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TERRAINS SECONDAIRES
dans les manies irisées et exploitée à Gemonval, Gouhenans, Corcelles , Grozon , etc. Divers sondages entrepris avec ces données, et dans les localités où existaient des sources salées , ont rencontré le sel gemme. Ces gites n'ont pourtant ni la puissance ni la régularité de stratification de ceux du district de Dieuze; on pense qu'ils forment des amas plutôt que des couches, à cause du peu de concordance que présentent les sondages les plus rapprochés.
Des obstacles difficiles à surmonter rendent d'ailleurs trèsdispendieux le foncement des puits dans les marnes irisées. Ces obstacles résultent des niveaux ou courants d'eau souterrains qui y circulent, et, comme le salzthon n'est pas complètement imperméable, les eaux font irruption dans les travaux, si on ne les surveille de très-près, et si on ne les contient par des serrements aussitôt qu'elles se montrent. Ces difficultés ont entravé les recherches de sel gemme , et conduisent à exploiter de préférence les sources salées.
Les marnes irisées présentent autour de la Forêt-Noire une identité frappante avec celles de la Lorraine et de l'Alsace ; elles sont visibles depuis Luxembourg jusque vers les limites du Jura, sur une ligne d'affleurements qui a plus de 75 lieues. Dans la Souabe, ce sont des marnes bigarrées de rouge, gris, bleuâtre, verdâtre et jaunâtre, qui, dans leurs parties supérieures , passent à des grès micacés , d'abord bigarrés , puis tendant à devenir blancs , homogènes , et conduisant ainsi au grès du lias. Dans leur partie inférieure les marnes irisées de la Souabe contiennent des amas de gypse grenu , saccharoïde ou fibreux, quelquefois pur, le plus souvent mélangé d'argile.
La lisière nord -ouest du Jura, depuis Vallenbourg, dans le canton de Baie, jusqu'à Villebois, sur le Rhône, au-dessus de Lyon , présente en un grand nombre de points les marnes irisées telles qu'elles se montrent autour des Vosges: On y retrouve au milieu de la formation le calcaire magnésifere , compacte , esquilleux. Le gypse y est très-répandu, et les nombreuses
sources salées , exploitées aux environs de Salins , sont dues très-probablement à des amas sous-jacents de sel gemme, analogues à ceux de Vie et de Dieuze.
A Northwich, près Liverpool, dans le Cheshire, le terrain salifere est composé d'alternances de marnes bariolées, grises , rouges et vertes , analogues à celles de la Lorraine , et se trouve placé au-dessus des couches du New-red-Sandstone , qui correspond à nos grès bigarrés.
Vingt-deux mines sont disséminées sur une surface d'environ 8 kilomètres de diamètre , et , dans toutes ces mines , les couches se correspondent assez exactement. Le terrain est traversé sur plus de 100 mètres d'épaisseur, et l'on y connaît deux couches de sel : la première de 20 mètres de puissance, et la seconde de près de 30 mètres; c'est en tout une puissance de 50 mètres. Celle des couches réunies de Vie et de Dieuze dépasse 60 mètres, mais elle est disséminée en 12 couches, ce qui est moins favorable aux travaux d'exploitation. Voici la coupe que présente une des mines de Northwich.
Calcaire marneux 5 Argile sableuse et gypseuse très- Argile rouge endurcie 3 50 aquifere 4 30
Marne argileuse rouge, micacée. 0 60 Marne argileuse 1 60
Marne rouge avec gypse fibreux. 2 60 Marnes bleues gypseuscs. ... 8 30
Argile avec gypse 5 V couche de sel 22
Marne argileuse micacée. ... 1 30 Salsuhon, brun et rouge. ... 10
Argile avec gypse 2 30 2' couche de sel 30
Salzthon. . , 5
Les terrains salifères de la France et de l'Angleterre sont complètement dépourvus de fossiles. Il semble donc que les conditions de développement du sel dans ces terrains ont été telles, quelles excluaient celui des êtres organiques.
Terrain jurassique.
Le terrain jurassique est parmi les terrains secondaires celui qui joue le rôle le plus essentiel dans le relief du sol de la France. Les contours de ses affleurements y dessinent les principaux bassins géologiques.
TERRAINS SECONDAIRES
Au nord, ces affleurements tracent une vaste ellipse occupée par les dépôts crétacés et tertiaires, et dont Paris et Londres marquent les foyers. Cette enceinte, mouvementée par de nombreuses collines calcaires, se lie, vers le sud-est, aux montagnes du Jura qui ont donné leur nom à l'ensemble du terrain ; vers le sud-ouest elle forme le littoral du bassin crétacé et tertiaire de la Gironde et se contourne autour des .saillies culminantes du plateau central.
Le terrain jurassique est formé de roches calcaires, d'argiles, de marnes, de dépôts arénacés siliceux, dont l'ensemble peut atteindre une puissance de 500 mètres, et qui paraît même sur quelques points dépasser 1000 mètres. Son extension et sa puissance ne sont pas les seules considérations qui le placent parmi les terrains les plus importants, c'est encore celui qui est le plus subdivisé, celui qui présente les variations minéralogiques et zoologiques les plus nombreuses et qui a donné lieu aux études les plus détaillées.
Cette instabilité des caractères du terrain jurassique paraît quelquefois résulter d'altérations postérieures qu'il aurait éprouvées par suite des révolutions du globe, elle n'est d'ailleurs très-sensible que lorsque l'on compare des terrains très-éloignés. Ainsi , toute cette vaste ceinture jurassique qui entoure le bassin de Londres et de Paris , et se prolonge dans le Jura, présente des caractères assez constants ; les modifications ne s'y produisent que graduellement et c'est seulement lorsqu'on poursuit ce terrain jusque vers les pentes des Alpes, que les caractères ordinaires sont effacés par un métamorphisme qui semble avoir transformé toutes les roches.
Formation du Lias. — La formation du lias qui forme la base' du terrain jurassique, est composée d'alternances argileuses, calcaires et arénacées siliceuses qui forment ordinairement trois étages distincts. Les grès inférieurs, le calcaire lias ou calcaire à gryphées, et les manies du lias.
L'étage arénacé inférieur est celui dont le développement est le moins régulier. On le rencontre en un grand nombre de points,
FOUMATION DU LIAS.
autour des terrains préexistants qui entourent le massif des Vosges. Il y est ordinairement représenté par un grès quartzeux, blanc ou jaunâtre , contenant quelquefois des rognons argileux et des silex roulés. Ce grès souvent solide sert comme pierre de construction, ce qui lui a fait appliquer en Allemagne le nom de qvadersandstein. En vertu de leur solidité, ils forment quelquefois des masses saillantes et des rochers escarpés, et l'on a profité do cette disposition à Luxembourg, qui est peut-être le point où il atteint le plus grand développement, pour construire une citadelle remarquable
La partie inférieure du lias est représentée dans certaines partiis du sud-ouest et du sud-est de la France par des marnes ou des calcaires marneux, et par des grès feldspathiques, désignés sous le nom d'arkoses. Les arkoses existent surtout dans les contrées où la formation repose immédiatement sur le granité. Ces roches arénacées , siliceuses et feldspathiques sont souvent séparées du calcaire à gryphées par un développement de marnes noirâtres , schisteuses , contenant des noyaux cal caires ; lorsqu'elles viennent à manquer, les marnes forment la partie inférieure du lias , ce qui arrive dans presque toute l'Angleterre.
Les calcaires du lias, compactes et pétris de gryphées dominent dans la partie moyenne de la formation ; ils ont une puissance de 15 à 25 mètres, et se soutiennent d'une manière constante dans toute la zone qui entoure le bassin jurassique de la France et de l'Angleterre. Les calcaires inférieurs sont blancsjaunâtres, tandis que la plus grande partie présente une teinte bleuâtre, blue lias; ils reposent sur les marnes noires , schisteuses, à rognons calcaires qui remplacent souvent le grès, ou du moins qui correspondent aux marnes et aux lumachelles, signalées comme existant entre les grès ou arkoses et le calcaire à gryphées.
Dans certaines parties de la France centrale au-dessus du système d'arkoses , de grès et de marnes qui appartiennent à l'étage inférieur du lias, le calcaire à gryphées est représenté
in
TEItRAINS SECONDAIRES.
par des calcaires bleus noirâtres , durs , abondants en fossiles , et par des calcaires blancs, un peu marneux, quelquefois trèsferrugineux. Aux environs d'Alais et d'Aubenas ces calcaires sont gris ou noirs, compactes, et contiennent beaucoup d'entroques.
L'étage supérieur et marneux du lias est le plus constant et le plus puissant, lorsque les roches arénacées de la partie inférieure n'ont pas pris un grand développement ; il y a cependant des exceptions, et cet étage est, comme les autres, susceptible de manquer. Il est presque entièrement formé de marnes dont la puissance peut dépasser 100 mètres. Ces marnes sont brunes, grises, bleuâtres, plus ou moins argileuses, quelquefois sableuses, souvent schistoïdes et empâtant des nodules stratifiés* de calcaires analogues aux calcaires à gryphées. Lorsque ces nodules sont très-abondants , ils se réunissent et finissent par former de petites couches.
En beaucoup de points les marnes du lias sont noires , bitumineuses et fétides ; elles se chargent de carbone , et passent accidentellement à des argiles schisteuses analogues à celles du terrain houiller qui peuvent contenir de petites couches combustibles; tels sont probablement les combustibles exploités dans les arrondissements de Mende et de Milhau.
Les couches calcaires peuvent atteindre dans cet étage un développement assez considérable, bien qu'elles soient presque toujours moins puissantes que les marnes ; elles sont généralement caractérisées par l'abondance des bélemnites.
Ces caractères de la formation du lias se soutiennent assez généralement dans le Jura français et helvétique , dans le Hanovre, la Bavière septentrionale, la Westphalie, le Wurtemberg, etc.
Formations oolltlqnes. — Lorsqu'on traverse perpendiculairement à leur direction les zones du terrain jurassique qui forment une enceinte presque continue autour du bassin de Paris et du plateau central , on trouve au-dessus du lias des
FORMATIONS OOL1TIQUES. 173
épaisseurs considérables de calcaires compactes alternant avec des roches argileuses. Ces alternances se répètent ordinairement trois fois , de telle sorte que les formations oolitiques comprennent trois étages argileux surmontés de trois étages calcaires , ainsi que cela est indiqué dans le tableau géognostique des terrains secondaires.
C'est en Angleterre que les formations oolitiques ont été le plus étudiées ; elles s'y présentent en effet avec un détail qu'elles n'ont en aucune autre contrée , pas même dans celles où elles sont plus puissantes. 11 en résulte que, lorsqu'on parcourt un terrain jurassique, c'est toujours aux couches reconnues en Angleterre , que l'on cherche à rapporter celles que l'on a sous les yeux , et qu'on applique souvent les noms anglais aux assises qui , sur le continent, occupent la même position géognostique, noms qui sont en partie tirés des contrées où les couches se montrent au jour.
L étage oolitique inférieur, le plus compliqué des trois , ne consiste pas simplement en une assise argileuse, surmontée par une assise calcaire ; les calcaires et les marnes alternent plusieurs fois de manière à subdiviser cet étage en six assises , qui sont, à partir du lias : 1° les sables de l'oolite , couronnés par les calcaires dits de l'oolite inférieure ( inferior oolite) ; 2° une assise argileuse, qui a pris le nom de terre à foulon [fullers earth), à cause d'une petite couche de cette argile , qui existe souvent dans la partie moyenne ; 3° une assise de calcaire ordinairement oolitique, appelée grande oolite \great oolite), ou oolite de Bat h; 4° une assise argileuse [Bradford clay) ; 5° une assise calcaire, mélangée de sables et d'argiles, désignée sous le nom de forest-marbïe ; 6° enfin, un calcaire en partie marneux (corn-brash).
Les sables de l'oolite inférieure ont une puissance moyenne de 30 mètres; ils sont fins, jaunes, micacés, siliceux; quelquefois imprégnés de calcaires marneux verdâtres et contenant des concrétions de chaux carbonatée. Les calcaires qui les couronnent n'ont guère que 5 mètres d'épaisseur : dans
TERRAINS SECONDAIRES
la partie inférieure ce sont des calcaires bruns, durs et tenaces , avec des grains de fer hydroxydé ; dans la partie supérieure ils sont jaunâtres , noduleux et contiennent des débris de coraux.
La terre à foulon est une assise composée d'argiles jaunes, bleues ou blanches et de calcaires argileux ; sa puissance peut dépasser 40 mètres. Elle commence ordinairement par une puissante couche d'argile , qui renferme souvent du calcaire noduleux, semblable à celui de l'assise précédente; ces nodules se réunissant quelquefois de manière à former de petites couches solides. L'argile exploitée, et particulièrement désignée sous le nom de terre à foulon , se trouve au-dessus de celle qui contient des nodules calcaires ; elle n'a pas un mètre de puissance et repose ordinairement sur une couche plus marneuse. L'assise est terminée par des argiles blanches , qui sont recouvertes par la grande oolite.
La grande oolite est une assise calcaire dont la puissance varie de 15 à 40 mètres; elle se compose de différentes variétés : les unes oolitiques, solides et constituant d'excellentes pierres de taille ; les autres présentant une texture grossière et contenant un grand nombre de coquilles (trigonies, peignes, avicules , térébratules , etc.). Quelques assises présentent des parties schisteuses exploitées comme dalles.
L'argile de Bradford est une argile marneuse, ordinairement bleuâtre, dont l'épaisseur varie de 10 à 15 mètres. Elle abonde souvent en encrines.
L'assise du forest-marble n'a pas plus de 15 mètres, elle est ordinairement divisée en couches très-minces de sables argileux et de calcaires. Ainsi l'on trouve, à partir de l'argile de Bradford , de petites couches de sables et d'argiles sablonneuses; un calcaire trcs-c.oquiller , exploité comme marbre [forest-marble] , et une assise de sables et de grès qui passent à des argiles sablonneuses contenant, soit dans le sens de la stratification, soit sous forme de veines, des bandes de grès et de calcaire.
FORMATIONS OOL1TIQUES. 175
Le cornbrash couronne ordinairement ce premier étage oolitique; c'est une assise de 8 à 10 mètres d'épaisseur, composée de calcaires grossiers, ordinairement en couches multipliées et même schistoïdes.
"L'éloge oolitique moyen est d'une composition beaucoup plus simple ; il commence au-dessus du corn-brash par une puissante assise argileuse, connue sous le nom d'argile d'Oxford [Oxfordrlay), recouverte par des sables et grès calcaires (calcareous gril), qui passent à l'assise calcaire supérieure, appelée coralrag.
L'argile d'Oxford est une assise puissante, composée d'argile bleue, tenace, qui atteint jusqu'à 180 mètres d'épaisseur, et qui contient des lits plus ou moins marneux , ainsi que des masses aplaties de calcaire ; on y trouve aussi des strates de schistes bitumineux. Cette assise est caractérisée par la gryphéc dilatée. Dans sa partie inférieure elle contient en couches subordonnées des calcaires irrégulièrement stratifiés , désignés sous le nom de roches de Kelloway.
Le coral-rag, assise d'une épaisseur totale de 45 à 60 mètres, commence par des sables incohérents ou agglutinés par un ciment calcaire : ces sables et grès (calcareous gril) sont recouverts par une couche de calcaire souvent terreux, qui abonde en coraux , et qui a donné son nom à l'assise. Audessus, viennent des couches de calcaires jaunes, solides, oolitiques , exploitées comme pierre de taille et désignées sous le nom (ïooli/e d'Oxford.
Vêlage oolitique supérieur présente une disposition tout à fait analogue à celle de l'étage moyen. 11 commence par un dépôt argileux, l'argile de Kimmeridge (Kimmeridge -clay), laquelle est couronnée par des sables siliceux et calcaires et par l'assise calcaire supérieure, dite oolite de Portland [Porilandsfone).
L'argile de Kimmeridge est un dépôt argilo-calcaire de 160 mètres de puissance , dont la roche dominante est une argile bleue ou jaunâtre, schisteuse et passant quelquefois a des
176 TERRAINS SECONDAIRES
schistes foncés, bitumineux. Cette argile, caractérisée par l'huître deltoïde, contient souvent des cristaux de chaux sulfatée. Du reste, elle est plus variable dans ses caractères et divisée en un plus grand nombre de couches que l'argile d'Oxford.
L'oolite de Portland , série d'alternances calcaires de 35 mètres , termine à la fois cet étage et la formation oolitique. Ces calcaires sont de dureté variable , grossiers , grenus , compactes , oolitiques ; ils contiennent quelquefois des rognons de silex, et souvent passent à des sables si licéo -calcaires , qui renferment de la chaux carbonatée concrétionnée.
Tels sont les caractères de la formation oolitique dans toute la partie sud-est de l'Angleterre. On peut actuellement imaginer toutes les variations qui peuvent résulter de la suppression de telle couche, du développement de telle autre et en trouver des exemples ; mais toutes les fois que l'on examine le terrain sur une étendue suffisante, on reconnaît aisément les subdivisions principales que nous venons d'énumérer depuis les marnes inférieures du lias jusqu'aux calcaires de l'oolite supérieure.
Ces caractères du terrain jurassique se conservent dans toute la zone qui enclave les bassins de Paris et Londres, avec une uniformité d'autant plus remarquable que les subdivisions sont plus compliquées. Il y a donc lieu de regarder cet espace comme une vaste dépression dans laquelle il s'est deposé , de sorte qu'il doit exister sur tous les points intérieurs où il est caché par des dépôts plus récents. Cette uniformité n'existe plus dès que l'on s'éloigne de ce bassin : en Allemagne, en Pologne, dans les Pyrénées, dans les Alpes, les caractères sont très-modifiés ; plus près , à la Rochelle et dans certaines parties du Jura, on peut bien reconnaître les subdivisions en deux formations et en trois étages oolitiques, mais rien au delà.
La continuité souterraine du terrain jurassique dans le centre du bassin parisien ressort d'ailleurs de deux faits géo-
FORMATIONS OOLIT1QUES. 177
gnostiques importants : en deux points le sol a postérieurement été soulevé , dans le Bas - Boulonnais et dans le pays de Bray, or, en ces deux points le terrain jurassique a été amené au jour.
Dans le Bas-Boulonnais les trois étages oolitiques ont été reconnus. L'étage inférieur est exploité autour de Marquise; les couches en sont très-bien réglées et princi paiement composées de calcaires ; les calcaires de la base sont ferrugineux , sablonneux, et alternent quelquefois avec des marnes grises et bleues ; ceux de la partie supérieure, exploités sous le nom de pierre blanche, sont oolitiques, tendres, souvent fissurés, etcontiennent des veines de marnes, du calcaire cristallin. L'étage moyen se subdivise en deux assises principales ; la première est composée de marnes bleues et jaunâtres et de calcaires marneux , elle a 3 ou 4 mètres d'épaisseur ; celle qui la recouvre a 6 à 8 mètres et comprend des calcaires marneux et oolitiques, quelquefois très-peu agrégés, passant à un calcaire siliceux, souvent divisible en plaques minces.
Les falaises depuis Equihen jusqu'à Wissant présentent le développement de l'étage oolitique supérieur : cet étage, dont la puissance atteint jusqu'à 50 mètres, commence par un développement marneux très-considérable. Ce sont des marnes et des calcaires marneux ou siliceux qui passent à des grès calcaires contenant des bancs de lumachelles jaunâtres subordonnés. Cet étage renferme des lignites fibreux et des bois pétrifiés à l'état calcaire ou pyriteux; dans sa partie supérieure les grès et les sables ferrugineux prennent le dessus.
Le pays de Bray forme une gibbosité ellipsoïdale, qui , d'après les inclinaisons de 15 à 25 degrés qu'on y a constatées , résulte évidemment d'un soulèvement qui a relevé à la fois le terrain jurassique et le terrain crétacé. Cette région, ainsi que celle des Wealds, en Angleterre, devaient former, audessus de la mer tertiaire , deux îles de forme analogue et suivant une même direction ; seulement les couches crétacées ont subi une rupture et une dénudation dans le pays de Bray ,
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de sorte que les premières couches jurassjqucs ont été* mises à découvert ; circonstances qui n'ont pas eu lieu dans les Wealds. Les mamelons centraux du pays de Bray sont composés de calcaire lumachelle, accompagné de marnes à gryphées virgules , qui recouvrent un calcaire compacte. Le calcaire lumachelle est exploité à Hécourt, près Gournay, et dessous des couches glauconieuses du grès vert, on trouve les marnes bleuâtres à gryphées virgules, recouvertes par des calcaires jaunes ou bleuâtres. Les marnes ont été rapportées à l'argile de Kimmeridge.
En Normandie et notamment dans le Calvados , au-dessus des calcaires à bélemnites et à gryphées qui se rapportent au lias , on trouve un calcaire oolitique sablonneux, ferrugineux , très-coquiller, dont les grains oolitiques deviennent quelquefois tellement gros, que la roche prend un aspect poudingi forme. Ces couches appartiennent à l'oolite inférieure. La terre à foulon est représentée par des alternances argilo-calcaircs qui se montrent sur les côtes occidentales , et sont recouvertes par de puissantes couches de calcaire coquiller grossier ou oolitique ; de telle sorte que si l'on ne peut reconnaître toutes les subdivisions anglaises, on retrouve du moins dans cet étage inférieur les principales subdivisions marneuses et calcaires. Les calcaires sont désignés sous le nom de calcaire de Caen , lui-même subdivisé en calcaire de Caen proprement dit et calcaire à polypiers. Le calcaire de Caen fournit d'excellentes pierres de taille , exportées dans tous les environs et même en Angleterre ; il est jaunâtre, grossier, consistant, et contient en quelques points des rognons ou des plaques de grès silicéo-calcaire. Le calcaire à polypiers est pétri de débris de polypiers et* de coquilles , grossier ou oolitique , quelquefois argileux et schistoïde, d'autres fois très-compacte et très-dur. Au-dessus de ces calcaires on en trouve d'autres que l'on a rapportés au corn-brash : ce sont des oolites à grains fins, d'un blanc jaunâtre, alternant avec des calcaires compactes et divisibles en dalles.
FORMATIONS OOLITIQUES.
L'étage moyen e?t représenté en Normandie par l'argile de Divcs. dont les caractères sont à peu près les mêmes que ceux de l'argile d'Oxford : c'est une argile bleue, tenace, séparée en plusieurs couches par des marnes quelquefois sableuses, contenant souvent des nodules calcaires et des cristaux de sélénite; elle est couronnée par des oolites à gros grains, qui passent soit au calcaire compacte siliceux, soit au calcaire grossier coquiller avec bancs de polypiers. Dans leur partie supérieure ces calcaires deviennent marneux ou sablonneux et passent soit à des couches de sables , soit h des marnes compactes et des argiles bleuâtres, dites argile d'Honfleur, qui représentent l'assise inférieure de l'étage oolitique supérieur. La troisième assise calcaire n'existe pas dans cette contrée.
Les terrains jurassiques du Bas- Boulonnais, du Calvados et de la Normandie , les affleurements qui se montrent au pied du cap de la Hève et ceux du pays de Bray , servent en quelque sorte d'introduction aux gisements intérieurs delà France, qui sont beaucoup plus développés : ces gisements intérieurs peuvent se partager en plusieurs groupes géographiques , dont le plus remarquable est celui qui forme l'encaissement méridional du grand bassin géologique de Paris. Les trois étages oolitiques, et souvent le lias, forment des zones circulaires et concentriques , qui entourent ce bassin , et qui sont remarquables en ce que les trois parties marneuses occasionnent des dépressions, en vertu de la facilité de leur destruction , tandis que les parties calcaires donnent lieu à des falaises qui sillonnent les plateaux suivant la direction générale du terrain. Pour sortir du bassin on doit ainsi traverser plusieurs séries de plateaux, terminés par des falaises calcaires.
Dans les départements du nord-est et du centre on voit commencer une grande falaise oolitique qui traverse successivement les départements des Ardennes , de la Meuse , de la Haute-Marne , de la Côte-d'Or. de l'Yonne, de la Nièvre et du Cher. La base de cette falaise est généralement formée de
TERRAINS SECONDAIRES
couches argileuses , caractérisées par la gryphée dilatée , par des bélemnites, des encrines, serpules , etc. Ces couches représentent l'argile d'Oxford et sont couronnées par des calcaires à polypiers qui représentent le coral-rag.
Cette série de coteaux qui se rattachent à ceux du nord de la France, forme un horizon géognostique qui peut guider le géologue. Les caractères des marnes inférieures sont quelquefois difficiles à reconnaître , mais ceux du coral-rag sont plus constants. Ainsi, lorsqu'on va de Flogny à Ancy-le- Franc, on voit sortir de dessous les dernières couches du système crétacé, et ensuite les unes de dessous les autres, les assises suivantes : 1° un calcaire compacte blanc, qui correspond par sa position à la pierre de Portland; 2° un système de calcaire marneux et de marnes grises , caractérisé par la gryphée virgule ( Kimmeridge-clay ) ; 3° une série très-épaisse de calcaires compactes, à cassure conchoïde, de calcaires à cassure terreuse, et de calcaires oolitiques ( Oxford - oolite , coral-rag) ; 4° un système de couches d'un calcaire marneux, grisâtre, à cassure terreuse ( calcarecois-grit, Oxford-clay ). De dessous cette dernière assise sortent les calcaires très-souvent oolitiques, qui forment le sol des plaines et des plateaux au sud d'Ancy-le-Franc, et qui se rapportent aux diverses assises de l'étage inférieur : ces calcaires ont été coupés par le canal de Bourgogne , vers le point de partage des eaux des bassins de la Seine et de la Saône.
De la ceinture centrale on peut suivre les dépôts jurassiques d'une manière continue, soit en se dirigeant vers le sud-ouest, soit en s'engageant par le sud-est dans les montagnes du Jura. Dans ces deux régions, les formations oolitiques sont subdivisibles en étages analogues par leur composition et leurs fossiles aux étages de l'Angleterre, mais sans que les lignes de séparation soient aussi faciles à distinguer. Les couches correspondantes aux argiles d'Oxford et de Kimmeridge existent rarement, ou du moins sont représentées par des calcaires marneux. Plus au sud, les dépôts jurassiques sont peu
FORMATIONS OOLITIQIES
développé ; les étages inférieurs forment des lambeaux sur la pente des Cévennes, du côté du Rhône, et constituent vers le nord du département de l'Hérault , un massif qui s'avance jusqu'à la mer près de Cette et de Montpellier ; de l'autre côté du massif de transition les formations oolitiques sont au contraire très-étendues et forment , depuis Cahors jusqu'à l'Océan , une chaîne qui a moyennement cinquante kilomètres de largeur, et qui atteint jusqu'à cent , entre les montagnes du Limousin et de la Vendée.
L'étage oolitique inférieur occupe plus de douze lieues sur quinze ou seize que les formations oolitiques recouvrent entre les sables d'Olonne et Rochefort. Il repose sur des calcaires et des marnes qui représentent le lias , ou sur des argiles micacées avec gryphées et bélemnites qui peuvent être assimilées aux sables de l'oolite inférieure. Des calcaires compactes et sublamellaires, contenant des couches de fer hydroxydé en grains, et des oolites blanches, visibles à Mauriac (Aveyron), représentent la grande oolite : vers l'est (environs de Nontron, de Poitiers, etc.), ce sont des calcaires compactes, gris jaunâtres, contenant beaucoup de silex, et assez fréquemment oolitiques. Des couches de calcaire compacte et quelquefois terreux avec ammonites et térébratules , paraissent former la partie supérieure de cet étage. •
L'étage moyen recouvre entre La Rochelle et Rochefort un espace d'environ deux lieues et demie, espace qui est plus considérable entre Poitiers et Angoulême, et entre Angoulême et Confolens. Il est en grande partie composé de calcaires marneux , avec des oolites irrégulières , superposés à des masses considérables de calcaires à polypiers qui rappellent le coralrag; les oolites représenteraient celle d'Oxford. Ces deux subdivisions sont les seules que l'on puisse reconnaître.
L'étage supérieur est souvent réduit à quelques couches marneuses, contenant une quantité considérable de gryphées virgules et formant une lumachelle. Cette assise est recouverte en quelques points (Cahors) par des assises puissantes de
TERRAINS SECONDAIRES
calcaire compacte marneux, avec petites gryphées , et ( depuis Angoulême jusqu'à l'Océan) par des calcaires oolitiques , qui pourraient représenter l'oolite de Portland, tandis que les calcaires marneux sous -jacents qui renferment quelquefois des lignites, correspondraient à l'argile de Kimmeridge.
Le terrain jurassique est fortement accidenté dans les déparments de la Côte-d"Or, de la Haute-Saône et dans les montagnes du Jura, suivant une direction de l'est-lO'-nord à l'ouest-40°-sud ; les principales cimes du Jura , qui lient ces montagnes au système des Alpes occidentales, suivent au contraire une direction du nord-nord-est au sud-sud-ouest, direction qui est parallèle aux grandes Alpes et qui coupe la première sous un angle très-aigu , de sorte que l'ensemble du Jura forme une courbe légèrement concave du côté de la Suisse.
Dans toute cette vaste contrée jurassique, depuis la Côted'Or jusqu'en Suisse, le terrain diffère sensiblement du type central, on peut cependant y retrouver les principales divisions établies en Angleterre.
L'étage inférieur y est représenté par quatre assises distinctes : 1° Yoolitc et les marnes inférieures ( inferior-oolite et fuHers-earth) , composés d'abord d'alternances de divers calcaires qui reposent sur les marnes du lias : ces calcaires sont tantôt compactes, gris de fumée, tantôt sublamellaires, grisâtres, rougeâtres, brunâtres, avec veines de calcaire spathique; quelquefois un peu oolitiques. Ils contiennent des plagiostomes , des peignes , des térébratules , des trigonies , des gryphées, des ammonites, des bélemnites , ainsi que des polypiers qui les rapprochent du calcaire de Caen. 2" La grande ooîite (great-oolite), composée cfc calcaires oolitiques miliaires, grisâtres, souvent schisteux. 3" Les calcaires avec fer oxydé rouge (forest- marble), puissante assise de calcaires compactes, quelquefois lithographiques, avec fentes et cavités remplies de fer oxydé rouge. 4" Le troisième rahaire oolitique ( com-brash), calcaire marneux - compacte , grisâtre ou
FORMATIONS OOLITIQUES.
jaunâtre, avec taches bleuâtres, chargées d'oolites railiaires et de noyaux pisolitiques. Ces derniers calcaires sont moins coquillers que ceux de l'oolite inférieure.
L'étage moyen a été subdivisé en trois assises : 1° le calcaire argileux moyen (Kellovay-rock) , calcaire argileux d'un gris foncé, schisteux , contenant quelques petites couches de marne argileuse grisâtre. 2° Le deuxième mineraj de fer oolitique , la marne moyenne et le çalcaire gris bleuâtre (Oxford-clay) : le minerai de fer hydroxydé oolitique , qui est le fait le plus intéressant de cette assise calcaréo-mameuse , se trouve renfermé dans une couche de marne friable, dont la puissance dépasse ordinairement un mètre; il constitue environ le tiers de la masse totale. On l'exploite en un grand nombre de points en le débarrassant de la marne par le lavage. Les calcaires de cette assise sont gris bleuâtres , plus ou moins marneux, sublamellaires, un peu schisteux, parfois tuberculeux ; les marnes sont grises-noirâtres , schisteuses, renferment des rognons calcaires, des géodes spathiques , des cristaux de gypse , et un assez grand nombre de débris organiques, surtout des ammonites. 3° Les calcaires à nèrinces et Y argile à madrépores avec nodules de calcaire siliceux, dits chailles (coral-rag). Ces calcaires à nérinées sont grisâtres ou blanchâtres, souvent oolitiques, quelquefois compactes avec veines spathiques; les argiles sont ochreuses, avec nodules et plaques de calcaire siliceux , elles alternent avec des calcaires oolitiques ou marneux, et contiennent . des madrépores, des ananchites et des débris dencrines. L'étage supérieur comprend des calcaires et des marnes à fjryphces virgules (Kimmeridge-clay et Portland-stone) . Les marnes sont grisâtres . schisteuses , souvent très-coquillères ; elles alternent avec des calcaires compactes ou marneux , qui finissent par les dominer. Au-dessus se trouvent environ 13 mètres d'argiles avec fer oxydé pisiforme, qui ont été quelquefois considérées comme appartenant au terrain alluvien.
TERRAINS SECONDAIRES
Les trois étages oolitiques ainsi subdivisés n'existent pas toujours simultanément sur un même point ; certaines assises diminuent d'épaisseur jusqu'à manquer, tandis que d'autres se développent en quelque sorte à leurs dépens. Ce qui est surtout remarquable dans ce terrain , c'est que les couches calcaires y sont beaucoup plus puissantes que les couches marneuses et argileuses, c'est-à-dire que l'argile et le calcaire sont dans des rapports inverses de ceux qu'ils ont en Angleterre. Les bouleversements subis par la statification rendent cette prédominance des calcaires encore plus sensible, parce qu'ils forment les sommités les plus apparentes et les escarpements qui encaissent les vallées.
Ces caractères se continuent dans toute la partie suisse du Jura , et notamment dans les cantons de Bâle , de Soleure , d'Argovie et de Neufchâtel. Des calcaires oolitiques y forment les premières assises et sont séparés par des marnes (probablement la terre à foulon), des oolites miliaires, des calcaires roux, sableux, ferrugineux et marneux, et des lumachelles en dalles à reflet nacré , qui représentent les autres assises de l'étage inférieur. Des marnes bleues avec fossiles pyriteux, des calcaires compactes en partie marneux et avec chailles , constituent l'étage moyen avec un grand développement de calcaires à polypiers, de calcaires oolitiques pisaircs, et de calcaires blancs compactes, quelquefois crayeux, à nérinées ; enfin des marnes jaunâtres avec bancs calcaires subordonnés , surmontées par une puissante assise de calcaires compactes et finement oolitiques, représentent l'étage supérieur.
Terrain crétacé.
Le terrain crétacé est d'un développement encore plus général en Europe que le terrain jurassique; il ne couvre en France que 6 250 000 hectares soit 0,12 de sa superficie totale, mais dans le nord de l'Europe il acquiert des proportions encore plus ronsidérables ; la Câline, la Podolie, les Carpathes , la Cri-