LIVRE III, CH. V
pour élément unique, évitent cette erreur; mais ils en commettent d’autres qui ne sont pas moins graves. Les uns, d’abord, confèrent au feu une forme qui lui serait propre ; et, par exemple, ce sont ceux qui prétendent que cette forme est une pyramide. Parmi eux , d’autres, faisant une supposition plus naïve encore, prétendent que la pyramide est la plus incisive des figures, de même que le feu est le plus incisif parmi les éléments. § à. D’autres ajoutent des détails plus élégants à cette théorie, et ils soutiennent que tous les corps se forment de l’élément le plus ténu et le plus léger. Selon eux, les formes des solides se composent de pyramides. Par conséquent, le feu étant le plus ténu des corps, et la pyramide étant la figure la moins complexe et la figure primitive, et de plus, la première figure appartenant au corps premier, ils en concluent que le feu doit être une pyramide.
§ 5. D’autres, sans dire un mot de la forme, se bornent à faire du premier élément le plus ténu des corps ; et ils prétendent que c'est par la condensation de cet élément
§ 3. Cette erreur , de faire de* corps de simples relations. — Qui ne sont pas moins graves , le texte n'est pas aussi formel. — Les uns, Simplicius croit qu'il s'agit d’Hippase de Métaponte et d’Héraclite d'Kphèse.
— Cette forme est une pyramide , c’est aussi l’opinion de Platon ; Timée, p. 167, traduction deM. V.
Cousin. 11 faut se rappeler qu'en grec le mot de Pyramide a la même racine que le mot de feu. Il y a donc ici comme une sorte de jeu de mots, que je n'ai pu rendre dans ma traduction.— Plus naïve encore ,
ce pourrait bien être Platon, qui serait ainsi critiqué.
§ 4. D’autres ajoutent, Simplicius ne dit pas à qui il est fait allusion dans ce passage. — Ils en concluent , l’expression du texte n'est pas aussi explicite; mais le sens est évident; et c’est une opinion qu’Arislotc prête aux philosophes qu'il réfute. — Doit être une pyramide , c’était là le système des Pythagoriciens ; mais ils ne faisaient pas du leu l’élément de tous les corps.
§ 5. Par la condensation , ou « l’accumulation. » — Comme on
que tout le reste s’est formé, comme on forme un morceau d’or par des feuilles d’or accumulées et soudées. Mais de part et d’autre, il y a les mêmes difficultés ; car, si l’on admet que le corps premier soit indivisible, on pourra reproduire de nouveau les raisonnements qu’on opposait, plus haut, à cette hypothèse.
§ 0. I)e plus, on ne peut la soutenir, pour peu que l’on veuille réellement étudier et considérer la nature. En effet, tout corps est comparable à un autre, sous le rapport de la quantité ; les grandeurs sont proportionnelles entr’ elles; et par exemple, celles des parties similaires ou homœoméries sont proportionnelles les unes relativement aux autres, comme le sont celles des éléments. Ainsi la masse entière de l’eau a un certain rapport avec la masse entière de l’air, et tel élément avec tel autre élément. Il en est de môme pour le reste. Or, l’air est plus étendu que l’eau ; et en général ce qui est plus ténu est plus étendu que ce qui est plus lourd. Donc, il est évident que l’élément de l’eau sera aussi plus petit que celui de l'air. Si donc la plus petite dimension se retrouve dans le plus grand, il s’ensuit
forme un morceau tf or, j’ai paraphrasé le texte plutôt que je no l ai traduit; mais le sens que je donne est emprunté au commentaire de Simpliciue. — Çu’on opposait plus hauiy voir plus haut, ch. 4, §§ 6 et 7. — • A cette hypothèse y qui admet l’existence de» atonies.
§ 6. Etudier et considérer lu nature, il n’y a qu’un seul mot dans le, texte. — Les grandeurs sont proportionnelles entr elles y ou encore :
« les corps out des grandeur pro-
portionnelles. » — Or , l'air est plut étendu , l'expression est bien vague ; mais celle du texte l'est eucore davantage. Le raisonnement d'ailleurs est obscur ; et on ue sent pas bien la portée de l’objection. — Donc y il est évident , la conséquence n’a rien de rigoureux. — Se retrouve dans le plus grand , c'est-à-dire qu'en supposant un élémeut unique, cet élément, sous sa forme la plu»
ténue, se retrouvera dans les corps plu» grands qu’il compose. — L'élé-