CAUSES DES MALADIES DU CERVEAU
Le cerveau, en vertu de sa position , est exposé à toutes les impressions physiques des corps extérieurs ; comme il est placé au centre du système «nerveux , qu il est l’aboutissant de toutes les sensations et le point de départ de toutes les voûtions , il doit encore être influencé par de nombreuses causes. Régulateur de toutes nos fonctions, présidant à toutes , les tenant toutes sous sa dépendance ; aucun organe ne peut être lésé, aucune sensation ne peut être plus vive , sans que ce viscère ne soit influencé, soit dans son action , soit dans son tissu ; il est le seul organe qui perçoive les impressions agréables ou douloureuses ; il est aussi les liens des sympathies dans l’état de maladie comme il est celui des fonctions dans l’état de santé. Le cerveau communique par les nerfs avec tous les organes , ils
sont les conducteurs de ses voûtions, de ses mouvements et de sa sensibilité. Il a des rapports très intimes avec le centre circulatoire , et par les nerfs et par les vaisseaux ; il précipite ou ralentit ses mouvements : les impressions qui nées dans tous les points du corps, se dirigent vers le cerveau, sont ou perçues par lui , ou ne le sont pas , suivant son état d’excitabilité.
Lorsque le cerveau est dans un état morbide , les impressions éloignées s’épuisent rarement dans son intérieur; elles se propagent dans tous les viscères par la voie des sympathies ; la douleur perçue par ces derniers est ressentie par lui , le trouble de ses fonctions augmente , elles sc pervertissent ; la mort très souvent, est le résultat de cette nombreuse foule d’impressions insolites. Bien que 1 individu , sous l’influence de tant de causes morbides, n’ait pas conscience de leur activité , le danger n en est pas moins grand, car il n’est qu une maladie du cerveau très avancée qui puisse occasionner cet état d’insensibilité. Les nombreuses causes des ma. ladies cérébrales déterminent chacune selon la susceptibilité des sujets, toutes les formes et les nuances des maladies. Supposons pour un moment plusieurs individus sous l’influence d’une commotion morale, on verra sur l’un, une irritation cérébrale provoquer une lésion de circulation cérébrale et l'apoplexie le foudroiera en un instant; chez un second , cette lésion sera suivie d’une cérébrite in-
tcnse ; un troisième deviendra taciturne et succombera lentement de chagrin; un quatrième deviendra maniaque; un cinquième verra se développer dans son cerveau des tumeurs et des abcès ; un sixième deviendra épileptique; les mêmes causes déterminent quelquefois toutes les espèces de iolie , etc.
D’après ce court exposé, il est facile de voir que les causes qui peuvent troubler les fonctions du cerveau sont nombreuses , aussi pour mettre quelque clarté dans leur énumération , allons-nous , comme nous lavons promis, les diviser en deux sections.
PREMIÈRE SECTION
Des causes extérieures des maladies cérébrales .
Tout ce qui excite et accélère le cours du sang : comme la course , la danse , l’équitation , peut donner naissance à une cérébrite. Le mode d’agir de ces causes s’explique par la plus grande quantité de sang que le cerveau reçoit dans un temps donné , quelquefois il séjourne plus long-temps dans son intérieur ; si ces mêmes causes agissent plusieurs fois , si ces individus sont soumis très souvent à leur influence , comme le sang fait fonction de liquide étranger par sa grande quantité: la phlogose s emparera du tissu cérébral. Dans cet état, le cerveau
suivant son degré de lésion , accélère ou ralentit la circulation , clic vient de nouveau ajouter à la maladie qui est tour à tour cause ou eifet du trouble de la progression du fluide sanguin.
L’usage des boissons spiritueuses en général favorise presque d’une manière spécifique, le développement d’une cérébrite ; d’un côté, par l’excitation de tous les tissus par leurs molécules , elles rendent la circulation plus active; de l’autre, le ' cerveau , tout en participant à l’excitation générale , reçoit plus de sang qu’il n’en a besoin pour l’accomplissement parfait de toutes ses fonctions ; elles se troublent, et c’est alors que la cérébrite se déclare. Dans ce paragraphe , la lésion prédominante est celle de la circulation.
Les travaux assidus , les veilles prolongées tiennent le cerveau dans un état de tension ; il redouble d’activité pour fournir à la dépense considérable du fluide nerveux nécessaire aux fonctions de l’intelligence. Cet état étant long-temps prolongé, le cerveau s’épuise , se fatigue , toutes les fonctions de l’économie languissent, la vie en souffre , la circulation est troublée, alors la maladie s’empare du tissu cérébral , et une modification fibrillaire a lieu dans sa masse. De toutes les causes qui favorisent la phlogose cérébrale , celles que nous venons de décrire sont les plus à craindre, parce que toujours elles coincident avec quelques lésions des principaux viscères de l’organisation , surtout des viscères
de la digestion qui sont toujours influencés d’une manière toute morbide. La lésion de l’innervation joue ici le principal rôle. On conçoit dès lors que deux maladies qui sympathisent ainsi réciproquement, doivent exiger un traitement plus variable et non unique. La connaissance des causes des maladies cérébrales est donc d’une grande utilité pour le médecin , ainsi que la manière dont elles modifient l’organisation de ce centre nerveux.
Les coups, les chûtes sur la tète, communiquent à la masse cérébrale, une commotion toujours dangereuse , la secousse qui en est résultée trouble ses fonctions : l’innervation paraît tout à coup supprimée, elle semble cesser d’animer le cœur et les poumons ; le sang retourne difficilement au cœur. Cet organe étant entravé dans ses mouvements , le sang séjourne plus long-temps dans le tissu cérébral; la circulation s’affaiblit , se trouble, et si la commotion a été forte , la vie cesse subitement , la cause de sa cessation doit être trouvée, ou dans la suspension de l’innervation d’où résulte secondairement la mort du cœur et celle des poumons , ou dans l’épanchement sanguin que très souvent on rencontre à la suite de l’influence de pareilles causes.
Les agents qui ont déterminé des plaies de tête , doivent être placés aux nombre de ceux que nous venons de citer : les mêmes accidents peuvent en être la suite , de plus l’inflammation qui s empare toujours des plaies de cette partie , ajoute toujours
a la gravité de ces lésions. Donc ces solutions, après avoir été une conséquence d un coup , sont a leur tour causes secondaires d’une maladie du cerveau qui , presque toujours , succède à une violente percussion cérébrale.
Ce que nous venons de dire des plaies non pénétrantes , s’appliquera a celles qui sont pénétrantes , avec cette différence i° qu’un corps étranger peut séjourner dans le cerveau et y déterminer des symptômes d’apoplexie; 2° qu’un épanchement existant toujours dans ces cas , peut entraîner la mort de l’individu , surtout s’il a son siège dans la moelle allongée qu’on suppose alors avoir été lésée d’après la direction de l’instrument vulnérant.
Au nombre des causes qui favorisent encore la cérébrite, nous devons placer 1 erysipèle du cuir chevelu , l’exposition de la tete à un soleil très chaud , les saisons froides et chaudes, le printemps, certaines professions, telles que celles de chantres, de musiciens , de charbonniers ou de forgerons , celles des vendangeurs et des militaires dans les fortes chaleurs de l’été.
Si V érysipèle de la face et du cuir chevelu peut quelquefois donner naissance aune cérébrite, c est, ou par l’extension de l’inllammation de ces parties au cerveau, ou par la douleur qui , l’accompagnant toujours, provoque le délire et la congestion cérébrale à ce degré, auquel l’innervation découle avec plus d’abondance sur tous les points du corps.
Le mouvement fébrile qui existe toujours dans 1 érysipèle de ces parties , rend suffisamment compte et de la congestion légère du cerveau, et de la lésion de l’innervation qui a concouru aussi à produire cet engorgement du cerveau.
Par V exposition de la tète à un soleil très chaud , on augmente l’irritabilité du cerveau, la lésion de l’innervation joue d’abord le principal rôle; plus tard celle de circulation s’y ajoute en vertu de cette loi qui fait affluer plus de sang dans un organe irrité et soumis à l’influence d’une forte chaleur long temps prolongee.Les saisons f roules et chaudes sont aussi des causes capitales de la phlogose cérébrale : les premières agissent en refoulant le sang de l’extérieur sur les principaux viscères; plus de liquide parcourt le tissu cérébral ; le malade est, comme sous l’influence de la stade de froid, un des symptômes d’une fièvre intermittente. Dans les pays froids, les boissons fortes, les aliments dont font usage les habitants , ne concourent pas peu à favoriser la ccrébrite ; ce qui en facilite encoie le développement, est la fatigue qu’éprouve le cerveau de cette déperdition de calorique soustiait pai le froid extérieur. Etant le régulateur de toutes les fonctions , il doit envoyer une plus grande somme de vitalité au cœur , afin que la circulation étant accélérée , il puisse se développer assez de chaleur pour que l’équilibre entre le corps et I aii extérieur soit maintenu.
Les saisons chaudes agissent au contraire en augmentant la quantité de sang dans les tissus extérieurs ; le système vasculaire paraît plus plein , les fonctions s’exécutent mal. L’homme est comme dans la période de réaction d’une maladie , et comme aussi sous 1 influence des rayons solaires qui arriveraient sur le crâne , dont plus haut nous avons expliqué leur manière d’agir. La lésion dominante. dans les cérébrites produites par ces causes , est celle de la circulation. Au chapitre des symptômes , nous prouverons ce qu’ici nous ne lésons qu’énoncer. Que développent encore les saisons chaudes lorsque continuellement on est sous leur influence, si ce n’est un tempérament éminemment nerveux?
Le printemps, comme ''causé d’une cérébritc, est nécessaire à connaître : or, dans cette saison de 1 année , les beaux jours sont quelquefois suivis d autres très froids : il participe donc des saisons chaudes et froides. Ce que plus haut nous avons dit de leur mode d’agir, doit être appliqué à cette autre cause de cérébrite qui nous occupe ici.
Les causes de la phlogose , qui sont dépendantes de certaines professions , agissent toutes à peu près de la même manière , si ce n’est i° le parti militaire qui force le soldat à demeurer sous l'influence des fortes chaleurs de l’été : celte cause agit de la manière que nous avons exposée plus haut , en parlant de l’influence des rayons solaires ; 2° l’état
des charbonniers qui les expose , et aux vapeurs délétères du charbon de bois , qui agissent surtout sur l’innervation qu’elles troublent et suspendent, et encore à une congestion cérébrale qui , jointe à la lésion du fluide vital , suffit pour compléter une lésion très grave du cerveau ; 3° l’état des vendangeurs est encore une des causes principales d’une cérébrite. Chez celui qui n’y est pas habitué , les molécules alcooliques qui se dégagent continuellement des cuves où se trouve du vin en fermentation , ainsi que la grande quantité d’acide carbonique , surexcitent le cerveau et en troublent les fonctions, qui finissent par se pervertir, d’où résultera une lésion, d’abord de l’innervation, et ensuite de la circulation. Les professions de chantres et de joueurs d' instruments à vents agissent, en ralentissant le mouvement circulatoire , effet de la stase du sang dans le cerveau qui ne peut ni pénétrer les poumons , et ni pénétrer dans les cavités cardiaques droites Le cerveau dans ce cas, comprimé , gêné , troublé dans scs fonctions , n’a plus cet empire absolu qui lui appartient , il se trouve réduit à remplir un rôle très faible , il n’a plus conscience de rien, il est privé de vie, anéanti, et par qui? si ce n’est par les causes dont nous venons de parler
On va s’étonner de nous voir placer au nombre des causes de la cérébrite, les saignées pratiquées chez des individus à tempérament nerveux, dans
le but de faire avorter une maladie qui existait sur un des points de l'économie. Ce cas est cependant très commun, et pour que nous ne soyons pas ridiculisé, nous allons expliquer comment elles peuvent concourir à faire naître une phlogose. Comme nous, on sait que, cliez les neiveux, la plus légère douleur est ressentie avec force par le cerveau, l’innervation qui en découle est comme en excès; le malade exagère ses douleurs et les multiplie. Le moindre dérangement dans l’e'cono-, mie est suivi des memes symptômes, une saignee est pratiquée parce qu on la juge nécessaire d apiès la nature des symptômes et l’état du pouls ; elle est presque toujours suivie d’une augmentation des accidents , et d’un trouble plus ou moins marqué dans les fonctions du cerveau Les autres viscères participent à ce dérangement , ils réagissent à leur tour sur cet organe qui devient le siège de mille et mille impressions morbides. Sous 1 influence de tant de causes, le sang, en vertu de cette loi qui l’appelle vers le point irrité; afflue alors avec abondance vers le cerveau ; c’est alors la lésion de circulation qui existe dans ce degre , tandis que dans le premier degré , le trouble de 1 innervation qui prédominait, a été à son tour la cause de la phlogose cérébrale.
Une cause encore de cérébrite , est la disparition subite d’une phlegniasic extérieure ; comme ces sortes de phlogoses produisent toujours beaucoup
de douleur et des symptômes fébriles, en d’autres termes , 1 accélération de la circulation , le cerveau doit s irriter et se congestionner facilement. La phlogose s empare de son tissu ; comme elle est plus vive que celle extérieure, celte dernière doit disparaître et non se transporter au cerveau, comme quelques médecins l’ont cru , car c’est une loi de l’économie qu’une inflammation primitive doit se dissiper lorsqu’une secondaire plus vive se déclare sui une autre partie du corps ; il semble que dans ce cas, toute la vitalité soit portée du premier point sur le second.
Les émanations qui se dégagent de certains matais, peuvent seules donner naissance à une céré— brite. Pour expliquer la manière dont ces émanations agissent, il suffit de réfléchir un instant que des végétaux et grand nombre d’animaux sont en putréfaction dans ces localités , les vapeurs qui se dégagent a chaque instant du jour, sont répandues et dans 1 air qu on respire , et dans celui qui entoure les habitants de ces pays. La grande quantité de gaz acide carbonique et de gaz azote , trouble les fonctions du cerveau d’une manière presque spécifique ; la lésion dominante dans cette phlogose est celle de l’innervation qui , plus tard , entraîne la lésion de circulation.
il est encore plusieurs causes de cérébrite qui seront trouvées dans certains principes immédiats végétaux et minéraux : parmi les premiers , se ren-
contrent l’opium et toutes ses préparations, celles de jusquiame et de belladonne, celles de noix vomique et de fèves saint Ignace , etc.
Toutes ces préparations agissent en modifiant la pulpe cérébrale, cependant nous ignorons la nature de cette modification : ce que nous savons , c’est qu’après leur administration les perceptions sont troublées, l’innervation acquiert un cours désordonné , etc. Le sang continuant toujours à engorger le cerveau , les symptômes qui décèlent la lé-, sion de circulation cérébrale , ne tardent pas à se montrer et à compliquer celle de l’innervation. Ce que nous avons dit des principes végétaux peut s’appliquer à ceux des minéraux : parmi ces derniers , l’émétique en diffère ; comme il provoque le vomissement qui est une cause intérieure de cérébrite, nous en renvoyons l’étude à la section suivante.
DEUXIÈME SECTION
Causes intérieures ou morales, organiques et constitutionnelles de la ccrébrite.
C’est à dessein que nous avons formé une division pour chacune des causes intérieures organiques et constitutionnelles , nous allons faire connaître ce qui nous a porté à adopter de préférence cette division.
Dans toutes les cérébritcs, dont les causes ont leur point de de'part dans les viscères intérieurs , le traitement à leur opposer diffère considérablement de celui de la phlogose produite par les causes qui ont leur siège dans la constitution de l’individu; le traitement à faire suivre au malade dans ce dernier cas , est des plus simples : il emprunte tous ses moyens à l’hygiène , etc. Dans notre chapitre consacré au traitement des maladies cérébrales , nous devons le baser d’après le genre de causes qui ont produit la phlogose du cerveau. On conçoit maintenant pourquoi nous suivons cette marche,
A. Causes intérieures ou morales de la cérébrite.
Les causes intérieures ou morales de la phlogose du cerveau, sont très nombreuses. Nous allons énumérer celles que nous connaissons le mieux : les émotions fortes, les chagrins prolongés, les passions fortes , la frayeur, la perte d’un objet chéri , les revers de fortune , l’ambition déçue , un amour contrarié et non satisfait, les fortes contentions cérébrales et le fanatisme religieux. Nous allons , comme nous l’avons fait pour les causes extérieures , procéder à l’examen de leur degré d’influence sur le cerveau.
Les émotions fortes , avons-nous dit, jouent aussi un bien grand rôle dans la production des maladies du cerveau , et comment en serait-il autrement
quand on sait que toutes elles troublent l’innervation en excitant 1 organe qui la sécrète ? Les principaux viscères sympathisent avec lui , ils troublent leurs fonctions ; le cœur surtout , organe central de la circulation, redouble d’abord d’énergie et d’activité ; plus tard, ses mouvements s’enchaînent et se pervertissent , une vraie congestion s’établit sur le cerveau, et alors la phlogose envahi la pulpe nerveuse centrale.
Les chagrins prolonges agissent non moins que les émotions fortes ; leurs effets sont plus durables, le sang séjourne plus long-temps dans la pulpe cérébrale , la circulation est ralentie, tous les mouvements sont désordonnés , la présence de ce liquide dans le cerveau le met dans un état d’irritation qui produit toujours une modification moléculaire. Dans ce cas, le cours de l’innervation est perverti , troublé , les muscles en général sont excités ; le cœur surtout , et ensuite les poumons , doivent aussi ressentir les funestes effets de cette perversion de la Aie , de ce centre vivifiant.
Les passions ont à elles seules la plus forte part dans le développement de la phlogose du cerveau; les irradiations vitales qui , du cerveau se distribuent à tous les points du corps , agissent dans ce cas de préférence sur le cœur et sur les poumons. Que les passions soient gaies et satisfaites , le cœur recevra plus de vitalité ; si ce sont les passions tristes et non satisfaites qui prédominent , la respiration sera in-
flucncée. Lorsque l’homme est sous l'empire des premières, toujours la relation de l’appareil circulatoire avec les sensations diverses du cerveau , sont des phénomènes très importants ; le centre cérébral est toujours fortement influencé, il commande avec moins d’autorité à l’appareil circulatoire dont les fonctions s’exécutent avec trop de précipitation : ici la lésion dominante est celle de l’innervation dans le premier degré: dans le second, celle de circulation existe.
Si les passions tristes et non satisfaites sont fortes , l’appareil respiratoire sera influencé , la circulation sera ralentie , les poumons refuseront de convertir le sang veineux en sang artériel , ils s’engorgeront primitivement et ensuite le cœur : la congestion cérébrale augmentera , parce que le poumon cessera de remplir ses fonctions , l’innervation dont il a besoin pour l’exécuter lui sera refusée , elle sera toute employée à inventer des moyens pour obtenir ce qu’on desire. Le trouble des appareils respiratoires et circulatoires joints à celui du cerveau , sont seuls les agents qui développent lacérébrite. Au chapitre de symptômes, nous aurons occasion de faire connaître les signes expressifs des passions et les conséquences qui peuvent en résulter.
Les revers de fortune , comme cause de la pblogose du cerveau , ont un mode d’agir tout particulier, elles participent et des passions fortes et des
passions tristes. Dans le premier cas , le cerveau , en vertu de son état, de tension , trouble toutes les fonctions de 1 économie, la vitalité de tous les tissus est augmentée, les impressions accoutumées qui arrivent au cerveau ne sont plus perçues, quelque soit leur plus ou moins grand degré de force ; il ne court plus au devant avec avidité pour en former des raisonnements et se les approprier, afin d’être maintenu dans un état normal. Si la contention est forte, si la lésion circulatoire prédomine , le sujet n’en a pas connaissance ; si , au contraire , l’innervation est plus abondante , elle achève de pervertir toutes les fonctions en augmentant le trouble nerveux. La digestion , dans ce dernier cas , provoque aussi et augmente l’état d’irritation du cerveau par l’excitation que les aliments font, par la surface gastrique. Les revers de fortune, nous avons dit plus haut, participent, dans un second cas , il y a alors affaiblissement des fonctions i° de la nutrition , prouvée par la maigreur ; 2° de la circulation , par la lenteur du pouls et l ’enchaînement de la respiration: 3° de l’innervation, prouvée par les désordres intellectuels, ces trois symptômes se trouvent toujours réunis dans ce dernier cas , et ne sont qu’un effet d’une congestion sanguine cérébrale ; cette dernière finit toujours par produire une désorganisation de la pulpe nerveuse dont les symptômes seront décrits en leurs lieu et place.
La frayeur ç. st peut-être la cause la plus obscure
d’une phlogose du cerveau; sa manière d’agir varie suivant la plus ou moins grande susceptibilité cérébrale : elle peut ou déterminer la mort, un état de folie , ou une congestion cérébrale , ou enfin une apoplexie mortelle, ce qui n’est pas très rare malheureusement. Nous pensons que si l'individu est doué d’un bon tempérament, l’émotion que produit la frayeur vive , trouble subitement en un clind’œil et anéantit toutes les fonctions du cerveau ; le cœur cesse de se contracter , les poumons refusent de se dilater à l’abord du sang , la lésion capitale est celle de l’innervation dont le cours est suspendu. Ainsi s’expliquent , par le défaut de l’influence nerveuse, la mort du cœur et des poumons, et la paralysie du cerveau par les impressions fortes que la frayeur a développées Si la folie est le résultat de la frayeur, c’est que les impressions, quoique vives, ont produit un moins grand ébranlement. Cette cause funeste a perverti le cours de ce fluide vivifiant. L’harmonie parfaite des fonctions circulatoires et respiratoires n’existe plus ; le cerveau est influencé d’une toute autre manière , d’où résultent ces désordres dans les fonctions de l’intellect.
Si une congestion cérébrale es! la suite d’une frayeur vive, répétée, c’est que l’individu avait plutôt une constitution sanguine que nerveuse. L ébranlement qui est résulté de cette cause, a laissé séjourner le sang plus long-temps dans la pulpe nerveuse ,
comme l’ont prouvé le coma plus ou moins profond , la paralysie momentanée du mouvement et du sentiment des extrémités ou d’autres parties du corps A cette congestion , peut succéder une inflammation de la pulpe nerveuse, une modification de sa nutrition. Dans cette maladie, nous voyons deux lésions bien tranchées , celle de la circulation et celle de la nutrition : quant à la lésion de la nutrition , elle est bien peu manifeste , mais n’en existe cependant pas moins quelquefois , comme on a pu s'en assurer par la description des caractères anatomiques après la mort due à une forte congestion produite par la frayeur répétée.
Si l’apoplexie est quelquefois la suite d’une vive frayeur, elle ne se montre pas à l’instant où l’individu a été exposé à l’influence de cette cause , elle n’a du être que consécutive à une congestion cérébrale, qui doit toujours aller en augmentant jusqu’au moment où la mort a lieu , soit par l’épanchement du sang hors de ses vaisseaux , ou par la compression de la pulpe cérébrale par l’excès d’amplitude de ces mêmes vaisseaux. Nous voyons là le type d’une lésion de circulation , tandis que nous ne fesons que soupçonner celle de l’innervation.
La perle d'un objet chéri cl (limé, est de toutes les causes des maladies cérébrales, celle qui existe le plus long-temps, aussi les suites en sont-elles toujours graves; la constitution en reçoit une funeste atteinte . toutes les fonctions s’exécutent avec
difficulté, la nutrition surtout , languit; la circulation est tantôt accélérée et tantôt ralentie , les sensations ne lont aucune impression sur le cerveau dont l’activité est presque toujoui’s pervertie.
A ce premier degré, l’innervation joue le principal rôle dans la production de ces symptômes morbides. Plus tard, l’irritabilité du cerveau allant toujours croissant, le fluide sanguin vient , par sa présence, changer la face de tous les symptômes ; il irrite le cerveau et augmente encore le trouble de toutes les fonctions. Cette seconde lésion est celle de la circulation. Un changement moléculaire a lieu comme l’ont prouvé les ouvertures cadavériques : cette lésion sera appelée lésion de nutrition. Très souvent des collections de liquide séreux ou purulent ont été trouvées dans le cerveau et à l’ extérieur, c’est une lésion de sécrétion.
L' ambition déçue , comme cause d’une cérébrite , agit en pervertissant les mouvements moléculaires du centre cérébral ; toutes les fonctions les plus utiles à l’existence sont troublées ; les viscères, sièges de ces désordres sympathiques , réagissent à leur tour sur le cerveau ; la circulation surtout doit fixer l’attention à cause de l’importance qu'elle acquiert dans la production de laphlogosc cérébrale, à force du séjour du sang dans la pulpe nerveuse , les symptômes deviennent plus inquiétants , la circulation envoyant plus de sang aux poumons qu’ils ne peuvent en artérialiser, se trouble aussi de pro-
dhe en proche , la congestion des organes respiratoires gagne le cerveau, et c’est* alors que la cérébritc peut éclater. Cette cause , dont nous expliquons le mode d’agir, est d’autant plus dangereuse que l’individu est constamment occupe de sa position actuelle ; c’est la lésion de l’innervation qui a joue le principal rôle dans la production de ces phénomènes.
Un amour contrarié et non satisfait semblera peut-être impossible de produire une inflammation du cerveau, eh bien ! c’est ce qui n’est pourtant pas. Que de tentatives n’entreprend pas celui qui est amoureux , afin d’obtenir ce qu’il convoite avec tant d’ardeur ? Que d'émotions et de tourments n’éprouve-t-il pas;’ Que d’angoisses et de craintes ne s’assaille-t-il pas? Pense-t-on que toutes ces craintes peuvent agir sans produire aucun effet sur la pulpe nerveuse ? ce serait se tromper grandement , car les phénomènes qui se montrent ici , décèlent un état de surexcitabilité cérébrale provoqué par les causes que nous venons d’énumérer, toutes elles agissent en augmentant l’activité cérébrale , d’où il suit un surcroît d’énergie dans l’arbre circulatoire. La congestion cérébrale se répète tant de fois sous l’influence de cette cause , que l’inflammation, qui en est une conséquence inévitable , fait des progrès rapides en bien peu de temps.
Les fortes contentions cérébrales ont aussi une bonne part dans la production de la cérebrite: elles
agissent en concentrant toute l’activité vitale sur le cerveau dont les fonctions deviennent plus vives; les autres viscères souffrent de la privation de l’influx nerveux qui est tout employé à l’acte cérébral; les mouvements sont ralentis , les principes de vie qui existent en trop grande quantité dans le cerveau , annoncent un travail plus grand dans la pulpe cérébrale. Les sens extérieurs sont comme paralysés , ils ne fonctionnent plus. D’après l’état d’enchaînement dans lequel se trouvent et les fonctions de l’économie et les organes des sens, il est facile de concevoir que le cerveau doit éprouver de la fatigue et beaucoup de tension lorsqu’il est constamment sous l’influence continue de ces causes. Cet état ne peut durer un certain temps sans que le cerveau ne s’exalte outre mesure. Lorsqu’il se trouve dans cet état d’érection , le sang, ce principe vivifiant, quelquefois modifieson tissu intérieur d’une manière qui ne peut être révoquée en doute. Le séjour prolongé de ce fluide sanguin dans la pulpe cérébrale , développe encore une inflammation des parties avec lesquelles il est en contact. Le cœur, les poumons, sympathisent alors avec le cerveau: l’état de gène dans lequel ils se trouvent , ajoute aux désordres fonctionnels et intellectuels: la lésion de circulation est ici bien manifeste , celle de l’innervation qui existait au premier abord, est comme masquée par elle, et ne peut , par conséquent, être révoquée en doute.
l^e fanatisme religieux mérité de fixer notre attention pour Ja production des maladies cérébrales, suivant que l’individu est jeune ou âgé. Dans le premier cas , on sait que le cerveau a une certaine prédisposition à s’irriter. Lorsque la cause dont nous nous occupons, agit «à cette époque, la maladie est plutôt une lésion de la circulation qui entraîne une congestion cérébrale , mais à ce degré, où toutes les fonctions sont surexcitées ; l’arrivée du sang au cerveau continuant toujours d’avoir lieu , la pulpe médullaire se modifie , s’enflamme , se congestionne de plus en plus, et il résulte de ce qui précède que l’état dans lequel se trouve le centre cérébral , est dû à la présence du sang dans les vaisseaux du cerveau et à l’âge de l’individu.
Dans le second cas , lorsque l’individu est plus avancé en âge , ou la cause agit avec moins de force , ou tout en conservant son énergie , elle est moins sentie en raison de l’empire de l’habitude ; mais si les craintes de l’enferviennent s’ajouter au fanatisme religieux (il est remarquable que plus l’homme approche du terme de la vie, plus la crainte des châtiments fuiurs\e tourmente), le cerveau semble sortir de son état de torpeur , il reprend son empire sur toutes les fonctions qu’il avait comme négligées depuis long-temps. Comme ce signe d’excitation ne peut être compatible avec l’état des organes , comme cette vigueur cérébrale n’est que passagère , le cerdoit , en vertu du surcroît d’énergie qui l’a-
veau
nime , s’irriter bien facilement , et c’est ce qui est très commun en effet. L’irritation qui s’empare du cerveau appelle, dans un temps donné, une plus grande quantité de sang dans son intérieur : ce liquide l’excite, l’agace, modifie sa structure et s’épanche quelquefois dans sa pulpe. Un tissu de nouvelle formation peut, après tant d’irritations répétées, se montrer dans cet organe; et s’il en est ainsi, c’est une lésion de nutrition.
En terminant l’étude des causes morales des affections du cerveau, nous allons dire quelques mots sur la dégradation cérébrale. Dans le jeune âge , le cerveau non encore parfaitement organisé , ne peut remplir les hautes fonctions intellectuelles , il n’a que le pouvoir de distribuer le fluide nerveux sur tous les points du corps , afin d'y maintenir l’harmonie d’action.
Plus tard , lorsque le corps a acquis tout son développement , l’intelligence commence sa carrière, l’innervation qui devra être employée à sa production, sera en plus grande abondance , par cette raison que le corps en a moins besoin , ayant acquis le développement parfait. Ici le cerveau jouit de toute l’énergie dont il est susceptible ; mais , dans un âge plus avancé , il devient presqu’insertsible aux expressions , sa vitalité diminue , il est épuisé de fatigue, comme usé; l’intelligence se trouble et devient obtuse : la cause d’un tel changement ne dépend bien certainement que d’une
modification dans la constitution intime, du cerveau , nos adversaires les philosophes ne peuvent le nier. Dans l’extrême vieillesse, les symptômes de destruction cérébrale sont bien plus marqués, l’homme n’a plus quelquefois le sentiment, de l’existence , les mouvements sont abolis , la sensibilité éteinte , les corps extérieurs ne font plus d’impressions sur le cerveau, l’activité des sens est paralysée , l’homme n’a plus aucun souvenir du passé , et il vit d’une façon toute automatique.
Puisque le sentiment du moi, l’intelligence, etc., sont nuis , nous demanderons maintenant quelle est la cause d’une telle dégradation, si ce n’est la fatigue du cerveau? S’il en est ainsi, c’est donc qu’il est le seul organe de 1 intelligence , le seul enfin capable de lui faire acquérir le plus haut degré de développement.
Concluons de ce qui précède que la mort du vieillard est le résulat de la fatigue éprouvée par le cerveau ; cette conclusion est tellement vraie que plus le cerveau a reçu d’impressions , plutôt la mort naturelle arrive.
B. CAESES ORGANIQUES ET TEMPORAIRES DE I.A CÉRÉBRITE.
Ces causes sont assez nombreuses , et parmi les plus connues, se trouvent les maladies du cœur, du poumon , l’inflammation des nerfs, la suppression d’une hémorragie, d’une saignée, d’un écoulement sanguin naturel, les vomissements , l’in-
ÎOO
flammation du conduit digestif, notamment de l’estomac, les hémorroïdes, la présence d’un corps étranger dans le tissu cérébral et l’altération de sa structure, certaines qualités du sang, la répercussion brusque d’une congestion sanguine, le sommeil long-temps prolongé , l’époque de la dentition, la suite des grandes opérations et des blessures traumatiques, en un mot, et enfin toutes les douleurs vives dues à une inflammation d’une partie du corps.
L’influence de ces causes sur la production de la phlogose du tissu cérébral , va fixer notre attention dans cette série. Comme pour les causes extérieures et morales, nous aurons soin de remonter à la manière dont elles modifient la pulpe cérébrale. L’inlelligence saisit déjà bien plus facilement ce qui peut être le produit de la lésion de circulation , de celle de nutrition , etc. , depuis que nous avons expliqué le mode d’agir de chacune de ces causes énoncées précédemment.
Pour nous , nous demeurons convaincu que le seul moyen de rendre service à l’art de guérir, est de chercher pourquoi telle cause produit tel effet, et comment elle le produit. Comme la conviction ne se commande nullement , nous ne pouvons blâmer ceux qui exercent la médecine et les auteurs qui ont étudié les maladies du cerveau. Loin de nous la pensée de jeter de la défaveur sur ces hommes célèbres ; mais leur croyance, quelque bien établie