TUBE DIGESTIF
Le pharynx était sain dans presque tous les cas; cependant on y a trouvé quelquefois une matière crémeuse , opaque et visqueuse , S6m~ blable à celle que nous verrons souvent dans 1 estomac , et surtout dans l’intestin , matière qui se prolongeait jusque dans les fosses nasales.
^œsophage, dans ses deux tiers supérieurs, présentait le même état que le pharynx , mais , dans son tiers inférieur, on remarquait assez souvent une iniection très - violente de couleur rouge foncé, et même quelques ulcérations, comme l’ont noté Yos à Batavia, Gravier à Pondichéry.
Vestomac n’a quelquefois offert aucune modilication pathologique ; il était parfaitement sain dans les cas surtout où la mort avait été très-prompte. Cependant en général on trouvait tantôt une iniection arborisée (il semblait que les a/^eres et leurs petites ramifications avaient ete injectées au vermillon ) , tantôt une teinte rouge uniforme et peu foncée, tantôt des plaques noirâtres comme
mélaniques et ecchymosées , dépendant de l’extravasation du sang dans le tissu cellulaire sousmuqueux, la membrane muqueuse ayant conservé dans ces endroits sa consistance et son épaisseur naturelles; les plaques ont été signalées à tort comme gangréneuses par plusieurs auteurs. D’autres fois ces plaques rouges dépendaient d’une trèsforte et très-fine congestion locale que l’on apercevait en plaçant la membrane entre l’œil et la lumière.
Dans le plus grand nombre des cas, ces modifications dans la couleur de la muqueuse s’observaient au grand cul-de-sac et au cardia , d’où elles se prolongeaient dans la partie inférieure de l’œsophage.
L’épaisseur et la consistance de la muqueuse étaient presque constamment dans leur état normal. Cependant Gravierdit avoir quelquefois rencontré des ulcérations, quelquefois même des perforations; de semblables altérations existaient dans le duodénum.
La muqueuse était quelquefois recouverte d’un mucusverdâtre, visqueux, et qui lui adhérait trèsfortement. L’estomac renfermait tantôt des gaz qui le distendaient , tantôt düîérens liquides^ soit aqueux, soit séro-sanguinolens. Lorsque la mort avait eu lieu très-rapidement, on trouvait quelquefoisdans l’estomac desalimens non encore digérés.
Presque constamment les vaisseaux des courbures et leurs principales branches étaient fortement injectés.
Quant au volume de l’estomac, souvent il était augmenté par la présence de gaz abondans , mais plus souvent encore il était diminué; cet organe, fortement rétracté, n’avait quelquefois pas plus de largeur que l’ileum.
1,'inteslm grêle présentait de plus nonabreuses et de plus constantes lésions.
Dans le plus grand nombre des cas,Annesley a trouvé une coloration d’un rouge vermillon , tantôt étendue à une partie seulement de l’intestin grêle, tantôt occupant toute la longueur de cet organe , et acquérant en quelques endroits (surtout vers la fin de l’ileum ) une teinte plus sombre. Cette couleur vermillon est regardée par cet auteur comme caractéristique. L’on observait aussi très -souvent des plaques ecchymosées et comme gangréneuses^ analogues à celles que présentait l’estomac, et répandues çà et là sur la longueur de l’intestin grêle, de l’ileum surtout.
Presque constamment les vaisseaux sous-séreux étaient fortement injectés et distendus par du sang noir et liquide.
Une seconde altération notée surtout par Annesley, et dont cependant plusieurs autres auteurs ont parlé, consiste en ce qu’en touchant et maniant l’intestin, il semblait contenir dans son intérieur une couche épaisse de pâte ; Annesley caractérise cette lésion par le nom de toucher pâteux, et dit l’avoir observée dans la plupart des sujets ; tantôt elle occupait toute l’étendue de l’intestin grêle , tantôt elle n’en occupait qu’une partie. On l’observait à peu près également chez les individus qui avaient succombé en quelques heures, et chez, ceux qui avaient survécu plus de 24 heures à la première attaque de la maladie.
Les membranes de l’intestin avaient conserve leur épaisseur et leur consistance naturelles, et ne présentaient nulle part des ulcérations. Le docteur Christie a signalé cependant des cas où la muqueuse était molle, pulpeuse, se détachant aisément sous forme de pulpe épaisse. Cet état,
borné ordinairement à une petite partie de l’intestin, occupait quelquefois toute son étendue. Bien plus, la muqueuse delà vessie et des uretères, parfois aussi celle des conduits aériens, offraient les mêmes apparences. Des matières de diverses espèces se trouvaient dans ce canal; et d’abord , dans presque tous les cas où l’individu avait succombé rapidement, on trouvait une matière visqueuse, teuace, ordinairement blanchâtre, et quelquefois verdâtre, semblable à de la crème, qui enduisait la surface de la muqueuse , à laquelle elle adhérait fortement, et qui diminuait ainsi le calibre de l’intestin en même temps qu’elle empêchait bien probablement l’action des médicamens sur cette membrane.
On trouvait aussi une abondante quantité de sérosité incolore, inodore, dans laquellefïottaient des flocons blanchâtres albumineux.
Ces divers produits de sécrétion intestinale demeuraient comme un épais sédiment terreux, argileux, sur le drap dans lequel le corps était enveloppé, quand la partie aqueuse s’était écoulée en travers. Suivant la plupart des auteurs, ce produit caractérise le choiera comme la matière du vomissement noir caractérise la fièvre jaune. L’analyse a démontré que ces matières ont à
peu près les mômes élément que le sanir , moins la fibrine (Christie). b ^ moins
On ne les trouve d’ailleurs presque jamais chez les individus dont la mort a été rapide,
ou qui n’ont pas eu d’évacuations alvines ni de vomissemens.
Dans la plus grande généralité des cas, et lorsque 1 individu avait succombé rapidement, en moins de 54 heures, on ne trouvait aucune trace c lie dans 1 intestin; quelquefois cependant ce
liquide colorait en jaunâtre ou en verdâtre les matières contenues dans le duodénum et dans la partie supérieure du jéjunum.
Très-souvent des gaz, quelquefois des ascarides lombricoïdes, existaient dans l’intestin grêle, dont le calibre variait considérablement sur les différens points de la longueur de ce canal, et chez le même sujet. Ainsi ou observait, soit des distensions gazeuses et partielles , soit des rétractions plus ou moins étendues, et qui oblitéraient quelquefois entièrement la cavité intestinale ; enfin des invaginations plus ou moins nombreuses, plus ou moins étendues, ont été fréquemment signalées
par les auteurs. ,
Le gros intestin présentait des lésions assez analogues à celles de l’intestin grêle. Des gaz aboildans en distendaient plus souvent encore la cavité.
Presque jamais de traces de bile ni de fèces.
Rétractions très -fortes et partielles, surtout à l’arc du colon.
Le péritoine et ses dépendances (épiploons, mésentères) étaient sains, et ne présentaient qu une injection vasculaire souvent très-intense.