‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 8 sur 28 · IO I · texte numérisé non relu

IO I

qu’elle puisse être, est fausse. Jamais ils ne pourront nous faire changer notre méthode de décrire les maladies C’est, suivant nous , la seule conforme à la vraie raison.

Si les médecins, et particulièrement les élèves qui nous lisent , se refusent avec opiniâtreté de croire à la justesse de nos explications physiologiques , comme ne leur semblant pas assez bien démontrées , qu’ils nous enseignent une autre direction ; s’ils ne le font pas , nous leur dirons que par leur esprit de système et leur incrédulité, ils entravent la marche des sciences médicales, en y maintenant et soutenant des erreurs difficiles à détruire , en conservant comme faux des prestiges grossiers qui en imposent toujours a ces individus à cerveau étroit, qui rejettent avec dédain ce qu ils ne peuvent comprendre.

Reprenons la description des causes organiques de la phlogose cérébrale, que nous n avons lait qu’énumérer rapidement en commençant ce paragraphe.

Les maladies du cœur , soit organiques ou vitales, doivent occuper le premier rang parmi les causes de la cérébrite. Le ventricule gauche hyperthrophié en se contractant avec plus d’énergie, chasse le san» avec force dans le tissu cérébral : celte cause

étant continue, le cerveau se congestionne bientôt, plus de sang parcourt sa masse pulpeuse , les vaisseaux artériels du cerveau sont plus dilates, ils

pressent la masse cérébrale ; les vaisseaux veineux r au contraire , ne peuvent le débarrasser de tout le liquide qu’il contient , l’accumulation du sang augmente, il fatigue cet organe, l’irrite , l’innervation se répand alors avec plus d’abondance sur tous les viscères, leurs fonctions sont troublées. Ce désordre est partagé par la masse nerveuse, l’inflammation s’en empare, et les symptômes qui la décèlent , se confondent insensiblement avec ceux de l’irritation qui la précédaient depuis si long-temps. La lésion de la circulation est ici bien manifeste , tandis que celle de l’innervation ne peut être que soupçonnée ; la lésion de nutrition a été observée dans plusieurs cas semblables.

L’union très intime du cœur avec le cerveau, rendra raison de ce que nous allons avancer de l’inlluence de l’innervation sur les mouvements actifs du cœur; et comment l’expliquer autrement lorsqu’on sait qu’une émotion passagère qui n’est qu’un trouble dans l’action nerveuse, enchaîne ou trouble la marche du lluide sanguin. Ici, comme nous le verrons plus bas , la lésion prédominante sera celle de l’innervation, et la secondaire celle de la nutrition. Pesons remarquer en passant que ces deux lésions sont toujours causes et effets l’une de l’autre.

Si l'oreülcite droite a ses ouvertures naturelles rétrécies, le sang éprouve do la peine et à pénétrer dans son intérieur et à en sortir: il engorge de

proche en proche i° les poumons, comme le témoignent la toux et la difficulté de respirer ; 2° ensuite le cœur, les vaisseaux qui en partent et y arrivent; 3° et enfin le cerveau; dans ce cas, bien que le sang remplit outre mesure les vaisseaux veineux cérébraux , la cérébrite se déclare plus lentement , ce qui dépend de l’activité moins grande de la circulation veineuse, et des qualités moins excitantes du sang noir.

L’innervation ne reste pas étrangère à la production de tous ces phénomènes , elle paraît comme troublée par l’absence de l’excitant ordinaire du cerveau (le sang rouge), le cœur précipite ses mouvements en pure perte le sang n’y arrive qu’avec beaucoup de peine, le cerveau éprouve une modification intérieure organique qui rend compte des pesanteurs de tète, des douleurs vives, etc.; la congestion augmentant continuellement., l’hypérémie doit envahir le centre cérébral ; les lésions

qui , suivant leur ordre d’importance, doivent être rangées dans ce cas , sont celles de la circulation de l’innervation et celles de la nutrition.

Lorsqu’il y a rétrécissement de l’orifice auriculo -veniri eu luire droit et de l’ouverture de la veine

cave supérieure , la maladie du cerveau esttoujours le résultat de la stagnation du sang dans les vais-

seaux veineux du centre cérébral. Ce que nous avons dit des lésions de l’oreillette gauche, peut s’appliquer à la droite , avec cette différence qu ici

aucun symptôme n’existe du côté des poumons La lésion circulatoire c-st la seule qui doive fixer notre attention , cependant la lésion de nutrition n est pas très rare; celle de l’innervation n’occupe qu un rang bien secondaire.

Les maladies du poumon, suivant qu’elles sont aigues ou chroniques, générales et partielles , agissent sur le cerveau d’une manière differente. Dans le premier cas, les efforts de toux, en empêchant 1 arrivée du sang du cœur dans les poumons, favorisent l’engorgement du tissu cérébral d’un côté ; tandis que le cœur, se contractant avec force, chasse le peu de sang qu’il reçoit dans le tissu cérébral, alors il s irrite ; si la toux se répète souvent, le cerveau se fatigue bientôt et ne tarde pas à s’enflammer ; la cerébrite est donc due ici à l’engorgement cérébral par le sang veineux, à la fatigue et à la secousse que le sang artériel lui fait éprouver.

Dans le deuxième cas, lorsque la maladie est chronique enfin, deux ordres de causes se présentent h étudier, le poumon, en livrant passage au sang, doit favoriser la congestion cérébrale. Le sang qui est chassé par le cœur au cerveau , n’a plus les qualités vitales nécessaires , sa présence fati guo le cerveau, comme la cause qui empcche son artérialisation parfaite existe depuis longtemps. On ne doit pas s’étonner si la cerébrite est quelquefois latente. Si la maladie chronique du poumon est accompagnée de toux forte , alors

io5

la phlogose cérébrale revêtira un autre caractère et deviendra intense, ce qui est très commun. Dans ces deux cas , la lésion de circulation est. la cause de la plilogosc, c’est elle qui joue le principal et unique rôle , celle de nutrition ne se rencontre que dans le second ; mais, quant, à la lésion de l’innervation , elle n’existe que dans le premier, et encore à un bien faible degré.

Lorsque la maladie du poumon est générale , ce qui heureusement est assez rare , la cérébrite se montre promptement : la cause de cette apparition si subite ne dépend certainement que de la difficulté que le sang éprouve pour traverser les organes de la respiration ; les mouvements du cœur sont de plus en plus gênés , entravés ; l’état de la circulation est digne de remarque , elle est difficile, troublée, presque anéantie; l’angoisse est inexprimable, les idées sont, confuses , embrouillées ; une disposition invincible au coma achève de dissiper tous les doutes qui pourraient exister sur la cérébrite.

Dans le quatrième cas, lorsque l’inflammation du poumon est partielle , le centre nerveux s’irrite plus lentement , la toux étant moins lortc et moins fréquente : l’obstacle a la circulation moins prononcée , rend facilement raison de cette différence. Cependant, comme les portions de poumons restées saines, ont un surcroit d’activité pour suppléer à la portion malade , elles se fatiguent bientôt;

io6

le cerveau en reçoit des impressions bien plus vives; l’innervation fournit, plus de vitalité au système circulatoire, la marche des colonnes sanguines ar térielles est plus accélérée , le cerveau se congestionne d’un côté par l’arrivée précipitée de ce fluide vivifiant dans son intérieur; de l’autre , par la difficulté que le sang veineux éprouve pour retourner au cœur.

L’inflammation des nerfs, comme cause d’une cérébritc , a déjà été citée par quelques auteurs , notamment par M. le professeur Lallemand. Pour se rendre compte de la production de cette maladie, il s’agit de se rappeler que le cerveau , organe de toutes les sensations, sympathise avec tous les organes lorsqu’ils sont irrités , qu’il souffre seul d’abord , et que plus tard tous les autres participent à son état de malaise ; d’où il suit que le cerveau , recevant les impressions qui lui sont transmises par les organes irrités , doit s’affecter d’autant plus promptement, que ces memes parties sont pourvues de tissus plus sensibles. Comme les nerfs sont de tous les organes du corps les plus propres à développer au cerveau une sensibilité insolite et un changement dans sa constitution intime , inappréciable par nos sens, il est vrai , il n’est pas étonnant que leur inflammation puisse produire une cérébrite.

Nous pensons que l’inflammation des nerfs , proprement dite, sur la production d une cérébrite, n’a pas été assez, étudiée : que les névroses de ce$

mêmes parties, c’est-à-dire les changements organiques de ces conducteurs inappréciables à nos sens, ont aussi une bien grande part sur le développement de la plilogose cérébrale.

Plus haut, dans la section des causes morales ou intérieures de la cérébrite , nous avons suffisamment prouvé que tout ce qui trouble le cours de l’innervation doit concourir à la production d’une maladie cérébrale ; nous nous croyons dis—

* pensé d’y revenir. TJn seul mot ici à l'occasion du trouble de l’innervation des nerfs, ne sera pas déplacé. Si l’innervation est un peu au dessus de son type normal , le cerveau ne se congestionnera pas encore , mais une plus forte congestion s’établira ; si elle est bien au dessous , les mouvements et la vie de toutes les parties du corps sont affaiblis, le cerveau se congestionnera : il ne pourra plus réagir et dissiper cet état d’engourdissement. Donc finnervation , soit qu’elle existe en trop grande quantité, soit qu’elle est entravée dans sa formation, l’engorgement cérébral peut avoir lieu, dans le premier cas, par l’accélération de la circulation , dans le second , par son ralentissement. Nouvel exemple où deux causes bien opposées produisent le même eflet ; la congestion cérébrale.

On va se récrier sans doute sur le rôle que nous fesons jouer , dans les maladies du cerveau , au fluide sanguin et au fluide nerveux : mais comme ces deux principes sont indispensables à l’entretien

de l’existence, et que la privation de l’un d’eux entraîne infailliblement la mort , il devient bien difficile de ne pas leur accorder toute l’importance qu’ils méritent naturellement. Au surplus , qu’importe la critique de ces hommes qui se plaisent à mépriser ce qui n’entre pas dans leurs systèmes, parce qu’on tranche hardiment leurs opinions et qu’on raisonne d’après l’observation attentive des causes et des symptômes d’une maladie. Ils croient , sans doute , que par egard au moins pour leur supériorité, on ne devrait pas agir avec tant de hardiesse. Eh bien , ils se trompent beaucoup! ni leur supériorité ni leurs talents ne devront jamais arrêter ; on doit lutter avec eux corps à corps , contredire leurs opinions , parce qu’elles sont fausses , et leur manière de traiter , parce qu’elle n’est que le fruit de l imitation et non du raisonnement et de l’observation. S ils administrent un médicament ils ne cherchent pas à s’expliquer son mode d’agir , il suffit qu’il ait été prôné et prescrit par des célébrités médicales , pour que la constitution et la maladie se plient devant lui: ils croient sur parole tout ce que leur disent ceux qui les surpassent en talents: et, semblables à des perroquets, ils vous répéteront mot pour mot ce qu ils ont lu ou entendu dire sur l’efficacité d un moyen médicamenteux dans telle ou telle maladie. De pareils médecins sont plus nuisibles qu utiles aux malades qui réclament leurs secours, (.es hommes

io9

qui , sans avoir recours à l’expérience , adoptent aveuglément tout ce qui est annoncé comme capable de guérir, sont presque tous doués d’un esprit faux ; et malheureusement il est de leur nature de croire ainsi à tout ce fatras de charlatanisme médical : nous entendons par charlatanisme , celle théorie ridicule qui prétend que la vue des malades suffit pour former le médecin et connaître l’étendue de la maladie contre laquelle ils administrent des moyens qu’une routine grossière vantera spécifiques.

Nous ne prétendons pas cependant que les explications physiologiques et théoriques que nous avons données jusqu’à présent, soient de la plus grande justesse, au contraire , nous savons parfaitement que plusieurs présentent un peu d’obscurité. Pour toute récompense de nos peines , nous demandons une vérification exacte de nos explications physiologiques, etc., et si on les trouve vraies et exactes, nous aurons à nous féliciter d’avoir fait un peu aussi pour la science médicale,

La suppression d’une hémorragie , d’une saignée et d’un écoulement sanguin naturel , doivent aussi nous occuper comme causes d’une cérébritc. Comme leur mode d’agir sur la production de cette maladie varie , nous allons les étudier chacune séparément :

i° La suppression d’une hémorragie qui se lésait à des époques fixes ou indéterminées , ayant lieu ; la circulation se précipite , toute l’économie est

Page 1