‹ Traité du goître et du crétinismeChapitre 12 sur 70 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

DISTRIBUTION DU GOITRE ET DU CRÉTINISME DANS LES VALLÉES DU COURS DE l'iSÈRE ET DANS CELLES DES ALPES DU DAUPHINÉ.

Nous avons dit précédemment que les vallées qui prenaient naissance autour des centres de soulèvements de l'immense chaîne des Alpes, étaient les plus infectées de crétinisme ; aussi, trouvons-nous que le nombre des goitreux et des crétins, effets de la dégénérescence pathologique des populations répandues dans cette partie de TEurope , est très-considérable dans les vallées du cours de l'Isère appartenant aux soulèvements du Mont-Blanc, du Mont-Iseran, du Mont-Cénis ; dans celles qui ont leur origine aux pieds du Mont-Pelvoux, du Mont-Genèvre etdu Mont-Yiso, situés dans les deux départements des Hautes-Alpes et des Basses- Alpes.

Nous avons dit, en parlant des diverses conditions géologiques, agricoles, météorologiques dans lesquelles se trouvaient la Tarentaise, la Haute-Savoie, la Maurienne, que le pays d'Allevard, celui de Yaulnaveys, la vallée du Yalbonnais, le Yalgaudemar et les sauvages contrées du département des Hnutes-Alpes renfermaient toutes les dispositions les plus propres à pro-

(luire la dégénérâtion de l'espèce humaine ; aussi , n'est-il pas étonnant d'y trouver partout une race décrépite.

Le cours supérieur de l'Isère appartient au grand duché de Savoie, et forme la province si pittoresque de la Tarentaise, qui a pour chef-lieu Moutiers. Près des sources de l'Isère on trouve une vallée sus-alpine, celle de Tignes, située à plus de l^OO mètres d'élévation, renfermant plusieurs villages dont la seule richesse consiste dans les pâturages des montagnes, et dans les produits du laitage fourni par les nombreux troupeaux de vaches qu''ils vont chercher au loin, chez les 'petits propriétaires, dans les premiers jours du mois de juin et qu'ils rendent à la fin de septembre. Le village de Tignes, celui de Sainte-Foy, les plus élevés dans ce vallon, renferment quelques goitreux et peu de crétins ; mais la commune de Scéez, située au confluent de trois vallées froides ethumides, adossée au pied du Petit-Saint-Bernard, privée des rayons solaires, enveloppée constamment de brouillards, se trouve dans les conditions hygiéniques les plus contraires, et contient beaucoup de crétins. Plus bas, le bourg Saint-Maurice et les villages qui l'environnent, bâtis presque tous au fond de la vallée, sur les bords de l'Isère qui n'est encore qu'un torrent, quoique exposés au sud et à l'est, ne reçoivent le soleil que pendant trois ou quatre heures, à cause des hauteurs qui le dominent.

Les brouillards entretiennent une humidité constante, froide le matin et le soir, chaude et pénétrante dans le milieu des jours d'été, aussi le crétinisme et le goitre existent dans toutes les familles, et les individus qui n'en sont pas atteints ont la constitution molle, le tempérament lymphatique. Les jeunes filles ne présentent jamais cet état de fraîcheur, de santé, qu'on remarque à leur âge. Elles sont mal réglées, pâles, la figure bouffie, sans énergie, et leur démarche lente annonce l'état de faiblesse de leur organisme.

Dans le cantond'Ayme, situé au miheu de la vallée de la Tarentaise, les crétins sont en plus grand nombre dans les villages de la rive gauche; ainsi, à Bellentre, sur 1058 habitants, il y a 597 goitreux ou crétins. Ces villages , bâtis sur les bords de l'Isère, adossés à une montagne très-élevée , enveloppés de bois touffus, ne voient jamais le soleil ; ils sont constamment plongés dans un épais brouillard. La population de ce village, celle de Landry, de Marcot, placées dans des conditions aussi peu hygiéniques, soumises à des influences atmosphériques funestes , aux conséquences fâcheuses de la misère la plus profonde, présentent un aspect chétif et l'apparence la plus complète d'une décrépitude effrayante. Les hameaux les plus malsains sont entièrement peuplés de crétins, et je n'oublierai jamais l'impression pénible que j'ai éprouvée dans une de ces localités où

je n'ai pu trouver un seul individu qui m'ait présenté ' une intelligence tant soit peu lucide.

Dans le canton de Moutiers, le crétinisme est à peu près également distribué entre toutes les communes , mais principalement dans les hameaux écartés, placés de manière à ce que, n'ayant le soleil que pendant un temps très-court, les brouillards ne peuvent pas se dissiper et l'air se renouveler.

Dans la vallée de Bozel qui se termine à Moutiers, depuis le village de Perrière jusqu'à Villars-le-Goîti'eux, tous ceux qui se trouvent, soit à gauche, soit à droite du torrent, sont remplis de goitreux et de crétins, ainsi que l'indique le surnom donné au Villars. Cette vallée est très-étroite, et couverte de pâturages et de bois touffus.

A Yillars-le-Goîtreux, la vallée se bifurque en deux petites vallées dont le sol est couvert de tuf. A mesure qu'on s'élève vers les sommités, on voit successivement décroître et cesser le nombre des crétins, puis des goitreux. Ainsi Bozel , le chef-heu de canton, contient, sur 1472 habitants, 1011 goitreux ou crétins.

Depuis Moutiers jusqu'à Conflans où commence la vallée de l'Isère qui de là va en s'élargissant jusqu'à celle du Graisivaudan , et qui forme une partie de la Haute-Savoie, la vallée se dirige vers l'ouest, elle devient très-étroite, les brouillards s'y dissipent difficilement, le soleil s'y montre peu, et le crétinisme y est

aussi très-répandu dans tous les villages ; en plus grand nombre dans les lieux bas, abrités du soleil, entourés d'arbres touffus, humides, marécageux. Ainsi, la commune de Cévins contient près de la moitié de sa population de goitreux ou de crétins.

Dans la vallée d'Ugine, qui est plus élevée, plus saine, où il règne parmi les habitants plus d'aisance, dont les habitations sont mieux entretenues, moins humides, mieux exposées, le goitre et le crétinisme sont infiniment moins répandus. Ainsi, dans tout le canton, sur une population de 4895 habitants, on ne compte que 28 goitreux ou crétins.

La vallée de Tlsère s'ouvre largement à Albertville, elle n'est plus sinueuse et encaissée comme dans la Tarentaise ; elle présente une largeur de près de 4 kilomètres.

La rive droite reçoit le soleil de bonne heure , les brouillards se dissipent facilement, l'air se renouvelle promptement; la population est aisée, les récoltes variées et abondantes; aussi les goitreux et les crétins y sont moins nombreux.

La rive gauche, au contraire, reçoit le soleil trèstard en été et pendant l'hiver en est privée pendant plusieurs mois. Les villages adossés à la montagne, situés sur les bords des marais qui régnent le long du cours de l'Isère, sur les bords des ravins qui descendent des hauteurs, entourés de grands arbres fruitiers, se trouvent dans lés conditions les plus favorables au

développement du crétinisme; aussi les populations sont-elles infectées au plus haut degré. Les communes de Notre-Dame, de Sainte-Hélène , des Minières, en sont remplies. Cette dernière en compte à elle seule 483. Sur la rive droite, à Grésy, chef-lieu du canton, on en trouve bien quelques-uns, mais en petit nombre, et à mesure que l'on descend dans la vallée de l'Isère, le nombre tend de plus en plus à diminuer. Ainsi, dans le canton de Saint-Pierre-d'Albigny, on voit bien encore quelques goîtreux, mais très-peu de crétins.

Dans le canton de Montmeillan, dont une partie est composée de villages situés dans de petites vallées parallèles à celle de l'Isère , on trouve des goîtreux et des crétins répandus dans les communes de Leyssaud, Sainte-Hélène-du-Lac , etc. , qui sont excessivement humides et bâties sur les bords des marais qui occupent le fond de cette vallée.

Dans la vallée de laRochette, où les eaux du torrent qui la parcourt débordent si souvent et forment dans son trajet de nombreux marécages, les villages construits au pied de la montagne élevée qui la domine sont privés du soleil pendant au moins six mois de l'année ; leurs habitations sont entourées de grands arbres, de fumiers et de cloaques infectes ; aussi les populations sont infectées de goitre et de crétinisme. Riches et pauvres en sont également atteints.

Les communes d'Arvillard, de la Rochette, do Presles, contiennent 194 goîtreux ou crétins.

Nous avons vu que la vallée de l'Arc avait 130 kilomètres d'étendue , que sa partie la plus basse était très-humide et malsaine près d'Aiguebelle , que les nombreux marais placés au confluent de TArc et de l'Isère entretenaient , parmi la population des différents villages voisins , des fièvres intermittentes fort graves, et dont les effets avaient produit cette dégénérescence , cette décrépitude qu'on observe chez les habitants de cette contrée. A mesure qu'on s'élève dans cette vallée , elle devient étroite et sinueuse, et dans certains endroits, les montagnes se rapprochent tellement, qu'on croit se trouver dans une impasse. De distance en distance, la vallée semble s'élargir pour former quelques espaces plus larges; mais cette disposition ne s'observe que dans la partie située entre Saint-Jean-de-Maurienne et Aiguebelle , et ces petits bassins sont presque tous envahis par des marais formés par les débordements de la rivière, lors de la saison des pluies ou de la fonte des neiges. Les villages sont situés en grand nombre dans le fond de la vallée, quelques-uns sont cachés derrière des mamelons, des rochers, dans des angles rentrants ; d'autres sont situés sur les flancs des montagnes. Depuis Saint-Jean jusqu'à Lanslebourg, la vallée est sinueuse et trèsprofonde. Les conditions dans lesquelles se trouvent les différents points de cette vallée sont toutes contraires aux règles sanitaires. L'humidité y est excessive; le soleil ne se montre jamais dans certains villa-

ges pendant la moitié de l'année, et seulement pendant quelques heures dans la belle saison ; l'hiver est froid, rigoureux et très-long; la neige y tombe en abondance; les changements de température sont trèsfréquents. La quantité de terrain en culture n'est pas en rapport avec la population , et les produits ne suffisent pas à ses besoins. La misère est générale; les habitations, pauvres et mal entretenues , sont entourées de plantations touffues d'arbres fruitiers, qui entretiennent l'humidité et s'opposent à ce que les rayons du soleil puissent pénétrer jusque dans les maisons. On trouve , dans toute cette vallée, un grand nombre de goitreux et de crétins qui sont aussi gravement atteints que ceux de la province d'Aoste; ils se trouvent, dans la Maurienne, à toutes les expositions, aussi bien au midi qu'au nord, sur les hauteurs comme dans le fond de la vallée. Ainsi , nous avons déjà dit qu'à Bramans, à 1 254 mètres ; à Albiez-le-Yieux, à 1566 mètres au-dessus du niveau de la mer, on trouvait des goitreux et des crétins. On en rencontre partout dans cette vallée ; mais surtout dans les localités, écartées des voies de communication, le long de la rivière, dans les angles rentrants , dans les anfractuosités, points où l'air ne peut pas circuler librement, oîi l'humidité est la plus grande , la misère la plus profonde, oîi la décrépitude générale est la plus avancée, et surtout là oiî le soleil , ne pouvant pénétrer , ne vient pas donner à cette population un peu de cette

chaleur, de cette animation qui lui manquent. Ainsi , Mgr Yibert, évêque de Saint-Jean-de-Maurienne, dit « que les crétins sont surtout concentrés dans les habitations tout à fait écartées, et dans les villages où la civilisation moderne n'a pas encore répandu ses bienfaits , dans les faubourgs renfermant des habitations sales et incommodes, manquant de chemins rectilignes, ouverts et spacieux, où il ne se fait aucun commerce, où, enfin, la vieille race croupit encore dans ses anciennes conditions de torpeur, de paresse, d^infection et de misère. Toute la population de cette vallée présente un aspect misérable; les hommes sont de petite taille, grossièrement conformés; ceux même qui ne sont pas crétins ont l'intelligence peu développée , sont paresseux au travail et nonchalants dans tous leurs mouvements.

Dans les communes du canton d'Aiguebelle , nous trouvons que celle d'Ayton contient 58 crétins ; celle d'Argentine, 289; celle de Saint-Alban , 486 goitreux et crétins sur 1209 habitants. Il n'y a pas un seul village qui en soit exempt. Dans le canton de la Chambre, on retrouve également ces deux infirmités tellement répandues , que, dans 10 communes qui en dépendent, le nombre de ces infortunés s'élève au chiffre énorme de 2997.

Dans le canton de Saint-Jean-de-Maurienne , où se trouvent les villages les plus élevés, on voit cependant le nombre en'diminuer, quoique les commu-

nés d'Âlbiez-le- Vieux, de Mont-Pascal , situées à plus de 1500 mètres, en aient plus de 50. Dans les 19 paroisses dépendant de Saint-Jean-de-Maurienne , il y a 1151 goitreux ou crétins.

Dans les mandements de Saint-lVlichel , de Modane et de Lanslebourg, le nombre en diminue successivement à mesure qu'on s'approche du Mont-Cénis ; dans le premier, on n'en remarque plus que 288; 510 dans le second , et 158 seulement dans le dernier. Dans les hameaux les plus pauvres, les plus éloignés et les plus malsains, le nombre en est toujours plus considérable que dans les autres.

L'observateur qui pénètre pour la première fois dans cette belle vallée du Graisivaudan , si large , si bien exposée, ouverte aux vents du nord et du sud , si riche par la variété et Tabondance de ses productions , à l'aspect de cette nature si riante et si gracieuse, ne pourrait croire que la population qui Thabite est une race en partie dégénérée , surtout sur la rive gauche du fleuve qui la parcourt. S'il remonte , dans toute son étendue, la rive droite do l'Isère, il rencontrera de fertiles campagnes parsemées de nombreux villages composés d'habitations propres et commodes, groupées le long de la route de Grenoble à Chambéry ; s'il rencontre de temps en temps quelques pauvres goitreux ou quelques crétins mendiants, ce sont des individus égarés qui sont venus de l'autre côté de la vallée chercher l'aumône, et non des habi-

tants de ces beaux villages. Cependant, si, à 50 kilomètres de Grenoble , il descend dans les hameaux situés au pied des collines qui , à cette distance , forment les bords de la rivière, il pénétrera dans quelques villages humides, situés près des marais de l'Isère , entourés par les brouillards qui s'en élèvent , alors il pourra voir que la population a subi en quelques points un commencement de dégénération , et qu'elle est mélangée d'un certain nombre de goitreux et de crétins , toutefois en petite quantité. Plus il s'éloignera de Grenoble et se rapprochera de la Savoie, moins les habitants seront vigoureux et bien portants. C'est ainsi que certaines parties des communes de Sainte-Marie, la Buissière, Barraux et Chapareillan , renferment des goitreux et des crétins. Si , à l'extrémité de la vallée du Graisivaudan, il traverse l'Isère sur le pont de la Gâche, et qu'il passe sur la rive gauche, il trouvera d'abord le bourg populeux de Pontcharra, construit sur les bords du torrent de Bréda , à l'entrée d'une gorge , formé d'habitations échelonnées le long de ce torrent, véritables masures malsaines et cloaques infectes où sont renfermées des familles pauvres comptant dans leur sein de nombreux goitreux et crétins. En descendant cette rive , il veria que tous les villages sont construits à l'entrée de gorges profondes, très-humides , où le soleil ne paraît jamais en hiver; que toutes les habitations sont entourées de grands arbres , de vignes grimpantes , s'élc-

vant jusqu'au sommet des arbres; que les fumiers les plus infectes , que d'immenses fosses à rouir le chanvre enveloppent de toutes parts les maisons , et que partout les causes les plus favorables à la dégénérescence de l'espèce humaine sont réunies dans toutes les localités. Plus loin, sur toute sa route, en traversant Goncelin, Tencin, Froges, Lancey, Domène, Gières et jusqu'aux portes de Grenoble , il rencontrera des goitreux et des crétins. S'il remonte ces gorges profondes qui donnent passage aux torrents qui descendent des glaciers qui recouvrent la chaîne s'étendant de Saint-Hugon vers l'Oisans, il entrera dans de petites vallées supérieures froides , humides, dont les villages sont également peuplés de goitreux et de crétins.

Dans la vallée d'Allevard, dont nous avons longuement décrit la situation, la direction, la composition géologique, les communes de Saint-Pierre-d'Allevard, de Pinsot, du Moutaret, de la Chapelle-du-Bard, sont infectées de goitreux et de crétins. Il en est de même à Theys, à Laval, à Saint-Agnès et aux Adrets.

Vaidnaveys. — En pénétrant dans la vallée de Vaulnaveys, qui s'étend depuis Saint-Martin-d'Uriage jusqu'à "Vizille, on trouve les villages de Yaulnaveysle-Haut, de Yaulnaveys-le-Bas , de Jarrie, d'Herbeys, peuplés de goitreux et de crétins affectés au plus haut degré. Toute la population présente un aspect des plus chétifs, et contient beaucoup de scrofuleux et de

raclîitiques, à un point tel, que souvent les communes de ce canton ne peuvent fournir leur contingent au recrutement. Un fait seul peut expliquer l'état de dégénérescence de la population : En 1849, lors de la réunion du conseil de révision , un homme se présente devant le conseil, porteur d'une hotte qu'il, dépose sur la table ; il l'ouvre, et quelle est la surprise du préfet et des assistants en en voyant tirer un être de 60 centimètres de hauteur, à figure humaine, offrant une face hideuse, empreinte d'une stupidité effrayante, un corps difforme , privé de la parole et ne paraissant nullement impressionné à la vue des uniformes qui sont pour lui un spectacle tout nouveau!

Oisans. — Ën sortant de la vallée de Vaulnaveys, en contournant à gauche et après avoir traversé le bourg de Yizille , remarquable par sa belle manufacture de toiles peintes, on entre dans la vallée de l'Oisans, qui nous donnera une idée des contrées du département des Hautes- Alpes dont elle est voisine.

La première commune que l'on trouve est celle de Livet, située dans une gorge profonde par où se précipite la Romanche au sortir de la plaine. L'étroitesse et l'aridité de son sol graveleux, le peu de ressources de la culture et l'indigence d'un certain nombre de ses habitants, en font un des villages les plus tristes de l'Oisans. Les rigueurs du sol semblent avoir rejailli sur le moral des individus, et la population, généralement bornée et ignorante , ne paraît pas être ,

pour rintelligence , à la hauteur des autres communes. Beaucoup d'habitants sont infectés de goitre et de crétinisme; cependant, depuis l'essor imprimé à la circulation publique par la construction de la nouvelle route, Livet a acquis un certain développement, et les avantages qu'elle en retire suppléent déjà à Tinsuffisance des productions que la culture ne peut lui donner. La constitution des individus semble s'améliorer depuis quelques années.

Dans certains villages du fond de cette vallée, quelques hameaux situés au midi , et où habitent la misère et la malpropreté , sont sujets au goitre et même au crétinisme.

Vaujany, placé en face des Petites-Rousses , partagé en petits hameaux qui s'élèvent depuis 700 jusqu'à 1296 mètres, est le dernier village du vallon de rOUe. Cette différence dans les hauteurs relatives des diverses parties du terrain de cette commune forme des contrastes bien marqués : en bas, l'air est doux et tempéré ; en montant , le climat devient de plus en plus rigoureux.

Oz, commune voisine de la précédente , s'étend aussi en nombreux hameaux sur les étages inférieurs de la chaîne des Rousses et jusque dans la plaine de rOisans. Le terrain de cette commune, favorisé par des expositions chaudes et variées, passe pour un des plus fertiles de l'Oisans. Les maisons sont ombragées de beaux arbres; l'humidité y est très-grande, et les

transitions atmosphériques très-brusques ; aussi trouve-t-on à Oz toutes les conditions propres au développement du goitre et du erétinisme. Ce qui le prouve, d'ailleurs, avec la plus grande évidence , c'est qu'un certain nombre d'enfants trouvés de l'hospice de Grenoble, envoyés en nourrice dans ce village, deviennent goitreux et crétins.

Le village d'Auris renferme également des goitreux. Il en est de même pour toutes les communes de cette vallée. En efiFet, dans le contingent annuel pour le recrutement militaire dans l'Oisans, sur les cas d'exemption, 5,4- sur 100 le sont pour goitre ou erétinisme. Les goitreux et les crétins se rencontrent " ordinairement chez les individus qui habitent les villages des vallées, et parmi les plus pauvres dont le genre de vie est assez grossier. Le pain d'avoine forme la base de l'alimentation ; le laitage , la pomme de tei re, quelques légumes, sont les mets principaux, et plus d'un ménage pauvre, privé de pain pendant la moitié de l'année, n'a que le laitage et la pomme de terre pour toute subsistance, et encore, depuis que ce tubercule est atteint de la maladie , quantité d'habitants en sont, privés. La privation de ce légume a augmenté encore la misère , et beaucoup d'entre eux sont obligés de s'expatrier pendant l'hiver pour pouvoir vivre et laisser aux enftints qui restent le peu de produits récoltés suffisant à peine pour la nourriture de ceux qui sont restés au village.

La plaine de la Mateysine, où est situé le canton de la Mure, renferme peu de goitreux et de crétins, deux pour cent environ. La position élevée de cette plaine, balayée par les vents du sud et du nord, centre d'industries variées, peuplée d'individus actifs, son climat froid et très-sec, sont les véritables causes de sa salubrité; mais il n'en est pas de même d'une vallée voisine.

Valbonnais. — La vallée de la Bonne, qui forme le pays du Valbonnais et du Valjouffrey, est la contrée la plus infectée de goitre et de crétinisme du département de l'Isère; elle contient quinze pour cent d'individus atteints de ces deux infirmités. Les goitreux et les crétins s'y trouvent à toutes les expositions, et toute la population a subi la funeste influence des causes nombreuses qui ont déterminé sa dégénérescence à un point tel, que sur 100 jeunes gens inscrits sur les contrôles du recrutement, 74 sont exemptés, soit pour défaut détaille, soit par suite d'infirmités scrofuleuses ou rachitiques. Rien n'est plus pénible à voir que cette triste population de ce pays si beau par sa nature.

Vallée du Drac. — Dans toute son étendue, depuis son origine dans les glaciers des Hautes- Alpes, jusqu'à sa terminaison à l'Isère, la vallée du Drac est habitée par une population goitreuse et crétine; ainsi, le canton de Corps, dont le chef-lieu est situé à près de 1000 mètres d'élévation, voit 10 sur 100 des jeunes

gens exemptés pour cause de goitre et de crétinisme, et 67 pour infirmités diverses ou défaut de taille; celui de Vif, situé dans des conditions hygiéniques qui, au premier abord, paraîtraient à un observateur peu habitué très-saines, contient aussi beaucoup de goitreux et de crétins, puisque 6 sur JOO des jeunes gens sont exemptés par le conseil de révision par suite de goitre ou de crétinisme. Ce canton est riche en produits de toutes espèces.

L'exposition heureuse de l'est des villages principaux semblerait devoir donner la santé aux habitants, tandis que c'est le contraire. Les cantons de Mens et du Monestier, situés à d'assez grandes élévations, devraient être exempts de goitreux et de crétins, et cependant il s'en trouve dans quelques villages ; ainsi, celui de Cordéac contient 18 goitreux ou crétins.

Vallée de l'Isère. — Cette partie inférieure du cours de l'Isère renferme le canton sud de Grenoble. On voit chaque année 5 pour 100 de ses jeunes gens être exemptés par suite de goitre. Celui de Sassenage, situé au nord et au pied de montagnes très-élevées, ne reçoit le soleil que très-peu de temps pendant l'hiver comme pendant l'été; il est traversé de nombreux ruisseaux qui entretiennent une grande humidité. Les conditions hygiéniques dans lesquelles il se trouve ne sont pas favorables à la santé publique ; aussi les goitreux et les crétins sont répandus dans les diverses

communes qui en dépendent, et le nombre de jeunes gens exemptés pour cause de crétinisme ou de goitre s'élève à 9 pour 100.

La vallée du Villars-de-Lans, très-élevée, présente une population beaucoup plus saine, puisque sur 100 jeunes gens, on en compte à peine 2 qui soient réformés comme goitreux.

Le canton de Tullins, quoique situé en apparence dans des conditions de salubrité avantageuses, n'est pas délivré du goitre et du crétinisme, puisqu'on trouve encore 4/2 pour cent d'individus qui en sont atteints ; mais, à mesure qu'on descend le cours de l'Isère , on en rencontre de moins en moins : c'est ainsi que le canton de Yinay n'en renferme plus que 1,6; cependant Saint-Marcellin, qui se trouve encore plus inférieurement dans un pays très-ouvert , bien exposé, balayé par tous les vents, présente encore près de 4 pour 100 de jeunes gens réformés pour cause de goitre ; mais l'explication en est facile, les villages qui sont situés sur les bords de l'Isère sont constamment enveloppés dans les brouillards qui s'en élèvent, et les habitations sont fort mal construites.

Le canton du Pont-en-Royans , traversé par de nombreux torrents qui descendent des hautes montagnes sillonnées de gorges profondes, au fond desquelles sont construits les villages, qui est à proximité des bords de l'Isère , est encore plus infecté de goitreux, puisqu'on en compte 5 pour 100.

Si Ton s'éloigne des rives de l'Isère et qu'on pénètre dans les plaines du département, on trouvera presque dans tous les cantons des goitreux, aussi bien près de Vienne sur les bords du Rhône que dans l'arrondissement de la Tour-du-Pin ; mais on n'en trouvera que dans les villages humides, situés près des marais, des étangs ou des lacs , là où se trouvent quelques-unes des causes qui, suivant nous, donnent lieu au développement de cette infirmité. Ainsi, les environs de Bourgoin, de Vienne (nord), de Rives, de Virieu, de Meyzieu, de Saint-Geoire et de Saint-Jean-de-Bournay contiennent tous quelques goitreux. La statistique placée à la fin de l'ouvrage indique le nombre des goitreux et des crétins que renferme chaque commune.

Les chaînes de montagnes que l'on désigne en géologie sous le nom de système du Mont-Viso ou des Alpes orientales , ont été soulevées à la fin de la période crétacée inférieure. Cette chaîne forme les Alpes provençales et domine jusque vers le Mont-Iseran, où elle disparaît dans les au très systèmes. Dans le département des Basses-Alpes, les terrains primitifs et de transition manquent complètement et sont remplacés par les calcaires jurassiques, la craie et les terrains tertiaires et diluviens.

L'arrondissement de Barcelonnette et une petite partie de celui de Castellane diffèrent totalement des autres arrondissements du département pour le cli-

mat, le sol et les productions. Situées à des hauteurs différentes, les communes sus-alpines de cette contrée, et leurs terrains, sont loin de se trouver dans des conditions égales de température et de productivité ; les plus inférieures se rapprochent pour cela de celles situées dans les autres arrondissements ; les supérieures se ressentent du voisinage des neiges qui couvrent les sommets; dans les moyennes et les supérieures, il est généralement froid et plus ou moins rigoureux.

La température moyenne annuelle des communes les plus élevées, telles que la Beaumelle, située à 1579 mètres; Champ-Richard, à 1785 mètres; Lafoux, à 1748 mètres, hameaux dépendant d'Allos; Fouillouse, à 1852 mètres; Mauren, à 1902 mètres; Meyronnes, à 1582 mètres; Larche, à 1715 mètres, est difficile à apprécier. Dans ces villages, il n'existe réellement que deux saisons, l'hiver et l'été; le printemps et l'automne ne sont représentés que par des transitions très-courtes. Pendant l'été, la température est sujette à des variations très-brusques, et, dans ces vallées profondes, on passe quelquefois, au mois de juillet, d'une chaleur étouffante à un froid très-vif; il suffit, pour cela, d'un simple brouillard.

Le terrain cultivé est de nature calcaire, se laissant pénétrer par les eaux et ne les retenant pas facilement.

Les terrains cultifs sont peu abondants , et les récoltes peu productives. Les seules céréales tolérées par ce rude climat sont le seigle, l'orge , l'avoine et les

pommes de terre. Le grain reste dans le sol pendant dix mois.

Les pâturages des montagnes sont, pour Thabitant de ces hautes vallées, sa seule richesse ; de même que nous l'avons dit déjà en parlant des populations des hautes régions de la Savoie , de llsère et des Hautes- Alpes, les habitants des Basses-Alpes sont obligés d'amener sur les pâturages, au moyen de canaux d'irrigation , les eaux nécessaires à entretenir le sol dans une humidité suffisante pour le développement de la végétation. Ces pâturages sont animés par de nombreux chalets qu'habitent, pendant la belle saison, les bergers et les hommes qui préparent les fromages; mais dès que la belle saison se termine, que l'hiver annonce son approche, le montagnard quitte les pâturages et retourne au village , où sa femme et ses enfants ont passé la belle saison à cultiver les quelques pauvres parcelles de terrain d'où ils tirent leur alimentation. Ces habitations sont de chétives masures mal fermées, sans cheminées pour donner issue à la fumée; quatre planches vermoulues retenant un peu de paille composent le lit; une ou plusieurs peaux de moutons non tannées servent de couverture; un vieux coffre, une mauvaise table, un banc de bois , tels sont les meubles qui composent l'ameublement de cette chaumière humide , ayant le sol nu pour plancher , et une petite ouverture, recouverte d'un papier huilé, - qui laisse à peine pénétrer un peu de jour. Beaucoup

d'habitants se retirent alors dans les étables pour se garantir du froid au contact de la chaleur des bestiaux- Ce séjour pendant 8 mois de l'année, dans une atmosphère chaude , humide , dont l'air, vicié continuellement par la respiration des animaux , par la fermentation des excréments, de la litière, donne à la physionomie de cette population un aspect chétif , maladif, et contribue , comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, à détériorer l'organisme. L'alimentation , composée d'un pain noir, mal levé, mal cuit, de quelques mauvais légumes, contient fort peu de principes nutritifs.

La misère si grande de la vallée de l'Ubaye, le défaut de communication, l'absence de toute industrie, de tout commerce , le fâcheux usage qu'ont les habitants des communes de cette contrée de se marier entre eux, de ne pas croiser les races , toutes ces causes réunies ont amené lentement la dégénérescence de l'espèce humaine; aussi n'est-on pas étonné d'y voir des crétins et surtout beaucoup de goitreux.

Privés de tout commerce, de tout travail pendant les longs jours d'hiver, l'habitant de la vallée de Barcelonnette va chercher dans d'autres contrées la fortune qu'il ne peut trouver chez lui. Un autre motif le force à éraigrer, c'est que le peu de récoltes qu'il a ramassées ne suffirait pas pour la subsistance de toute la famille pendant la mauvaise saison , s'il ne s'éloignait pas avec un ou plusieurs de ses enfants. Dès le

mois d'octobre, il quitte sa femme, ses petits enfants, qu'il laisse à la garde de son vieux père , il prend son orgue, sa vieille, et parcourt, avec son instrument, tous les départements de la France, jusqu'à ce que les beaux jours lui annoncent qu'il a des champs à cultiver; il revient chez lui apportant ses économies, qu'il consacre aussitôt à racquisition de quelques parcelles de terre, dont la récolte augmentera un peu son aisance. Ses voyages répétés , après un certain nombre d'années ,:lui permettront de pouvoir laisser à chacun de ses enfants un petit patrimoine qu'ils augmenteront en suivant les mêmes moyens.

Les départements des Hautes et Basses- Alpes, limitrophes des provinces de Pignerol, de Saluées et de Coni dépendant du Piémont, ne renferment pas, comme ces dernières, autant de crétins et de goitreux. Les lieux les plus infectés de ces hautes vallées occupent ici, comme dans toutes les vallées précédemment décrites, le centre et la partie inférieure ; les brouillards y sont fréquents en hiver; la température moyenne varie selon l'exposition des villages. Les habitations et les villages de ces vallées sont dans les conditions les plus défavorables, soit à cause de leur situation dans des angles rentrants, soit à cause du voisinage des arbres, de la mauvaise construction des habitations, et de l'excessive malpropreté qui règne ati dedans et au dehors.

La vallée de Briançon , qui suit une direction

opposée à celle de Pignerol, est, comme celle-ci, infectée de goitreux et de crétins, qui se rencontrent spécialement où ces vallées sont plus étroites ; le terrain cultif est fort réduit, la misère plus grande , les villages mal construits et mal exposés.

La cause à laquelle est le plus généralement attribuée Tinsalubrité des vallées de ces départements, est l'humidité qui y est excessive.

La vallée de l'Ubaye, qui suit une direction opposée à celle de la Stura , renferme, comme cette dernière ,, des crétins et surtout des goitreux , quoique leurs directions soient tout à fait opposées.

Dans les Hautes- Alpes, les vallées les plus infectées sont celles qui descendent du Mont-Pelvoux et desglaciers de la Bérarde. Ces vallées sont profondes , tortueuses, très-froides en hiver ^ très-humides en été, bien que, pendant le milieu du jour, les rayons du soleil, réfléchis par les roches abruptes dans le fond des vallées, y rendent l'atmosphère étouffante; mais cette chaleur brûlante du milieu du jour forme, avec la fraîcheur des matinées et des soirées , un contraste trèspréjudiciable à la santé. On y rencontre un très-grand nombre de goitreux et de crétins , et il faut bien observer que les uns comme les autres sont en grand nombre dans les habitations les plus mal exposées , les plus pauvres et les plus humides , où l'air se renouvelle difficilement.

Le fond de ces vallées est composé des différents

détritus entraînés par les eaux des torrents qui descendent des hautes montagnes. Les vallées creusées dans les roches calcaires sont entièrement dépouillées de toute espèce de terre végétale que les pluies torrentielles entraînent dans le fond des ravins, parce que les habitants ont eu la négligence de ne pas entretenir les forêts qui les recouvraient autrefois, de faire des coupes blanches ou de laisser dévorer par les chèvres les jeunes arbres, dès qu'ils commencent à croître.

On voit parfaitement l'avantage que présentent les forêts qui recouvrent les pentes rapides, lorsqu'on jette un coup d'œil sur les montagnes qui descendent sur la rive gauche de llsère , malgré la friabiUté du sol et la raideur des pentes. Cela tient évidemment à la végétation épaisse et continue qui tapisse le sol dans ses moindres replis, couvre les pentes les plus escarpées, et transforme tout le versant en un vaste rideau de verdure. Cela ne paraîtra pas douteux à tous ceux qui savent avec quelle faciUté un terrain tendre et fortement incliné se désagrège , lorsqu'il est exposé sans défense à Taction dégradante des eaux. Si tous les terrains dénudés par les eaux, qui existent dans les Hautes et Basses-Alpes , avaient été préservés de cette destruction par les soins des populations , le nombre des terrains cultifs serait plus considérable, et la misère moins profonde.

De rinstniction dans le département de l'Isère et des

Hautes-Alpes.

Dans une note intéressante que M. le docteur Gras, de Grenoble, professeur à l'école de médecine de cette ville, a publiée en 1 839, sur le degré d'instruction primaire et les causes d'exemption des jeunes gens inscrits sur les contrôles de recrutement du département de l'Isère, on voit que, dans une période de 10 ans, le nombre des jeunes gens âgés de 20 ans , maintenu sur les tableaux de recensement par les conseils de révision, s'est élevé à 5'2,521 ou moyennement de 5,232 par an. Sur ce nombre, les conseils de révision ont pu constater le degré d'instruction de 43,640, ou de 5/6 environ ; 8,681 étaient absents.

Parmi les 45,640 jeunes gens dont l'instruction a pu être connue, 2,299 savaient lire seulement, 21,524 savaient lire et écrire, et 19,817 ne savaient ni lire ni écrire. En réduisant ces chiffres en centièmes, pour faire apercevoir plus facilement leurs rapports, on trouve que dans le département, sur 100 jeunes gens, 5/27 savaient lire, 49/32 savaient lire et écrire, et 45/41 étaient tout à fait illettrés.

On voit donc que les 9/20cs de cette jeune population ne savent ni lire ni écrire, et que plus de la moitié, ou les H/20es, ne sait pas écrire. Si l'on réfléchit que réducation des femmes est plus négligée que celle des hommes, et qu'il est question ici de jeunes

gens élevés à une époque où l'on s'occupait plus de l'instruction primaire qu'avant la révolution , on se convaincra facilement que les S/S^» environ de la population du département ne doit savoir ni lire ni écrire.

Les cantons les plus ignorants appartiennent, en grande partie , à la portion nord-ouest du département, et forment une sorte de contrée à part, que l'on désigne sous le nom de Terres-Froides.

Il existe une grande différence entre le nombre des garçons qui fréquentent les écoles communales, et celui des filles qui y sont admises. Pour 21,451 garçons, on ne compte que 2,290 filles , ce qui fait une différence de 19, Ul, et sur 94,700 enfants en âge de fréquenter les écoles dans le département, il n'y en a que 64,671 qui s'y rendent; aussi il y en a 50,029 qui sont privés du bienfait de l'instruction.

Malgré les bonnes dispositions que manifestent les autorités locales et le clergé , l'instruction primaire est ralentie dans sa marche progressive par une foule d'obstacles qui résultent, soit des localités, soit du peu de ressources d'un grand nombre de communes, soit enfin du peu d'instruction de beaucoup dMnstituteurs pourvus d'anciens brevets.

Dans certaines localités dont la position est toute exceptionnelle, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, aux enfants de se rendre aux écoles. En effet, quelques communes des montagnes sont souvent

divisées en un grand nombre de hameaux éloignés les uns des autres de plus d'une heure, et les neiges abondantes, la difficulté des chemins, le danger qu'ils présentent, sont des causes puissantes qui ne permettent pas aux parents d'envoyer leurs enfants à l'école pendant la saison d'hiver. Il n'y aurait que pendant l'été que les enfants pourraient y aller; mais, dans cette saison, les travaux agricoles, la garde des troupeaux sur les montagnes, obligent les parents à garder près d'eux leurs enfants pour les utihser à ces divers travaux.

Ces mêmes tableaux, qui indiquent le degré d'instruction , donnent aussi des détails fort intéressants sur la santé publique et la taille des individus soumis à la conscription. Le minimum de la taille exigé pour être déclaré apte au service miUtaire a varié suivant les époques; ainsi jusqu'à Tan XITI, ce minimum était de 1 met. 598. Sous l'Empire , il fut abaissé à 1 met. 5M; plus tard, de 1811 à 1814, il n'y eut plus de limites fixes. Pendant la Restauration, ce minimum fut porté à 1 mèt. 570. Enfin, depuis 1852, cette limite a été fixée à 1 mèt. 560. Sous l'Empire, en 1812, la moyenne de la taille des jeunes gens inscrits était, pour toute la France, de 1 mèt. 615. Cette même moyenne, pour le département de l'Isère, était alors de 1 mèt. 600. De 1828 à 1837 inclusivement, les conseils de révision ont eu à examiner, dans le département de l'Isère, 29,635 jeunes gens, par an.

2,965. Sur ce premier nombre, 15,651 ont été déclarés aptes au service militaire, et 15,984 ont été exemptés, savoir : 2,468 pour défaut de taille, 888 pour cause de goitre, 7,850 pour autres infirmités, crétinisme , scrofules , rachitisme , et enfin , 4,798

comme fils de veuves, etc.

Exemptés pour défaut de taille 8

id. goitre 5

id. crétinisme, scrofules, rachitisme. . 27

id. fils de veuves 16

Total des exemptés .... 54

Jeunes gens déclarés aptes au service 46

Total..,.. lÔÔ

Le nombre des jeunes gens exemptés présente quelques différences dans les divers arrondissements, ainsi qu'on le voit dans le tableau suivant :

Nombre d'exemptés Défaut de sur 100. taille.

Arrondissement de Grenoble 57 10

id. La Tour-du-Pin..52 7

id. Saint-Marcellin. .56 8

id. Yienne 49 7

Les tailles sont un peu plus élevées dans les arrondissements qui renferment beaucoup de plaines , que dans ceux qui sont plus montagneux (arrondissement de Grenoble et Saint-Marcellin).

Dans ces mêmes arrondissements de plaine, le nombre des jeunes gens exemptés est bien moindre que

clans les autres. Ce résultat semblerait indiquer que le climat des plaines est plus salubre, et que l'espèce humaine y est plus belle. Parmi les difformités que l'on rencontre dans les pays de montagne, les plus remarquables sont le goitre et le crétinisme. Les tableaux des conseils de révision montrent que ces affections sont réellement endémiques dans un certain nombre de cantons du département. Le nombre de crétins et de goitreux indiqué dans ces tableaux est même inférieur à celui qui existe réellement. En effet, parmi les jeunes gens exemptés pour défaut de taille, pour autres infirmités, ou comme fils aînés de veuves, il y a dû se rencontrer un certain nombre de goitreux qui n'ont pas fait valoir ce genre d'infirmité pour leur exemption. D'ailleurs , les tableaux de recensement par communes, que je donnerai plus loin , contiendront exactement le nombre des goitreux et des crétins, des individus mâles de tous les âges, et des individus femelles également , statistique que ne donnent pas les tableaux de révision.

Nombre des exemptés pour goitre , crétinisme et défaut de taille dans le département de l'Isère.

Sor 100' goitreux et crétins. Défaut détaille.

Yalbonnais 14,5 20,1

Corps 9,5 ....14,2

Domène 9,5 17,5

Vizille 9,5 16,5

Sassenage 8,9 10,5

Goncelin 8,6 15,7

Allevard 8,4 16,1

Pont-en-Royans 5,5 1 4,3

Bourg-d'Oisans 5,4 14,5

Yoiron 3,8... 6,8

Tullins 4,2 6,1

Rives 4,4 6,0

Touvet 1,3 4,8

Saint-Marcellin 3,9 5,7

La Tour-du-Pin. . . 2,4 8,1

Vienne 1,5 5,2

Clelles..... 1,0 10,2

Grenoble 2,7 7,1

La Mure 1,5 7,5

Villars-de-Lans 1,4 9,9

Pont-de-Beauvoisin. ... 3,1 5,9

St-Etienne-de-St-Geoirs. 1,9 7,0

Yinay 1,6 7,6

Beaurepaire 2,0 7,5

La Côte-St-André 1,2 9,1

St-Jean-de-Bournay.. . . 1,5 7,8

La Yerpillière 0,3 6,9

Les autres cantons non indiqués en renferment moins de un sur cent.

Dans les trois départements, de l'Isère, des Hautes- Alpes et des Basses-Alpes, les parties les plus montagneuses sont les seules où l'on rencontre des cantons

qui ne peuvent fournir leur contingent par suite des exemptions.

Dans le département des Hautes-Alpes , le relevé des exemptions pour goitre et crétinisme , pour les levées de cinq années , indique que ces infirmités sévissent d'une manière constante :

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