TRAITEMENT
Quand la carie n’existe qu’en talon, qu’elle est récente, que la fistule est peu profonde, on se borne à couper les poils autour du point malade, et on entoure le pied d’un cataplasme émollient que l’on renouvelle matin et soir pendant quelques jours. Les bains émoiliens seront aussi employés avec avantage , si la couronne est chaude et douloureuse. Ce traitement simple, par lequel on doit presque toujours débuter, m’a quelquefois réussi complètement au début de la
maladie : quand ses effets sont heureux, on voit bientôt la portion cariée apparaître à l’orifice de la fistule, mais il ne faut pas l’arracher; on la laisse se détacher d’elle-mème; elle tombe, et laisse après elle une petite plaie qui se cicatrise assez promptement. Dans le cas où l’étroitesse de l’ouverture de la fistule pourrait retarder la sortie du bourbillon , il n’y a pas d’inconvénient à débrider avec rinstrument tranchant.
Si la carie qui se trouve en talon résiste à l’emploi des moyens que je viens d’indiquer, on peut essayer l’extirpation du point altéré avec l’instrument tranchant, sans enlever la muraille; mais ce n’est qu’avec la plus grande circonspection, et seulement quand il n’y a de carié qu’un point très-circonscrit de la partie postérieure du cartilage, qu’on doit avoir recours à ce moyen, qui n’a réussi que dans quelques circonstances, et qui a échoué dans un bien plus grand nombre d’autres. M.Vatel a publié, dans le Recueil de médecine vétérinaire , deux exemples de guérison du j avai t cartilagineux par la simple amputation de la partie cariée. Dans les deux observations de ce professeur, la carie s’était développée à la suite d’une bleime suppurée, et n’alfectait que la partie inférieure de l’extrémité postérieure du cartilage: c’est ce que M. Yatel fait remarquer avec raison, pour s’expliquer le succès de son opération , qu’il
est loin de recommander, quoiqu'elle lui ait réussi deux fois; «car, ajoute-t-il , nous avons » reconnu, dans plus d’une circonstance, le w résultat fâcheux d’ablations incomplètes du » fibro-cartilage. » Cette opinion , émise d’abord par Lafosse, est aussi celle de la plupart des vétérinaires qui ont souvent eu des javarts à traiter.
M. Sanitas, vétérinaire à Longjumeau, a eu la complaisance de me faire part de trois faits recueillis dans sa pratiquent constatant l’heureux résultat d’excisions partielles essayées contre la carie du fibro-cartilage survenue en talon à la suite d’atteintes. L’opération consistait à faire une large incision sur les tissas qui recouvrent le point carié, de manière à le découvrir et à l’extraire plus facilement avec un bistouri ou une feuille de sauge bien tranchante. Malgré ces trois' guérisons, M. Sanitas m’assure, dans sa lettre, qu’il préfère en venir tout d’abord à l’extraction complète du fibro-cartilage, attendu qu’il a été bien souvent obligé de la mettre en pratique , après avoir inutilement essayé l’extirpation pure et simple de la partie altérée. Je pense , comme MM. Yatel et Sanitas , qu’on ne saurait être trop réservé sur l’emploi d’un moyen si rarement efficace, que n’osent par même re-
commander ceux en ire les mains desquels il a quelquefois réussi.
Mais quand la carie ne se borne pas aux parties superficielles des talons, quand elle existe plus profondément , soit à la partie antérieure, soit à la partie postérieure du fibro-cartilage , il devient nécessaire d’avoir recours à des moyens plus actifs, et dont l’énergie soit proportionnée à la gravité de la maladie. La thérapeutique offre trois méthodes principales de traitement contre
le javart cartilagineux : l’une par le cautère actuel (méthode par le feu), l’autre par le cautère potentiel (méthode par les caustiques), la troisième par l’extirpation complète du fibro - cartilage (méthode par l’opération).
Faisons connaître d’abord chacun de ces modes de traitement, suivant l’ordre dans lequel nous venons de les indiquer, c’est-à-dire en commençant par le plus simple ; indiquons la manière de procéder à leur application, et nous discuterons ensuite les différentes opinions qui ont été émises sur les avantages et les inconvéniens de chacun d’eux.