‹ Traité du gisement et de l'exploitation des minéraux utilesChapitre 60 sur 95 · FORMATION ALLUVIALE · texte numérisé non relu

FORMATION ALLUVIALE

ment calcaire ou ferrugineux. La nature des roches qui ont fourni les matériaux et la dimension des galets ou blocs qui s'y trouvent, sont les seuls éléments distinctifs de ces dépôts; n mais ces éléments , joints à la position géographique des gisements, suffisent pour les caractériser et pour faire reconnaître leur point de départ.

Prenons pour exemple les grandes alluvions qui existent le long de la vallée de la Seine , et dont la largeur atteint sur quelques points plusieurs kilomètres (forêt de Saint-Germain, bois de Boulogne, Sablonville). . . . Ce sont des sables et cailloux roulés, principalement quartzeux, dans lesquels se trouvent de gros blocs de calcaire silitïeux et de grès tertiaires, dont l'origine se reconnaît aisément ; il y a de ces blocs qui ont plus d'un mètre cube. En détaillant le dépôt dans les nombreuses exploitations dont il est l'objet, on y trouve de petits noyaux de calcaire compacte jurassique, dont la provenance annonce un point de départ beaucoup plus éloigné, mais encore concordant avec les faits actuels, bien que les débris jurassiques ne soient pas perceptibles dans les sables aujourd'hui charriés par la Seine. L'on trouve en outre de petites paillettes de mica, des fragments de feldspath , et même des blocs de roches granitiques , dont on ne peut guère expliquer la venue qu'en faisant remonter le point de départ des eaux bien plus loin. Ces roches sont identiques aux granités et syénites du Morvan.

Les dépôts alluviens des vallées de la Durance, du Rhône et de l'Isère s'étendent des plaines caillouteuses de la Crau jusqu'aux blocs anguleux qui existent sur les pentes des Alpes ou du Jura.

La Crau , plaine de cinq myriamètres carrés , présente une surface de galets incohérents, dont les sept huitièmes sont quartzeux ; l'épaisseur moyenne de ce dépôt est d'environ 15 mètres. On peut reconnaître l'origine de ces galets en remontant les vallées de la Durance ou du Rhône. Dans la vallée de la Durance, on voit des monticules isolés, formés de cailloux roulés , débris d'un plateau élevé d'environ 10 mètres

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au-dessus de la plaine, et dont on ne peut attribuer la formation aux causes actuelles. Ces monticules sont composés de cailloux roulés, réunis par un sable fin et micacé, et formant un poudingue pareil à celui qui constitue le fond de la Crau. On y reconnaît de même que dans la Crau, des roches serpentineuses analogues à celles du mont Genèvre et des granités à feldspath rosé, identiques à ceux des hautes Alpes.

Des faits analogues se retrouvent dans la vallée du Rhône : Les environs de Saint-Remi, d'Avignon, de Châteauneuf , de Montélirnart, etc., présentent des amas de cailloux roulés qui constituent des plaines, des monticules, qui ne sont autre chose que le prolongement de la Crau, et l'on peut remonter ce courant de débris jusqu'aux blocs anguleux de la vallée du Drac.

Ainsi . les Alpes apparaissent comme point de départ de grands courants diluviens, dirigés dans tous les sens, et ces courants ont couvert tout le sol environnant de puissants dépôts arénacés , composés des débris des roches les plus résistantes. Les courants actuels ont ensuite creusé leur lit dans ces dépôts, de sorte que les alluvions actuelles sont dominées par des monticules et par de longues terrasses formées par les alluvions anciennes, qui se distinguent par leur niveau plus élevé, par les blocs très-volumineux qu elles renferment et par la nature de ces blocs.

Ces nombreux courants, dont les Alpes sont évidemment le point de départ, furent-ils des courants réguliers dont les volumes d'eau devaient dépasser ceux de nos fleuves les plus considérables, ou bien leur action fut-elle énergique et passagère, telle qu'elle dut résulter de débâcles et d'épanchements plus ou moins prolongés de lacs étagés dans les vallées et les dépressions.

La dernière hypothèse est celle qui concorde le mieux avec les faits. La composition générale de ces dépôts puissants en galets de roches dures , empâtés dans un gravier sableux , indique en effet que les eaux avaient à la fois une impulsion violente et une grande force de suspension. La présence des

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énormes blocs dont ils sont souvent accompagnas, et que l'on a désignés sous le nom de blocs erratiques , est en harmonie avec cette explication. Il y a de ces blocs qui ont jusqu'à 20 mètres de longueur et dont les angles sont à peine brisas : il s'en trouve surtout sur les pentes qui dominent le lac iMnjeur et le lac de Corne, à la partie supérieure du vaste dépôt diluvien qui forme le sol du plateau faiblement incliné que l'on traverse en allant de Varèze à Milan, et en général dans les alluvions de la rive gauche du Pô. L'absence totale dans ces alluvions des débris organiques qui auraient pu se développer même dans des eaux très-rapides, concorde pour annoncer une action énergique et passagère.

Les blocs erratiques sont généralement composés de roches dures ; leurs angles sont émoussés et leurs faces présentent quelquefois de grandes cassures. Bien qu'on en trouve sur des pentes fortement inclinées, cependant, la plupart du temps, leur position est telle, qu'on ne peut supposer leur transport que par l'intermédiaire d'un fluide doué d'une grande force vive. On rencontre ces blocs jusque sur les pentes du Jura , et les vallées qui ont été creusées depuis leur transport rendent leur position encore plus anomale.

Dans l'Europe septentrionale, les phénomènes alluviens prennent une physionomie nouvelle et semblent appartenir à des causes plus générales que celles auxquelles nous attribuons les alluvions des régions subalpines. Les blocs erratiques y sont en effet bien plus multipliés et dans des positions encore plus anomales : ces blocs, qui ont ordinairement plusieurs mètres cubes, se trouvent en quantité innombrable en Suède, en Russie, et généralement dans toutes les plaines basses et sablonneuses qui bordent la mer Baltique et même la mer d'Allemagne, depuis î'Ems et le Weser jusqu'à la Dwina et la Newa. Us forment des traînées longitudinales, dont la direction est assez généralement nord-sud. On les voit au milieu des plaines sablonneuses saillir par gibbosités ellipsoïdales; ils semblent ainsi arriver par troupes et suivre, à partir de la Bal-

tique, des lignes qui se croisent quelquefois, mais toujours sous des angles aigus. Ce sont des roches anciennes et dures, telles que les granités, les syénites, les porphyres, les gneiss, etc. : aux environs deGroningue ils sont enfoncés dans le sable, où on les cherche avec la sonde afin de les exploiter; vers Kônigsberg il en existe qui sont composés de calcaires à trilobites et orthocères.

La direction de leurs traînées et leur composition représentent ces blocs comme venant des montagnes de la Suède.

Ainsi , en Suède , les blocs erratiques abondent dans les provinces de Smoland , d' Upland , de Scanie et de Sudermanie , où ils forment des séries de collines dirigées du nord-nord-est au sud-sud-ouest , dont la disposition linéaire et le parallélisme sont frappants. Traversant la mer, on retrouve les mêmes blocs avec la môme direction sur toutes les contrées littorales dans la Zélande , la Poméranie , le Holstein , la Westphalie , etc. , et jusque dans le Mecklembourg.

Toutes les chaînes , tous les groupes de montagnes semblent ainsi avoir déversé les terrains alluviens autour d'eux, et généralement la puissance et l'étendue des alluvions sont en raison de la hauteur et de l'étendue des montagnes d'où elles sont parties. 11 n'est guère de contrée, quelque éloignée qu'elle soit des chaînes de montagnes, qui ne présente des dépôts alluviens ; mais ces dépôts sont défigurés et sans intérêt, parce qu'il est difficile de reconnaître leur point de départ ; à mesure que l'on s'approche d'un centre de soulèvement , ces alluvions prennent une physionomie spéciale et leur composition devient caractéristique. Les roches ignées y jouent souvent un rôle important , parce que ce sont généralement des roches dures et résistantes, et parce qu'elles caractérisent différemment les diverses contrées du globe. Ainsi, les alluvions déversées par les groupes trachytiques et basaltiques ont une tout autre physionomie que celles que nous venons de décrire. Autour de ces montagnes , les blocs et les décris sont composés de roches bien caractérisées et il est facile de recon-

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