CAUSES DU CHOLERA
C’est un phénomème singulier, que de voir une maladie connue , fréquente, revêtir subitement un caractère nouveau , qui en agrandit énormément a poitee , et qui frappe les hommes de terreur, insi , le choiera, de simplement sporadique ou cpi emique qu il s était montré dans les siècles pré--
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cédons, a acquis , il y a quelques années , une faculté de propagation qui , des bords du Gange l'a porte sur ceux de l’Elbe et ,*usqu’à la capitale’ de Angleterre. Avant d’examiner les conjectures qu’a enfantées la cause d’un pareil phénomène consignons une remarque qui n’est pas sans intérêt dans la question. On sait que , vers la ün du quinzième Mecle, éclata en Italie et en France Ja^yphil“! qui ne tarda pas a se répandre dans le reste de Europe Les hommes jusque là n’avaient rien vu de semblable; ils s’effrayèrent. Les parlemens et les rois prirent des arrêtés pour arrêter la propagation du mal, que depuis on a su mieux guérir; mais que , pas plus qu’alors , on ne sait arrêter. Des médecins , venus plusieurs années après cette soudaine apparition, en placèrent l’origine dans l’Amerique , qui avait été découverte dans le même emps et cette idée prit possession de tous les espnts. Mais depuis , des recherches approfondies ont fait voir que l’origine américaine de la syphiis était une chimère; et, en compulsant les auteurs qui ont précédé le quinzième siècle, on a trouve qu il avait existé de leur temps des maux veneriens, tels que chancres et écoulemeus. Cependant on 11 y a pas trouvé non plus rien qui ressemble à la maladie telle que le quinzième siecle nous 1 a transmise. Il est donc vraisemblable qu à cette epoque les maux vénériens acquirent une intensité beaucoup plus grande , une contagion plus puissante, et que de ce redoublement est nee la syphilis, qui ne nous est pas venue d Amérique, que 1 antiquité ne connaissait pas dans toute son activité, et qu’une cause inconnue a subitement grandie.
Quelque chose d analogue est arrivé au choiera; jusque là , faible et sans importance, il est tout à coup devenu sous nos yeux formidable et mena-
çant. Quelle est l’origine de ce funeste cliangeinent? On n’a là-dessus que des hypothèses; nous allons en exposer quelques-unes :
M. Schnurrer et quelques médecins allemands ont pensé que la diffusion du choiera sur la plus grande partie du globe tenait à des modiücalions telluriques qui se propageaient successivement dans les différentes contrées. M. Schnurrer a particulièrement insisté sur cette idée , et il a vu un rapport de cause et d’effet dans la propagation du choiera, et dans les nombreux tremblemens de terre qu’ont éprouvés successivement l’Asie et 1 Europe. Mais, bien qu’il soit possible que des changemens telluriques se fassent sentir sur la saute des populations humaines , et que même cette masse vivante soit le seul réactif qui nous en avei lisse, cependant c est encore une pure hypothèse que de rattacher un phénomène, tel que le choiera, à des changemens qui sont eux-mêmes une hypothèse; et, quant aux tremblemens de terre , ce n est pas la première fois qu’ils ébranlent les continens, mais c’est la première fois qu’ils s accompagnent du choiera. 11 y a une cause de plus que les tremblemens, cause qui nous échappe.
11 faut en dire autant des modifications survenues dans l’atmosphère. Ira-t-on chercher l’origme du choiera dans les conditions de l’air, l’humide le chaud, le froid et les variations des saisons. Mais tout cela s’est reproduit cent fois, et
ce nest que depuis 1817 que l’on connaît le choiera voyageur.
Nous sommes bien loin de ITnde pour (ufrer des causes qui peuvent avoir porté le choiera à une plus grande puissance, et les renseignemens des
Mrenl* suffisans pour la solulion d’une
pareille question.
Le docteur Tyller a pensé que le choiera était du à un nz de mauvaise qualité qu’avait produit 1 année 1817, et qui lit, comme à l’ordinaire , la nourriture des Indous. Cela même lui a donné lidee de former toute une classe de maladies , auxquelles il a donné le nom de morbi cereales et parmi lesquelles il range le choiera. Sans doute les divers alimens dont l’homme fait usage ont une g^an e inlluence sur sa santé. On connaît la singulière maladie à laquelle donne lieu le seigle ergote , et 1 on peut concevoir qu’un riz de mauvaise qualité ne soit pas moins nuisible. Cependant il n est pas douteux qu’il y a eu souvent dans l’Indoustan du riz altéré, et c’est la première fois que le choiera voyageur se manifeste. Toutefois, ne dédaignons pas les raisons de M. Tytler. 11 faut probablement le concours de bien des causes pour faire changer à une maladie de caractère, et un aliment de mauvaise nature peut avoir exercé sa part d’influence sur ce changement.
Les causes d insalubrité , de maladies , de destruction, sont bien fréquentes dans l’Inde , et surtout dans le delta du Gange, où le mal a pris naissance. Une vaste rivière qui inonde périodiquement les terres, et en fait, pendant plusieurs mois, dé vastés marécages; une chaleur ardente qui favorise l’évaporation des eaux et les décompositions de toute nature; une population nombreuse, pauvre, entassée , exploitée au profit d’une nation étrangère ; une absence complète de toute police sanitaire ; les cadavres lancés dans les flots du Gange , et venant flotter autour des vaisseaux amarres a ses embouchures, telles sont les conditions sanitaires de l’Inde. Leur concours a-t-il été plus actif et plus complet depuis quelques années, de telle sorte qu’un choiera plus formida-
l)le a levé soudainement la tête dans ces régions, pour punir riiomme de ses négligences ? La peste ne s y est pas engendrée comme elle s’engendre journellement en Egypte. Dans ce dernier pays , on trouve aussi un fleuve immense, de vastes inondations, une population malheureuse, l’insouciance de toutes les précautions hygiéniques , les sépultures laites sans soin, et exhalant au milieu des villes et des villages leurs funestes émanations.
. Cependant ici c’est la peste, et là le choiera; la peste essentiellement communicatrice parle contact, lecholera corrompant de proche en proche l’atmosphère. Où sont, lorsque tant de pointssontsemblables dans les causes , les raisons de tant de différences dans les effets? Mais si l’Egypte et l’Inde sont victimes, et nous rendent victimes de l’ignorance, de l’abrutissement de leur population et des vices de leurs gouvernemens , n’oublions pas qu’il a été un temps en Europe, temps peu éloigne de nouSj ou la peste d Orient y naissait comme elle naît en Egypte , produite chez nous par la misere des populations. Aussi loin qu’on remonte dans 1 origine du choiera, on trouve qu’il est dû, par un jW^édé ignoré, à l’accumulation et à l’action prolongé^ des insalubrités de toute espèce.
I Ce fait est capital , et il vient corroborer les inductions tirées de toutes parts, que, pour atté- I nuer le choiera autant qu’il est possible, il fautdé- I truire ces causes d’insalubrité.
On a remarqué que dans les maladies épidémi- I ques, les aniriiaux étaient souvent attaqués ( j)- Le choiera ne fait pas exception.
(i) Ce fait a été reconnu de toute antiquité.
Ojpccî /i,y K-zituroy UcLxm xiU xi/'vas eep/aùç.
Hou^bi.
Dans rinde , des chameaux cl des chèvres sont luorls de a diarrhée. On a vu des morts subites parmi les betes à cornes et les chiens.
En Pologne, une épizootie meurtrière et conlagieusc a regn,: sur- les bêtes à cornes, peu de temps apres que le choiera avait quitté ce pays pour passer en Prusse.
A Astrakhan , des chiens sont morts dans les convulsions.
^ En 1 824 , à Calcutta , les chiens sont morts d’accidens analogues à ceux du choiera.
A laganrog, dit le docteur Dobrodejeff , la volaille et les chmns ont été attaqués de symptômes semblables. Ces observations ont été faites sur plusieurs points.
Si de cet ordre de causes productives du choiera nous descendons aux causes occasionelles , nous trouverons des notions plus précises, et dont les indications sont plus particulièrement utiles à la pratique des médecins; mais il est bien entendu quelles n’agissent que là où le choiera a pénétré par la vertu qui lui est propre.
L’état de l’atmosphère n’est point indifférent pour la production du choiera. On a,r(»mdrqué à \\’els (Autriche), en différentes foi^,' que l’épidémie croissait lorsque , après un brouillard ou une pluie , la température de l’air s’étant élevée, la chaleur agissait sur un sol humide. A Wels , à Kapper, à Iraun, comme dans d’autres endroits, c est dans les habitations situées à proximité de 1 eau qu il y a eu le plus de malades. A Pesth , en Hongrie, on a observé que le choiera faisait plus de victimes les jours de mauvais temps que dans ceux où le soleil luisait. De pareils faits ont été observés dans plusieurs lieux, et, à Berlin, ils ont été l’objet de recherches exactes et scientifiques.
M. Àngust a publié ses observations météorologiques pendant toute la durée de l’épidémie , sous le titre de Hygiométrie de l’air et choiera (Luit fechtigkeit und Choiera ). Le résultat principal est que la maladie a toujours crû et baissé avec l’humidité de l’air, mais qu’en outre, la direction du vent a eu une influence sur elle ; les vents d’est et de nord-est l’augmeptant, tandis que les vents opposés la diminuaient.
On conçoit alors que les refroidisseraens du corps soient une des causes occasionelles du choiera. Aussi voit-on dans les livresdes exemples où des matelots ont été saisis pour avoir dormi sur le pont du bâtiment , des ouvriers pour avoir couché sur la terre humide, des femmes pour s’être mises à laver tout en ayant chaud. Un bain piis intempestivement a aussi déterminé le choiera.
Des écarts de régime ont une influence encore plus fâcheuse. Tous les excès de table sont dangereux quand règne le choiera. Le dimanche et le lundi , jours consacrés au repos et aux cabarets, pioduisent un plus grand nombre de maladies que les autres jours de la semaine.
Mais le mauvais choix des aliraens n’est pas moins funeste que les excès. Les fruits mal mûrs, f.® toute espèce, les alimens d’une
cliüicile digestion , ou pris en quantité insuffisante, sont autant d’éléraens qui facilitent l’invasion du choiera. C’est en partie une alimentation ou mauvaise ou chétive qui fait peser le plus fort du cho- JGia sur les classes inférieures.
Les glaces sont un usage peu sûr tant que règne la maladie. ^ °
Il en est de même de l’abus des liqueurs alcohohques Les ivrognes succombent souvent au O era. Cependant cette règle ne paraît pas sans
exception. Quelques médecins prétendent que les ivrognes ne sont pas plus attaqués que d'autres
Les mômes raisons font que les personnes dont les organes digestifs sont détériorés, ou qui souffrent habituellement de la diarrhée, le contractent plus facilement que d’autres.
^ L’expérience a démontré que l’entassement des individus , des habitations relativement trop étroites, le defaut de circulation de l’air, étaient autant de causes qui déterminaient l’invasion du mal. A Hambourg, le choiera a débuté dans un local appelé la cave profonde (der tiefe Keller) , qui servait d asile a des mendlans , et il en a atteint presque tous les habitans. C est encore là une observation qui explique comment les basses classes sont surtout frappées par le choiera.
11 faut en dire autant des foyers d’infection. On a vu l’ouverture d’égoûts infects, de lieux d’aisance, lamas de matières animales en putréfaction, déterminer subitement sur un point l’apparition de la maladie.
Mais ce ne sont pas les seules causes occasionelles.
Les affections de l’ame ont une part dans la production du choiera. La terreur lui donne la. main, et l’amène parmi les populations. Il y a desi cas ou la crainte de la maladie en a provoqué l’ex-plosion. La vue d’un spectacle effrayant a produit; quelquefois le même effet, et à Varsovie, la nou-velle du désastre d’Ostrolenka propagea subite-ment le choiera parmi les hautes classes, qui Jusqu’alors n’en avaient pas souffert.
Ainsi, causes générales. — Foyers d’infection , altération de l’atmosphère, encombrement des* populations.
Causes individuelles. — Écarts de régime, ali-
inentatîon de mauvaise nature / refroidissemens, passions tristes et débilitantes.