DEUXIÈME PARTIE
téra lions de leur forme véritable, altérations qui sont déjà très sensibles, si l'on se rappelle ce que nous avons dit au § 58, à savoir que ce genre de dessin ne peut jamais figurer les corps tels qu’ils se présentent dans la nature, à l'œil de l’observateur; aussi peut-on affirmer qu’un dessin linéaire, pour lequel on a supposé l'objet représenté dans une position parallèle au plan, ce qui d'ordinaire est le cas, n’est intelligible qu’autant qu’on connaît déjà cet objet et qu’on se trouve ainsi aidé par là pour la compréhension de l’objet lui-mème. Rarement on obtiendra, par un dessin linéaire, la représentation exacte d'un corps inconnu , attendu qu’on reste toujours dans l’incertitude sur les formes à donner aux parties de ce corps qui ne sont pas parallèles au plan ; et que, d'autre part, on ne peut, à l’aide d’un semblable dessin, voir si le corps figuré est composé de surfaces planes ou courbes ; enfin savoir qu’elle est la forme et la position qu'il affecte.
§ 256. — Pour se convaincre de la vérité de cette assertion, admettons par exemple A (Jig. 73) connue étant la projection verticale d'un objet quelconque; la projection horizontale pourra alors avoir la forme de B, de C, de D, de E, de F, et de beaucoup d’autres encore. Mais qui pourrait dire d’une manière sûre, en voyant la lig. A, quelle est la forme de la projection horizontale 2 Et qui pourrait , d'un autre cûté, en voyant les différentes projections horizontales , déterminer la forme de la projection verticale? Qui peut encore savoir, en voyant un cercle , s'il est l'image d’un plan, ou d’une sphère, ou d'une demi-sphère concave, ou d'un cône vu d’en haut, etc., lorsqu’il n’y a point de vue latérale qui complète le dessin? Et qui pourra reconnaître, dans un triangle, l'image d'un plan, ou d'un cône, ou d’une pyramide, etc. , si la projection horizontale n'a pas été donnée ? Pour remédier à ces défauts du dessin linéaire , il est nécessaire de figurer plusieurs vues de l’objet , et même encore on n’arrivera pas toujours à la connaissance parfaite de cet objet par un simple coup-d’œil ; mais souvent on n’y arrive que par des conclusions.
§ 237. — Pour pouvoir donc rendre un dessin de ce genre plus intelligible , pour se rapprocher davantage de la vérité et pour que les parties qui le composent prennent un aspect plus
conforme à la réalité . on donnera à la ligure qui représente un objet, et cela à l'aide du lavis , une certaine coloration par laquelle les formes et les positions des parties placées eu avaul cl eu arriére de l'objet sont représentées plus nettement et plus distinctement, ce qui s'obtient à l'aide d’une répartition exacte des lumières et des ombres. Dans la troisième partie de cet ouvrage, on verra que le butque l’on se propose par le lavis n’est pas seulement d'embellir le dessin, mais que souvent il est nécessaire pour rendre le dessin plus intelligible, que quelques coups de pinceaux enlèveut de l'esprit le doute que l'on a sur la forme de la ligure, ainsi qu'on l'a vu pourlafig. A, § 236.
§ 238. — Dans cette étude que nous ferons de la distribution des lumières et des ombres, on verra que le lieu d’où part la lumière et la direction des rayons lumineux, qui viennent frapper l’objet, sont tout-àr-fait indifférentes, qu’en général, eçpendant, on donne à ces derniers une direction, oblique telle qu'ils frappent et éclairent les côtés antérieur , supérieur et latéral gauche du corps, taudis que leurs ombres sont projetées en arrière, en lias et sur le côté latéral droit.
Afin doue de donner à un dessin linéaire plus de netteté et aussi pour le rendre plus beau, on appliquera ce que nous venons de dire en donnant plus d'épaisseur, de volume et de force aux lignes qui se trouvent situées à droite et en bas du corps dessiné. C’est à ces lignes plus foncées que l'on donne le nom de traits de force. Ceux-ci marqueront donc le lieu où seraient placées les ombres, si on avait distribué sur le dessin lus lumières desquelles nous avons parlé, cl ils peuvent encore être envisagés comme une indication du lavis à faire. Lorsqu'ils sont convenablement placés et proprement tracés, ils facilitent l'intelligence d'uti dessin et l'embellissent eu même temps; car en alternant ainsi des ligues fines et les lignes fortes, on détruit l'uniformité du dessin et on le rend plus agréable à la vue et surtout ou parvient à faire distinguer les parties de l'objet qui sont placées en avant, de celles qui sont eu arrière.
En un mot, l'emploi dans uu dessin linéaire des traits de force donne à celui-ci tout le degré de clarté dont il est susceptible.
§ 239. — Quelque simple et facile que paraisse être au pre-
DEl'XIKME PARTIE.
mier abord le tracé des traits de force, il offre cependant aux commençants des difficultés, parce qu’ils ne savent pas bien déterminer le lien où ils doivent les placer, d’après la nature des corps. Cependant un examen attentif, d’un dessin surtout bien exécuté, dissiperait bientôt ces difficultés.
On n'a qu’à se ligurer toujours le corps auquel on veut appliquer ces lignes comme étant isolé, donner ensuite plus tlépaisscur et marquer avec plus de force les lignes de contour qui se trouvent à droite et au bas dudit corps , qu'à celles qui ae trouvent en haut et àgauche, attendu que l’on considère ces dernières comme faisant face aux rayons lumineux.
§ 240. — En disant dans le paragraphe précédent que dans le dessin d’nn objet on doit placer au bas et à droite les traits de force, il va sans dire qu'il ne peut être question ici que d'objets amvexeset agimt du relief- Pour les corps concaves ou creux, au contraire, on doit établir les traits de force non à droite et au bas, mais bien « guuclic et au-dessus de la cavité, parce qu’alors ils doivent marquer en même tem|>s les ombres de la masse solide qui circonscrit le vide. •
Dans la lig. 74 où abcd ligure la surface plane antérieure d’un corps à 4 faces, et efgh une ouverture carrée qui se trouve dans celui-ci. Usera nécessaire que les lignes bc et cd qui sont, d'après le § 236, des traits de force, soient marquées plus fortes et plus larges que les lignes ab et ad. Les lignes /'g et g h ne peuvent être prises pourdes traits de force, attendu qnee/i;/i n’est pas le contourd’un corps en relief, mais bien celui d’un espace vide. Voilà aussi pourquoi ces lignes ne sont pas des traits de force. Par contre, fe et ch , qui se trouvent situés au-dessous et à droite de la partie solide de ce corps sont des traits de force, et pour cette raison, ils seront [dus marqués et plus forcés que ftj et g h.
§ 241. — La figure 75 offre l’image d’un cylindre creux. Ici, il faut que les deux cercles externes concentriques , dont le plus petit doit être placé un peu en avant du plus grand, et tout de même figurer un plus pelit cercle , soient dessinés de telle sorte, qu’au bas et à droite ils soient plus marqués qu’en haut et à gauche. Au contraire, le petit cercle concentrique qui représente le creux du cylindre, doit être maintenu d’après
le § 210 , on haut et à gauche plus marqué que en bas et à droite.
Mais pour trouver le lieu où, dans de semblables figures de forme ronde, commencent les traits de force, et celui où ils s'arrêtent , on tracera le diamètre al> horizontalement ou parallèlement à la ligne de terre xy, et on élèvera sur elle le diamètre perpendiculairerrf. On reliera les poinlsaet c par une ligne droite, et on mènera parallèlement à elle le diamètre gm. Alors les points d'intersection g, h, «', k, l et m détermineront le commencement et la (in des traits de force. La liaison de ces lignes fortes avec les fines doit être tellement ménagée, que la plus large se confonde insensiblement avec la plus fine.
§ 212. — Remarquons encore que, en général, lorsqu'on trace des traits de force, on ne les établit pas tout d'abord dans urt dessin, mais seulement après que tout celui-ci aura été tracé en entier avec des lignes fines et d'une épaisseur égale. Le dessin deviendra non-seulement plus propre , plus exact et plus égal; mais on y gagnera le temps que l’on croyait économiser eu traçant immédiatement les traits de force sur les lignes tracées au crayon . puisqu'on ne sera pas obligé de s’occuper de disposer à chaque instant son tire-ligne une fois pour des lignes fines, d'autres fois pour des traits de force. Un dessinateur expérimenté peut seul se permettre de tracer immédiatement les traits de force sur les lignes faites au crayon, lorsqu'il s’agit d’objets peu compliqués , et lorsque surtout on ne tient pas à la beauté du dessin. Si on appliquait sur un dessin linéaire des couleurs, on n’exécuterait alors les traits de force qu’après que toutes les surfaces auraient reçu leur teinte et seraient suffisamment sèches.
En général , les traits de force sont tracés extérieurement et le plus près possible des lignes fines, de telle sorte que celles-ci forment la limite supérieure dcces traits de force qui sont audessous d’une, surface , et qu’elles limitent à gauche ceux qui sont tracés à droite. Un voit aussi comment il faut les tracer pour les courbes et en général pour les lignes qui forment avec la ligne de terre des angles aigus.
§ 243. — Si sur une même feuille on a dessiné plusieurs