LIVRE III, CH. II
que soin ; car le premier moteur doit nécessairement se mouvoir lui-même, s’il est mu suivant la nature ; et par suite, les éléments qui n’obéissaient pas à un mouvement forcé, et qui demeuraient dans leur lieu propre, présentaient eux-mêmes l'ordre parfait qu'ils ont maintenant. Les corps graves allaient vers le centre; les corps légers s’éloignaient du centre; et c’est là précisément l’ordre régulier qu'offre actuellement le monde.
§ 5. Mais les choses en étant à ce point, on pourrait encore demander s’il était possible, ou s’il n'était pas possible, que les éléments, animés de ce mouvement irrégulier, formassent quelquefois de ces combinaisons d’où résultent les corps naturels que nous connaissons; par exemple, je veux dire les os et les chairs, ainsi que le prétend Empédocle, par le rôle qu’il prête à la Concorde;
< Bien des têtes poussaient qui n’avaient pas de cou. »
§ 6. Quant à ceux qui pensent que des éléments infinis peuvent se mouvoir dans l’infini, il faut leur répondre que
peler qu’en grec c’est un seul et même mol qui signifie l’Ordre et le Monde. — Actuellement , j’ai ajouté ce mot.
§ 5. Ainsi que le prétend Empédocle t voir la Physique , livre H, ch. 8, § 3, p. 54 de ma traduction.
— Bien des têtes poussaient qui n'avaient pas de cou, Empédocle pensai l qu’à l’origine des choses, et par l’action de la Coucorde, qui rapproche et unit les êtres, il s'était formé un
nombre infini de combinaisons, les unes capables, les autres incapables de vivre et de se perpétuer. Aristote a toujours combattu cette singulière théorie qui livre le monde au hasard ; Physique , 11, 8, 3.
§ C. Quant à ceux qui pensent, c’est Démocrile et Leucippe, et aussi Platon, comme la suite le prouve. — Des éléments infinis , soir la Physique, livre III, ch. 4, § 8, p. 90 de ma traduction. — Il faut leur ré-
si le moteur est unique, il n’y a nécessairement dès lors qu'un seul mouvement, de telle sorte que le mouvement n’est point irrégulier. Si, au contraire, les moteurs sont infinis en nombre, il faut aussi quelesmouvementssoient infinis comme eux ; car s’ils étaient en nombre fini, il y aurait, par cela seul, un certain ordre. En effet le désordre ne peut pas résulter de ce que le mouvement n’a pas lieu vers un seul et même point, puisque, même dans l’état actuel des choses, tous les corps ne sont pas portés indistinctement vers le même point, et que ce sont seulement les corps homogènes qui y sont portés. § 7. De plus, dire que les corps ont un mouvement irrégulier, n’est pas autre chose que de dire qu’ils ont un mouvement contre nature ; car l’ordre spécial et propre des corps sensibles est précisément la nature de ces corps. Mais ce qui est absurbe et absolument impossible, c'est que l’infini ait un mouvement irrégulier ; car la nature des choses est précisément celle que présentent la plupart des choses, et qu’ elles présentent pendant le plus de temps. Ainsi donc, ce serait ici tout le contraire de ce qu’on dit : ce serait le désordre qui serait naturel aux choses ; et l’ordre et la régularité, qui leur seraient contre nature. Et pourtant, rien de ce qui est selon la nature ne se produit au hasard.
pondre , le texte n’est pas aussi formel. — Les corps homogènes , la terre e1. scs composés; l’eau et tous les liquides, etc.
* §7 .Un mouvement irrégu /ter,
comme Platon le dit de la matière, axant que Dieu ne l'organisât. — C est que l'infini y cette expression n’est pas très-juste; mais je n’ai pu
la changer. 11 faudrait dire : « C’est » qu’il y ait un mouvement irrégu- » lier durant un temps infini. » C'est là le sens qu’adopte aussi Simpliciuf, dans son commentaire. — Pendant le plus de temps , ainsi l'irrégularité ne peut durer pendant un temps infini; car alors ce serait le désordre qui serait l’ordre. — Ne se produit