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PRÉFACE
l'esprit de l’homme a besoin de beaucoup d’humilité, parce que dans ce domaine il n’a plus que ses propres forces et qu’il est dénué du secours de l’observation et de la réalité; ce qui n’est pas d’ailleurs une cause nécessaire d’erreur.
Laplace lui-mème croit si bien aux forces de l’intelligence et à la possibilité pour elle de remonter à une première cause, qu’il invoque souvent les lois de la raison, d’abord dans les mathématiques, et aussi dans l’explication de la nature. En parlant de la rotation de la terre, il trouve cette rotation plus rationnelle que l’immobilité; la simplicité et l’analogie lui semblent exiger que la terre, qui n’est qu’un point dans l’espace, tourne autour du soleil plutôt que le soleil, avec les planètes et tout l’appareil sidéral, ne tourne autour d’elle. « 11 est infiniment » plus simple et plus naturel de penser, tout nous » porte à penser, » selon lui, que la terre doit se mouvoir au lieu d’être immobile, comme nos sens voudraient nous le faire croire, comme l’ont cru les anciens. Laplace ne voit même dans l'attraction solaire qu’un de ces concepts dont les géomètres fout souvent usage1.
Bien plus, abandonnant cette voie et s’écartant
1 Laplace, Exposition du système du monde, Tome I, pages 189, 191, 192, 201 et 228 ; et Tome II, pages 316 et 327, édition de 182â.
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de sa prudence habituelle, il propose une hypothèse devenue fameuse, sous le nom d’hypothese de la nébuleuse. Cette hypothèse est contenue dans une note à part ; et la voici, présentée d'ailleurs par Laplace « avec la défiance que doit inspirer tout ce » qui n’est pas un résultat de l’observation et du » calcul. »
11 cite d’abord les cinq faits suivants sur lesquels s’appuie toute sa démonstration. Les planètes se meuvent toutes dans le même sens d’occident en orient et à peu près dans le même plan. Les mouvements des satellites ont lieu dans le même sens que ceuxdcs planètes. Les mouvementsderotationdc ces corps et du soleil ont lieu dans le même sens que leurs mouvements de projection et dans des plans peu distants. Les orbes des planètes et des satellites ont très-peu d’excentricité, et leur ellipse se rapproche beaucoup du cercle. Enfin, les orbes des comètes sont au contraire très-excentriques, « quoique leurs » inclinaisons, selon Laplace, aient été abandon- » nées au hasard. »
Ces faits étant donnés par 1’observation, comment remonter « à leur véritable cause? » Il faut écarter l’hypothèse de Bufion, admettant qu’une comète, tombée sur le soleil, en a fait jaillir un torrent de matière qui s’est réunie, plus ou moins loin, en divers globes plus ou moins grands, pour former les
PRÉFACE
planètes et leurs satellites. Cette hypothèse de Buffon ne satisfait qu’à un seul des cinq phénomènes. Laplace conjecture au contraire que l’atmosphère du soleil, en vertu d’une chaleur excessive, s’est primitivement étendue au-delà des orbes de toutes les planètes. C’est cette atmosphère qui a déterminé, en se resserrant dans ses limites actuelles, les mouvements de rotation et de révolution des planètes et des satellites. Les planètes ont été formées aux limites successives de l’atmosphère, par la condensation des zônes de vapeur qu’elle a dû, en se refroidissant, laisser dans le plan de son équateur. Quand ces zônes de vapeur ont continué à se condenser sans se désunir, elles ont formé des anneaux liquides ou solides comme ceux de Saturne, ce qui est le cas le plus rare ; mais en se rompant en plusieurs masses, elles ont formé autant de planètes à l’état de vapeur, où s’est condensé un noyau central, avec une atmosphère spéciale comme dans le soleil. Tout cela ne s’est pas constitué avec une parfaite régularité ; et c’est ainsi que les variétés sans nombre dans la température et la densité des diverses parties de ces grandes masses ont produit l’excentricité des orbites, et les déviations d’ailleurs assez faibles de leurs mouvements relativement au plan de l’équateur solaire. Les comètes sont en dehors du système planétaire; elles ne sont que des condensations de raa-
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tière nébuleuse, analogue à celle du soleil, et errantes de systèmes en systèmes.
Quant aux molécules de matière qui, dans les zônes abandonnées par l’atmosphère du soleil, étaient trop volatiles pour s’unir entr’elles ou aux planètes, elles circulent encore autour de cet astre, et ce sont elles qui offrent toutes les apparences de la lumière zodiacale, t
Cette hypothèse très-ingénieuse contente singulièrement Laplace, en ce quelle lui paraît satisfaire à tous les phénomènes. Il en voit des preuves nouvelles dans l’aplatissement des planètes aux pôles, indice de leur fluidité primitive, et dans une foule d’autres données du système astronomique. Je m’empresse de l’avouer : quand un géomètre et un astronome tel que Laplace croit y découvrir l’explication de tous les phénomènes, quiconque n’est pas l’auteur de la Mécanique céleste aurait mauvaise grâce à élever quelque contestation. Cependant je me permettrai deux remarques. Laplace part de cette supposition, que le « soleil dans son état pri- » mitif ressemblait aux nébuleuses que le télescope » nous montre composées d’un noyau, plus ou » moins brillant, entouré d’une nébulosité qui, en » se condensant à la surface du noyau, le trans-