PRÉFACE. XI
Mais si les lésions du diabète s'éloignent de la précision artificielle qu'avait fait soupçonner la pathologie expérimentale (glycosurie par piqiire du plancher du quatrième ventricule), on ne saurait pourtant les exclure complètement des lésions dites systématiques, puisque leur prédilection pour certains centres ou certains appareils (bulbe, épendyme) paraît établie par les importantes découvertes de Frerichs.
Celles-ci, d'ailleurs, ne font que reproduire et appuyer les remarques de Dickinson, qui avait déjà consacré un long chapitre au système nerveux dans son ouvrage sur le diabète (1), et qui montre, sur plusieurs planches, toutes les variétés des lésions nerveuses retrouvées par Frerichs : sclérose miliaire disséminée, vacuoles péri-vasculaires, petits foyers de ramollissement, hémorrhagies capillaires ou mieux extravasations sanguines, etc.
Telles sont les lésions propres de la forme du diabète qu'on pourrait appeler simple ou essentielle, celle qui ne s'accompagne au début d'aucun autre état morbide. Mais beaucoup d'affections, et les plus diverses, peuvent coexister avec le diabète et accompagner son développement ; les unes, comme les traumatismes du crâne, les méningites chroniques, les néoplasmes cérébraux, agissent directement sur les centres nerveux et font naître le diabète par un mécanisme qui rappelle de tous points la glycosurie expérimentale ; d'autres,
(I) DiabeteSj by W. H. Dickinson. London, 1877.
XII PRÉFACK.
comme la goutte, les maladies infectieuses, celles du foie, du pancréas, etc., aboutissent à des formes du diabète plus complexes et probablement d'origine réflexe. Les observations rapportées par Frerichs montrent, une fois de plus, la variété infinie des causes occasionnelles ou prédisposantes du diabète; ce qui revient à dire que l'irritation des centres nerveux, capable de conduire au diabète, peut avoir son origine dans tous les organes, peut être la résultante de toutes les maladies.
Il faut donc se représenter l'encéphale comme atteint dans les territoires nerveux qui commandent les actes intimes de la nutrition, et la meilleure idée qu'on puisse se faire du diabète, c'est d'y voir une rupture dans l'équilibre normal, entre les phénomènes d'inhibition et les phénomènes de dynamogénie, ceux-ci prenant le dessus, suivant un sens déterminé, pour pousser à la formation du sucre dans tout l'organisme, tant aux dépens des ingesta qu'aux dépens des humeurs et des tissus.
Le traitement du diabète en conQrme encore hautement l'origine nerveuse: on verra dans l'ouvrage de Frerichs le peu de confiance que méritent les nombreux médicaments essayés contre le diabète, par opposition avec la remarquable efficacité de l'opium. C'est en résumé, comme on le savait déjà, le médicament nervin et cérébral par excellence qui seul a quelque prise sur le processus diabétique. Je ne parle ici, bien
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entendu, que des traitements médicamenteux. La part la plus certaine des améliorations et des guérisons du diabète reste toujours au traitement hygiénique, si vaillamment défendu par le professeur Bouchardat.
Si la formation du sucre en excès dépend d'une influence nerveuse, d'une action dynamogénique particulière, comment donc expliquer qu'une alimentation privée de féculents et les exercices corporels aient une si grande puissance pour enrayer le diabète? Comment ces précautions, qui semblent ne s'adresser qu'à des causes secondaires et extrinsèques de la maladie, peuvent-elles cependant en atteindre parfois jusqu'à la cause dominante ?
Pour se rendre compte de cette discordance apparente entre le traitement usuel et la nature probable du diabète, il faut admettre que la glycogénie une fois constituée entraîne comme dans un cercle vicieux tous les actes de la nutrition ; qu'il se produit dans les humeurs, dès la première apparition du sucre, une sorte de tendance à la saturation, et qu'ainsi l'influence nerveuse glycogénique reçoit sans cesse une nouvelle excitation quand il y a apport de sucre parles aliments. C'est un des termes de cette action réciproque qui se trouverait retranché par la suppression des principes amylacés dans l'alimentation : les produits de la digestion, privés de sucre par un régime approprié, en réclameraient moins à leur tour des humeurs et des tissus, et ainsi se trouverait modérée, non seulement