LIVRE I. CH. XII
Ainsi, il est faux de dire que vous êtes debout quand vous n'êtes pas debout; niais la chose n’est pas impossible de soi. Et, de même, dire de l’artiste qui joue de la lyre, mais qui ne chante pas, qu’il chante ; c’est faux, mais ce n’est pas impossible. Au contraire, dire que quelqu’un est tout à la fois assis et debout, ou que le diamètre est commensurable, c’est non-seulement faux, mais c’est impossible absolument. Ce n’est donc pas la même chose de faire une hypothèse fausse ou une hypothèse impossible. Une conclusion impossible ne ressort que de prémisses impossibles. Ainsi, on a en même temps la puissance d'être debout et celle d’être assis, parce qu’on exerce tantôt l’une et tantôt l’autre; mais ceci ne veut pas dire qu'on puisse être tout à la fois debout et assis ; et c’est seulement dans des temps différents qu’on peut l’être. § 3. Si donc un être a la puissance de faire plusieurs choses durant un temps infini, ce n’est pas alors dans un autre temps qu’il a cette puissance, mais c’est dans le même temps et à la fois. Par conséquent, si une chose qui existe durant un temps infini est périssable, elle peut aussi avoir la puissance de ne pas être ;
da possible et de l'impossible, du vrai et du faux. — Que vous êtes debout, cette tournure par la seconde personne est dans le texte. — Que le diamètre est commensurable , soit avec la circonférence, soit avec le côté du triangle rectangle, moitié du carré. — Absolument , j ai ajouté ce mot, qui se rapporte à tout ce qui précède. — Une conclusion impossible... de prémisses impossibles , le texte dit simplement : « l’im-
possible ressort de l’impossible, n § 3. De faire plusieurs choses, j’ai conservé l’indécision du texte ; mais il aurait fallu que l’auteur précisât davantage sa pensée. — C'est dans le même temps et à la fois , ce qui peut être contradictoire, mais ce qui est évident, dès qu’on suppose le temps infini. — * Est périssable , il y a contradiction presque jusque dans les termes, et ce n’est peut-être pas beaucoup la peine de démontrer
et si elle est durant un temps infini, on peut supposer encore l’existence réelle de ce qui peut n’être pas. Ainsi, tout à la fois, cette chose sera et ne sera pas actuellement et en fait. On aurait donc ici une conclusion fausse, parce que, d'abord, on a supposé le faux ; mais, si la première hypothèse n’avait pas été impossible, la conséquence ne l'aurait pas été davantage. Donc, tout ce qui est éternel doit être absolument impérissable.
§ à. Et de même pour l’incréé ; car si l'être est créé, il pourra aussi ne pas être durant un certain temps. Le périssable est ce qui était antérieurement et qui n’est plus maintenant, ou peut ne plus être dans un jour à venir. Le créé est ce qui peut antérieurement, à sa création, ne pas être ; mais il n’y a pas de temps, soit fini soit infini, où il soit possible que l’être qui est toujours puisse ne pas être; car il peut être durant le temps fini, puisqu'il peut être aussi durant un temps infini. Par conséquent, une seule et même chose ne doit pas pouvoir éternellement être et ne pas être. Mais la négation de cette assertion n’est pas plus vraie, c’est-à-dire que la chose ne peut pas davan-
qu’une chose éternelle ne peut pas périr. — Cette chose sera et ne sera pas, conséquence absurde et impossible. — La conséquence ne l'aurait pas été davantage, voir plot haut, § 2. — Tout ce qui est étemel doit être impérissable, c'est une sorte d'axiôme évident, qui n’a pas besoin de démonstration.
§ 4. Et de même pour fincréé, c’est-à-dire que l’iucréé est également impérissable ; car l’incréé est éternel aussi . — Jl pourra Qussi ne pas être ,
évidemment; et ce sera avant sa création. — Le périssable , voir plus haut, ch. Il, § 4, la définition du périssable. — Car il peut être durant le temps fini, puisque le temps infini comprend toute espèce de temps fini, — La négation de cette assertion, le texte n*cst pas tout à fait aussi formel. — Ne peut pas davantage ne pas être éternellement , puis qu’on l’a supposée éternelle. Je ne suis pas sûr d'ailleurs d’avoir bien rendu toutes ces subtilités logiques,