‹ Traité du gisement et de l'exploitation des minéraux utilesChapitre 58 sur 95 · FORMATION TERTIAIRE SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

FORMATION TERTIAIRE SUPÉRIEURE

tel qu'il est dans l'Isère. A Lyon même le chemin de Saint- Clair à la Croix-Rousse, et d'autres points encore, montrent les parties inférieures composées, comme à la Tour-du-Pin, de sables agglomérés, tandis que les cailloux roulés de la partie supérieure en font un poudingue bien caractérisé. En remontant la Saône de Lyon à Chalon , on voit ( Neuville , Genay , Trévoux....) le même terrain venir se terminer sur le bord en coteaux rapides et même en falaises escarpées. Une série de collines en indique la continuation sur la rive gauche, jusqu'à Verdun-sur-Saône , puis sur les rives du Doubs, de la Loire et de la Cuisance jusqu'à Dole.

M. Élie de Beaumont n'a pu suivre la continuité de ces dépôts de la Bresse avec ceux de même nature qui, dans le midi du Haut-Rhin , forment en partie les plaines ondulées des environs de Dannemarie et d'Altkirch . au milieu desquelles se fait le partage des eaux entre le Rhône et le Rhin. Ce terrain s'élève , il est vrai , à un niveau supérieur de près de 200 mètres; mais on pourrait attribuer cette différence de niveau à une dislocation postérieure , analogue à celle qui a eu lieu entre les parties septentrionale et méridionale de la Bresse. Près de Mezel cette dislocation se manifeste en effet, non-seulement par un exhaussement de niveau, mais par une disposition très-remarquable des couches, qui se relèvent vers un point central.

En résumé, à une époque postérieure au soulèvement des Alpes occidentales de Marseille à Zurich, et par conséquent postérieure au dépôt et aux dislocations des molasses et des nagelflue. la contrée comprise entre Digne et Manosque a présenté une dépression remplie par des eaux probablement douces dans laquelle s'est accumulé un dépôt de transport très -épais, dont les matériaux venaient en grande partie du sud ; dépôt dont la surface, très-probablement horizontale, a été ensuite accidentée.

Kubstam < s accidentelle»» des terraiui* tertiaires. — Le

terrain tertiaire présente dans certaines contrées des caractères

tout particuliers , par suite des substances accidentelles qui s'y trouvent. Le sel gemme, le soufre , les lignites et les minerais de fer sont les plus importantes de ces substances.

Comme exemple du gisement du sel gemme dans les terrains tertiaires, on ne saurait citer d'exemple plus frappant que celui des terrains saliferes de la Pologne , dans lesquels sont ouvertes les salines de Wieliezka et de Bochnia.

L'exploitation des salines de Wieliezka occupe une surface de 3000 mètres de longueur, sur une largeur de 1300. Sous cette superficie existent 62 amas ou lits de sel gemme , disposés dans des argiles tertiaires, ainsi que l'indique la coupe (planche V) due à l'ingénieur directeur des mines, Hrdina.

Dix puits ont été creusés dans ce terrain ; plusieurs atteignent une profondeur de 270 mètres. Deux de ces puits sont pourvus d'escaliers pour la descente des mineurs, et six, desservis par des manèges auxquels on attelle jusqu'à seize chevaux , sont consacrés au service de l'extraction. Cinq niveaux de galeries ont coupé les diverses masses , dans lesquelles se développent les travaux d'exploitation , par piliers et galeries, à plusieurs étages superposés. Les chambres intérieures avaient autrefois jusqu'à 50 mètres de hauteur et même plus; mais, aujourd'hui que l'exploitation se fait plus régulièrement , on leur donne des dimensions beaucoup moindres.

Le gisement du sel gemme de Wieliezka est en amas plutôt qu'en couches; cependant, en étudiant la coupe, on voit que ces amas sont tous concordants , et qu'il y a de véritables bancs ou couches réellement stratifiées , qui suivent toutes les ondulations du terrain argileux qui les enclave.

L'argile salifère est gris d'ardoise, tantôt schisteuse, tantôt compacte et polyédrique. Ce qui est très-remarquable, c'est que , plus la stratification du terrain est nette , et plus le sel a une tendance à se stratifier lui-même ; tandis que , dans les argiles compactes, polyédriques, il prend des formes tout à fait massives et arrondies.

Les argiles saliferes contiennent des fossiles tertiaires, sur-

SUBSTANCES ACCIDENTELLES. 213 tout des peignes et des unios, et pourtant elles sont inférieures aux grès carpathiques (grès crétacés), ainsi que l'indique la coupe. On a expliqué cette anomalie par un renversement complet du terrain , perturbation énergique qui se trouve confirmée par l'état ployé et tourmenté des couches du terrain tertiaire.

Toutes les masses de Wieliczka ne sont pas composées des mêmes variétés minéralogiques de sel. Le grun-sah ou sel vert est ordinairement le plus rapproché de la surface ; il est mélangé de 5 à 6 pour 100 d'argile qui lui ôte sa transparence. On y trouve du gypse en rognons avec de petits cristaux de sel dans les fissures; on y rencontre également des fragments de grès, de calcaire et de marnes sableuses. Le sel dit spiza est cristallin et mélangé de sable ; le sel szybick , qui se trouve principalement dans les niveaux inférieurs , est cristallin à grandes facettes, pur et transparent. Dans les excavations, on a trouvé du grisou qui imprègne aussi les gypses et l'argile ; enfin , comme substances accidentelles, on rencontre de l'anhydrite, des sulfates de baryte et de strontiane , et même du soufre , qui, à Worowicki (à une lieue de Cracovie), est assez abondant pour être exploité.

La succession des couches a été établie ainsi qu'il suit par M. Hrdina.

1" Terrain allnrien composé do sable jaune, d'argile rouge et de sables aquifères. Argiles schisteuses bitumineuses, d'un gris sombre. Argiles schisteuses brunes et rougeâtres. Argiles salilères avec sel vert.

Argiles saliferes sableuses avec coquilles et bitume renfermant le sel dit spiza.

Marnes avec anhydritc, contenant le sel dit szybick. Marnes d'un gris sombre avec gypse tibrenx et bancs de grès. 3" Grès carpathique.

La Toscane est également une contrée favorable à l'étude des gîtes du sel gemme, car elle contient à la fois un grand développement de gypses saliferes et des gites de sel gemme, et présente des phénomènes particuliers (les soffioni) qui paraissent évidemment la suite £es phénomènes qui ont intercalé

2* Formation salifère. . .

dans les couches tertiaires ces masses de gypse et de sel gemme.

C'est dans les environs de Volterra et de Castellina que se trouvent les gypses qui fournissent X albâtre au monde entier. L'albâtre blanc est exploité surtout à Castellina où il se trouve en rognons glanduleux , compris dans trois couches de gypse cristallin grisâtre, assez semblables aux couches gypseuses des environs de Paris. Les concentrations amygdalines de gypse pur, qui forment l'albâtre, ont cette blancheur et cette translucidité qui en font le prix. Aux environs de Volterra , les rognons gypseux amygdalins sont moins purs , et se trouvent dans les marnes grises et bleuâtres connues sous la dénomination de mattajone. Ces marnes ont été fortement accidentées , et à Volterra même , leurs couches ont été inclinées et soulevées ; elles appartiennent à l'époque tertiaire [marnes subapennines) , et laissent échapper des sources salées qui ont amené la découverte des couches de sel gemme.

Ce que l'on remarque dans les gîtes de la Toscane, c'est à la fois la pureté et la puissance du gypse. Le gisement est évidemment stratifié , soit que le gypse se trouve en grosses masses arrondies , à surfaces noduleuses et mamelonnées , enclavées dans les couches de marne, et se succédant de distance eu distance dans le sens de la stratification, soit qu'il constitue des couches épaisses enclavées dans les marnes et assujetties à tous les accidents de la stratification. Les marnes encaissantes ne présentent, sur aucun point , des phénomènes de perturbation ou d'altération qui puissent faire supposer une intercalation du gypse postérieure à leur dépôt. Les rognons gypseux , quoique non continus , sont évidemment stratifiés et contemporains du mattajone.

Le sel gemme paraît déposé, comme le gypse, suivant les lignes de la stratification du terrain. Il est exploité par voie de dissolution, après avoir été atteint par plusieurs puits ; la coupe la plus profonde, fournie par un sondage fait aux environs de l'usine des Moxje, a indiqué :

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