LIVRE II, CH. VI
incréé, impérissable et absolument immuable. Le moteur, à plus forte raison, doit-il avoir toutes ces qualités ; car le moteur de ce qui est primitif, doit être primitif aussi ; il doit être simple pour le simple, comme il est impérissable et incréé pour l'impérissable et l’incréé. Or, si le mobile, qui est un corps, ne change pas, le moteur, qui est incorporel', peut encore moins changer que lui. Ainsi donc le mouvement de translation du ciel ne peut pas être irrégulier. § 3. Si le mouvement du ciel était irrégulier, ou le ciel changerait tout entier, ayant un mouvement tantôt plus rapide et tantôt plus lent ; ou bien ce seraient seulement quelques-unes de ses parties qui changeraient. Mais il est évident que ses parties ne présentent aucune irrégularité ; car dans l’infinité des temps, les astres se seraient éloignés les uns des autres et se seraient distancés, l’un allant plus vite, et l'autre allant plus lentement. Or, il ne parait pas qu’il y ait jamais eu la moindre modification
3» §§ 3 et 4; toir aussi la Physique, livre VIII, ch. 15, §23, page 567 de ma traduction. — Le moteur, à plus forte raison , il s'agit ici du moteur éternel, c’est-à-dire de Dieu luimême, quoiqu'Arislote ne le nomme pas expressément. — Le motf.ur qui est incorporel , c’est à cette grande théorie qu’tst consacré le dernier chapitre de la Physique, livre VIII, ch.
15, page» 558 et suiv. — Ainsi donc, conclusion de ce second argument, toute pareille à celle du premier.
§ 3. Si le mouv ment du ciel était irrégulier , le teste n'est pas tout à fait aussi précis ; mais il est évident, par ce qui suit, qu'il s'agit du ciel.
plus directement encore que de son mouvement. — Le ciel changerait tout entier, le texte dit précisément:
« le mouLcment changerait tout entier. » Il n'y a d’ailleurs aucun inconvénient à confondre ici les deux termes, et i! semble que la clarté gagne à la traduction, telle que je l’ai modifiée. — Se seraient éloignés les uns des autres , saint Thomas fait remarquer que, du temps d'Aristote, les astronomes u avaient pas encore constaté le mouvement propre qu’ont quelques-unes des étoiles fixes. La remarque est vraie ; mais elle ne contredit pas la théorie d'Aristote ; et l’ordre de l’univer» n'en
ISO
dans les distances qui les séparent. Mais il n’est pas plus admissible que ce soit le mouvement tout entier, au lieu de ses parties, qui puisse changer. La décroissance en chaque chose ne peut venir que d’une impuissance; or, l’impuissance est contre nature; car dans les animaux toutes les impuissances sont antinaturelles, la vieillesse, par exemple, et la mort. C'est, qu’en effet, la constitution entière des animaux ne se compose guère que des éléments, qui diffèrent entr’eux par la position propre à chacun ; et il n’y a aucune des parties, dont les animaux sont formés, qui n’occupe la place qui lui appartient. Si donc dans les corps primitifs, il n’y a rien qui puisse être contre nature, parce qu’ils sont simples et sans mélange, parce qu’ils sont toujours à leur place spéciale, et qu’il n’y a rien qui leur soit contraire, il n’y a pas davantage
reste pas moins parfaitement régulier. — Mais il n’est pas plus admissible, seconde partie de l'argument. Le mouvement du ciel ne change pas plus dans sa totalité qu'il ne change dans ses parties. — Au lieu de ses parties , j’ai ajouté ces mots pour que la pensée fût complète; le sens en est implicitement compris dans le texte. — Ne peut venir que d'une impuissance , ce terme est un peu général.
— Or l’impuissance est contre nature y généralité très-vague et peu exacte. — La vieillesse, par exemple , et la mort , l'un et l'autre, malheureusement, sont dans l'ordre de la nature, aussi bien que la jeuuesse et la vie ; et c’eit là le destin de tous les être* animés. — Que des éléments , les anciens croyaient que les animaux
étaient formés des quatre éléments, terre, eau, air et feu ; et par conséquent, ces éléments, concourant à la vie animale, n’ont pas la position qu’ils occupent d'ordinaire dans la natnre. C'est là une théorie étrange et tiès-fausse ; mais c'est ainsi que les commentateurs ont compris ce passage; et il est difficile de l’interpréter autrement. — Dont les animaux sont formés , j’ai ajouté ces mots pour compléter et éclaircir la pensée. — Dans les corps primitifs , le texte dit simplement : « Dans les primitifs. » On pourrait traduire aussi : « Dans Us premiers principes. »
Le ciel et la sphère supérieure sont compris dans le nombre de ces primitifs, où l'on peut classer aussi le temps et l’espace. — Il ny a pas davantage d impuissance pour eux ,