non la séreuse. Attribuez à elle, si vous voulez être consciencieux, ce que vous prodiguez à 1 a-' rachnoïde , on vous écoutera , parce qu’ alors vous commencerez à rapprocher de la vérité.
Le délire , a-t-on dit, est un symptôme caractéristique de l’arachnoïdite : ainsi qu’une vive douleur, l’injection de la conjonctive , la vivacité de l’œil , la fixité du regard , le pouls dur et vibrant , les convulsions , qui ne voit dans ces symptômes un produit du premier degré d’une cérébrite ? Le délire s’explique facilement par la surexcitation dont jouit le cerveau ; la douleur n’est-elle pas une conséquence de toutdérangementde fonctions : /’ injection de la conjonctive , la vivacité de l’œil, et la fixité du regard , ne sont-ils pas dus en partie , à une lésion de circulation qui existe infailliblement dans toute inflammation? La dureté et la vivacité du pouls ne sont-elles pus dues , ainsi que les convulsions ,
à une lésion de l’innervation? Donc, d’après tout ce qui précède, toutes les fois qu’il y a délire et convulsions, il est inutile d’avoir recours à une inflammation de l'arachnoïde pour les expliquer, il est plus vrai de les attribuer à une lésion de l in— nervation qui existe presque toujours dans le début de toutes maladies cérébrales.
Disons quelques mots en ce qui a rapport au dégoût pour les aliments , à la soif, à la peau sèche et âcre, à la respiration haute, etc., on les a regardés comme caractérisant l’arachnoïditc ; à dire vrai , ils ne sont que sympathiques et ne résultent que de la réaction des parties enflammées sur les viscères. Comme le cerveau est le principal organe et l’intermédiaire des sympathies : il est bien plus rationnel de le regarder comme étant le seul organe propre à les déterminer.
C’est l’anatomie pathologique qui achève de renverser de fond en comble la théorie que nous combattons. En effet, après les prétendues arachnoïdites aiguës , c’est toujours la membrane pie-mère qui présente des traces d’inflammation. Nous avons déjà dit tant de fois qu’on avait pris l’inflammation de la pie-mère pour celle de l’arachnoïde, que nous n’osons plus y revenir. Nos antagonistes conviennent.cependant que, lorsque cette inflammation a duré peu et lorsqu’elle a promptement déterminé la mort, il reste à peine quelques traces de son existence ; en cela , ils sont raisonnables , nous
avons dit plus haut que dans le premier degré d’une cérébrite, la lésion d’innervation prédominait. Nous allons plus loin ici, et c’est le cas d’en faire l’application , nous pensons que par le trouble qui existe sur tous les points du corps , les fonctions se pervertissent et la mort peut arriver. Si , comme ils le disent , leur arachnoidite se prolonge, la membrane acquiert une teinte rouge non équivoque, que le. lavage ne peut faire disparaître ; elle - adhère souvent au cerveau , de telle sorte qu’en l’enlevant dans certains points , on enlève en même temps une portion de la substance cérébrale. Estce qu’il n’est pas plus raisonnable et plus juste de regarder la pie-mère dans ce cas comme seule malade? Si l’arachnoïde est opaque, la pie-mère est gorgée de sang, son réseau en est pénétré de toutes parts. On voit rarement exister de la sérosité entre le feuillet arachnoïdien et la dure-mère ; des exsuda-
tions membraniformes ne s’y montrent presque jamais , excepté lorsque l’inflammation a confondu entre elles les membranes cérébrales , et les a réunies à la surface du cerveau. Enfin , lorsque les auteurs parlent de sérosité gélatineuse placée sous la séreuse cérébrale , elle n’existe toujours qu’entre
cette membrane et la pie-mère , et quelquefois en même temps, entre la pie-mère et le cerveau. La sécrétion de cette matière ne saurait être alors attribuée à f arachnoïde ; car, ainsi que l’a fait observer M. Gama , l’exhalation en serait faite alors dans un
sens rétrograde au cours du sang , ce qu’on n’observe nulle part.
Comme il est reconnu que cette membrane ne contient aucun vaisseau sanguin perceptible , et qu’elle n’est qu’une toile transparente ; les partisans de l’existence de l’arachnoïdite , lorsqu’ils ne la trouvaient pas rouges après l’avoir crue enilammée , recommandaient de la frotter entre les doigts pour rendre visible la couleur caractéristique de l’inflammation. Mais est-ce donc à une phlogose assez peu vive , pour qu’elle ne puisse être aperçue sans ce procédé, que l’on doit attribuer, et les phénomènes morbides et la mort des malades? (Bégin).
Lorsqu’il s’agit d’arachnoïdites chroniques, les objections sont encore bien plus nombreuses ; les altérations qui doivent être regardées comme ayant causé la mort de l’individu, sont ou une injection très prononcée du tissu extérieur cérébral , un ramollissement , ou une suppuration très avancée dans les points qui correspondent à cette membrane qui est devenue, soit plus épaisse, soit opaque, quelquefois fibreuse ; loin de regarder les lésions de l’arachnoïde cpmme ayant produites celles du cerveau , nous les regardons au contraire comme en étant elles-mêmes un effet. Si des brides celluleuses ont été rencontrées sur les deux lames de l’arachnoïde , on doit les attribuer à la phlogose prolongée de toutes ces parties qui les aura fait participer aux mêmes genres d’affections.
L'expérience la plus récente, et les observations les plus nombreuses, prouvent jusqu’à la dernière évidence la justesse du raisonnement contenu en ce chapitre. Présumons , pour terminer, en disant que tout ce qui a été avancé par les écrivains les plus célèbres de notre époque , et en meme temps les plus judicieux, doit ctre rapporté à l'inflammation cérébrale : plus haut , par l’étude des causes et des symptômes de la prétendue arachnoïdite, nous l’avons suffisamment démontré. Comme l’arachnoïde ne communique pas immédiatement avec le cerveau , elle ne peut recevoir l’irritation qui, d’une manière secondaire, ou du cerveau , de la pie-mère, ou des parties externes qui enveloppent et protègent le système cérébral. M. Bégin pense encore que si, contre toute vraisemblance , cette membrane est quelquefois primitivement affectée , ces cas d’une part, doivent être fort rares, et de l’autre, ne sauraient être reconnus avant que la phlogose ne se soit propagée à l’encéphale, et n’ait développé par conséquent, une nuance plus ou moins intense d’encéphalite qui devient dès lors l?i maladie principale.
Si cette théorie vraiment fausse a résisté si longtemps à l’atteinte qui lui a été portée de toutes parts par plusieurs célébrités médicales , cela tient à ce que les auteurs de cette théorie étaient les grands maîtres de l’époque. Ils ont assigné à cette prétendue inflammation, un groupe de symptômes
qu’ils croyaient caractéristiques ; iis ont accoutume* à reconnaître cette phlogose d’après les symptômes qui n’appartenaient qu’à la cérébrite , on les a cru sur parole , et on a vu après la mort ce qu'ils avaient cru voir; le mal qu’ils ont fait, existe encore, mais plus autant cependant. Exemple frappant de la réserve que doivent avoir les hommes d’une grande réputation lorsqu’ils veulent mettre et propager leurs opinions. Au chapitre des symptômes de la cérébrite, nous achèverons de prouver que l’arachnoïde enflammée ne peut produire aucun des symptômes que lui ont assigné tous les partisans de sa phlogose. Le traitement qui a été préconisé par tous les auteurs qui ont traité de l’arachnoïdite , est le même que celui de la cérébrite : c’est encore une raison de plus en faveur de notre théorie. Suivant leur système, dans les débuts de leur phlogose arachnoïdale , ils recommandent d’éloigner le malade de tout bruit, de lui faire éviter toutes les émotions morales et de le mettre à l’abri de la lésion d’innervation qui , pour nous , joue le principal rôle dans le premier degré de la cérébrite. Plus tard, lorsque les symptômes sont plus marqués , les douleurs plus vives, ils prescrivent les saignées, par ce moyen ils prétendent dégorger l’arachnoïde de la quantité de sang qu’on n’a jamais vu. Peut-être veulent-ils que l’irritation des nerfs dont elle est dépourvue soit la cause de tous les symptômes qui en caractérisent l’inflammation. Il est M'aiment difficile
de concilier de pareilles opinions quand on sait i° que cette membrane ne contient aucun vaisseau sanguin, 2°qu’on n’a jamais pu y découvrir de nerfs; peut-être croient-ils que cette membrane s’organise dans l’éjtat de maladie, c’est-à-dire que les nerfs et les vaisseaux s’y développeraient d’une manière subite et instantanée. Malgré que de pareilles suppositions soient contraires aux lois de 1 organisation , il faut pourtant y croire si on est partisan de l’inflammation de l’arachnoïde. Pvaisonner ainsi , c’est vouloir faire plier l’organisation devant le système , c’est vouloir en un mot que la phlogose organise un tissu, quand on sait au contraire que rien de semblable n’existe et ne peut exister.