LIVRE III, CH. Vil
soit exempt de la transformation, ce n’est ni rationnel ni conforme à l’observât on sensible, qui ne montre pas qu’il en soit ainsi, et qui prouve que tous les éléments changent également les uns dans les autres. C’est que ces philosophes qui prétendent expliquer les faits, ne disent rien qui s’accorde réellement avec les faits. La cause de leur erreur, c’est qu'ils ne comprennent et ne choisissent pas bien leurs premiers principes, mais qu'ils veulent tout ramener à certaines opinions déterminées. Ce qui est vrai peut-être en ceci, c’est que les principes varient et qu’ils sont sensibles pour les choses sensibles, éternels pour les choses éternelles, périssables pour les choses périssables ; en un mot, les principes doivent être homogènes aux sujets qu’ils concernent. Mais par l’amour de ces belles théories, nos philosophes semblent faire comme ceux qui, dans leurs discussions, maintiennent obstinément les thèses qu’ils ont posées dès le début, et qui subissent patiemment toutes les conséquences qu’on en tire, assurés d’être partis de principes vrais; comme s’il n’y avait pas certains principes qu’il faut juger par les résultats qui en sortent, et surtout par la fin à laquelle on prétend aboutir. Ainsi, la fin de la science, quand elle produit quelque chose, c’est l’œuvre elle-même qu’elle
ejt dit au § suivant. — Exempt de la transformation , et qui eu changeant simplement de forme , donne naissance à tous les autres corps. — Qui prétendent expliquer les faits , voir la préface à la Météorologie , p. XLVI, sur la méthode d'observation, pratiquée et recommandée par Aristote. — Déterminées , el peut-
être « étroite». » — Aux sujets qu'ils concernent, le texte n’est pas tout à fait aussi explicite. — Maintiennent obstinément , même remarque. — A laquelle on prétend aboutir , j’ai aussi ajouté ces mots. — De la science, quand elle produit , j'ai paraphrasé les mot» du texte : « De la science poétique. » — Vu’ elle veut
veut produire ; mais la fin de la physique, c’est, l’observation de3 faits qui tombent sous nos sens.
§ 7. Ces philosophes sont donc amenés à considérer surtout la terre comme élément, et à supposer quelle est seule impérissable, puisque l’indissoluble est à la fois impérissable, et est un élément. La terre, en effet, est la seule qui ne se résolve pas en un autre corps. § 8. Mais l’omission de certains triangles dans les corps qui se dissolvent, n’est pas plus admissible ; et cette erreur, que l’on commet, même en admettant la transition réciproque des éléments les uns dans les autres, tient à ce que l’on compose les corps avec des triangles qui ne sont pas également nombreux.
§ 9. I)e plus, ces philosophes sont nécessairement for-
produire y j'ai ajouté ceci. — J De la physique, ou plutôt : « de l’étude de la nature. » — L'oàservution des faits, le mot de Physique est prit» ici dans son acception la plus générale, et signifie l'étude de la nature entière.
§ 7. A considérer surtout la terre, c’est le second argument contre le Bystème des surfaces , d’après Simplicius. — La terre la seule qui ne se résolve pas , on voit combien cette assertion est vague et peu conforme aux faits, tl est bien vrai, du moins à l'apparence, que la terre ne se résout pas en eau , en air et en feu; mais elle parait elle-même composée d'une foule de substances diverses , dans lesquelles elle se ré- *out. Le mot de Terre avait, dan* le langage scientifique de ces temps reculé», l'acception la plus étendue ;
voir la Météorologie , livre I, ch. 2, § 1, p. 5 de ma traduction.
§ 8. Mais l’omission de certains triangles , ce passage est obscur à cause de sa concision; voici l’explication qu'en donne Simpliciu*. L'eau se composant de vingt triangles , et l'air que l’eau engendre n’en ayant que huit , il s'ensuit qu’une seule partie d'eau forme deux parties d’air; mais deux lois huit ne font que seize; il reste donc -encore quatre triangles, dont on ne rend pafe compte. — Dans les corps qui se dissolvent, et se réduisent en surfaces, ou en triangles, dans le système donné. — Qui ne sont pas également nombreux , puisque d'une part il y a vingt triangles, et que d’autre part, il n’v en a plus que seize. Mais pour bien comprendre ces objections , il faudrait avoir sous les yeux le détail précis