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Glycosurie consécutive à des troubles digestifs

Dans l'état de santé, l'absorption de grandes quantités de sucre est sans influence sur la sécrétion urinaire. Même si le sucre est ingéré en proportion considérable, il ne s'en * montre aucune trace dans l'urine (1).

Il y a pourtant des exceptions : j'ai connu des personnes qui s'observaient attentivement et trouvaient de petites quantités de sucre dans leurs urines quand elles avaient consommé en abondance des mets sucrés, rien de semblable ne se produisant avec leur alimentation ordinaire, et leur santé étant d'ailleurs bonne de tous points ; deux pharmaciens, par exemple, avaient constaté sur eux-mêmes cette anomalie pendant des années entières, sans voir survenir le diabète qu'ils redoutaient.

J'ai recueilli un cas intéressant, celui du directeur d'un gymnase royal, légèrement hypochondriaque, vivant bien, mais qui, très versé dans la chimie, examinait tous les jours ses urines.

M. Kr...,, cinquante et un ans, toujours bien portant jusque-là, a fait usage plusieurs fois des eaux de Marienbad, pour combattre un embonpoint croissant et de la paresse intestinale. La dernière année, la corpulence a diminué de deux pouces diaprés les mesures du malade, mais en môme temps les envies d'uriner sont de-

[\) Lehmann avait déjà donné la démonstration de ce fait {Physiologische Chemie, t. 11, p. 375); s'étant nourri pendant deux jours exclusivement avec du sucre et de la graisse, il n'en put découvrir aucune trace dans ses urines. Voy. Hoppe-Seyler, Virchow's Archiv, t. X.

^ PASSAGE DU SUCBE DAXS LT1I5E.

TeDues d'une fréquence insolite, bien qn'à chaque émission la quantité soit peo considérable, fl s'y joint one sensation de lanceur et d'accablement. Après le premier déjenner, consistant en café et petits pains. Farine émise a une densité de iOiâ à 1018, réduit la solution cuprique, et laisse déposer un sédiment brunjaunltre ; Turine émise après le repas de midi n'altère pas la solution cuprique, non plus que Turine de la nuit.

Le malade, fort inquiet de son état, se rendit à Carlsbad, où le sucre disparut définitivement de Turine.

Eo dehors de ces cas, la glycosurie est intimement liée aa catarrhe stomacal et y persiste parfois pendant longtemps, surtout chez les sujets en puissance d'une diathèse gonttense héréditaire. Dans un cas qui mérite de trouver place ici, F urine était aussi d'une richesse exceptionnelle en oxalate de chaux*

M. H...., médecin, âgé d'environ soixante ans, a toujours été bien portant, jusqu'à Tapparition de quelques accès de goutte, maladie héréditaire dans sa famille. Son père en avait souffert pendant de longues années, et était mort d'apoplexie.

Au commencement de 1867 se montrent de légers troubles digestifs. Éructations et constriction épigastrique après les repas ; sensation d'abattement.

A Texamen des urines, on trouve 0^,8 p. 100 de sucre. Densité, 1026; 1700 centimètres cubes dans les vingt-quatre heures; dép6t abondant d'urates et d'acide urique libre, ainsi que d'oxalate de chaux.

Le malade se nourrit presque exclusivement de viande, boit du vin rouge, de l'eau de Carlsbad ou de Selter, et va passer au printemps six semaines i Carlsbad.

Tous les mois il est procédé à une analyse complète des urines.

Mars : 1800 centimètres cubes, brun foncé, acides, D = 10â5. 2*',1S d'acide urique ; 0*%72 de chaux ; 0«%7 p. 100 de sucre.

Mai: 1800 centimètres cubes, D= 1025. 2^',54 ^d'acide urique; 0«',8 de chaux; 2S',5 p. 100 de sucre.

Juin : 1600' centimètres cubes, D = 1029. Pendant ce mois, le malade a mangé des farineux, des pommes de terre et du pain blanc. 2s',5 d'acide urique ; 0"^',6S de chaux ; 3'',1 p. 100 du sucre.

Juillet : 1500 centimètres cubes, D=1026. 0«%5p. 100 de sucre.

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Dans Turine du matin, pas de sucre ; dans celle du soir, 0^,8 p. 100.

Septembre : Quantité inconnue. Urine du matin : traces de sucre, D = J025. Urine du soir : O»',^ p. 100 de sucre, D = 1028.

Octobre : Quantité inconnue. Urine du malin : 08',8 p. 100 de sucre, D = 1024. Urine du soir : 08',9 p. 100 de sucre, D = 1025.

Pour 200 centimètres cubes de Turine du soir : 0^',5219 d'acide urique : 0«f',08 de chaux.

Novembre : Quantité inconnue. Urine du matin : pas de sucre, D = 1022. Urine du soir, pas de sucre, D = 1027.

Pour 200 centimètres cubes de Turine du soir : 0«',4735 d'acide urique ; 0^%0915 de chaux.

Décembre : Quantité inconnue. Urine du matin : 0«f',4 p. 100 de sucre D = 1022. Urine du soir : 0«',9 p. 100 de sucre, D = 1028.

Pendant ce mois, le malade a encore mangé des farineux. Pas de diminution sensible du poids du corps. Aspect extérieur et état des forces, bons.

La proportion d'oxalate de chaux dans les urines à Tétat normal, serait, d'après de nombreuses analyses, de 0^',1 pour vingt-quatre heures.

La femme L..., âgée de soixante ans, veuve, originaire de Varsovie, est atteinte depuis plusieurs années de goutte sous forme d'accès revenant régulièrement tous les ans. II y a environ dix ans, s'est montré un embonpoint considérable ; en 1861, il commence à diminuer, la malade maigrit, se sent faible, est tourmentée par la soif et par des envies fréquentes d'uriner. Je trouve dans les urines 1 p. 100 du sucre; on conseille les eaux de Vichy. La malade revient me voir en J862; elle est toujours très-grasse^ avec de nombreux lipomes dans les parois abdominales. Les urines de vingt-quatre heures atteignent environ 2 litres, avec 1 p. 100 de sucre.

A Garlsbad, où je l'envoie, toute trace de sucre disparait en quatorze jours ; pendant la troisième semaine du traitement survient un fort accès de goutte, très douloureux; réapparition du sucre dans l'urine pendant l'accès, disparition après l'accès; il revient encore après une émotion, et manque ensuite pendant plusieurs semaines.

La malade a fait une série de cures à Garlsbad, avec une amélioration de plus en plus marquée.

J*ai recueilli des observations semblables sur d'autres goutteux, qui avaient 0,5 à 0,8 p. 100 de sucre dans leurs

urines, aussi bien dans rintervalle que dans le cours des accès, qui se sentaient d'ailleurs bien portants, ne suivaient aucun régime, passaient de temps en temps un été à Carlsbad, à Vichy, ou à Neuenahr, et ont presque tous vécu jusqu'à 70 ou 80 ans, s'ils ne vivent pas encore.

Chez ces malades, le sucre disparaissait de temps en temps, puis revenait, et finalement on ne s'en occupait plus. Quant au diabète vrai comme complication de la goutte, nous en reparlerons plus loin.

Une question du plus haut intérêt est Tinfluence des maladies du foie, des oblitérations de la veine porte, des dégénérescences du pancréas sur le développement de la gly* cosurie.

D'après les idées de Cl. Bernard sur les transformations des hydrocarbures dans le foie, on a souvent avancé (1) que l'engorgement du foie ou Tobstruction de la veine porte devait faire apparaître du sucre dans l'urine. J'étudie cette question depuis nombre d'années, sans être arrivé encore à une conclusion positive. A des malades chez lesquels les fonctions du foie étaient abolies, dans des cas de dégénérescence des cellules hépatiques comme dans l'empoisonnement par le phosphore, on a fait absorber des quantités considérables de sucre de raisin, sans en retrouver aucune trace dans les urines (2). Dans deux cas seulement, où les malades avaient pris de fortes doses de sucre, 100 et 200 grammes, on a pu en découvrir de petites quantités dans les urines, tandis que le résultat a été négatif dans dix-sept autres cas. Par contre^ l'expérience réussit souvent sur les chiens empoisonnés par le phosphore.

Les mêmes recherches ont échoué aussi dans des cas de cirrhose hépatique, y compris ceux où Tautopsie montrait une dégénérescence totale du foie.

(1) Léon Couturier, De la glycosurie dans Cobstruction totale ou partielle delà veine porte (glycosurie alimentaire de Claude Bernard), Paris, iSTô,

(2) V. Mering, Deutsche Zeitschrift f.pract, Medicin, 1875^ n<* 4i.

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Les urines n'ont fourni non plus aucune trace de sucre dans deux cas d'obstruction de la veine porte.

Le premier de ces cas se rapporte à un homme de quarante-cinq ans, chez lequel on n'avait remarqué pendant la vie ni ascite ni tumeur de la rate, ni sucre dans Turine, et qui présentait comme symptômes un amaigrissement extrême, une coloration jaune pâle des téguments, avec tous les signes d*un cancer de Testomac. On trouva, sur la petite courbure de Testomac, un carcinome ulcéré peu étendu, mais dans le pancréas une tumeur carcinomateuse de la grosseur du poing, qui englobait presque toute la glande, dont il ne restait qu'une petite portion intacte au voisinage du duodénum. Les ganglions lymphatiques de la région et ceux du hile du foie étaient infiltrés de néoplasme, le tronc de la veine porte en était complètement rempli. Les productions cancéreuses étaient là intimement confondues avec les parois vasculaires. Dans l'intérieur du foie, les grosses branches de la veine porte, jusqu'à leurs radicules, étaient aussi complètement obstruées par du cancer. Partout le cancer était tellement adhérent aux vaisseaux, qu'on ne pouvait introduire même les sondes les plus fines entre les masses cancéreuses et les parois vasculaires. La rate était petite et atrophiée, les deux reins petits, et la capsule surrénale gauche renfermait un noyau cancéreux de la grosseur d'une noisette. L'examen microscopique des tumeurs y fit reconnaître les caractères du cancer à cellules cylindriques.

Le second cas se rapporte à un maçon de quarante-cinq ans, chez lequel on trouva également une dégénérescence cancéreuse du pancréas et des parois de l'estomac^ avec obstruction complète de la veine porte et de ses branches. Le malade avait été observé longtemps à la clinique, sans qu'on eût jamais constaté de traces de sucre dans ses urines ; il était seulement dans un état de ca-* chexie avancée et le néoplasme avait aussi chez lui les caractères du cancer à cellules cylindriques.

On a vu, par contre, des cas où l'oblitération de la veine porte a entraîné de la glycosurie, reconnue plusieurs mois avant la mort; tel est le fait d'une femme de cinquante ans, atteinte de polyurie et rendant jusqu'à 5 ou 6000 centimètres cubes d'urine, qui contenaient de 50 à 60 grammes de sucre, avec une proportion centésimale variant entre 0,5, 1,0 et 5,5. Cette femme présentait tous les signes de la cachexie, et longtemps auparavant on avait constaté chez elle une tuméfaction de la rate et une ascite d'abondance moyenne.

A l'autopsie, légère dilatation anévrysmale de Taorte ascendante, formation de tbrombus sur la tunique interne dégénérée, embolie oblitérante de Tartëre liénale, infarctus et ramollissement consécutif du parenchyme de la rate. La veine liénale était oblitérée par un tbrombus s*étendant jusqu'au tronc de la veine porte, qui était complètement obstrué. Dans une seule des branches de la veine porte, on voyait un caillot sanguin rouge et de formation récente. La circulation semblait s*être continuée dans ces points jusqu'aux derniers temps de la vie. Atrophie marquée des autres organes, comme le cœur, les reins, etc., absence complète d*ascite.

J'ai trouvé aussi de la glycosurie chez un débitant de boissons de quarante-six ans, qui buvait de la bière immodérément, et avait une cirrhose hypertrophique du foie avec ascite. Chez cet homme, d'ailleurs robuste et ayant toutes les apparences de la santé, le foie était gros, dur et bosselé, l'abdomen rempli par l'ascite, les téguments légèrement ictériques et l'appétit conservé. Le malade pesait 179 livres, et rendait 1200 — 1700 centimètres cubes d'urine, avec 0,5 — 1,0 p. 100 de sucre. Avec le traitement par l'eau de Garlsbad, légère diminution du foie et de l'ascite. Mais pas de changement pour le sucre contenu dans les urines. Le malade ne souffrant pas quitta la clinique dans le même état.

Il est à remarquer que dans tous les cas d'empoisonné* ment par le phosphore, avec dégénérescence graisseuse avancée des cellules du foie, on ne trouve ni sucre ni glyco* gène dans le foie, sauf un seul cas où on en a vu de faibles traces. De même pour deux observations d'atrophie jaune aiguë, oii le sucre disparut très vite dans le sang, ce qui est d'ailleurs un fait habituel dans les autres genres de mort.

Je rapporte ces observations, sans en tirer de conclusions positives. Nous aurons à y revenir, à propos de la nature du diabète.

En France on a publié également des observations de cirrhose du foie, sans sucre dans l'urine, comme dans le travail de Valmont (1). Cet auteur a fait prendre, à des cirrhotiques soumis à la diète, 150 à 200 grammes de

(i ) Étude tur let cames det variaUons de Vurée dam quelques maladies, par Valmont, Paris, 1879.

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sirop, et sur sept cas a trouvé une seule fois des traces de sucre dans l'urine. Vulpian n'a pas constaté non plus de glycosurie dans la cirrhose hypertrophique.

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