LIVRE II, CH. VIII
astres ne paraissent pas se mouvoir selon ces mouvements spéciaux, il est évident qu’ils ne se meuvent pas par euxmêmes.
§ 8. J’ajoute qu’il serait bien peu raisonnable de croire que la nature ne leur eût point donné quelque organe approprié à leurs mouvements ; car la nature ne fait jamais rien au hasard, et l’on ne peut supposer qu’ après s’être occupée si soigneusement des animaux, elle ait oublié des êtres aussi importants que ceux là. Mais on pourrait presque dire , puisqu’elle leur a enlevé si complètement tout ce qui pouvait servir à leur progression particulière, quelle a voulu les éloigner le plus possible des êtres qui ont tous les organes indispensables au mouvement.
§ 9. Ainsi, la raison nous porte à penser que le ciel entier est de forme sphérique, ainsi que chacun des astres ; car
el la translation, id. ibid. — Selon ces mouvements spéciaux, le texte n’est pas tout a fait aussi formel. — Qu'ils ne se meuvent pas par eux mêmes, et qu’ils sont simplement emportés tous ensemble par le mouvement du ciel, où ils sont attachés, et comme « enchaînés i> fixé ment.
§ 8. Ne leur eût point donné , sous-entendu : « s’ils avaient dù avoir un mouvement propre. » J’ai été sur le point de faire celte addition indispensable, dans le texte même. — Quelqu organe appropné d leurs mouvements , daus le Timée, Platon s'arrête longtemps à cette idée que le monde, étant sphérique et tournant sur lui-même, n’a besoin ni de mains ni de pieds, pour avaucer dans le mouvemeut qui lui est propre ;
voir la traduction de M. V. Cousin, page 124. 11 est probable qu’ Aristote a ici des réminisceuces des théories de sou maître. Seulement, à la place de Dieu , créant le monde, c'est la nature intelligente et ne faisant rien au hasard. — Des êtres , j'ai dû prendre un terme très-général, parce que le texte est tout à fait indéterminé. — Les éloigner , c’est-àdire, « les rendre différents autant que possible. » C’est d’ailleurs une idée assez singulière d’assimiler les grand corps célestes aux animaux que nous connaissons, et qui sont si peu de chose.
§ 9. Ainsi la raison nous porte à penser , ceci est le résumé de tout ce chapitre. La sphère est la forme du ciel entier et de chacun des astres
TRAITÉ DU ch:l.
la sphère est la plus convenable de toutes les formes pour le mouvement sur soi-mème, et c’est ainsi qu’un corps peut à la fois et avoir le mouvement le plus rapide possible et conserver la place qui est la sienne. Mais la forme sphérique est aussi la moins bonne pour le mouvement en avant; car c'est elle qui ressemble le moins à la forme des êtres qui produisent le mouvement par eux-mèiues, puisqu’elle n’a rien de détaché ni de proéminent, comme la figure terminée par des lignes droites, et que c’est elle au contraire qui, sous le rapport de la forme, s’éloigne le plus possible des corps qui peuvent avancer. Puis donc qu’il faut que le ciel ait le mouvement sur soi-même, et que les autres astres soient par eux seuls hors d’état de faire un mouvement progressif, il est naturel de croire que de part et d’autre il y a un sphéroïde; car c’est
qui le peuplent, planètes ou étoiles fiies. On peut voir d’ailleurs comment l’antiquité procédait pour éclaircir ces problèmes ; c’était surtout par des arguments logique*, bien plus que par l'observation patiente et exacte des phénomène*. Aristote, néanmoins, est un de» philosophes qui ont, le plus constamment, recommandé l’observation des faits, comme base de toute théorie solide; voir, sur ce point spécial, ma traduction de la Météorologie, préface, pages XLII1 et suiv. — Im plus convenable de toutes les formes , c’est la théorie et presque le* «pressions du Timée, page 123 do la traduction de M. V. Cousin. — Le mouvement sur soi-méme, c’est-àdire la rotation , mouvement du ciel entier et auquel la terre seule peut
échapper, parce qu’il faut que le centre soit immobile, d’après le* idées d’Aristote. — C’est ainsi qu’un corps , l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Pour le mouvement en avant , sans doute, s’il s’agit des animaux tels que nous les voyons ici-bas ; mais il n’en est pas de même pour les corps célestes. — - Rien de détaché , comme le sont les jambes et les bras dan* le corps humain, et les organes correspondants, pour le corps des animaux. — La figure terminée par des lignes droites, il faut entendre ceci d’une manière très -générale et très- large, comme je viens de le faire pour le corps des animaux, doués d’un mouvement de progression. — Le mouvement sur soi-méme , la rotation d’un sphéroïde. — De part et d’au-