LIVRE III, CH. II
qui l’empêche d’avoir son mouvement propre ? Si ce quelque chose est en repos, nous pourrons faire le même cercle de raisonnements ; car il faut nécessairement ou que le primitif qui reste en repos soit naturellement soumis à ce repos; ou bien il faudrait aller à l'infini, ce qui est impossible. Si le corps qui empêche le mouvement naturel est lui-même en mouvement, comme Empédocle le dit de la terre, qui, selon lui, ne reste en repos que par suite de la révolution du monde, dans quel lieu alors est-il porté ? Il ne peut pas l’être à l’infini ; car rien d’impossible ne se produit, et il est bien impossible de parcourir l’infini. Par conséquent, il faut nécessairement que le corps qui est ainsi en mouvement, s’arrête quelque part et y demeure en repos, non point par force, mais naturellement. Or, s’il y a un repos qui soit naturel, le mouvement qui porte le corps en ce lieu spécial où il s’arrête, est naturel également. § 3. Aussi, quand Leucippe ^t Démocri te prétendent que les corps premiers
Le même cercle de raisonnements, c'est l'expression même du texte. — Que le primitif qui reste en repos , c'est-à-dire le corps qui a en luimême le repos , sans que ce repos lui soit imposé par aucune cause étrangère. — Aller à l’infini , en allant de corps en corps, se communiquant successivement le repos, sans s'arrêter à un seul qui l’eût primitivement en lui. — Ce qui est impossible, c’est une sorte d’axiome, qu'Àristote a cent fois employé. — Comme Empédocle le dit , voir plus haut, livre 11, ch. 13, § 14, p. 199.
— La révolution du monde , Aristote
a combattu cette théorie, qui pouvait cependant s’accorder avec la sienne. Mais le repos de la terre, au centre, lui paraissait naturel, au lieu d’être forcé. — Dans quel lieu alors estil porté? je fais rapporter ceci au corps qui empêche l’autre de se mouvoir, et le force au repos. Simplicius au contraire le fait rapporter à la terre, et il se demande : « Si la révolution du monde ne forçait pas la terre au repos, dans quel lieu la terre serait-elle portée par son mouvement naturel ? »> Ces deux sens sont également acceptables.
§ 3. Les corps premiers , c'est-à-
ont un mouvement éternel dans le vide et dans l’infini, ils devraient bien nous dire quel est ce mouvement dont ils parlent, et quel est le mouvement qui est naturel à ce corps ; car si l’un des éléments est mu de force par l’autre, il faut nécessairement aussi qu’il y ait pour chacun d'eux un certain mouvement naturel, auquel le mouvement forcé soit contraire. 11 faut, en outre, que le premier mouvement donne une impulsion, non pas forcée, mais naturelle ; car ce serait aller à l’infini et s’y perdre, que de ne pas admettre qu’il y a un premier moteur naturel, et que de croire que le moteur antérieur ne donne le mouvement qu’en étant toujours mu lui-même par force. .
§ h. Du reste, c'est encore là le résultat, non moins nécessaire et non moins faux, auquel on arrive, si, comme il est écrit dans le Timée , on suppose qu’avant que l’univers ne fût mis en ordre, les éléments étaient dans un mouvement irrégulier ; car il fallait bien nécessairement que ce mouvement fût ou forcé ou naturel. Si, dès lors, ce mouvement était conforme aux lois de la nature, on reconnaîtra qu’il avait nécessairement aussi une pleine régularité, pour peu que l’on veuille considérer les choses avec quel-
dire le* atomes. Voir la Physique , litre IV , ch. 8 , § 4, p. 188 de ma traduction. — Dont ils parlent , j’ai ajouté ces mot*. — Le premier mouvement , il aurait mieux valu dire peut-être : « le premier moteur » ; mais j'ai dû me conformer au texte.
— Ce serait aller à l'infini et s’y perdre, il n’y a qu’un seul mot dans le grec. — Antérieur, en remontant toujours de proche en proche, sans jamais s’arrêter.
§ 4. Non moins nécessaire et non moins faux, le texte n’est pas aussi formel ; mais la nuance de critique est assez marquée, dans le texte, pour que j’aie pu la préciser un peu davantage. — Dans le Timée, voir le Timée de Platon, p. 119, traduction de M. V. Cousin. « La masse des » choses visibles s'agitait sans frein » et sans règle ; Dieu fit sortir l’or- » dre du désordre. » — L’univers ne fût mis en ordre, il faut se rap-