LIVRE II, CH. VII
en effet, que ceux qui prétendent que les astres sont formés de feu, ne soutiennent cette opinion que parce qu’ils croient que le corps supérieur est du feu, et qu’il semble tout simple que chaque chose se compose des éléments dans lesquels elle existe; de môme, nous aussi, nous n'avons que ce motif pour avancer ce que nous disons. § 2. La chaleur et la lumière que les astres nous envoient, viennent du frottement de l’air déplacé et broyé par leur translation ; car on sait que le mouvement peut aller jusqu’à enflammer et liquéfier les bois, les pierres et le fer. Il est donc très-rationnel de supposer que ce qui est le plus rapproché du feu, et qui en est le plus voisin, c’est-à-dire l’air, subit le même effet que les flèches qu’on lance ; car quelquefois elles s’échauffent à ce point que leur plomb vient à fondre ; et puisqu’elles en arrivent jusqu’à s'enflammer, il faut nécessairement aussi que l’air qui les en-
mouvement. — Les astres sont formé* de feu , voir 1a Physique , livre I, ch. 7, § 12, page 470 de ma traduction, et livre 111, ch. 7, § 12, page 105. Ceîte opinion était surtout celle d’Héraclite. — Pour avancer ce que nous disons, à savoir que les étoiles, sans être composées de feu, enflamment l’air où elles se meuvent par la prodigieuse rapidité de leur mouvement.
§ 2. Viennent du frottement de f air déplacé et broyé , c'est la théorie propre d'Aristote; voir la Météorologie, livre I, ch. 3, § 20, page 18 de ma traduction. — Jusqu a enflammer et liquéfier, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. Ce lait
d'ailleurs est exact ; et l’on sait de reste que le frottement, quand il est violent, développe de la chaleur et produit du feu. — Ce qui est le plus rapproché du feu, saint-Thomas veut qu’on entende ici, la proximité de nature plutôt que celle de lieu ; l’air se rapproche davantage du feu, parce qu’il y ressemble plus que l’eau à la terre. L’air alors s’enflamme d’autant plus aisément qu’il est déjà presque du feu. Ma traduction se prête aux deux sens, comme le texte lui-mème. — Les flèches quon lance, et dont le mouvement est si rapide qu’elles en arrivent jusqu'à s'enflammer, comme il est dit un peu plus bas. — Il faut
toure, et fait cercle autour d’elles, éprouve un effet semblable. Ainsi donc ces flèches s'échauffent par leur vol dans l’air, qui, sous le coup que le mouvement lui donne, devient du feu. Or chacun des corps supérieurs se meut dans la sphère, de telle sorte, non pas qu’ils s’enflamment directement eux-mêmes, mais que l’air, qui est au-dessous de la sphère du corps circulaire, s’échauffe nécessairement par le mouvement de cette sphère, et s’échauffe le plus vivement là où le soleil se trouve retenu et enchaîné. Voilà pourquoi, quand le soleil s’approche de la terre, et quand il s’élève et qu’il est au-dessus de nous, la chaleur se produit.
En un mot, nous soutenons que les étoiles ne sont pas de feu, et que ce n’est pas dans le feu non plus quelles se meuvent.
nécessairement, le fait est réel, puisque mds l’air cette combustion ne serait pas possible. — Dans la sphère , le teste est aussi vague que ma traduction ; il s’agit évidemment de la sphère supérieure, où se passe le mouvement circulaire qui emporte le ciel entier. — Directement , j’ai ajouté ce mot pour éclaircir davantage la pensée. — Le soleil se trouve retenu et enchaîné , il n’y a qu'un seul mot dans le texte. L’expression d'ailleurs peut paraître as?ez singulière; elle se rapporte évidemment k la régularité immuable de la course apparcule du soleil, dans les cieux; il semble comme enchaîné dans la route qu’il suit, chaque jour et chaque au née. — Quand le soleil s'approche de la terre , dans sa course quotidienne apparente. — Et qu'il est au-dessus de nous , dans
les longs jours du solstice d’été. — La chaleur se produit , cete théorie a suscité dans l’antiquité des discussions dont on peut voir la trace dans le commentaire de Simplicius, et même dans celui de saint Thomas.
Je n'eu parle pas, parce que ces détails regardent plus particulièrement l'histoire de l’astronomie. — Les étoiles ne sont pas de feu , la science moderne serait saus doute d'un avis contraire ; car elle suppose que les étoiles doivent avoir de la chaleur comme notre soleil, ayant une lumière propre, ainsi que lui. — Dans le feu qu'elles se meuvent , Aristote incliuait à croire que les espaces célestes sont remplis d'éther; et la science moderne semble admettre aussi cette théorie. Voir sur l’éther la Mé^uro/ouie, livre 1, ch. 3, § 4 et § td, page 9 et 14 de ma traduction.