LIVRE III, CH. VI, § i
Si c’est d’un corps quelle vient, c’est d'un autre corps ; ou les éléments viennent l’un de l’autre réciproquement.
§ 3. Mais la théorie qui tire et engendre les choses d’une cause incorporelle, admet le vide ; car toute chose qui se produit, doit se produire dans quelque lieu ; et ce dans quoi se produit la génération est incorporel, ou a un corps. Si le lieu a un corps, il y aura donc deux corps dans le même lieu, et le corps qui s'y produit et celui qui y était auparavant. Si le lieu est incorporel, il en résulte nécessairement qu’il y a un vide déterminé. Mais il a été démontré antérieurement que le vide est impossible. § h. D’un autre côté, les éléments ne peuvent pas naître davantage de quelque corps ; car alors il faudrait qu’il y eût déjà un autre corps antérieur aux éléments ; or si ce corps a pesanteur ou légèreté, il sera par cela même un élément. S’il n’a aucune direction naturelle, il est dès lors immobile, et purement mathématique ; et du moment que, telle est sa nature, il cesse d’être dans
cessairement , la conclusion n’est pas très-rigoureuse, et ce qui précède ne la justifie pas assez.
§ 2. Viennent l'un de l’autre réciproquement, c'est la théorie qu’Aristote acceptera, après avoir repoussé les deux autres; mais elle ne semble pas être tout à fait d’accord avec les critiques qui ont été adressées plus haut à différents systèmes; voir plus haut, ch. 5, §§ 8 et 9.
§ 3. Qui tire et engendre les choses, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — D'une cause incorporelle} ou simplement: « de l'incorporel. » — Admet le vide, qu' Aris-
tote a combattu dans le IVe livre de la Physique , ch. 8 et suiv., p. 184 et suiv. de ma traduction. Simplicius cite par erreur le 1 1 !• livre au lieu du IVe. — Est incorporel ou a un corps, cette leçon est celle qu’adoptait Alexandre d’Aphrodiséc, d’après ce que rapporte Simplicius. — Il a été démontré antérieurement , dans la Physique , livre IV, ch. 8 et suiv.
S 4. D'un autre côté , voir plus haut, § 2. — De quelque corps , l’argumeut est très-fort , puisque l’élément est nécessairement supposé antérieur à tout le reste. — Dans un lieu et dans l’espace , il n'y a qu'un
un lieu et dans l’espace ; car là où un corps demeure en repos, là aussi il peut se mouvoir. Si c’est par force qu’il y demeure, c’est contre sa nature qu’il s’y meut ; et si ce n’est pas par force, c’est alors selon les lois de la nature qu'il est mu. Du moment que le corps sera dans le lieu, et quelque part, on pourra dire qu’il est un des éléments. Mais s’il n’est pas dans un lieu, il ne pourra non plus rien sortir de lui ; car c’est une nécessité que la chose qui naît, et celle d’où elle naît, soient simultanées et ensemble dans le même lieu.
§ 5. Puis donc qu’il n’est possible, ni que les éléments viennent de quelque chose d’incorporel, ni qu'ils viennent d’un autre corps, reste donc qu’ils viennent réciproquement les uns des autres.
seul mot dan* le texte. — Qu'il y demeure , le texte n’est pas aussi explicite. — Simultanées et ensemble , il n’y a qu’un seul mot dans le texte. Ensemble, se rapporte à l’idée de lieu, et non à celle de temps.
§ 5. D'un autre corps , dans le genre des atomes imaginé» par Démocrite, et qu’ Aristote n’a jamais admis ; voir
la Physique , dans ma traduction, préface, p CXXXV1. — Béciproquement lek uns des autres , par des transformations successives, qui d'ailleurs sont plus ou moins réelles. Voir le Traité de la Production et de la Destruction des choses, livre II, ch. 3, § l , où ces théories reparaissent de nouveau.