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CHAPITRE SEPTIÈME

DK LA BOYÀLTÉ.

Les partisans du système représentatif vont être scandalisés de l'intitulé de ce chapitre. Gouvernement représentatif et royauté sont pour eux deux idées inconciliables ; et là où ils voient un roi héréditaire,

irresponsable , là , disent - ils , dispavait t complètement la souveraineté du peuple.

L'opinion de ces personnes est respectable et sacrée $ lears vœux les plus ardents sont pour le repos et le bonheur de la France.

Mais, de même que j'ai bl^mé, dans nos publicistes et nos hommes d'état , cette anglomanie , cette fureur d'aller à l'école de la Grande-Bretagne puiser des principes qui ne sont en rapport ni avec nos mœurs , ni avec nos habitudes sociales ; de même aussi je ne puis m'empêcher de blâmer ( quoique inoins vivement ) ceux qui, prenant l'Àme^ rique pour ooiut de départ de leurs théories politiques, veulent implanter chez nous la constitution américaine, sans tenir compte des obstacles qui s'opposent à cette importation. Non, les constitutions, comme la liberté, ne sont pas un fruit de touslesclimats; elles ne s'importent pas , elles s'enfantent ; et jamais on n'a vu deux peuples se réunir

et vivre sous un doytnc politique semblable.'

Montesquieu a dit : « Au commencement des sociétés } ce sont les. chefs des républiques qui font l'institution ; c'est ensuit* l'institution qui forme les chefs des républiques. >i Ainsi, le& Américains , peuple jeune, nouveau, sans précédens , sans his r tpire, ont bien pu se donner le jeu et le plaisir d'une constitution toute républi-r

caine ; mais en France , où des siècles de vie féodale et monarchique pèsent . sur nos têtes, où notre nationalité, notre liberté, sont encore sous le poids des nréjugés , des habitudes invétérés par les âges, où l'histoire, cette représentation vivante de l'hu-r

inanité, cette leçon continuelle des peuples, nous dit sans cesse que nos instincts comme nos mœurs, sont par-dessus tout monarchiques, en France, dis-je, où les idées d'égalité , de liberté , les sentimens républi-T

'oains ne sont que d'hier; vouloir prendre pour modèle l'Amérique,* c'est froisser le caractère, les sympathies nationales, et s'exposer aux orales d'un état de choses qui ne serait ni solide, ni prospère , et que le moi mire souffle de vent pourrait em^ porter.

La royauté est dans les habitudes , dans les mœurs de la France ; c'est un fait clair , saillant pour tout le monde, et pleinement justifié par l'élévation, sur letrôtie, du duc d'Orléans. Je dirai plus : je regarde la royanlé comme nécessaire au progrès et ad développement de nos institutions sociales.

Eu effet, chez un peuple ou la civilisation a propagé les lumières, et jeté des germes féconds d'inégalité dans toutes les classes, il est impossible d'y organiser une république pure; l'Amérique, le seul exemple des temps' modernes , perd chaque jour de cette pureté , par le développement Je

son industrie, l'accroissement de ses richesse»; chaque jour elle dégénère; et sans crainte de se tromper , on peut dire que déjà elle porte en elle des signes de destruction et de mort.

Cette raison, très puissante par ellemême, n'est pas la seule qui milite en faveur de la royauté. L'égalité , ce but commun auquel marche la société , ce sentiment profond qui la domine , n'est pas légalité telle qu'on l'entend dans une république, c'està-dire cette égalité qui réduit chaque citoyen à la portion congrue 3e biens que la loi détermine; l'égalité réclamée, voulue par la nation française, consiste dans l'extension des droits politiques, dans la vacation surtout, de plus en plus grande, aux jouissances sociales , et par suite, dans une distribution plus égale des bénéfices de l'association.

Voilà l'égalité la seule vraie , 1a seule possible à notro époque ; c'est même là le seul

bien , la seule satisfaction matérielle et morale que désire le peuple.

Or, pour arriver à ce résultat, qu'est-il besoin de faire? Rien autre chose, sinon de donner à la société un pouvoir législatif, un, libre, indépendant, et garantir ses institutions des attaques du pouvoir. Une fois la nation armée de cette double pr*rogative, la royauté ne sera plus un obstacle au progrès social; au contraire, elle inspirera la sécurité , la confiance , conditions indispensables pour ces grandes entreprises commerciales et industrielles, qui font affluer par tous les canaux les richesses, Taboudance , et vivifient si bien les Etats.

Oui , c'est parce que la royauté porte avec elle des élémens de stabilité, d'ordre, qu'elle se trouve si profondément empreinte et enracinée dans les mœurs du peuple. Et qu'en ne m'objecte pas les inconvéniens , les dangers qu'il y a de mettre à la tête d'un gou-

vernement, un. roi dont la personne est Inviolable, sacrée , et qui , par conséquent, sûr de l'impunité, peut, sous son bon plaisir et dans le délire de ses passions , restreindre , détruire même les libertés publiques ! Sans doute le roi pourrait , en abusant de la forre qui est entre ses mains , porter le trouble , te malheur au sein du pays, j'en conviens :

mais croit-on qu'un chef électif responsable, à qui nécessairement il faudrait confier la puissance executive, ne pût en faire autant? Eh! qui donc l'en empêcherait? La crainte des punitions? Mais jamais cette crainte n'a arrêté aucun de ceux qui se sont trouvés à la tête des empires ; 'quand ils ont voulu abuser de leur pouvoir, ils l'ont toujours fait. Plus ils ont à redouter les châlimens , la vengeance , plus ils deviennent féroces et cruels, car alors ils n'ont plus qu'un seul 4p°' r > ce ^ u * d'échapper au supplice parla terreur et l'effroi qu'ils inspirent.

C'est que la faiblesse est toujours basse , méchante , cruelle j et la force , au contraire, toujours bonne, toujours grande, toujours généreuse. Laissez, laissez au roi l'éclat , la dignité que son troue doit avoir. Que la nation -, loinde lui envier ses prérogatives, lui témoigne ses sympathies , sa bienveillance, qu'elle l'entoure de sa fidélité, de son amour ; alors , le roi mêlera ses sentimens à ceux du peuple , il répondra à la noble confiance qu'on aura mise en lui; et de cette bienveillance réciproque, dacet accord harmonieux; sortiront la gloire,. la splendeur du trône , la paix et le bonheur de Ja France.

Mais , je le répèle, donnons au roi les prérogatives nécessaires à la force et à l'éclat de sa couronne. Conservons l'hérédité et tous les droits qui lui sont conférés comme chef suprême de l'état; qu'il continue de faire les traités de paix, d'alliance, de nommer aux

emplois d'administration , puisque cette

branche du pouvoir a pour effet d'assurer" le règne des lois, et rentre dans le domaine du pouvoir exécutif dont est investie la royauté. Conservons encore au roi le veto :

« Car, lorsque le prince concourt à la for- » mation des lois, et que son consentement o est nécessaire, leurs vices n'arrivent jam mais au même degré que lorsque les corp9 » représentatifs décident sans appel ; et » qu'en oulre un pouvoir, obligé de prêier » son appui à la loi qu'il désapprouve , est » bientôt sans force et sans considération.

» Sans force, parce que ses agens lui déso- » béissent, sûrs de ne pas lui déplaire en » contrariant des ordres qui ne sont pas sa » volonté. Sans considération , parce qu'il » emploie son autorité pour des mesures » condamnées par son jugement ou sa con- » science, (i) >»

(i) B. Constant.

Laissons encore au rei le droit île proposer la loi, de dissoudre les assemblées , de faire grâce. Toutes ces prérogatives donnent de la stabilité , de la puissance à la royauté, et ne retardent en rien les progrès de la société. Ce n'est pas la que réside le mouvement et la vie. Enfin , comme nous avons v*u que la royauté était dans les habitudes, dans les mœurs de la France, distinguons avec soin le pouvoir royal du* pouvoir exécutif.

( Je laisse parler ici Benjamin Constant. ) m Cette distinction , selon lui , toujours » méconnue et très importante, est la clé m peut-êlre de toute organisation poli- » tique.

». En effet, dit-il, il y a dans le pouvoir » monarchique deux pouvoirs distincts : le » pouvoir exécutif investi de prérogatives » positives, et le pouvoir royal qui est sou- » tenu par des souvenirs et des traditions » religieuses. » Les trois pouvoirs politiques,

tels qu'on les a con ihis jusqu'ici , le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, sont trois ressorts qui doivent coopérer , chacun dans sa partie, au mouvement général; niais quand ces ressorts dérangésse croisent, s'entre-choquent et s'entravent, il faut une force qui les mette à leur place.. Celte force ne

peut pas être dans l'un de ces ressorts, car elle lui servirait à détruire les autres, il faut qu'elle soit en dehors, qu'elle soit neutre en quelque sorte, pour que son action s'applique partout où il est nécessaire qu'elle soit appliquée , et pour qu'elle soit réparatrice et préservatrice sans être hostile.

Le vice de presque toutes les constitutions a été de ne pas avoir créé un pouvoir

neutre, mais d'avoir placé la somme d'autorité, dont il doit être investi, dans l'un des pouvoirs actifs. Quand estte somme d'autorité s'est trouvée réunie à la puissance législative , la loi qui ne devait s'étendre que

sur des objets déterminés , s'est étendue à tout. Il y a eu arbitraire et tyrannie sans . bornes. De là les cscès des assemblées du peuple, dans les républiques d'Italie, ceux du lonfl parlement, ceux de la Convention à quelques époques de son existence. Quand la même somme d'autorité s'est trouvée réunie au pouvoir exécutif , il y a eu despotisme; de là, l'usurpation qui résulta de la dictature à Rome.»

Celte distinction profonde et judicieuse , prouve invinciblement la confusion dans laquelle sont tombés les adversaires de la royauté, lorsqu'ils l'ont accusée d'incompatibilité avec le développement et le bonheur des sociétés. Non , le pouvoir royal une fois créé et organisé courue pouvoir neutre au milieu des trois pouvoirs actifs, n'entravera en rien le développement social. Au contraire, il le favorisera en aplanissant les embarras qui pourraient retarder sa marche.

Et si jusqu'à ce jour on a tant déclamé contre la royauté, c'est qu'on n'a pas bien défini et tracé la limite qui doit séparer ces deux pouvoirs; et que conséquemment , la somme «d'autorité laissée au pouvoir exécutif et enlevée ù la souveraineté nationale, a donné des craintes légitimes et fondées de l'usurpation sans cesse envahissante de la royauté, sur les droits et les libertés du peuple.

Ainsi donc, pouvoir rôyal d'un côté, avec tous les attributs essentiels à la dignité , à la force du trône. De l'autre, pouvoir législatif et judiciaire mis aux mains de la nation; alors, on aura concilié les mœurs et les idées ; de plus on aura consolidé la royauté, car son pouvoir sera à l'abri de l'influence funeste des ministres, qui presque toujours n'obéissent qu'à leurs volontés personnelles. De cette façon encore

la nation se développera dans toute sa pu-

reté 0 sa simplicité, sous la protection bier<aisante de la royauté; le jpou voir exécutif ne se confondra plus avec le souverain, il en sera le ministre ; et des lors se cimentera l'alliance, s'établiront les vrais rapports du gouvernement et de la société.

« Sans doute , il y a des reproches à faire » à la royauté, mais il ne faut pas perdre de n vue qu'elle manque d'institutions conve- » nables, que toute forme de gouvernement

» abandonnée à elle-même, se déprave iné-

» vitablement par l'influence de nos erreurs » et de nos passions; et on ne peut pas plus » conçlure de la royauté moderne mal or- » ganisée, contre la royauté, que de la défi mocratie anarchique des Athéniens, on a «droit de conclure contrôla république» (ï).

( ij Ma^abiau, Inst. politiques.

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