‹ Traité du ciel [Texte imprimé]Chapitre 67 sur 212 · LIVRE I, CH. XII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH. XII

tage ne pas être éternellement. Il est donc impossible que quelque chose soit en même temps étemel et périssable. De même, une chose ne peut pas non plus être éternelle et créée ; car lorsqu’il y a deux termes, et qu’il est impossible que le dernier soit sans le premier, il est impossible également que le premier soit si l'autre n’est pas. Si donc ce qui est éternel ne peut pas à un jour donné ne pas être, il est impossible aussi qu’il soit créé. Mais comme la négation de pouvoir être éternellement, c’est de ne pas pouvoir être éternellement, et que pouvoir éternellement ne pas être est le contraire, qui a pour négation de ne pas pouvoir éternellement ne pas être, il faut nécessairement que les deux négations s’appliquent à la même chose, et que le terme moyen entre ce qui est toujours et ce qui toujours n’est pas, soit ce qui peut tantôt être et tantôt ne pas être ; car la négation des deux sera que la chose n'est pas toujours. Par conséquent, ce qui n’est pas toujours dans le non-être pourra être quelquefois et quelquefois ne pas être, ainsi que ce qui peut ne pas être toujours , mais est seulement quelquefois de manière aussi à n’être pas. Donc, la même chose pourra être et ne pas être, et ce sera le moyen terme des deux assertions contraires.

S 0. Ce raisonnement peut être mis sous forme géné-

dont les nuances sont très-difficiles à saisir et à rendre — De même une chose , ou un être, en preuant l'expression la plus générale possible.

— * Lorsqu'il y a deux termes , l’expression du texte est tout à fait indéterminée. Mais le sens ne peut faire de doute. — La négation ... le

contraire, voir Y H erménéia, ch. 6 et cb. 12, pages 158 et 185, tome I de ma traduction. — Et que le terme moyen, ou le milieu. — Des deux assertions contraires , le texte dit simplement : « des deux; » j’ai dû être plus précis.

§ 6. Sous forme générale , c’est-

raie. Supposons, en effet, que A et B ne puissent être jamais à une même chose; mais A ou C seront à toute cette chose, de même qu'y seront B ou D. 11 faut alors nécessairement que C et D soient à toute la chose à laquelle ni A ni B ne peuvent être. Soit E le moyen terme de A et de B ; car le moyen entre les contraires, c'est ce qui n’est ni l’un ni l'autre. Il faut donc que C et D soient tous deux à ce moyen terme ; car A ou C est à toute la chose, de telle sorte qu'ils sont aussi à E. Mais puisque A est impossible, c’est C qui sera à la chose en question. Même raisonnement aussi pour D.

§ 7. Ainsi donc, ce qui est éternellement ne peut être ni créé ni périssable, non plus que ce qui éternellement n’est pas. Mais il est clair que, s’il était créé ou périssable, il ne serait pas éternel ; car alors il pourrait tout à la fois

à-dire sous forme littérale ; et cette forme a en effet le plus de généralité possible, puisqu'elle ne s'applique à rien en particulier. C'est de là que vient l'emploi qu’en font les mathématiques et spécialement l'algèbre. On peut trouver d'ailleurs que ce mode d’exposition ne contribLO pas beaucoup à éclaircir la pensée; il est trop abstrait. — AV puissent être jamais à une même chose , c’est-à-dire, qu'ils sont contraires l'un à l’autre.

Cette même chose est P, comme il est dit un peu plus bas; et il faut entendre que les contrains ne peuvent être à cette chose que successivement. et jamais à la fois. — A ou C, qui ne sont pas contraires entr’eux. — B ou D, qui ne le sont

pas davantage.— De telle sorte qu'ils sont aussi à E , car E est précisément cette chose à laquelle les contraires ne peuvent être simultanément Pour rendre toute cette démonstration littérale plus claire, il faudrait remplacer les lettres par les mots eux-mêmes. Si A, par exemple, représente l’éternel, B représentera le périssable ; c’est ce que l'auteur fait lui-même un peu plus bas § 11.

— Même raisonnement aussi pour D , qu’on opposera à B, comme on vient d’opposer C à A.

§ 7. Ce qui est éternellement

ce qui éternellement n'est pas , il y a dans le texte une opposition que je u'ai pu rendre aussi frappante dans notre langue, entre l'être et le

Page 1