LIVRE II, CH. XIII
assigne à ce phénomène, en empruntant cette explication au mouvement des corps dans les liquides et aux faits qu’on observe dans l’air; car toujours dans l’eau et dans l’air, les corps les plus gros et les plus lourds sont portés au centre du tourbillon. C’est là ce qui a conduit tous les philosophes qui croient que le monde a été créé, à soutenir que la terre s’est, par cette cause, portée vers le centre. Puis, recherchant la cause de son immobilité, les uns disent, de la façon que nous venons de voir, que c'est sa largeur et sa grosseur qui en sont causes; les autres, comme Empédocle, prétendent que la révolution du ciel qui se fait circulairement et qui est beaucoup plus rapide, empêche le mouvement de la terre, qui est absolument retenue comme l’eau dans les vases; car l’eau , quand on fait tourner le vase où elle est, va souvent au bas de l’airain sans tomber cependant, bien quelle y soit naturellement portée, et par la même cause.
comme des corps légers, à la surface d'un liquide qu'on agite. — Qu’on observe fions l'air) le fait est moins observable dans l'air que dans l'eau.
— Les plus gros et les plus lourds , il ne semble pas que la terre dût, aux yeux d’Aristote, compter comme le plus lourd des corps parmi les astres ; car il a reconnu que la terre était infiniment plus petite que le soleil et les autres corps célestes ; voir plus loin, cb. 14, § 14, et dans la Météorologiet livre I, ch. 3, § 2, page 8 de ma traduction. — Qui croient que le monde a été créé , le texte dit précisément : « qui créent le ciel. » — De la façon que nous l'étions de voir , le texte n’est pas tout k fait aussi
précis. — Sa grosseur , ou sa grandeur. — Qui sc fait citxulairement, c'est l’expression même du texte, que j’ai cru devoir garder. — Qui est absolument re/em/e, ce serait donc par force que la terre serait immobile au centre. — Quand on fait tourner le vase, c’est une expérience qu'il est facile de vérifier, en mettant un verre d’eau sur la courbe intérieure d’un cerceau, et en faisant vivement mouvoir le cerceau h tours de bras. L’eau ne tombe pas, bien qu'elle soit souvent en bas, chaque fois qu’elle passe au-dessus de la tète de celui qui fait mouvoir le cerceau.
Mais d'après ce phénomène trèsréel, on ne peut pas expliquer l’im-
§ 15. Toutefois, en supposant que la rotation n’empêche pas la terre de tomber et que sa largeur ne l’en empêche pas davantage, mais que l’air vienne à s’écouler en dessous, dans quel sens la terre sera-t-elle alors naturellement portée ? C est par force qu’elle est poussée vers le centre ; c’est par force qu’elle y est retenue immobile. Mais il faut bien nécessairement quelle ait un mouvement naturel. Est-elle donc en haut, ou est-elle en bas ? En un mot, dans quels lieux peut-elle être? Car de toute nécessité elle doit avoir quelque mouvement de ce genre. Or, si elle ne va pas plus en bas qu’en haut, et si l'air qui est en haut n'empêche pas l’ascension de la terre en haut, celui qui est sous la terre ne peut pas empêcher davantage le mouvement de la terre en bas ; car il faut que les mêmes causes produisent les mêmes effets pour les mêmes corps.
16. On pourrait encore faire cette autre objection à Empédocle, et lui demander : « Lorsque les éléments se tenaient » séparés et isolés par l’action de la Discorde, quelle a été
mobilité de la terre ; car alors la terre, en supposant quelle fût immobile sur elle-même, aurait du moins un immense mouvement de translation.
§ 15. Toutefois, en supposant , c'est une première objection au système d’Enipédocle, et à celui d’Anaûmène, d'Anaxagore cl de Démocrite; voir plus haut, § 10. — Naturellement, j’ai ajouté ce mot pour que la pensée fût plus claire.
— C'est par force, dans le# différentes théories qui ont été jusqu'à préseut proposées. — Elle y est
retenue, ou bien : o Elle y demeure. » Est-elle donc en haut, c'est la traduction exacte du texte; peut-être eùt-il mieux valu dire :
« va-t-elle donc en haut? ou va-telle en bas ? » — Celui qui est sous la teri'e, voir pluB haut, § 10. — Les mêmes corps , l cxpression du texte est tout à fait indéterminée.
§ 16. Cette autre objection , le texte n’est pas tout à fait aussi précis. — Par l’action de la Discorde, voir la Physique , livre VIII, cb. 1, § 4, pajçu 455 de ma traduction, avee les citations de la Méta -