‹ Traité du ciel [Texte imprimé]Chapitre 128 sur 212 · LIVRE TI, CH. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE TI, CH. XIII

n’y a pas de raison pour qu’un corps qui est placé au centre et est à une distance égale des extrémités, soit porté en haut plutôt qu'en bas , ou dans une direction oblique; et comme il est impossible que le mouvement se fasse en même temps en des sens contraires, ce corps doit nécessairement demeurer immobile et en repos.

§ 20. Cette opinion est fort élégamment exprimée ; mais par malheur, elle n’est pas aussi vraie qu’élégante. Ainsi, d'après ce raisonnement, il faudrait que tout corps qui serait placé au centre y restât en repos, et par conséquent le feu lui-même y serait également immobile ; car cette théorie d’Anaxiinandre ne s’applique pas spécialement à la terre. § 21. Mais cette conclusion sur l’immobilité de la terre n’est pas aussi nécessaire qu’on le croit, puisque la terre ne semble pas seulement en repos et immobile au centre ; mais de plus on la voit aussi se diriger et se mou-

été celle de quelques contempor&ius.

— Qui est placé au centre , c'est presque résoudre la question par la question. — A uns distance égale des extrémités , c'est aussi ce qu'il faudrait prouver. — Ce corps doit né ressairement, c’est U conclusion des théories d’Anaximaudre.

§ 20. Par malheur, j'ai ajouté ces mots dont le sens est implicitement dans le contexte.— Aussi vraie qu'élégante, le texte dit simplement :

« elle n’est pas vraie. » — Que tout corps , l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Le feu luiméme, sous-entendu : « si on le pla- « çait au centre. » — Cette théorie, ou si l’on veut : « cette propriété ; » l’expression du texte étant tout h fait

vague. — IX Anaximandre, j’ai ajouté ceci, pour que la pensée fût plus claire.

§ 21. N'est pas aussi nécessaire, cette expression m’a autorisé à préciser les choses un peu plus que ne le fait le texte. C'est la conclusion d’An&xim&ndre, et non l’immobilité de la terre, qui n’est pas nécessaire.

11 y a d’ailleurs très-peu de différence entre ces deux nuances. — Se mouvoir i>ers le centre , une motte de terre qu’on abandonne à elle-même, se dirige vers le centre de la terre en tombant. Donc, la terre entière doit avoir la même tendance naturelle que chacune de ses parties. — Une des parties quelconques de la terre, par exemple, une simple motte

voir vers le centre ; car le lieu où se porte une des parties quelconques de la terre doit être aussi le lieu où la terre doit se porter tout entière, et le point ou un corps se dirige naturellement est aussi le point où ce corps reste naturellement en repos et immobile. Donc, ce ne peut pas être parce que la terre est dans un rapport identique avec les extrémités, quelle reste immobile; car c’est là une propriété commune à tous les corps sans exception, tandis que c’est une propriété exclusivement propre à la terre que d’être portée vers le centre.

§ 22. Il est en outre bien étrange de rechercher pourquoi la terre demeure immobile au centre, et de ne pas se demander pourquoi au contraire le feu est poussé vers les extrémités ; car si le lieu extrême est le lieu naturel du feu, il est clair que la terre aussi doit avoir un lieu qui lui sera également naturel. Si l’on prétend que la terre n’a pas de lieu de ce genre, et qu’elle demeure en repos uniquement par la nécessité qui tient à son équilibre , elle est alors comme ce célèbre cheveu qui est très-fortement tendu, mais qui, l’étant partout d’une manière égale, ne peut plus se rompre jamais; ou bien encore comme cet homme qu'on

de terre. — Dans un rapport identique, l’expression du texte est tout aussi vague. 11 faut entendre peut-être par là, ainsi que le dit Socrate, dans le Phédon, « que la terre qui esten équi- « libre, au milieu d’uue atmosphère « qui la presse également, ne saurait « pencher d'aucun côté, et que par « conséquent, elle demeure fixe et « immobile ; » voir le Phédon , page 303 de la traduction de M. Y. Cousin.

§ 22. Il est en outre bien étrange, nouvel argument contre les théories d’Anaximandre, et peut-être aussi contre celles de Platon. — La terre», le feu , c'est-à-dire les deux contraires, l’un de pesanteur, et l'autre de légèreté. — Ce célèbre cheveu, c'est une ironie plutôt encore qu’un argument. — Comme cet homme # qu'on suppose , on voit que le moyenâge n’a pas eu beaucoup à faire pour inventer le fameux âne de Buridan.

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