CHAPITRE VI
Les éléments ne peuvent pas être éternels; démonstration de ce principe. Les éléments ne peuvent ni venir de quelque chose d'incorporel, ni d'un corps; ils viennent les uns des autres.
§ 1. I.e premier point qu’il faille examiner maintenant, c’est de savoir si les éléments sont éternels, ou bien si, étant créés, ils sont périssables ; car une fois que ceci aura été démontré, on verra évidemment et quel est leur nombre et quelle est leur nature. Mais il est impossible qu’ils soient éternels ; car nous observons que le feu et l’eau, en un mot, que chacun des corps simples peuvent se dissoudre. Or il faut nécessairement, ou que cette dissolution soit infinie, ou quelle ait des limites. Si elle est infinie, il faudra que le temps, pendant lequel elle dure, soit infini comme elle. Mais le temps de la combinaison le sera également, puisque chacune des parties dont l’élément est composé se combine et se dissout dans un temps différent. On sera ainsi amené à conclure qu’en dehors du temps infini, il y aurait un autre temps infini, puisque le temps de la combinaison serait infini, et qu’en outre le
générale : « Qu’ils soient finis. » J ai préféré le premier sens, à cause de ce qui suit*
Ch. VI j § 1. Maintenant t j’ai ajouté ce mot qui m'a paru indispensable, quoiqu'il ne soit pas exprimé dans le texte. — Étant créés , ou « ayant été produits. » — Quel est
leur nombre y voir plus loin, livre IV, ch. B. — Peuvent se dissourire, l’expression est bien vague; mais je n'ai pas voulu la préciser davantage , de peur d’altérer la pensée. Certaines parties de l’eau et du leu se dissolvent; mais on ne peut pas dire que l'élément entier du feu ou de l’eau
temps de la dissolution doit être antérieur à celui-là. 11 y aurait donc un infini en dehors de l'infini ; ce qui est impossible. Que si la dissolution s’arrête en quelque point, ou bien le corps dans lequel elle s’arrête, sera indivisible, ou il sera divisible, sans que d’ailleurs on puisse jamais le diviser entièrement; et c’est là, à ce qu’il semble, ce qu’Empédoclea voulu dire. Or, d’après nos raisonnements précédents, le corps où la dissolution s’arrête, ne sera pas indivisible. Mais il ne sera pas non plus divisible, sans pouvoir jamais se dissoudre absolument ; car le corps qui est le moindre, est bien plus périssable que le corps qui est plus grand. Si donc le corps qui est considérable vient à périr, de telle manière qu’il se dissolve en un plus petit, à bien plus forte raison, le corps qui est plus petit éprouvera-t-il ce changement. Ainsi nous voyons le feu périr de deux façons : quand il est éteint par un corps qui lui est contraire, ou quand il s’affaiblit peu à peu de lui-même. C’est là précisément ce que le plus petit éprouve de la part du plus grand, et il l’éprouve d’autant plus vite qu’il est plus petit. Donc, nécessairement, les éléments des corps sont périssables et créés.
§ 2. Puisqu’ils sont créés, leur génération vient, ou de quelque cause incorporelle, ou elle vient d’un corps.
soit jamais dissous. — Le temps de ta dissolution doit être antérieur, puisqu’une chose ne peut sc reformer qu’après avoir été dissoute, et quelle ue peut réciproquement se dissoudre qu’après avoir été formée. — Sera indivisible ou il sera divisible , tous ce* détails sont bien subtils; et ils s’éloignent trop de l'observation réelle
des faits, à laquelle cependant Aristote veut s’appliquer avant tout , si ce n’est exclusivement. — Cequ'Em pédocle a voulu dire , pensée trop peu développée , et qui reste obscure. — A bien plus forte raison , il semble au contraire que plus le corps est petit, plus il a de chances de n’être pas dissous. — Donc né-