‹ Traité du ciel [Texte imprimé]Chapitre 123 sur 212 · LIVRE II, CH. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH. XIII

montrer bien peu d’intelligence et de raison que de ne pas se demander, avec étonnement, comment il se fait que, quand la plus petite parcelle de la terre, si on la lâche après l’avoir élevée en l’air, tombe aussitôt sans vouloir rester un instant en place, descendant d’autant plus vite qu’elle est plus grosse, la masse même de terre, si on pouvait la lâcher après l’avoir soulevée, ne tomberait pas, mais qu’au contraire, un si énorme poids peut, dans l’état actuel des choses, rester en repos ; et que néanmoins, si pendant que quelques portions de la terre tombent par le mouvement qui les entraîne, on venait à supprimer la terre avant que ces portions n’y fussent tombées, elles continueraient toujours à tomber si aucun obstacle ne venait à s’v opposer.

§. 7. C’est donc à bon droit que tous les philosophes se sont occupés de ces questions et ont exposé leurs doutes. Mais l’on doit s’étonner peut-être que les solutions qu’ils ont données du problème, ne leur aient pas paru plus étranges encore que les doutes auxquels elles prétendaient répondre. Ainsi, les uns ont soutenu que le bas de

pas se demander , avec étonnement , la question que se pose ici Aristote, est celle même que se posait Newton deux mille ans plus tard, et qu'il résolvait par la théorie de la gravitation universelle. Mais l’antiquité n’a jamais soupçonné cette grande loi de la nature matérielle, tout en la cherchant curieusement, comme ce passage le piouve. — Sans vouloir resterf c'est la traduction exacte de l’expression grecque. — Dans l’état actuel des chosesf mot-à-mot :

« maintenant.)» — Et que néanmoins ,

il me semble que ceci devrait être mis, comme la phrase précédente, sous forme de question; et qu’on aurait aussi à se demander si la terre venant à disparaître, les graves descendraient toujours et continueraient à tomber sans fin. J’aurais pu donner cette tournure à tout ce passage ; mais j’ai dû rendre fidèlement le mouvement de la phrase grecque. Le sens d’ailleurs est évident.

§ 7. Se sont occupés le texte

n’est pas aussi explicite. — Plus étranges, le mot grec est précisément: «plus

la terre était infini, et ils ont donné à la terre des racines sans fin, comme le fait Xénophane de Colophon, afin de s’éviter la peine de rechercher la véritable cause. Aussi Empédocle lui-même n'a-t-il pas manqué de réfuter ces théories, quand il a dit :

« Les fondements du globe et l’éther impalpable,

» Dont on nous parle tant, ne sont que de vains mots,

» Répétés sans raison par la langue des sots. •

D'autres philosophes font reposer la terre sur l’eau. La plus ancienne opinion de ce genre que nous ait transmise la tradition, est celle de Thalès de Milet, qui a dit, assure-t-on, quelle restait immobile, parce quelle surnageait comme un morceau de bois flottant ou quelqu’autre matière analogue, attendu que dans l'ordredela nature les corps ne flottent pas sur l’air, mais sur l’eau. § 8. Comme si l'on pouvait supposer que la loi qui s'applique à la terre, ne s’applique plus à l'eau, qui l’environne et la supporte. En effet, l’eau non plus ne saurait, par sa constitution naturelle, se tenir en suspens dans l’air ; et il faut quelle

absurdes. » — Infini... sain fin, cette répétition est dans le texte, où elle est même encore plus marquée. — Xénoplume de Colophon, Aristote a fait un traité spécial sur le système de Xénophane ; et il y rappelle cette théorie sur la profondeur infinie de la terre; voir l'édition de Berlin, page 97(i, a, 32 ; voir aussi l'étude de M. V. Cousin sur Xénophane, page* 32 et 33, édition de 1847. — Emftddoclc lui-même , voir les fragments d 'Empédocle, édition de Fir-

rain Didot, page 53, colonne i. — Font reposer la terre sur l'eau, il restait alors à savoir sur quoi repolit l'eau, comme il est dit un peu plus bas, au § 8. — Thalès de Milet, voir sur Thalès, le 1er livre de la Métaphysique, ch. 3, page 134, traduction de M. V. Cousin. — Ou quel qu'autre matière amloyue, c'est-à-dire plus légère que l’eau.

§8. Qui l'environne et la supporte, il o'y a qu’un seul mot en grec. — Se tenir en suspens dans l’air, et

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