LIVRE II, CIL XIII
repose également sur quelque chose. Mais en outre, de même que l’air est plus léger que l’eau, l’eau est aussi plus légère que la terre ; et par suite, comment admettre qu’un corps qui naturellement est plus léger, soit placé et s’arrête au-dessous d’un corps plus lourd? Ajoutez que, si toute la terre peut naturellement reposer sur l’eau, il faut évidemment aussi que chacune de ses parties isolées puissent y surnager également ; mais il n’en est point ainsi dans l’état présent des choses, et une partie quelconque de la terre mise sur l’eau descend aussitôt au fond, et elle y est portée d’autant plus yite qu’elle est plus grosse.
§ 9. Ainsi, nos philosophes me font l'effet de n’avoir avancé, dans la solution du problème, que jusqu’à un certain point ; mais il n’ont pas su aller jusqu’où l’on peut. C’est que nous avons tous en effet l'habitude assez mauvaise de nous appliquer moins à comprendre la chose en elle-même qu’à réfuter ceux qui nous contredisent; et quand on ne fait de recherches qu’à soi seul , on va jusqu’à ce qu’on arrive à ne plus pouvoir se faire d’objections à soi-même. Aussi, pour faire une étude complète et vraiment sérieuse, on ne doit s’arrêter qu’aux objections qui
alors c’est ne rien expliquer, puisque la difficulté reste U même, et plus forte encore pour l'eau que pour la terre. — Quelle repose également sur quelque chose , l’argument est irréfutable ; mais il vaut aussi contre la théorie d’Aristote, et il n’est pas facile de comprendre comment la terre peut se tenir en repos, ainsi qu’il le croit. — Sot/ placé et s’arrête,
il n'y a qu'un seul mot dans le texte grec. — Ajoutez , ce nouvel argument est aussi fort que les précédents.
§ 9. Nos philosophes , l'expression du texte est tout à fait indéterminée. — Assez mauvaise, j'ai ajouté ces mots, dont le senti est implicitement dans le contexte. — Complète et vraiment sérieuse, il n’y a qu'un seul mot dans le texte. —
TRAITÉ DU CI KL
naissent essentiellement du sujet lui-même ; et pour cela, il faut avoir bien observé tous les différents apects qu'il présente.
§ 10. Anaximène, Anaxagore etDémocriteont prétendu que la forme plate de la terre est cause de son repos ; car selon eux, elle ne coupe pas, mais elle recouvre comme un couvercle l’air qui est au-dessous d'elle. C'est aussi l'effet que paraissent produire tous les corps qui sont plats ; et c’est là ce qui fait encore que les vents peuvent difficilement les remuer, parce que ces corps ont des points d’appui qui offrent de la résistance. C'est précisément, disentils, ce que fait la terre par sa forme plate, relativement à l'air qui est dessous. Mais comme il n’y a pas assez de place pour que cet air puisse changer de lieu , il s’accumule et doit s’arrêter en bas, tout juste comme l'eau s'arrête dans les clepsydres; et pour montrer que l'air intercepté et ainsi arrêté peut supporter un très-grand poids, ces philosophes allèguent une foule de preuves. § 11. Ainsi d'abord d’après eux, si la terre n’était pas de forme plate
Essentiellement , ou mot- à -mot :
« proprement. » Cm règles que pose Aristote sont d'ailleurs excellentes, bien qu’il ne les ait peut-être pas lui-mème très-bien suivies, dans sa théorie de l'immobilité de la terre.
§ 10. A nnximènr, Anaxagore et Démocrite, voir la Métaphysique , livre 1, ch 3, pages 134 et suiv. de la traduction do M. V. Cousin. — Elle recouvre comme un coux'ercle, c’est la force de l’expression grecque.
— Par sa forme plate, je n’ai osé employer le mot de Platitude, qui.
d’après le dictionnaire de l’Académie,
ne s’applique qu’au figuré. Mais alors cc mot, pris au sens matériel, fait défaut à notre langue. — Comme F eau s'arrête dans les clepsydres, lorsque l’air en s’accumulant à l’ouverture empêche l’eau de sortir et de tomber. Le phénomène est plus longuement décrit dans des vers d’Kmpédocle, que cite Aristote, Traité de la Respiration, ch. 7, § 5, page 368 de ma traduction. — Une foule de preuves, il est regrettable qu’ Aristote n’ait pas cru devoir expliquer ces preuves en détail.
§ 11. Ainsi d’abord, première ob-