CHAPITRE IX
De l'unité du Ciel, éternel, incorruptible et Incréé; objections contre cette théorie: réfutation rie ces objections. Le ciel se composant de tous les êtres naturels et sensibles, il n’y a rien en dehors de lui. Trois acceptions diverses du mot Ciel ; acception particulière qu’Aristote donne è ce mot. Idée générale de l’éternité et de l'infini du ciel; citation d’un traité de Théodicée. Indépendance et toute puissance de la Divinité.
§ 1. Démontrons que non-seulement le ciel est unique, mais encore qu'il est impossible qu'il soit multiple; et de plus, démontrons qu'il est éternel, parce qu'il est incorruptible et incréé. Mais auparavant exposons un doute que celte question a fait naître.
§ 2. Ainsi il pourrait sembler impossible que le ciel fût seul et unique, si l'on fait le raisonnement suivant. Dans tous les êtres que produisent ou que conservent soit la nature, soit l’art, la forme considérée en soi est différente de la forme mêlée à la matière. Par exemple, l’espèce de la
Ch. IX, § 1. Qu’il soit multiple , c’est-à-dire qu'il puisse y avoir plusieurs cieux, au lieu d'un seul. Après avoir essayé de prouver qu'il n’y a qu’un seul ciel, on complète la démonstration en prouvant qu'il ne peut pas y en avoir plusieurs. — Qu’il est éternel, il faut rapprocher cette théorie de celle de l'éternité du mouvement et du monde, Physique , livre VIII, chapp. 14 et 15, toine II, pages 553 et suiv. de ma traduction.
— Incorruptible et incréé, c’est transporter au monde ce qui n’appartient qu’à Dieu. — Un doute, c’est bien là la méthode habituelle d’Aristote.
Il réfute d’abord les objections, avant de donner sa propre théorie.
§ 2. Si l'on fait le raisonnement suivant, le texte n'est pas tout à fait aussi formel. — Que produisent ou que conservent, peut-être la nuance n’est-elle pus aussi marquée dans l’original. — L'espèce de la sphère ,
sphère est différente, selon que c’est la sphère toute seule que l’on considère, ou la sphère d’or et la sphère d'airain ; de même encore la forme du cercle est différente, selon que le cercle est considéré en soi, ou qu’il est considéré comme étant d’airain et de bois. En effet, pour indiquer l'essence de la sphère ou du cercle , nous n’avons pas besoin de parler, dans sa définition, d’or ou d'airain, parce que ces notions ne font pas partie de l’essence. Mais nous ajouterons les notions d'airain ou d'or, si nous voulons parler de la sphère d’airain ou d’or, et que nous ne puissions imaginer ou dire rien au delà de l'individu que nous avons sous les yeux; car quelquefois il se peut fort bien que nous n’ayons pas besoin d'aller au delà; par exemple, si l’on ne prend et ne considère que ce seul et unique cercle. Cependant, l’être du cercle en général n’en sera pas moins très-différent de l’être de ce cercle particulier, puisqu ici ce sera la forme prise toute Seule, et là, la forme dans la matière et devenant individuelle. Puis donc que le ciel est perceptible à nos sens, il fait partie des choses individuelles, tout objet sensible étant évidemment dans
par l’espèce, il faut entendre ici l’idée. — La sphère toute seule que l'on considère , j'ai développé le texte pour le rendre plus clair. — La forme du cercle, la furme se confond ici avec l'espèce ou l’idée. — Selon qu'il est considéré en soi , le texte u 'est pas aussi précis. — Parce que ces notions, le texte se sert ici d une expression toute indéterminée.
— Que nous avons sous les yeux, j’ai ajouté ces mots pour compléter la pensée. — Que nous n'ayons pas
besoin d'aller au-delà, le teite se borne à aire simplement : « 11 se peut fort bien que cela arrive. » — Ce seul et unique cercle que l’on reperde, sans s’élever jusqu'à l'idée universelle de cercle, qui comprend tous les cercles particuliers possibles.
— L'ètre du cercle , j’ai conservé, autant que je l’ai pu, l’expression même du texte. — Et devenant individuelle, au lieu de rester péuéralc. — Est perceptible à nos sens , comme il l'est en effet, puisque nos