LIVRE II, CÎI. IX
ne distinguons pas le bruit, c’est que nous n’avons jamais eu le contraste du silence, qui y serait contraire ; car la voix et le silence, se font ainsi distinguer réciproquement l’un par l’autre. Or, de même que les forgerons, par l’habitude du bruit qu’ils font, n’en perçoivent plus la différence, de même aussi, dit-on, il en advient pour les hommes. Cette supposition, je le répète, est fort ingénieuse et fort poétique ; mais il est tout à fait impossible qu’il en soit ainsi.
§ 2. En effet, non-seulement il serait absurde que l’on n’entendit rien, phénomène dont on essaye de nous donner l’explication que nous venons de rappeler; mais encore il serait bien impossible que l’on n’ éprouvât pas quelque chose de plus, indépendamment même de cette simple sensation. Ainsi, les bruits, quand ils sont excessifs, disloquent et brisent les masses même des corps inanimés; et, par exemple, le bruit du tonnerre fait rompre les pierres et les corps les plus durs. Or, avec ce nombre de corps qui se meuvent, et avec l'intensité du son qui se proportionnerait
pression grecque elle-même. — Le contraste du silence , le texte n’est pas tout à fait aussi précis. — Les forgerons , ou peut-être plutôt : o les plaueurs en cuivre. » — Et fort poétique, lo mot dont se sert Aristote, sans doute par ironie, signifie « musical » aussi bien que « poétique » ; et cette expression se réfère davantage à la prétendue harmonie des sphères. — Il est tout à fait impossible qu'il en soit ainsi , c'est en interrogeant les faits qu'on pourra s’en convraincre.
§ 2. Que nous venons de rapjvler ,
le texte n’est pas aussi formel. — Indépendamment même de cette simple sensation , l’expression grecque est très-concise; mais le sens que j’ai adopté me semble le plus justifié par le contexte. — Le bruit du tonnerre, voir la Météorologie, livre III , ch. 1, § il, page 220 de ma traduction. — Disloquent et brisent, il n’y a qu'un seul mot dans le texte. — Fait rompre les pierres , ce n'est pas le bruit seul du tonnerre qui produit ces effets étranges; c’est l’action de l’électricité, que les Anciens connaissaient très-peu.
à la grandeur de tous ces corps en mouvement, le bruit devrait nécessairement arriver jusqu’à nous, énormément augmenté et avec une force tout à fait incalculable. § 3. Mais la raison comprend sans peine que nous ne devons rien entendre, et que les corps d’ici-bas ne doivent éprouver aucune action violente, attendu que les astres ne font pas de bruit. Nous allons voir en même temps, et la cause de ces phénomènes, et la confirmation de la parfaite vérité de ce que nous avons dit ; car ce doute même, qui a été soulevé par les Pythagoriciens, et qui leur a fait croire à une harmonie résultant du mouvement des sphères, va servir de preuve à nos théories. Oui, il est bien vrai que tous les corps qui ont un mouvement propre font du bruit, et qu’ils frappent un certain coup dans l’air; mais les corps retenus et enchaînés dans un système qui est luimême en mouvement, et qui y sont compris comme les parties diverses le sont dans un même bateau, ne peuvent jamais faire de bruit, non plus que le bateau n’en fait quand il est en mouvement sur la rivière. § A. Ici néan-
§ 3. Aucune action violente, du genre de celle qu ‘éprouvent les corps atteints par le bruit du tonnerre. — Attendu que les astres ne font pas de bruit, c'est résoudre la question par la question. Mais plus haut, chapp. 5 et suiv., il a été démontré, ou du moins on a essayé de démontrer que le ciel avait un mouvement général de translation, et que les étoiles (ch. 8) n'avaient pas un mouvement particulier. Elles sont attachées à la voûte céleste, qui les emporte avec elle. — ■ Oui , il est bien
vrai , le texte n'est pas aussi formel.
— Qui ont un mouvement propre , ce que n ont pas les étoiles. La raison d’ailleurs que donne Aristote u’est pas très-forte, et les corps célestes ont un mouvement propre, sans faire plus de bruit. — Retenue et en chaînés, il n'y a qu’un seul mot dans le texte. — Dans le système , le texte n’est pas tout à fait aussi précis.
— Son plus que le bateau n'en fuit, ceci n’est pas très-exact, et • le bateau sans faire beaucoup de bruit, en fait nécessairement tou-