‹ Traité du choléra orientalChapitre 13 sur 27 · NATURE DU CHOLERA · texte numérisé non relu

NATURE DU CHOLERA

Nous venons d’èxposef én détail les syrnptôrneS de la maladie et les lésions anatomiques qu’elle laisse après elle, il s’agit maintèhant de déterminer , a 1 aide de ceS données, et autant qüe le permet 1 état actuel de nos connaissances , quel est le siège et la nature du cbolera ; il s’agit d’examîbCi s il est possible de résoudre les questions suivantes :

Sur quel organe le principe cholérique porte-til sa première atteinte?

De quelle nature èSt l’affection ù laquelle il donne lieu ?

iâr quels moyens produit-il la mort?

Quelle est 1 importance dé l’anatomie pàtliologiqûe dans cetté maladie?

Le mal donne-t-il la mort par une action directe sur le système nerveux, ou bien ne met-il fin à l’existence qu’en désorganisant matériellement quelques-uns des organes essentiels à la vie ?

Sans doute , quand on poursuit l’examen de pareilles questions, on trouve bientôt la borne au-delà de laquelle l’œil le plus perçant ne rencontre que d’incertaines lueurs ou d’impénétrables ténèbres. Cependant cette application de nos connaissances physiologiques n’est dénuée ni d’intérêt ni d’importance ; c’est la meilleure pierre de touche de nos progrès.

L’application des maladies est une sorte de contre-épreuve de notre physiologie. Le problème physiologique se présente à chaque instant sous deux formes. Telle action sur l’économie étant donnée, qu’en résultera-t-il? Et réciproquement, tel effet produit sur l’économie étant donné, quelle est l’action qui y a donné lieu ? Dans le cas du choiera , nous ignorons quel est le mode de l’agent morbifique sur l’economie; mais nous connaissons un certain nombre des phénomènes qu il produit. C’est de cette base que nous partons pour arriver à l’origine. Cette origine est, à la vérité, hors de notre atteinte, mais encore est-il bon de noter tout le chemin qu’il nous est permis de faire, et combien nous eu approchons,

Le choiera a deux modes de se manifester î ou bien il attaque brusquement 1 individu avec violence, et lui porte une atteinte subitement mortellcj alors la vie s’éteint en une ou deux heures; néanmoins il survient encore quelques symptômes du côté des voies digestives ; ou bien, et c est le cas qui est à beaucoup près le plus fréquent, la vie ne reçoit pas de prime-abord un coup aussi rude. Les premiers désordres se manifestent dans

le canal intestinal, et ce n’est qii 'après qu’ils ont duré un temps plus ou moins long, que le mal passe à un grand état d’acuité; mais , pour avoir pris ce détour , il n’en arrive pas moins au terme. La vie reçoit cette atteinte profonde qu’elle n’avait pas reçue du premier coup, et tout devient semblable pour la gravité des symptômes, entre le malade qui a commencé par les vomissemens et la diarrhée, et celui que le mal a frappé d’abord comme un coup de massue.

Le trouble de l’appareil gastrique est donc un des caractères essentiels du choiera, un caractère qu’il fout foire entrer en première ligne pour l’explication pathologique.

Un phénomène non moins important à signaler, c est le désordre qui se manifeste dans la circulation et l’hématose. Le sang fuit la périphérie; il se réfugie dans les gros vaisseaux et dans la piofondeur des organes , et non-seulement on remarque cette fuite du. sang, qui se retrouve aussi dans les frissons des fièvres d’accès, mais encore ce liquide subit une altération manifeste ; il est plus noir , plus épais; il ne se sépare pas en caillot et en sérum; il contient une quantité de substance^ coagulable beaucoup plus considérable qu’à l’ordinaire; en un mot, ü est modifié et dans son mode de circulation et dans quelques-unes de ses propriétés.

Ces deux phénomènes capitaux ne sont pas la cause 1 un de l’autre : ni le sang modifié d’une maniéré quelconque ne peut produire ces vomissemens et ces déjections d’une matière particulière, ni 1 affection du canal intestinal ne peut donner subitement naissance à de pareilles altéra ions U liquide sanguin. 11 fout remonter plus I3U , cheicher ailleurs un lien , une cause coin-

mune qui rattache l’un à l’autre ces deux phénomènes dissemblables et cependant concomi-

tans.

Or, ces faits conduisent directement l’esprit sur le système nerveux ganglionnaire, qui tient sous son influence les fonctions immédiatement troublées par le choiera. Il y a sur ce sujet une remarque assez, curieuse à faire: dans la colique saturnine j qui se manifeste par de vives douleurs et une constipation opiniâtre, et où le plomb paraît avoir agi sur les nerfs ganglionnaires, les extrémités se paralysent; dans le choiera, où les mêmes nerfs semblent attaqués, mais ou les déjections sont excessives , les extrémités sont agitées de mouvemens convulsifs et de crampes douloureuses. Il semble évident , par le rapprochement de ces faits, qu’il y a , entre certaines affections abdominales et les membres, quelques relations pathologiques , que l’on désigne sous le nom de sympathie, et qui nous prouvent combien nous sommes peu avancés dans la vraie phy-

siologie. ^

Un symptôme constant du choiera porterait a

croire que le nerf vague n’est pas étranger a l atfection; c’est l’altération de là voix qui est particulière aux cholériques. r i. * j

Si maintenant on se reporte aux résultats des

autopsies; si l’on se rappelle que dans les cas ou la mort est arrivée promptement, les lésions trouvées sur le cadavre sont ou nulles ou legeres^ variables, incertaines, onseratrès-fortement porte à croire que le choiera exerce son action primitive sur les nerfs régulateurs de la vie organique ,^et que de lâ le coup se fait sentir immédiatement sur le canal digestil etla circulatiom

De quelle nature est cette action? H est impos-

sible de faire aucune réponse à celte question. Pour savoir comment un mécanisme se dérange, il faut savoir comment il agit, et nous ignorons absolument le mode par lequel les nerfs ganglionnaires exécutent leurs fonctions. Ainsi, en essayant d’expliquer comment le choiera se rnanifestedans l’économie, nous ne ferions qu’enter une hypothèse sur une hypothèse; car il ne faut pas s’y tromper, tant qu’on n’aura pas, pour reconnaître les lésions des nerfs, d’autres signes que des signes négatifs ou des inductions, l’esprit pourra bien se sentir naturellement porté à chercher dans ce domaine inconnu l’explication des phénomènes qu’il ne peut concevoir; mais il devra se défendre de transformer en certitude une supposition , et une interprétation douteuse en une base capable de supporter des raisonnemens ultérieurs.

Mais lorsque la maladie a duré un plus long espace de temps, des désordres variables dans leur siège, mais plus ou moins profonds, se trouvent sur les cadavres qui ont succombé. Les membranes muqueuses de 1 estomac et des intestins sont rouges et ramollies , les poumons sont gorgés de sang, le cerveau et la moelle sont remplis de ce liquide ; on y remarque même parfois des épanchemens sanguins ou des effusions séreuses. Ces désordres sont constans lorsque le choiera a duré ^ et Ion conçoit tres-bien que de pareilles lésions produisent la mort par elles-mêmes. Dans ce cas, le choiera s est transformé; il a donné naissance aux maladies secondaires.

Les variations dans le siège de ces lésions, mais leui constance dans leurs modes d’être, portent foilerïient à croire qu’elles sont dues à une seule et même cause , et que cette cause est l’arrêt du

sang épaissi, altéré, troublé dans son cours par i’impressiou du choiera. Alors, suivant des circonstances qu’il ne nous est pas donné d’apprécier, c’est tantôt vers les intestins, le foie, les poumons ou les organes nerveux centraux, que se fait l’accumulation du sang; alors il arrive deux cas : ou le malade a résisté à l’impression du choiera ; ces accumulations morbides ont été peu considérables, elles se résolvent promptement, et le malade guérit; ou bien l’action du choiera est complètement éteinte chez le malade; mais il reste en proie à des affections plus ou moins graves et de diverses natures, qui sont le produit de ces stas;es pathologiques du sang.

Les mains, les pieds et plusieurs points de la peau , restent bleus sur les cadavres des cholériques; de pareilles congestions s’effectuent à des degrés variables dans les organes , et produisent , quand le malade a résisté au premier assaut, des maladies secondaires qui peuvent présenter un très-grand danger. Il se passe ici, dans un temps très-court, ce que l’on voit arriver dans un plus long intervalle chez les individus atteints de fièvres intermittentes. Quand ces fievies ont duie long-temps, il survient un gonflement delà rate, une ascite , qui ne sont ici que des phénomènes secondaires, mais qui ont leur gravité , et qui compromettent souvent les jours du malade. L est là l’anatomie pathologique secondaire des fièvres d’accès, condition qui, lorsqu’elle survient , produit une maladie toute autre que cellequi a donne d’abord naissance à ces altérations organiques. Il en est de même dans le choiera : quand il ne tue pas du premier coup J il produit dans 1 économie un trouble qui se révèle par des lésions diverses dans certains organes , et ces lésions à leur tour

sont le point de départ d’autres phénomènes morbides , qui ont leurs symptômes, leurs dangers et leur traitement.

Cette ehronologie des symptômes et des lésions, utile dans dans toutes les maladies, jette du jour sur la marche du choiera.

En résumé, il résulte de cette discussion :

1“ Que le choiera est une affection manifestée pat un trouble dans les organes digestifs et la circulation ; '

2“ Que, probablement, ces deux désordres fonctionnels sont produits par une lésion du système nerveux qui préside à la vie organique;

3“ Que, dans cet état , le choiera peut tuer, sans laisser de désordres dans la texture des organes.

4“ Que, lorsqu’il dure plus long-temps , il produit diflérentes lésions, qui quelquefois se résolvent t)ès- facilement, mais qui souvent aussi compliquent le choiera d’alFections secondaires plus ou moins dangereuses.

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