PREMIERE PARTIE
§ 3i. — En généra! , il est plus aisé de montrer comment on applique les teintes (pie de décrire le mode d’opérer, et ce n'est que par un exercice prolongé que l’on atteint la perfection. Il arrive au dessinateur le plus exercé , malgré tout le soin et toute l’attention qu’il apporte dans ce travail , de faire quelquefois des taches par suite de circonstances diverses. Ce cas échéant, cela ne doit pas être un motif pour abandonner son ouvrage, puisque, ainsi que nous l’avons fait voir dans les paragraphes précédents, il y a toujours possibilité d’enlever ces taches à l’aide du pinceau suffisamment essuyé , et il faudrait qu’un dessin fût bien endommagé pour qu’à l’aide de ce moyen on ne puisse de nouveau l’approprier.
§ 35. — Si sur un dessin qui a reçu une teinte uniforme il se formait en certains points des taches claires, on les ferait disparaître ainsi qu’il suit :
On imbibe son pinceau dans une encre liquide dont la teinte soit en rapport avec celle de la tache que l’on veut détruire ; puis on le promène sur un morceau de papier assez souvent , pour qu’il devienne à peu près sec ; on éloigne alors un peu le regard du point où l’on va opérer, et avec le peu d’encre qui reste encore dans le pinceau , on corrige les taches apparentes, on enlève encore les rebords humides , dans les points qui auraient été trop humectés , à l’aide de l’autre pinceau légèrement trempé dans, l’eau et essuyé. Cette dernière opération sera rarement nécessaire , car le peu d’humidité qu’on pourra appliquer avec ifn pinceau à demi humecté, sera aussitôt absorbé par le papier. On réitère ces rectifications autant de fois que cela sera nécessaire.
§ 36. — Si, au contraire, les taches étaient plus foncées qtie la teinte générale, on les fera disparaître, si elles étaient nonir breuses , en appliquant successivement des teintes plus claires sur toute l’étendue de la surface lavée , jusqu'à ce qu’on soit parvenu à donner au tout la nuance foncée des taches. Mais comme ceci est fort difficile à exécuter en général, et ne donne pas toujours des résultats satisfaisants, puisqu’on peut facilement donner à cette surface une teinte trop foncée, il sera préférable, de se, servir du pinceau ou d'un petit morceau d’éponge humectée pour les enlever légèrement , et même rendre les
points où ils se trouvaient, plus clairs que la teinte générale de la surface. Après que le tout sera sec on pourrait, d’après les indications du paragraphe précédent, complètement faire disparaître ces taches à l’aide du pinceau à demihumecté, et égaliser la nuance de ces points avec celle de toute la surface.
§37. — Lorsqu’on se sert d’encre de Chine (1 } pour appliquer et étendre les teintes sur un dessin , et cpie dans cette opération il faut tenir compte des effets de la lumière et des ombres, en opérant d’après les règles de la distribution de la lumière ,
(I) Une bonne encre de Chine doit être d’un bon grain, et présenter dans sa cassure un aspect brillant et doré. Kilo doit pouvoir facilement être frottée s ût sur le doigt, soit dans mi godet, sans faire éprouver la sensation d’un petit corps dur ou du sable. Kl le ne doit pas se délayer trop promptement, et cette dissolution doit offrir l'inlcur du musc, odeur qui doit également se développer tandis qu’on la frotte; enfin, elle doit donner naissance à une couleur d’un noir très (once tirant un peu sur le brun. Mais parce qu'une encre de Chine sent le musc, eu n’est pas là un signe suffisant pour dire qu elle est d’une bonne qualité ; cependant cette odeur existe toujours dans celle qui est bonne. Celle d’une qualité moins bonne sent le camphre, et la plus mauvaise a l’odeur de la suie et de la çoHe-forte. L'encre de Chine d’une bonne qualité doit présenter sur la partie qui a été frottée et lorsque celle-ci est sèche, un aspect luisant et doré, et un geain fin ; celle qui est de qualité inférieure présente un a*)»cct bleuâtre aussi bien à l'extrémité frottée et desséciide qu’à celle qui ne l'a pas été, et offre en ce point un aspect mat et un gros grain. Une bonne encre de Chine doit rester en place lorsqu'on s’en sert pour tracer des lignes, c’est-à-dire lorsqu’après que ces lignes sont séchées on passe légèrement le pinceau à humecter sur leur surface, il n'en résulte pas de traînée, ce qui a lieu lorsqu'on s’ est servi de mauvaise encre de Chine, et en particulier lorsque celle dont on s’est servi s'est trop facilement délayée dans l'eau lorsqu’on l'a frottée pour la préparation de l'encre. Il* faut aussi que l'encre de Chine puisse s'appliquer facilement et s'étendre , légèrement sans former de taches, et présenter dans les parties les moins foncées une coloration légèrement brune. Appliquée en couches foncées, celW-ci doivent offrir, lorsqu'elles sont desséchées, un aspect brillant et très noir, et ne pas former de traînée, lorsqu'on passe ù leur surface avec un pinceau humecté. L’encre de Chine de mauvaise qualité présente une coloration d'un bleu gris d’acier lorsqu’elle est appliquée très étendue, elle occasionne des taches et des teintes d’un vilain effet ; enfin elle ne présente ni luisant ni solidité lorsqu’on y passe avec un pinceau humide.
La meilleure encre de Chine nous vient de la Chine*