LIVRE III, CH. II
§ 10. D’un autre côté, si quelque corps est en mouvement, sans que ce soit par l’action ni de la légèreté ni de la pesanteur, il faudra nécessairement que ce soit un mouvement forcé ; et s'il est mu par force, il aura un mouvement infini ; car quelle que soit la puissance motrice, du moment que le corps auquel elle s’applique est plus petit et plus léger, il sera mu davantage par la même force. Soit le corps sans pesanteur A, mu suivant la ligne C E ; le corps pesant B sera mu dans le même temps, suivant la ligne ('. D. Mais le corps qui est pesant, étant divisé dans la proportion de C E à V. D, il en résultera que la portion enlevée au corps pesant parcourra la ligne C. E dans le même temps, puisque le corpsentier parcourait la ligne C D ; car la vitesse du plus petit corps sera à la vitesse du plus grand, comme le plus grand est au plus petit. Ainsi donc, un corps sans pesanteur parcourra, dans un temps égal, le même espace qu’un corps pesant. Or, cela est de toute impossibilité. Par conséquent, comme le corps sans pesanteur n'en parcourrait pas moins un plus grand espace que tout ce qu’on pourrait ajouter, il est clair qu'il pourrait, dès lors, parcourir l’infini. Ainsi donc, il est
§ 10. D'un autre côté , seconde hypothèse, où ce n'est plus un mouvement naturel, mais un mouvement forcé. — Il aura un mouvement infini, comme on essaie de le démontrer, à la fin de ce §. La force motrice restaut la même, plus le corps sera léger, plus l'impulsion sera forte; et la vitesse peut ainsi devenir infinie. — Soit le corps sans pesanteur A , cette démonstration se rapproche beaucoup de la précédente,
parce qu'en effet les idées sont fort analogues. — Ainsi donc, un corps sans pesanteur, ici, comme plus haut, la démonstration ne parait pas péremptoire. — Ainsi donc, il est évident, même remarque. — Doit avoir un certain poids , le fait était vrai pour l'antiquité, comme il lest encore pour nous , quoique la science moderne ait découvert des fluides impondérables ; ce qui ne veut pas dire que ces corps soient sans aucun
évident que tout corps doit avoir un certain poids, ou une légèreté déterminée.
§ 11. La nature d’un corps, c’est le principe du mouvement qu’il a en lui-même; et la force qui le meut, c’est le principe qui est dans un autre corps, en tant que ce corps est autre. Mais comme tout mouvement est ou naturel ou forcé, le mouvement naturel de la pierre, par exemple, qui est d’aller en bas, sera rendu plus rapide par la force impulsive ; et ce sera celte force même qui produira toute seule le mouvement contre nature. Le mouvement d'ailleurs emploie, dans les deux cas, l'air comme un instrument indispensable ; car l’air est, par sa nature, à la lois lourd et léger. Ainsi, l'air produira le mouvement en haut, en tant qu’il est léger, lorsqu’il est poussé et qu'il reçoit son principe d’action de la force impulsive ; et l’air produira aussi le mouvement en bas, en tant qu’il est lourd. On dirait qu’en effet la force motrice ajoute à l’un
poids , mai* seulement que nous ne pouvons les peser avec le» moyen* dont nous disposons.
§ H. Cest le principe du mouvement qu'il a en lui-méme , voir la Physique , livre 11, ch. 1, § 4, p. 2 de ma traduction. — Et la force qui le meut , le texte dit précisément :
« la puissance.» Mais c’est ici la force qui meut le corps coutre *a nature, et lui imprime un mouvement diffère ut. Seulement le texte n'est pas assez explicite, et l'expression dont il se sert a d'ordinaire un autre sens pour le Péripatétisme; voir une remarque analogue , Météorologie , livre IV, ch. 1, § 5, note, p. 275 de ma traduction. — C'est le principe ,
le texte n’est pas aussi formel. — Par la force impulsive, j’ai ajouté ce dernier mot. La force impulsive s’entend de la force étrangère au corp*, qui accélère son mouvement naturel, ou qui lui imprime un mouvement contre nature. — Le mouvement d'ailleurs t l'expression du texte est tout à fait indéterminée; mais il s’agit évidemment du mouvement, soit naturel soit forcé. — Dans les deux cas , soit pour le mouvement contre nature, soit pour le mouvement naturel. — Comme un instrument, nous dirions plutôt : « un intermédiaire. » — A la fois lourd et léger , lourd par rapport au feu , et léger par rapport à l'eau et à la