LI \ RE II, CH. XII
mérite d’être récompensé par le respect plutôt que d’être accusé de témérité, si, par un amour et une soif insatiable de la philosophie, on se satisfait même de solutions incomplètes, en se livrant aux recherches les plus ardues. Voici l’une de ces questions : c’est qu’au milieu de tant de merveilles du même genre, ce n’est pas la moins étonnante que de savoir comment il se fait que les corps qui sont le plus éloignés de la révolution primordiale, n’ont pas toujours le plus grand nombre de mouvements, et que ce sont parfois les corps intermédiaires qui en ont un nombre plus
vemenls pour les corps célestes ne va-t-elle pas en croissant régulièrement depuis la révolution extrême, qui est la plus simple de toute», jusqu'à la terre qui est en repos; 2# Pourquoi y a-t-il tant de corps dan» la dernière sphère, et n'y en a-t-il qu’un seul dan» les sphères subséquentes, jusqu'au globe terrestre. Ces deux questions sont, en effet, de grande importance ; et la science moderne peut toujours se les poser, bien que ce soit sous une autre forme. Le nombre des planètes «'est énormément accru de nos jour», et il est bien probable qu’on en découvrira encore. — Que le courage mérite d'être récompensé , le texte n’est pas aussi développé. — Un amour et une soif insatiable , il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Foie» l'une de ces questions, le texte est beaucoup moins précis. — Le plus grand nombre de mouvements, le mot dont se sert ici le texte signifie, en effet, bien plutôt le nombre que l'intensité des mouvements. J'ai été sur le point cependant de me dé-
cider pour ce dernier sens, quoique la suite du contexte y soit contraire.
Au temps d'Aristote, la science astronomique était assez avancée pour qu’on eût reconnu aux grands corps célestes plusieurs espèces de mouvement». Il m’aurait semblé plus naturel de comprendre ainsi la pensée d’Aristote, et le commentaire de Siraplicius, d’ailleurs assez concis sur ce passage, aurait pu sembler donner raison à cette interprétation. Mais saint Thomas rappelle que les astronomes du temps de Platon et d'Aristote, Eudoxe et Callippe, avaient démontré que les corps des différentes sphères avaient plusieurs espèces de mouvements divers ; et cette citation de saint Thomas est tirée de la Métaphysique, ( livre XII, ch. 8, page 205 de la traduction de M. V. Cousin ), dont il faut rapprocher toute» les théories qui sont exposées ici. Dans la Métaphysique , le nombre total des sphères est porté à 55; ibid. page 210. — Les corps intermédiaires, parmi lesquels sont le soleil et la lune, comme il est dit
grand. Cependant il semblerait tout naturel de supposer que le corps primitif ayant une révolution unique, le corps qui en est le plus proche devrait avoir aussi le moins de mouvements possibles après lui, c'est-à-dire deux mouvements; le suivant en devrait avoir trois, et ainsi de suite, selon telle autre série analogue. Mais dans l’état actuel des choses, il en est tout le contraire ; et par exemple, le soleil et la lune ont moins de mouvements que quelques-uns des astres errants. Cependant il y a des astres qui, comparativement au soleil et à la lune, sont plus loin du centre, et sont plus rapprochés du corps primitif. Il en est même pour lesquels on peut s’en convaincre à la simple vue. Ainsi, nous avons nous-mêmes observé que la lune, étant à moitié pleine, est entrée dans l’astre de Mars ; et cet astre après avoir été caché par la partie obscure de la lune, en est sorti par le côté éclatant et lumineux. C'est là précisément aussi ce qu’attestent, pour bien d'autres astres, les Égyptiens et les Babyloniens, qui ont fait les plus minu-
plus bas. — Une révolution unique , celle qui semble s'accomplir tous les jours sou.» nos yeux, d'orient eu oceideut — Que quelques-uns des astres errants, j’ai conservé toute l’expression grecque , au lieu de prendre la simple expression de planètes. — Plus loin du centre , c’est-à-dire de la terre, considérée comme le centre du monde. — Du corps primitif , c’est-à-dire la voûte du ciel, qui est la plus reculée et la dernière des sphères. — • Ainsi , nous avons nousrmbne observé, la mention de cette observation est certainement fort curieuse, et elle atteste péremptoire-
ment les travaux personnels d’Aristote en astronomie ; mais on ne voit pas assez nettement, en quoi elle coutribue à la démonstration que l’on poursuit ici. — Dans l'astre de Mars , ou, en d’autres termes, dans la planète de Mars, qui est, après la terre, la plus rapprochée du soleil. Ceci prouve eu effet que Mars est plus éloigné de la terre que la lune ; mai»
cela ne constate en rien le nombre des mouvements que Mars peut avoir relativement à la luue ; et il semble que c’est ici la seule question. — Les Égyptiens et les Babyloniens , ce témoignage d’Aristote est d une gran-