‹ Traité du gisement et de l'exploitation des minéraux utilesChapitre 61 sur 95 · FORMATION ALLUVIALE · texte numérisé non relu

FORMATION ALLUVIALE

naître à que) point elles appartenaient , lors même qu'ils se trouvent dans les positions les plus anomales.

C'est que les inégalités d'un monde encore jeune n'étaient pas taillées pour une hydrographie régulière et paisible. Les eaux s'accumulaient dans les dépressions , s'étageaient sur les flancs de tous les centres de soulèvement ; puis , lorsque leur érosion et leur pression rompaient leurs digues , lorsque les commotions souterraines leur ouvraient des issues , ces eaux se ruaient en transportant les débris des roches placées sur leur passage , et laissaient comme monuments de ce passage nonseulement les dépôts alluviens , mais le sillonnement du sol , l'élargissement des irrégularités primitives , c'est-à-dire les vallées principales et l'introduction à l'hydrographie actuelle.

Les tourbes appartiennent généralement à la période alluviale et sont la dernière expression des phénomènes qui ont intercalé des combustibles fossiles dans presque tous les dépôts sédimentaires. Elles forment des couches tantôt superficielles, tantôt recouvertes par des sables et des limons alluviens, et se trouvent principalement dans les vallées qui ont à la fois une grande section et peu de pente. Elles sont aussi très-developpées dans les régions planes du littoral des mers, dans les deltas et les lagunes. On y distingue la tourbe mousseuse formée par la décomposition de végétaux herbacés, et la tourbe feuilletée qui comprend des débris de grands végétaux. La puissance de ces couches peut atteindre plusieurs mètres et leurs alternances se répéter plusieurs fois avec les sables et les limons.

Lorsque les courants diluviens ont agi sur des roches qui contenaient des gemmes, des minerais métallifères, ou des métaux natifs, ces courants ont effectué un lavage dont l'homme a tiré parti. En effet, les pierres gemmes (diamants, saphirs, spinelles, topazes, zircons, cymophanes — ), étant plus dures que la plus grande partie des roches, ont pu résister à la trituration, de sorte qu'on peut aujourd'hui les exploiter par le lavage. Les minerais métallifères ont généralement moins résisté , parce que ce sont des substances aigres et qui ont peu

±îî TERRAINS TERTIAIRES ET ALLU VIENS.

de ténacité ; aussi , bien que les gisements détruits aient pu être très -considérables , les débris n'en sont exploitables que pour certaines espèces d une dureté exceptionnelle telles que l'oxyde d'étain , et surtout lorsque les alluvions ont été peu broyées et n'ont pas subi un transport très -éloigné. Les métaux natifs, au contraire, en vertu de leur malléabilité et de leur ténacité, ont pu résister à des frottements qui ont anéanti bien d'autres minéraux ; l'or et le platine sont dans ce cas.

C'est la destruction des puissantes masses quartzeuses des montagnes du Brésil qui paraît avoir produit les riches alluvions aurifères et gemmiferes qui couvrent les grandes vallées et les plateaux peu élevés de la partie septentrionale du Brésil. Ces alluvions, qui se retrouvent en Colombie, renferment à la fois l'or, le platine, le palladium et les diamants. En Californie elles contiennent avec l'or, du fer titané , des saphirs, des cymophanes et des zircons. En Europe, les alluvions de beaucoup de cours d'eau contiennent des paillettes d'or, notamment celles du Rhône, de l'Arriége, du Rhin. etc.

Les alluvions qui couvrent les pentes des monts Altaï et de l'Oural sont exploitées pour l'or et le platine . dont on a trouvé de fort grosses pépites, et récemment on y a signalé la présence des diamants. Parmi les limons et les sables ferrugineux de ces alluvions, on remarque souvent des galets de trapp et de diorites, dont le gisement est très-bien connu dans les deux chaînes et qui paraissent renfermer au moins le platine.

Ces alluvions aurifères et gemmiferes rentrent, sous le rapport du gisement, dans la classe générale ; elles n'ont d'intérêt que par les substances particulières qu'elles renferment et dont elles ne représentent pas le véritable gisement géognostique , puisqu'elles les ont arrachées à des roches en place. Mais l'homme ne pourrait aller chercher, la plupart du temps , l'or dans ses guangues de quartz et le platine dans les grïmstein ; l'action des eaux, en effectuant le bocardage et un premier lavage, a rendu exploitables des substances qu'il n'aurait pu sans elle se procurer en quantité assez considérable.

Page 1