‹ Traité du javart cartilagineuxChapitre 5 sur 8 · EMPLOI DES CAUSTIQUES · texte numérisé non relu

EMPLOI DES CAUSTIQUES

Le traitement par les caustiques , de même que celui par le feu, a pour but de convertir en escarre , quoique plus lentement , les portions cariées du cartilage dont il change en même temps le mode d’inflammation. Ce genre de traitement paraît être le plus ancien de ceux opposés au javart cartilagineux. On l’emploie tantôt seul, tantôt combiné avec la cautérisation par le feu.

Il faut arriver à Solleyselpour trouver quelque chose de raisonnable sur l’emploi des caustiques, qu’il regarde comme préférables à tous les autres moyens alors connus , parce que , dit-il, « il » est le plus assuré. » Aussi, la méthode de traitement par les caustiques , celle par le sublimé } est -elle désignée par beaucoup de vétérinaires

sous le nom de Méthode de SolleyseL Voici le procédé de cet auteur :

A l’aide d’un bouton de feu , on fait à deux ou trois doigts de la fistule, et sur le cartilage, une ouverture par laquelle on puisse introduire le doigt du milieu ou le pouce. On fait pénétrer dans cette ouverture une boulette un peu dure , composée de six gros de sublimé corrosif ( deuto- chlorure de mercure) et de deux gros d’aloès , le tout bien mêlé avec un peu d’esprit de vin. On pousse cette boulette jusqu’au fond de l’ouverture qu’on vient de faire, et que l’on finit de remplir avec une tente bien imprégnée d’onguent basilicum dans lequel on a incorporé du mélange précédent. On introduit une autre tente imbibée comme la première, jusqu’au fond de la fistule du javart que l’on dilate avec un bouton de feu , si son diamètre n’est pas suffisant. Cela fait, on parsème de pointes de feu tout l’engorgement qui existe autour de la partie malade, en ne craignant pas que le cautère traverse la peau; ce qui, selon Solleysel , serait sans inconvénient. On recouvre le tout d’un composé de térébenthine, miel et tare, et on place un appareil pour maintenir. On donne tous les jours deux onces de foie d’antimoine dans du son mouillé , et des iavemens laxatifs, si l’animal a beaucoup d’agitation dans le flanc. Quand les es-

carres sont tombées, on panse tous les deux jours avec de l’eau-de-vie. Les tentes que l’on a mises doivent avoir détruit entièrement le cartilage , sinon on doit en mettre de nouvelles pour faire sauter ce qui peut en rester. Si les chairs surmontent , on les brûle avec le cautère actuel , ou on les consume avec des poudres caustiques.

Dans le cas où la fistule se prolongerait en bas, au-dessous de la paroi, Soileysel conseille de pratiquer la dessolure avant de placer l’appareil cidessus indiqué , et il ajoute que , dans le cas où la fistule serait peu profonde, on peut se dispenser de dessoler, « quoiqu’à tous javarts encornés » on ne fera jamais de faute ; au contraire , on » fera très-bien de dessoler. »

Il est bien évident que cette méthode que je viens de faire connaître, et que Soileysel a longuement développée dans son Parfait maréchal , avait pour but et pour effet la destruction complète , non-seulement de la carie , mais encore du cartilage lui-mème : le traitement devait être très-long et n’était pas sans danger, car toutes les substances corrosives qu’il accumulait sur la couronne pour détruire le cartilage, devaient, dans le plus grand nombre des cas, porter de dangereuses atteintes au bourrelet, quand elles ne le détruisaient pas entièrement. Nonobstant ces graves inconvéniens , ce mode de traitement a

été à peu près seul rnis en usage jusqu’à Lafosse père , qui , 38 ans après , chercha à lui substituer l’extirpation totale du cartilage par ri'tistrument tranchant. Le procédé de Lafosse fut assez généralement adopté en France , où les vétéri» naire savaient presque oublié le traitement par les caustiques, lorsque M. Girard rappela l’attention sur ce moyen curatif, en publiant un traité spécial sur son emploi dans le cas de carie du cartilage. Il me suffira d’exposer la manière de procéder à l’application des caustiques, telle qu’elle est en usage aujourd’hui , pour faire ressortir les importantes modifications apportées par M. Girard au procédé de Solleysel.

La fistule étant reconnue, sa profondeur et sa direction étant appréciées, on prépare le pied de la meme manière que pour la cautérisation avec le feu ; c’est-à-dire qu’on le pare à fond principalement sur le quartier et le talon correspondans au côté malade. On met un fer à planche si la fourchette est bonne, et après l’usage pendant quelques jours de bains et de cataplasmes émolliens, on procède à l’application du sublimé : on en forme un cône de la longueur de 5 à 6 lignes et de 3 à 4 lignes de diamètre vers sa base. Si l’ouverture par laquelle s’échappe le pus est assez large, on y enfonce le caustique ainsi préparé jusque sur le point du cartilage attaqué de

la carie. Si la fistule est trop étroite , on la dilate avec un bistouri , ou mieux avec un cautère en pointe, afin de rendre l’introduction du médicament plus facile et son application sur la carie plus certaine. Le caustique est soutenu par des étoupes imbibées de vin tiède et d’eau alcoolisée, avec lesquelles on tamponne l’ouverture extérieure. Quelques plumasseaux secs ou imbibés de la même liqueur recouvrent la couronne du côté malade , et le tout est maintenu en place par une ligature que l’on ne serre qu’à un degré suffisant pour prévenir le dérangement de l’appareil. On ne doit pas oublier, ce qui est si utile à la suite de toutes les opérations qui intéressent ou avoisinent la couronne , d’enduire d’onguent de pied toute la surface extérieure du sabot. Si l’on avait lieu de craindre que l’animal ne fît tomber l’appareil, soit en se grattant avec le pied opposé , soit en se livrant à quelques grands mouvemens, on l’entourerait avec une enveloppe de grosse toile ou une bottine de cuir dont je ferai connaître la forme plus loin.

Sur quelques chevaux, et notamment sur les chevaux de trait vieux et lymphatiques , l’application du sublimé ne développe pas de symptômes inflammatoires généraux bien prononcés; il est même des animaux sur lesquels ils sont à

peu près nuis. Mais chez la grande majorité des malades , il se manifeste une fièvre de réaction d’autant plus forte qu’ils sont plus irritables. La tuméfaction et la douleur locales augmentent sensiblement; et pendant les premiers jours, il peut être avantageux de maintenir un cataplasme émollient autour du pied, jusqu’au-dessus de la couronne.

Delaguérinière (i) avance que l’on doit purger les chevaux pendant les pansemens; nous avons vu que c’était aussi l’opinion de Solleysel, mais seulement quand le flanc était agité. Garsault (2) pense qu’il est toujours nécessaire de saigner l’animal une ou plusieurs fois avant et pendant le traitement.

A moins de circonstances particulières, les purgatifs sont tout-à-fait inutiles dans ce cas ; quant aux saignées , bien qu’en général une saignée ne puisse être nuisible le lendemain de l’application du sublimé , on ne doit y avoir recours que lorsqu’elles sont indiquées par la manifestation d’une fièvre de réaction assez vive. Alors on en pratique une , deux ou trois, suivant le besoin ; on tient le malade à la diète, et on administre quelques lavemens. Les douleurs que l’animal

(i) Ecole de cavalerie. Paris,

(?) Nouveau parfait maréchal. Paris, 1770.

éprouve les premiers jours s’apaisent d’autant plus vite qu’elles ont été moins aiguës, et que l’escarre se soulève plus tôt.

Ordinairement , s’il ne survient pas d’accident, on n’enlève l’appareil que six à sept jours après qu’il a été placé : cependant il n’y aurait pas d’inconvénient à le laisser jusqu’au dixième ou onzième jour, si l’animal ne souffrait pas trop ; car il est rare que les escarres soient détachées avant cette époque. En général , leur chute a lieu d’autant plus tôt, que le caustique a 4 été appliqué plus près de la partie postérieure du cartilage : j’ai vu des chevaux chez lesquels toute l’escarre située à la pointe du talon est tombée au bout de dix jours; j’en ai vu d’autres chez lesquels le caustique ayant été appliqué antérieurement , elle n’était complètement tombée qu’après un temps bien plus long.

M. Barreyre d’Agen a publié dans le tome II du Recueil de médecine vétérinaire une observation sur le sujet de laquelle l’escarre produite par le sublimé n’était tout-à-fait enlevée que le trente-cinquième jour. J’ai lait sur ce point quelques expériences, desquelles il résulte que l’escarre formée par le sublimé sur le cartilage sain, tombe du neuvième au dix-septième jour dans la moitié postérieure du cartilage, et du quatorzième au trente-unième dans la moitié antérieure*

Lois de la levée du premier appareil, au bout de sept à huit jours , on aperçoit sur la couronne, autour de l’ouverture extérieure de la fistule, une auréole brunâtre qui résulte de la conversion en escarre de la portion du derme qui avoisine l’orifice fistuleux. Cette auréole, qui peut avoir la largeur d’une pièce de 2 à 5 francs , commence à se détacher à sa circonférence vers le septième ou huitième jour; mais elle tient encore solidement par sa partie profonde. On ne doit pas, au premier pansement, retirer le petit tampon introduit dans la fistule ; on se contente de renouveler les plumasseaux extérieurs. 3e n’ai pas besoin de dire que du moment où la fièvre de réaction aura commencé à s’affaiblir, on doit remettre progressivement l’animal à sa nourriture ordinaire, surtout s’il est susceptible d’ètre soumis à un léger travail pendant le traitement.

Au deuxième pansement que l’on fait cinq à six jours après, on doit retirer les étoupes introduites dans la fistule ; mais on ne retrouve plus rien du cône de sublimé qui s est combiné avec les tissus environnans. Si la carie existait en talon, toute la portion d’escarre qui résulte de la cautérisa lion de la peau et des tissus les plus extérieurs, est ordinairement soulevée parle pus, et û est facile de l’enlever , si déjà elle ne s’est dé-

tachée d’elle-mème. Quant à celle qui est appliquée sur le cartilage, elle résiste plus long-temps, et ne tombe quelquefois qu’au quatrième ou cinquième pansement : on peut avec des pinces chercher à l’ébranler doucement pour hâter sa chute; mais ces manœuvres doivent être faites avec beaucoup de délicatesse et de ménagement, car il faut bien prendre garde de l’arracher de force et de faire saigner , si on ne veut s’exposer à voir apparaître de nouvelles caries. Il peut arriver que toute l’escarre tombe en même temps; alors elle a la forme d’un cône creux, et ressemble assez à un doigt de gant; ses parois ont une épaisseur variable , suivant la quantité de caustique employée.

Quand l’escarre est tombée, si la carie a été entièrement détruite , l’intérieur de la plaie présente une surface grenue d’un aspect vermeil , recouverte d’une légère couche de pus blanchâtre de bonne nature, et dont la quantité diminue au fur et à mesure que l’on approche de la cicatrisation. Les pansemens sont faits tantôt avec de l’étoupe sèche , tantôt avec des alcooliques affaiblis, tantôt avec des teintures résineuses, tantôt avec de légers escarrotiques, suivant les indications que présente la plaie, et que j’ai signalées, en parlant des suites de la cautérisation actuelle. Quand aucune circonstance ne vient entraver la

guérison, la retarder ou l’empêcher, elle a lieu ordinairement du vingt-cinq au trente-cinquième jour. Mais il n’est pas rare (et cela arrive surtout quand la carie existe vers la partie antérieure du cartilage) que la plaie, qui, pendant quelques jours après la chute de l’escarre, avait une belle couleur et se fermait rapidement , présente tout à coup un aspect plus terne } plus blafard , ou devienne d’un rouge vif. En l’examinant alors avec attention , on reconnaît qu’un des bourgeons est plus tuméfié, plus mollasse que les autres ; ce bourgeon est l’aboutissant d’une fistule entretenue par une nouvelle carie; une suppuration peu louable, et l’augmentation de la boiterie si elle s’était momentanément amendée , sont un indice presque certain de cet état de choses. Cependant j’ai vu des animaux ne pas boiter sensiblement plus qu’avant.

D’autres fois on reconnaît la persistance de la carie immédiatement après la chute de Fesearre. Quoiqu’il en soit, il n’y a pas à hésiter; il faut s’assurer de la profondeur et de la direction de la nouvelle fistule , et décider s’il y a lieu d’essayer une seconde fois l’emploi des caustiques, ou s’il ne serait pas préférable de pratiquer l’opération du javart cartilagineux. Dans le cas où on se déciderait pour les caustiques, on dilate la nouvelle fistule comme on l’a fait pour la pre-

mière; on introduit un morceau de sublimé aussi avant qu’on peut le faire pénétrer, et on se conduit après cette seconde opération comme après celle qui l’a précédée.

Si le service de l’animal n’exige pas qu’il soit employé sur un sol dur ou à une allure précipitée, et si la boiterie est légère, comme il arrive le plus souvent sur les gros chevaux, lorsque la carie n’intéresse que la partie postérieure du cartilage, le travail ne doit être interrompu que jusqu’à la levée du premier appareil, c’est-àdire, pendant huit ou dix jours après l’opération. L’exercice que prend le malade , loin de lui être nuisible, lui est au contraire avantageux , surtout quand il est pris sur un terrain meuble , et à un travail léger ( le labour , le hersage, par exemple). Cette possibilité de faire travailler les chevaux soumis au traitement par le cautère actuel ou les caustiques , n’existe pas pour les chevaux de selle ou d’attelage , ni pour ceux des grandes villes. Il faut nécessairement que ces animaux restent à l’écurie jusqu’à leur parfaite guérison , qui se fait attendre quelquefois deux ou trois mois et même plus , quand on est obligé de cautériser à plusieurs reprises, comme il n’arrive que trop souvent; et encore est- on souvent obligé d’en venir à l’opération, qui offre alors plus de difficultés et

beaucoup moins de chances de succès, comme nous le verrons plus loin.

J’ai dit que le sublimé corrosif était de tous les caustiques celui qui semblait mériter la préférence ; du moins est-ce celui dont on fait le plus fréquemment usage en France. Cependant il n’est pas le seul employé 5 et quand 011 s’en sert on ne l’applique pas toujours sous forme solide. Les Anglais, qui sont partisans exclusifs de l’emploi des caustiques , se servent indifféremment du sublimé, de l’arsenie blanc (oxide blanc d’arsenic), du vitriol blanc (sulfate de zinc), du verdet cristallisé (acétate de cuivre), de la pierre infernale (nitrate d’argent fondu), etc. Delabère-Blaine (1) préfère le sublimé employé sous forme de pâte avec de la fleur de farine et du beurre , qu’il introduit à l’aide d’une sonde garnie d’une petite éponge , avec laquelle il le fait pénétrer dans les sinus où il suppose qu’existe la carie; il continue cette application tous les deux ou trois jours, jusqu’à la formation d’une escarre.

J. White s’exprime ainsi dans son Abrégé de F Art vétérinaire , où le sublimé et l’arsenic sont aussi recommandés comme remèdes pour le ja~ vart : « H est probable que toute application

f 1) Notions fondamentales de Vart vétérinaire. Paris. 1803.

» caustique produirait la guérison ; mais j’ai si » bien réussi avec le vert-de-gris cristallisé , que » je n’ai pas eu de raison d’essayer d’autres « médicamens. » Ce vétérinaire, avant d’introduire dans la fistule le caustique dont il fait usage y l’enveloppe dans du papier brouillard très-mince , ou dans du papier de soie.

William-Riding ( i ) après avoir cherché comme tous ses compatriotes à démontrer les inconvéniens de l’extirpation du cartilage, conseille la dissolution du sublimé, du vitriol blanc, du vert-de-gris.

Il paraît que quelques vétérinaires français auraient obtenu des succès de l’emploi du sublimé corrosif en dissolution; pour moi, je pense que sous cette forme il serait à préférer, lorsque les fistules n’aboutissent au dehors que par des trajets tortueux qui empêchent la sonde de pousser le caustique solide jusqu’à leur fond. Cependant je n’oserais rien affirmer sous ce rapport , n’ayant aucun fait pour motiver mon opinion dans cette circonstance, et ne me dissimulant pas combien il est dangereux de faire pénétrer au voisinage de parties délicates, des médicamens d’une aussi grande activité. Les

(i) Pathologie vétérinaire . ou vade-mecum du cavalier, i So/$ .

effets primitifs et secondaires des caustiques, par rapport aux tissus sur lesquels ils sont appliqués, ne différant que du plus au moins avec ceux du cautère actuel, il en résulte que ce que j’ai dit de l’action thérapeutique de celui-ci, peut s’appliquer à ceux-là; c’est-à-dire qu’ils offrent beaucoup plus de chances de succès quand ils sont opposés à une carie superficielle , bornée à la partie postérieure des cartilages, que dans le cas contraire. Je pourrais rapporter ici un assez grand nombre d’exemples de leur efficacité dans le premier cas, et de leur peu de réussite dans le second, si je ne craignais de trop m’appesantir sur la preuve d’un fait aujourd’hui hors de doute pour le plus grand nombre des praticiens.

Je sais bien que M. d’Ârboval se refuse à croire que l’usage des caustiques puisse être préconisé dans l’état actuel de nos connaissances. 5ur son mode d’emploi , il assure que dans aucun de ses essais, au nombre de huit, il n’a pu parvenir à d’heureux résultats avec le sublimé; et sans rechercher si quelque circonstance particulière n’en a pas contrarié l’effet, il donne à entendre que la méthode de M. Girard (x) est moins avantageuse encore que celle par le cautère

(i) En parlant de la méthode par les caustiques, M. d’Arbcval dit que M. Girard ré a fait que ressusciter Tancienne me-

actuel. Or, nous avons vu quelle était son opinion sur la valeur de la cautérisation par le feu. Les causes de la non-réussite de M. d’Arboval ne dépendraient-elles pas du point où existait la carie sur le cartilage? c’est ce qui est probable, et ce que cependant il nous est impossible d’assurer , puisque cet auteur ne précise que dans une seule de ses observations le siège de la maladie qui affectait la région moyenne du cartilage. S’il en était de même dans les autres , rien n’est moins étonnant que les mauvais résultats qu’il a obtenus; ils se trouveraient conformes à ce que j’ai dit avoir été observé par la plupart des vétérinaires , et plusieurs fois par moi-même. Ce n’est donc que pour les opposer à l’opinion de M. d’Arboval, que je vais citer

thode, et qu’il n’y a apporté que peu de modifications. Avant de s’avancer ainsi, cet auteur eût dû se pénétrer des différences essentielles qui séparent ce que je ne craindrais pas d’appeler les deux méthodes d’application du même moyen. En effet, Solleysel employait le sublimé mélangé avec l’aloès ; M. Girard l’emploie seul et solide. Solleysel détruisait tout le cartilage, et même souvent le bourrelet. Parla méthode de M. Girard, on n’attaque que la portion cariée, et on ménage toutes les portions saines. Solleysel traversait toute l’épaisseur de la peau et du cartilage avec des pointes de feu ; dans le procédé de M. Girard il n'en est nullement question. Je de^mandesi ce ne sont pas là des modifications assez grandes et assez avantageuses, pour mériter d’être signalées à l’attention des vétérinaires?

brièvement quelques-uns des faits qui ne permettent pas de révoquer en doute l’efficacité du sublimé dans certaines circonstances.

Il'e Observation (rapportée parM. Ch. Prévost?

dans le numéro de septembre 1827 du Journal pratique de Médecine vétérinaire').

Une jument boite tout bas d’un javart cartilagineux. On amincit la portion de corne qui avoisine le mal : cataplasme émollient. Le lendemain , on introduit jusqu’au fond de la fistule un morceau de sublimé de la longueur de six lignes et de la grosseur de trois. On fixe pardessus un appareil. Pansement au bout de six jours : pas de trace de suppuration , aucune apparence d’escarre. Introduction d’un nouveau morceau de sublimé moitié plus petit que le premier; appareil comme la première fois. Pansement le cinquième jour : une escarre de la grandeur d’une pièce d’un franc commence à se détacher; lotions avec de l’eau-de-vie affaiblie, pansement. Quatre jours après, l’escarre ne tient presque plus^ on l’enlève avec des pinces; pansement avec de la teinture d’aloès. Depuis lors les pansemens sont renouvelés tous les deux jours. Trois semaines après l’introduction du caustique , l’animal ne boite presque plus au pas ;

quatorze jours plus tard (cinq semaines après l’introduction), il est remis à son travail accoutumé qui est celui du carrosse.

IIe Observation (idem).

Une vieille jument est affectée au pied antérieur gauche d’une carie cartilagineuse , suite d’une atteinte récente. Même traitement que sur le sujet de la première observation. Dix jours après, on enlève le premier appareil : l’escarre tombe ; on lave la plaie avec du vin tiède ; on panse avec des plumasseaux chargés de teinture d’aloès, et la malade est remise en route , malgré les avis du vétérinaire. M. Prévost a su depuis qu’elle était arrivée à sa destination sans avoir présenté le plus léger signe de boiterie.

IIIe Observation (idem).

Un cheval de cinq ans, affecté d’un javart cartilagineux, est pour cette raison vendu un trèsbas prix. M. Prévost le traite comme les précédens, et au bout de trente-six jours la guérison est radicale.

Il est à regretter que dans les trois observations qui précèdent, M. Prévost n’ait pas indiqué à quel point du cartilage se trouvait la carie.

Autant qu’il est possible d’en juger par la promptitude de la chute des escarres , le javart existait à la partie postérieure , puisque dans un cas l’escarre est tombée le onzième, et dans l’autre le dixième jour. Or, nous avons vu qu’il était extrêmement rare que l’escarre se détachât du cartilage avant le quatorzième jour, quand le caustique a été appliqué vers la partie antérieure de cet organe.

IVe Observation ( communiquée par M. Rossignol , médecin vétérinaire à Paris),

Un cheval de trait , âgé de six ans , boite depuis huit jours du membre postérieur gauche. Il existe vers le tiers postérieur du talon interne une fistule qui se prolonge jusqu’au cartilage, dont on reconnaît la carie. Introduction du sublimé , pansement avec des plumasseaux imbibés de teinture d’aloès. Huit jours après, l’escarre tombe, la plaie est très-belle ; même pansement. Dix-huit jours après l’emploi du caustique, l’animal commençait à travailler.

Ve Observation ( idem ).

Un cheval de carrosse, âgé de huit ans, s’est blessé en tombant sur la couronne interne du

pied gauche postérieur. Vingt -cinq jours après il boite beaucoup ; on le fait voir à M. Rossignol. Les cataplasmes et les bains émolliens font disparaître en grande partie la claudication; mais une fistule existe à la partie supérieure de la couronne; le cartilage est carié vers son bord supérieur. Emploi du cautère actuel, pansement avec teinture d’aloès. Six jours après on fait tomber l’escarre : la suppuration est abondante et grisâtre; la carie n’est pas complètement détruite. On introduit un petit cône de sublimé au fond de l’ouverture : douze jours après, l’animal travaille et est bientôt en parfaite guérison.

VIe Observation ( recueillie aux hôpitaux de l'école à la clinique de M . T^atel, en janvier 1826).

Un cheval de trait , âgé de dix ans, boitant tout bas du membre postérieur droit, est conduit aux hôpitaux de l’école. Une fistule existe sur la couronne interne, et a son fond à la partie postérieure et supérieure du cartilage, dont on reconnaît la carie. Pendant sept jours on essaie sans succès les bains et cataplasmes émolliens; la fistule persiste, et le pus qui s’en échappe a un mauvais caractère. On cesse les bains et cataplasmes^ et on panse pendant six jours avec des

plumasseaux secs qu’on renouvelle fréquemment : la carie persiste. Introduction d’un cône de sublimé qu’on recouvre de plumasseaux secs; huit jours après, chute de l’escarre ; la plaie est vermeille, l’animal ne boite presque plus : on le panse encore une fois, et lorsqu’il est emmené par son propriétaire , le dix-septième jour , la fistule est à peu près cicatrisée et la boiterie à peine sensible.

VIIe Observation ( recueillie à la clinique de VÊcole en février 1827).

Un cheval de diligence ^ âgé de onze ans, appartenant à M. Lefebvre de Choisy-le-Roi , boite depuis huit jours d’une atteinte; il est amené à l’école où l’on découvre à la partie postérieure du talon interne du membre antérieur droit, une fistule qui s’étend jusqu’au cartilage dont on constate la carie. On met en usage le sublimé ; l’escarre est tombée le onzième jour , et le vingtquatrième l’animal est rendu guéri à son propriétaire.

VIIIe Observation ( communiquée par

M . Vatel).

Un cheval de l’entreprise des berlines de

Charenton, est affecté d’un javart cartilagineux

au talon externe du membre antérieur gauche. Les bains et cataplasmes émolliens sont employés sans succès pendant une douzaine de jours; on a recours au sublimé corrosif. Le trentedeuxième jour, ranimai est remis à son service.

Je reviendrai sur les sujets de ces deux dernières observations, qui m’ont fourni l’occasion de constater la possibilité du renouvellement de la carie sur les cartilages où elle avait déjà existé long-temps avant , et où elle avait été radicalement guérie par le sublimé.

Enfin, je pourrais ajouter ici quelques autres observations qui me sont personnelles , mais qui, ne différant en rien des précédentes, ne seraient que des preuves de plus à l’appui de cette vérité : qu’on est fondé à espérer quelque succès de l’emploi du sublimé, lorsque la carie récente n’intéresse que la partie postérieure ou le bord supérieur du cartilage. J’ai inséré deux de ces

observations dans le n° . d’octobre 1827 , du

Recueil de médecine vétérinaire .

Quoi qu’il en soit des faits qui précèdent , toutes les fois qu’une carie peu profonde, récente et située au talon, paraît susceptible de guérir sans opération , je préfère me servir du cautère actuel que du cautère potentiel : i° parce qu’il est plus facile de proportionner la cautérisation à l’étendue et à la profondeur du mal ;

2° parce que les désorganisations qu’il produit sont moins profondes , et peuvent être nu lies sur les parties environnantes non malades ; 3° parce que l’animal paraît en souffrir beaucoup moins. Je suis heureux de dire que cette opinion est aussi celle de plusieurs vétérinaires distingués , et entr’autres de M. Bouley jeune.

J’examinerai plus loin les avantages et les inconvéniens que présente l’emploi du feu ou des caustiques, en les jugeant comparativement avec l’opération ; arrivons à celui des traitemens que je crois le plus efficace, et qui est certainement le plus sûr dans tous les cas et le plus généralement usité en France ; je veux parler de l’opération dite du javart cartilagineux .

L’opération du javart cartilagineux consiste à enlever la totalité du fibro - cartilage , lorsqu’il est affecté de la carie. Cette opération grave et très- délicate a été mise en usage pour la première fois par Lafosse père, qui a donné sur son exécution quelques préceptes fort sages , dans une brochure qu’il publia en 1754 ? sous le titre de Traité des accidens qui arrivent dans le sabot du cheval . Dans cet opuscule, Lafosse père regarde l’extirpation complète comme le

seui moyen à employer pour combattre la carie, « Il faut (dit-il), lorsqu’on veut la pratiquer , ne pas se servir de caustiques, soit avant, soit après l’opération. » Il recommande expressément de ne rien laisser du cartilage lorsqu’on opère : s’il en restait un peu , il se gâterait sûrement , et alors il faudrait refaire l’opération , qui réitérée serait dangereuse. Il signale ensuite les dangers auxquels on expose le cheval, en blessant le ligament qui attache l’os du pied avec l’os de la couronne (ligament latéral antérieur); <rcar le mal serait alors sans remède* » Il prescrit de ménager la capsule synoviale et la partie inférieure de l’os coronaire. Il parle aussi de l’ossification du cartilage, et conseille, lorsqu’il y a carie avec ossification incomplète, de ne pas essayer d’enlever le quartier , mais de se contenter de pratiquer une simple ouverture à l’endroit correspondant à la carie y pour atteindre Fexfoliation de l’os ou du cartilage, si l’os en est encore bordé. Enfin , il assure avoir observé que, quelque bien faite qu’ait été l’opération aux pieds de devant , l’animal reste souvent boiteux , ce qui n’arrive pas aux pieds de derrière. Cette remarque de Lafosse père est exacte ; et quoique je possède quelques faits de guérison radicale obtenue par l’opération sur des pieds antérieurs, il n’en ést pas moins vrai que les chances de suc-

ces complet y sont moins grandes que sur les pieds postérieurs (1).

Lafosse fils , dans son Traité d* Hippiatrique, publié en 177a, n’a fait que répéter avec plus de précision et de détails les idées de son père sur le javart et son traitement. Il regarde aussi comme ne devant jamais être suivie de succès, l’extirpation partielle du cartilage, non plus que les caustiques et le feu, qui, dit-il , rendent le javart incurable. Cette assertion serait vraie dans le plus grand nombre des cas, s’il eût dit , plus difficilement curable ; mais elle ne le serait pourtant pas toujours, comme on peut s’en convaincre en lisant ce que j’ai dit des cautérisations actuelle et potentielle. Cet hippiatre, qui n’a presque rien prescrit sur l’application si importante de l’appareil de pansement, a observé avec raison qu’il ue fallait pas prendre un point d’appui avec la ligature, sur la partie supérieure du talon opposé au côté malade, dans la crainte de

(1) Cette différence entre les résultats de l’opération, suivant qu’elle est pratiquée aux membres de devant ou de derrière , est si vraie, qu’elle m’a été signalée par plusieurs anciens vétérinaires qui ignoraient que Lafosse en eut parlé. Quelle peut en être la cause , puisque c’est le même organe qu’on enlève sur chacun des membres? Ne serait-ce pas parce que les pieds antérieurs, ayant un plus grand besoin d’élasticité, souffrent davantage de la privation d’un organe aussi essentiel à l’exercice de cette propriété, que l’est le carfilage?

donner naissance à un nouveau javart sur l’endroit comprimé.

Il est donc bien évident que c’est à Lafosse père qu’on doit rapporter les premiers essais et les premiers écrits sur l’opération du javart cartilagineux (i).

Depuis Lafosse fils (1772) jusqu’à M. Girard (i8i3)? on n’a rien publié qui mérite quelque attention sur l’extirpation du cartilage. Yitet n’a fait que répéter avec moins de détails ce qu’en

(1) J’ai pourtant entendu un professeur très-érudit prétendre que Solleysel en avait eu la première idée , et qu’à lui devait en appartenir tout le mérite, parce que dans son Parfait maréchal cet auteur avait dit que la guérison du javart , dépendant de la sortie de la portion altérée du cartilage , « il » fallait jouer du rasoir ou du couteau de feu. » Mais il suffit de jeter les yeux quelques lignes plus loin , pour se convaincre de ce que Solleysel entendait par ces mots , jouer du rasoir. 11 dit en effet à la page suivante, et il répète dans plusieurs autres endroits, que la carie s’étend de proche en proche, et finirait par envahir tout le tendon (cartilage), si on ne l’arr|tai;t, en coupant ou extirpant cet organe; « car l’humeur » qui a commencé à le noircir et le corrompre , ne se peut ar» » rêter ; le seul remède est de couper ou de faire sauter ce » qu’il y a de tendon corrompu , afin d’empêcher l’humeur de » gâter ce qui en reste de bon et entier. » Je le demande , est-ce là ce que nous appelons l’opération du javart cartilagineux ? n’est-ce pas au contraire cette méthode d’extirpation partielle, contre laquelle se sont élevés Lafosse père et fils , et dont nous avons nous-mêine reconnu tous les inconvéniens ?

avait dit Lafosse; et c’est l'article de Vitet qui a été textuellement rapporté au mot Javart de l’Encyclopédie.

M. Huzard fils n’en parle que d’une manière extrêmement concise et fort incomplète , dans son Esquisse de nosographie vétérinaire qui parut en 1818. Quatre ans plus tard, il reproduisit, dans le Nouveau cours complet d* agriculture , ce qu’il en avait dit dans son ouvrage; il y ajouta seulement la description d’un nouveau procédé opératoire que nous ferons connaître plus loin ; et cependant déjà, dans une première édition du Traité du pied , publiée en i8i3, M. Girard avait ajouté quelques perfectionnemens au procédé opératoire conseillé par Lafosse, et posé les premières règles qui devaient guider dans le p ans em élit. Dans cet ouvrage , l’opération du javart, bien que décrite avec plus de méthode et de précision qu’on ne Lavait fait jusqu’alors , était loin encore d’avoir été expose'e par l’auteur d’une manière aussi étendue qu’elle vient de l’être dans la deuxième édition de ce Traité, publiée en 1828. Je dois dire pourtant qu’une grande partie des développemens qu’on remarque dans le dernier ouvrage de M. Girard , se trouve à l’article Javart du dictionnaire qui a paru en 1827, sous le nom de M. Hurtrel d’Arboval. Grand partisan de l’opération qu’il recom-

mande à l'exclusion de tout autre mode de traitement, M. d’Arboval a consacré plusieurs pages de son ouvrage à la description du procédé opératoire et de la méthode de pansement. On y remarque beaucoup d’aperçus judicieux et vrais, de préceptes fort sages et méconnus ou non publiés jusqu’à lui; mais, au milieu de ces vérités d’observation > il émet sur des points fondamentaux, des opinions que je suis loin de partager, et que je discuterai dans le cours de ce traité, au fur et à mesure que l’occasion s’en présentera.

L’extirpation du fibro-cartilage de l’os du pied est une des opérations les plus importantes de la chirurgie vétérinaire: i° parce qu’elle est souvent indiquée; 2° parce que son exécution exige beaucoup d’attention et de dextérité; 5° parce qu’elle peut avoir les suites les plus graves lorsqu’elle est mal pratiquée, ou que les pansemens qui la suivent ne sont pas faits avec méthode et discernement. Ne craignons donc pas d’entrer dans trop de détails sur tout ce qui la concerne : on ne dit jamais rien de trop, toutes les fois qu’on ne dit rien que d’utile.

Avant cette opération , comme avant toutes celles un peu graves que l’on pratique sur le pied du cheval , il est quelques préparations générales et locales qu’il importe de ne pas négiî-

ger, pour en faciliter l’exécution et en assurer le succès. Si l’animal paraît souffrir beaucoup , et s’il est d’un tempérament sanguin , il sera soumis à quelques jours de diète blanche avant d’ètre opéré ; quelquefois même il pourra être avantageux de lui faire une bonne saignée. Ces précautions sont à peu près inutiles pour les gros chevaux qui boitent à peine, et dont le tempérament est éminemment lymphatique ; ils devront seulement être à jeun le jour de l’opération.

Mais chez tous les chevaux, le pied malade devra être préparé : on coupera les poils tout autour de la couronne et du paturon; on assouplira la corne par des bains et des cataplasmes émoiliens, dont l’usage sera d’autant plus prolongé^ que la corne sera plus sèche et plus dure. Le pied sera paré à fond, notamment du côté malade, où on ira jusqu’à îa rosée. Dès la veille, on forgera ou fera forger le fer dit à javart , que l’on fixera sous le pied.

C’est un fer léger, destiné seulement à faciliter le maintien de l’appareil , et qui devra être remplacé aussitôt que l’animal pourra commencer à travailler. Celle des branches qui correspond au côté malade, est tronquée dans une étendue égale à celle de la portion de muraille qui sera arrachée ; la branche du côté opposé se prolonge

assez en arrière du talon pour fournir un point d’appui à la ligature de l’appareil , qui passera entre la face inférieure de ce talon et l’éponge du fer. Celui-ci a tout au plus le tiers de l’épaisseur d’un fer ordinaire , et est aussi beaucoup moins couvert ; il n’est percé que de quatre étampures , et devra garnir tout autour du sabot. Si l’opérateur n’est pas à même d’en confectionner ou faire confectionner un semblable (i) , il se contente de retrancher la longueur qu’il juge suffisante , de la branche du fer ordinaire que porte alors l’animal qu’il va opérer; ou bien , si celuici n’a pas de fer, il fera ses dispositions pour s’en passer. A cet effet, il n’abattra que très-peu ou pas du tout la paroi du talon opposé au côté malade; et, avec le boutoir, la rénette ou une bonne feuille de sauge, il pratiquera sur l’angle inférieur et externe de cette paroi, auprès des arcs-boutans, une entaille à arête vive, de six à huit lignes de longueur, sur un peu moins de profondeur. Cette entaille servira à donner passage aux tours de bande , et les empêchera de glisser en avant ou en arrière , ce qui pourrait arriver si on ne prenait cette précaution bien simple, et qui m’a

(jt) Comme cela arrive dans certaines fermes éloignées quelquefois de plus d’une lieue de l’habitation d’un maréchal qui lui-même, au moment où on a besoin de ses services, est occupé loin de sa demeure à la culture de ses terres.

été suggérée par la nécessité où je me suis trouvé de fixer un appareil sur un pied que j'avais opéré d’un javart, et sur lequel la ligature n’étant pas soutenue par un fer, coulait en avant chaque fois que j’essayais de la serrer convenablement (i).

Le fer à javart dont je viens de parler a été modifié par Desplas. Ce vétérinaire avait remarqué que, sur certains chevaux où la conformation du pied était telle qu’on était obligé , après l’opération du javart, de faire porter la ligature sur la partie molle du talon non malade, il y survenait des excoriations profondes dont la carie du cartilage sous-jacent était quelquefois la suite. Il imagina , pour soustraire le talon à la pression des tours de bande, de ménager à l’extrémité de la branche non tronquée un prolongement qui se relevait à angle obtus , avait un pouce et demi de hauteur à peu près , et se terminant supérieurement par un crochet arrondi, tourné en arrière. La ligature, en passant sur ce prolongement , y prend un point d’appui,

(i) M. Gérard, ex-vétérinaire en chef del’artillerie achevai de ia Garde , assure qu’il n’a jamais mis aucun fer aux chevaux qu’il a opérés du javart, et ajoute que le fer à javart est beaucoup plus nuisible qu’utile ( Recueil de médecine vétérinaire , n° de mai 1826 ). Jusqu’à ce qu’on ait fait connaître les inconvéniens de l’emploi de ce fer , je croirai qu’il est beaucoup plus utile que nuisible, si tant est qu’il soit nuisible.

et ne peut conséquemment blesser les talons. Ce fer, tout ingénieux qu’il est, présente pourtant une grave imperfection : le crochet qui termine l’extrémité supérieure de l’appendice, empêche bien les tours de bande de s’échapper de ce côté; mais comme ce prolongement doit être très-oblique de haut en bas et d’arrière en avant, il arrive que , pour peu qu’on veuille serrer la ligature, elle glisse dans le sens de l’obliquité de son point d’appui, et comme rien ne l’arrête, elle coule en-dessous du fer , et l’appareil ne peut être maintenu. Ayant, dans divers essais, reconnu cet inconvénient à l’emploi d’un fer qui pourtant présentait des avantages, j’ai réussi à le prévenir par une modification bien simple : elle consiste à ménager en arrière du prolongement à crochet (dont la hauteur peut n’être que d’un pouce dans les pieds à talons ordinaires ) , un autre prolongement horizontal qui continue de quelques lignes seulement l’éponge du fer, dont il n’est, à proprement parler , que la continuité. Ce second appendice, en empêchant la ligature de s’échapper de ce côté, permet de la serrer au degré que l’on juge convenable (i). 11 ne faut pas que le

(1) J’ai pu constater futilité de ce fer ainsi préparé , sur des chevaux que j’ai opérés en 18*28 aux infirmeries de l’Ecole, et sur lesquels il y avait indication de soustraire la pat lie molle des talons non malades à la pression de la ligature.

prolongement à crochet porte sur le talon, dont il doit être distant d’au moins deux ou trois lignes. Son épaisseur devra être suffisante pour l’empêcher de plier ou de se casser sous la pression de la ligature ; sa direction sera parallèle à celle des libres de la muraille (i).

Quel que soit le fer qu’on mette en usage ? il est toujours bon, quand on le peut, de l’appliquer sous le pied la veille de l’opération ; de cette manière, si on a été obligé de déferrer l’animal pour la pratiquer, on rattache le fer lorsqu’elle est terminée , en brochant dans les vieux trous , et on évite au pied des percussions et des ébrau-

IAm d’eux était affecté , du coté externe du pied antérieur gauche, d’une carie profonde qui nécessitait l’opération; et sur la pointe du talon interne du même pied , existait une plaie contuse de mauvais aspect, sur laquelle la moindre compression aurait inévitablement déterminé un javart cartilagineux.

(1) Rien n’est plus facile que la confection de ce fer : il suffît de laisser à l’éponge du coté non malade une longueur plus grande que celle du fer ordinaire à javart ; avec une tranche , on divise cette éponge, suivant sa largeur, en deux parties inégales , dont une , externe , devra avoir les deux tiers de la largeur de l’éponge , et sera relevée pour former le prolongement à crochet ; l’interne, dont la largeur sera par conséquent d’un tiers de celle de l’éponge , conservera sa direction , et sera seulement rognée de manière à n’avoir que cinq à six lignes de longueur tout au plus. [Voyez la planche , figure S.)

lemens toujours très-douloureux. On entoure de nouveau le sabot et la couronne d’un cataplasme émollient que l’on n’enlève qu’au moment d’opérer.

Les instrumens nécessaires sont : deux renettes de largeur différente , une feuille de sauge double, au moins deux feuilles de sauge simple, une à droite et l’autre à gauche, une érigne ordinaire, une érigne plate, une paire de pinces ordinaires, une à dents de souris, des ciseaux courbes sur plat , une sonde à spatule , une sonde en plomb ou en gomme élastique , et les instrumens de ferrure. Il est avantageux d’avoir quatre feuilles de sauge simples, deux grosses à tranchant moins vif, destinées à agir sur la corne ou sur l’os s’il y a nécessité, et deux de grandeur ordinaire à lame plus étroite et plus acérée, qui ne seront employées qu’à l’excision du cartilage ou des parties molles altérées (i).

Pour l’appareil de pansement , on aura préparé des plumasseaux de diverses longueur et épaisseur, quelques boulettes d’étoupe , un ou deux bour-

(i) La feuille de sauge double étant destinée seulement à séparer la peau du cartilage, ne doit être courbée qu’autant qu’il le faut pour que sa concavité s’adapte exactement sur la convexité de la partie moyenne du cartilage. Sous ce rapport, beaucoup de celles qu’on fabrique ordinairement ont un peu trop de courbure. Il est bon aussi , pour faire un plus facile

d o une ts bien souples, une ligature de ruban de fil d’au moins trois grandes brasses de longueur pour maintenir l’étoupade , une enveloppe de forte toile et une grosse ficelle pour la fixer. Si on se propose de mouiller les plumasseaux qui forment les premières couches de l’appareil, on se pourvoiera d’eau alcoolisée, ou d’une teinture résineuse affaiblie, dont on imbibe d’avance les plumasseaux que l’on range sur un plateau dans l’ordre suivant lequel ils seront appliqués. Enfin, on devra avoir auprès de soi une éponge et un seau d’eau tiède.

Tout étant ainsi disposé, on conduit sur un bon lit de paille l’animal qui doit être à jeun; on lui attache les entravons , et on a soin que celui qui embrasse le paturon du pied malade ne porte pas immédiatement sur la peau, ce que l’on empêche en entourant cette région d’étoupes ou de foin , et en laissant au pied son enveloppe. Il est inutile de dire que l’animal doit être abattu de manière à ce que le côté malade soit en dessus. Lorsqu’il est couché, si la carie affecte un rnem

usage des pinces à dents de souris, que leurs dents soient plus courtes ; car, pour peu qu’elles aient trop de longueur, il est extrêmement difficile , à cause du peu d’espace qu’il y a entre la peau et les parties sous-jacentes, de les ouvrir assez pour , saisir les parcelles cartilagineuses qui se trouvent dans le haut ou vers la partie antérieure de la plaie.

bre antérieur, on désentrave celui-ci , et on le fixe solidement avec une plate-longe au-dessus du jarret qui est en dehors ; si elle affecte un membre postérieur, on le fixe au-dessous du genou qui se trouve également en dehors. Il faut toujours que le lien qui attache le membre malade, le fixe par la partie moyenne du canon, de telle sorte que la partie inférieure en soit libre, depuis le boulet jusqu’au sabot.

Alors, si on n’a pas fait prendre un bain à l’animal avant de l’abattre, on débarrasse le pied et la couronne de tous les débris du cataplasme qui le recouvrent , on les lave à grande eau , et on’procède à l’opération, après avoir placé autour du paturon une ligature fortement serrée , espèce de garrot destiné à intercepter momentanément l’abord du sang dont l’écoulement pourrait gêner l’opérateur.

Pour découvrir le cartilage tout entier, il est indispensable d’enlever la portion de muraille qui en recouvre la base : c’est le premier temps de l’opération. Solleysel ne voulait pas qu’on enlevât le quartier i) depuis le haut jusqu’au bas , dans la crainte de permettre le resserrement de

(ï) Expression consacrée en médecine vétérinaire pour désigner la portion de la paroi du sabot, qui recouvre les parties latérales et postérieures du pied.

la portion restante de la paroi , qu’il comparait dans ce cas à une arcade dont on aurait ôté une pierre. Il conseille de n’extirper qu’une bande de corne de trois ou quatre doigts de hauteur à partir du biseau, et s’étendant depuis le bord antérieur du cartilage jusqu’en talon. Il se servait, pour circonscrire et séparer ce lambeau , d’un couteau de feu tranchant (i). Lafosse a adopté les idées de Solleysel, en prescrivant de n’enlever que la largeur d’un pouce du bord supérieur de la muraille , afin , dit-il , de ne pas interrompre la continuité de l’arc qu’elle représente dans son ensemble* C’est avec le boutoir, suivant lui, qu’il faut couper la corne qui recouvre le cartilage. Sans doute, les motifs de ces deux hippiatres étaient justes, et leur procédé tout-à-fait rationnel quant à l’accident qu’ils voulaient éviter ; cependant on ne suit pas aujourd’hui les préceptes qu’ils ont établis , parce qu’on a remarqué que la portion inférieure de la paroi qu’on n’enlevait pas pour conserver la continuité de l’arc, augmentait tellement la difficulté de l’opération, qu’elle exposait à des dangers plus grands que ceux que l’on cherchait à prévenir. L’expérience, d’ailleurs, n’a pas démontré que les suites de cette extirpation complète du quartier fussent

(i) Cautère eutellaire , chauffé à blanc, et tranchant.

aussi graves qu’on l’avait supposé. C’est pourquoi on ne craint pas d’extraire toute la portion de corne qui recouvre la base du cartilage, depuis le haut jusqu’au bas.

On circonscrit d’abord la partie du sabot qu’on se propose d’enlever, en traçant avec la rénette un sillon qui part du point du biseau correspondant au bord antérieur du cartilage, arrive au bord plantaire de la paroi, et de là se continue jusqu’au talon en suivant la ligne de démarcation qui sépare la sole de la muraille. Quand l’engorgement de la couronne n’est pas très-considérable, il est facile de reconnaître par le toucher l’endroit où se termine le cartilage en avant, pour y commencer le sillon dont je viens de parler. Dans le cas où la tuméfaction de la peau et des tissus sous-jacens rendrait cette reconnaissance impossible, on pourra parvenir très - approximativement au meme résultat par le moyen suivant : on étend une ficelle sur toute la circonférence du pied au niveau du biseau , depuis la pointe d’un talon jusqu’à la pointe de l’autre; le tiers de la longueur de cette mesure donnera , à très-peu de différence près , la longueur du cartilage. Il est bon de ne pas oublier qu’il y a moins d’inconvénient à commencer un peu en avant, qu’en arrière du bord antérieur de cet organe.

Le point de départ une fois déterminé, l’opérateur armé de la plus grosse des rénettes qu’il tient à pleine main , le pouce appuyé sur l’extrémité du manche, commence au biseau un sillon qu’il continue obliquement d’avant en arrière jusqu’au bord plantaire de la paroi. La direction de ce sillon doit être telle . que le bord inférieur de la portion d’ongle qui va être arrachée, soit de moitié moins long que le bord supérieur (t).

Tout à côté de cette première rainure faite sur la paroi , on en pratique une autre qui la touche et qui lui est parallèle, de manière à les réunir bientôt en une seule beaucoup plus large que ne l’eût faite un simple trait de rénette. Cette largeur donnée à la rainure lorsqu’on la com-

(i) En donnant à ce sillon une plus grande obliquité , en le faisant aboutir au talon, comme le conseille M. d’Arboval, on retombe dans l’inconvénient qu’on a voulu éviter, en n’opérant pas à la manière de Lafosse ; c’est-à-dire que, pour obtenir Y inutile avantage de pouvoir brocher un clou en talon quand on devra ferrer le pied à demeure, on se prépare des difficultésréellespourîe manuel del’opéralion. Je dis inutile avantage, car à quoi bon brocher un clou un peu plus près ou un peu plus loin du talon ? L’animal ferré à planche jusqu’à l’entière avalure de la paroi, s’est-il jamais déferré? Et d’ailleurs , on ne pourra brocher en talon qu’à la première ferrure, puisque, lorsqu’on aura paré le pied une fois , il ne restera plus assez de paroi au talon pour y fixer des clous , et qu’on se trouvera sur la corne du faux quartier ( Corne de cicatrice).

mence, est nécessaire pour faciliter le jeu de l’instrument parvenu à une certaine profondeur; car le rapprochement qui s’opère entre les deux lèvres de corne est si sensible, et le sillon se rétrécit tellement au fur et à mesure qu’on le creuse, que la rénette ne pourrait plus agir dans la voie qu’elle se serait frayée , si celleci n’avait eu d’abord que le diamètre justement nécessaire au passage de l’instrument. Quant à l’exécution de cette première manœuvre , M. Girard observe avec raison , que les coups de rénette portés de court, c’est-à-dire, qu’on ne traîne pas et qu’on enlève sur place, sont toujours les plus sûrs et les plus expéditifs. Il est surtout important d’arriver au vif, d’abord par le biseau, et successivement de ce point jusqu’au bord inférieur de la muraille ; s’il en était autrement, comme on fait agir la rénette de haut en bas , il arriverait souvent (surtout quand on n’a pas l’habitude de se servir de cet instrument) de faire des traînées sur les portions de tissu réticulaire déjà mises à nu, de les déchirer , etc. , ce qui amènerait infailliblement les fâcheuses conséquences* que nous aurons bientôt l’occasion de signaler. Quand on s’aperçoit, par le moins de dureté de la corne, par sa couleur plus blanche, et par la profondeur du sillon, qu’on approche du tissu feuilleté , on quitte la grosse

rénette pour prendre la plus étroite avec laquelle on manœuvre avec ménagement vers le biseau, jusqu’à ce qu’on aperçoive lés feuillets de l’os du pied qu’on doit bien se garder d’entamer; alors on continue avec légèreté à les découvrir, jusqu’à ce qu’il ne reste plus une seule pellicule cornée dans toute l’étendue du fond de la rainure, de laquelle il faut, autant que possible qu’il ne s’écoule aucune goutte de sang. Il reste à séparer la paroi de la sole , depuis la terminaison en bas de cette première rainure , jusqu’au talon. Cette séparation s’opère avec la petite rénette sans aucune difficulté , quand ce côté du pied a été paré convenablement. Il est un point qui offre ordinairement beaucoup de résistance lorsqu’on arrache le quartier, c’est celui où la muraille se continue avec les barres; cette résistance est quelquefois telle, que, pour peu que l’on exerce une forte traction^ la paroi se déchire un peu en avant des talons, où elle est très-mince, et qu’on est obligé d’enlever avec la feuille de sauge la portion qui ne s’est point détachée. On évite ce petit accident et les longueurs qu’il entraîne , en s’assurant bien , avant de tenter rarrachement , que la continuité de la muraille et des barres a été détruite , et en la détruisant avec le boutoir ou la rénette , si elle existe encore. Cela fait , on quitte la rénette , et

avec la pointe d’une feuille de sauge qu’on promène légèrement dans le fond des rainures , on complète la séparation de la portion de corne à enlever. C’est alors qu’on peut procéder à l’extraction du quartier, sans qu’il soit besoin, ainsi que le prescrit M. d’Àrbovaî, de faire une incision sur tout le bord supérieur de la paroi , en suivant la ligne qui est la trace de la réunion de l'ongle avec la peau. Cette incision , outre qu’elle est tout-à-fait inutile, puisque le biseau se détache toujours de la peau avec la plus grande facilité , est dangereuse , en ce qu’elle expose l’opérateur à blesser le bourrelet qu’il est si important de ne pas endommager.

Lorsque le javart est la conséquence d’une bleime ou d’une piqûre, et en général, lorsque le pus a déjà fusé sous la paroi en quartier, celle-ci, détachée par la suppuration, n’exige que de légères tractions pour être enlevée ; on y parvient quelquefois même avec la main, sans le secours d’aucun instrument. Mais il n’en est pas ainsi lorsque la maladie n’intéresse que le cartilage , et que le tissu feuilleté est sain : alors certains efforts sont nécessaires pour opérer le désengrènement des feuillets de corne et des feuillets de chair. On introduit avec précaution sous l’angle inférieur et antérieur de la corne qu’on veut extraire, un élévatoire , ou, à son défaut, un rogne-

pied assez résistant, dont on se sert comme d un levier, en prenant un point d’appui sur la paroi à conserver : un aide armé de triquoises saisit cet ongle lorsqu’il est assez soulevé, et cherche à renverser le quartier de bas en haut , pendant que l’opérateur, engageant son levier plus avant, et le faisant agir au fur et à mesure que la corne se détache , favorise puissamment cette séparation, à laquelle l’instrument tranchant ne doit concourir que le plus rarement possible. En effet, il n’y a aucun besoin de couper, puisqu’il n’y a pas de continuité entre les tissus podophylleux et kéraphylleux ; et si on se sert de la feuille de sauge, il arrive, ou bien qu’on la fait agir trop près de l’os du pied , et alors on excise du tissu podophylleux ; ou bien qu’on incise trop près de la corne , et alors on coupe à leur base des feuillets de corne ; accident beaucoup moins grave à la vérité que le précédent, mais qu’il importe aussi d’éviter, caries feuillets de corne restant engagés entre les lames du tissu podophylleux, peuvent, lors du pansement, rendre le sentiment de la compression beaucoup plus douloureux.

Quand la disjonction est à peu près complète, le quartier ne tient plus que sur le bourrelet par son biseau; pour l’en détacher, l’aide qui jusquelà avait opéré des tractions dans le sens de la Ion-

gueur des feuillets, embrasse avec les triqnoises une plus grande étendue de la muraille soulevée, et la renverse d’avant en arrière , pour la détacher successivement jusqu’au talon. Tous ces efforts doivent être lents, soutenus , gradués et ordonnés par l’opérateur qui les dirige en quelque sorte, et souvent les exécute lui-même vers les derniers instans; car, comme je l’ai dit, c’est aux parties latérales des talons que le quartier, étant plus mince, peut quelquefois se déchirer avant d’être entièrement arraché. Ce déchirement, plus fréquent du côté interne où la paroi est toujours moins épaisse, n’arrive jamais ou presque jamais, lorsqu’on a eu la précaution de détruire les arcsboutans. Si cependant il avait lieu, c’est avec la feuille de sauge qu’on enlèverait couches par couches la portion de corne restée , dont la présence empêcherait l’opérateur de désunir en talon la peau qui recouvre le cartilage , et augmenterait singulièrement les difficultés de l’opération dans cet endroit.

Malgré la ligature placée dans le paturon , l’enlèvement du quartier est toujours suivi de l’écoulement momentané d’une certaine quantité de sang. Cette légère hémorrhagie s’arrête bientôt ; on absterge doucement la surface saignante ; et avant de rien tenter sur le cartilage, on excise avec précaution , non pas les chairs baveuses et

filandreuses, comme on le dit, mais les petites portions cornées qui peuvent être restées sur la plaie ; on arrondit avec la rénette l’arête plus ou moins vive que forme la lèvre interne de la portion restante de la muraille , et avec la feuille de sauge ou la rénette double , on amincit les parties environnantes de la sole. Si celle-ci est déjà détachée, soit par le pus qui aurait fusé en dessous, soit par la formation d’une nouvelle sole, on enlève toute la portion soulevée avec le boutoir ou la rénette double. Dans tous les cas, on ne saurait trop ménager le tissu podophylleux ; on ne saurait prendre trop de précautions pour le laisser intact, puisqu’il est bien certain ( et c’est une vérité capitale dans les opérations de pied) que des entamures faites à ce tissu peuvent éloigner de quinze jours, un mois et plus , l’époque de la cicatrisation et de la production sur la plaie d’une bonne corne de cicatrice. Je reviendrai sur ce point important, quand je m’occuperai des accidens qui peuvent retarder la guérison.

L’extraction du quartier n’est ici qu’une opération purement préparatoire , toutes les fois que le pus n’a pas fusé sous la muraille, ou que l’os du pied n’est pas attaqué. Elle n’a pour objet que de découvrir le cartilage dont la corne recouvre près des deux tiers inférieurs. Le but, la partie

essentielle de l’opération , est l’extirpation du cartilage dont je vais décrire le manuel , en supposant un cas où la carie de cet organe serait la seule lésion. Je ferai connaître ensuite les circonstances qui peuvent la compliquer et nécessiter des manœuvres particulières.

Il faut d’abord isoler le cartilage de la peau qui le recouvre : on se sert à cet effet de la feuille de sauge double, dont on fait pénétrer la pointe au-dessous du bourrelet. Pour y parvenir plus facilement , et ne pas s’exposer ( ce qui arrive quelquefois quand la peau est très-épaissie) à enfoncer la pointe de l’instrument dans l’épaisseur des tégumens, ou à travers le cartilage, on commence par séparer le bourrelet du tissu feuilleté qui lui est continu, par une incision que l’on prolonge sur l’endroit où ils se confondent, depuis la partie antérieure de la plaie jusqu’à la pointe du talon. On voit aussitôt les lèvres de cette incision s’écarter; le bourrelet remonte, le tissu feuilleté descend, et le tissu cellulaire sous-jacent, encore assez lâche à cet endroit, apparaît : rien n’est plus facile alors que d’introduire la lame de la feuille de sauge double sous le bourrelet. On tient rinstrument de manière que sa face concave soit en rapport avec la face convexe du cartilage, et on le fait pénétrer avec précaution en enfonçant sa pointe, en

même -temps qu’on exécute de légers mouvemens à droite et à gauche, pour détruire dans toute leur étendue les adhérences du cartilage avec les tégumens. On opère cette désunion avec les mêmes ménagemens antérieurement que postérieurement. En arrivant vers les talons, il faut avoir l’attention de faire suivre à la feuille de sauge le contour du cartilage à cette région , de telle sorte que le tranchant de l’instrument ne soit pas exposé à couper le bourrelet, à la moindre échappée de l’opérateur ou au moindre mouvement de l’animal. On aura soin aussi, vers les talons, que la lame de l’instrument soit moins engagée sous la peau ; car à cet endroit , celle-ci se contournant brusquement dans le pli du paturon par-dessus le cartilage qui y est peu élevé, pourrait être traversée par la pointe de la feuille de sauge. Cette blessure est beaucoup moins grave à la vérité que l’incision du bourrelet ; mais on ne doit pas moins chercher à l’éviter, en baissant ou élevant alternativement la main ou les mains qui tiennent le manche de l’instrument, suivant la forme de la partie. Si pendant cette manœuvre, comme pendant le reste de l’opération, l’animal se livre à quelques mouvemens, on doit sur-le-champ retirer l’instrument , et ne l’introduire de non-

veau que lorsqu’ils ont complètement cessé (i).

La peau qui recouvrait le cartilage, bien que détachée sur tous les points (ce dont on s’assure avec le doigt), ne permet cependant pas d’agir sur cet organe avec beaucoup d’aisance; il n’est possible de la soulever que très-peu : d’abord , parce qu’elle est naturellement tendue sur cette région , et ensuite, parce qu’étant le plus souvent tuméfiée dans le cas de javart, elle est devenue beaucoup moins souple. Pour éviter ces difficultés, quelques opérateurs, méconnaissant les fonctions du bourrelet, l’enlèvent avec toute la portion de peau qui revêt le cartilage , et ainsi mettent cet organe entièrement à découvert ; d’autres plus réservés se contentent de fendre le bourrelet dans son milieu jusqu’au

(i) Sur certains chevaux irritables, ces inouvemens sont quelquefois si brusques , si violens et si souvent répétés , qu’on éviterait difficilement d’endommager la peau et de couper le bourrelet , si on n’avait l’attention de prendre toujours un point d’appui à la face inférieure du pied , avec l’index' ou le médius de la main qui tient principalement le manche de l'instrument. De cette manière, on sent le moindre mouvement de l’animai, et on peut s’y soustraire à temps; et dans le cas où on n’aurait pu retirer assez tdt l’instrument, on n’a pas à craindre qu’il ne s’engage trop avant dans la plaie , puisque le même mouvement qui pousse le pied sur l'instrument , repousse également la main qui tient celui-ci.

bord supérieur du cartilage , et relevant: de chaque côté et en haut les lambeaux résultant de cette incision , arrivent avec moins de délabremens au même résultat. Ces deux méthodes ayant pour effet nécessaire la destruction ou la solution de continuité de l’agent principal de la sécrétion de la muraille , ne sauraient être mises en usage par des vétérinaires instruits. Par la première, en effet, non - seulement on retarde beaucoup la guérison, mais encore on s’oppose à la reproduction d’une nouvelle muraille, et on condamne l’animal aux conséquences toujours difformes et quelquefois dangereuses d’un faux quartier : par la seconde , la corne qui pousse de l’endroit où le bourrelet a été fendu, est divisée elle-même; il y a une véritable seime à laquelle rien ne pourra remédier , ce dont ont pu se convaincre les praticiens qui, intentionnellement ou par accident, ont incisé le bourrelet dans cette opération. La clinique de l’Ecole, et des expériences particulières faites sous les yeux des élèves, m’ont fourni plusieurs exemples des suites fâcheuses de ces deux procédés opératoires, sur le danger desquels je ne saurais trop insister.

Après avoir détaché , sans la blesser , la peau qui adhérait au cartilage , l’opérateur la saisit avec une érigne plate qu’il confie à un aide, auquel il indique au fur et à mesure les endroits

où il importe de la soulever davantage. De cette manière , il apprécie mieux les ravages de la carie , et rend plus facile le jeu des instrumens dont il peut suivre ou diriger Faction. C’est de la feuille de sauge simple, à droite ou à gauche, suivant le cas, qu’on se sert ordinairement pour amputer le cartilage (i). Les plus étroites sont sans contredit les plus faciles à conduire. On tient le manche à pleine main, et prenant un point d’appui avec le plat du pouce à la face plantaire du pied , on engage la lame entre la peau et le cartilage en talon , le tranchant tourné en arrière et en bas ; puis , par un mouvement de semi-rotation du poignet , on la ramène en avant et en dessous , en contournant le cartilage dont on peut sans danger couper la moitié postérieure dans ce premier temps. L’extirpation de la moitié antérieure est beaucoup plus difficile et exige plus d’attention et de dextérité. Ou se rappelle, en effet, que le cartilage qui postérieurement ne recouvre que du tissu fibrograisseux, se trouve à la base de son tiers antérieur , en rapport assez intime avec la capsule

(1) C’est surtout dans l’opération de certains javarts , qu’il est avantageux d’être ambidextre , puisqu’il est difficile d’opérer autrement que de la main gauche, lorsque la carie existe aux cartilages internes des deux pieds gauches , et aux cartilages externes du bipède latéral droit.

articulaire apparente entre les deux îigamens latéraux ; et que, tout-à-fait en avant , il recouvre près de la moitié du ligament latéral antérieur auquel il adhère par un tissu fibreux très-dense (voyez à la planche fig. 2, les lettres B etü). Or, c'est le voisinage de ces deux organes qui rend cette partie de l’opération si délicate. Afin d’ètre moins exposé à ouvrir la capsule , on la met dans le plus grand état de tension possible, en faisant porter le pied en avant et en bas : on engage alors le tranchant de l’instrument sous le bord supérieur de la portion restante du cartilage ( en conservant toujours un point d’appui avec le pouce, à la face plantaire du pied, pour 11e pas faire d’échappées), et par une suite de mouvemens courts et brusques, de haut en bas et de dedans en dehors 9 on enlève en plusieurs fois et par couches minces, tout ce qui recouvre la membrane synoviale et le ligament. Au fur et à mesure qu’une tranche de cartilage est incisée , on la saisit avec les pinces à dents de souris , et on l’excise en coupant les brides qui peuvent encore la fixer aux parties environnantes : on parvient ainsi au terme de l’opération. Je ne pense pas avec M. d’Arboval, qu’il doive res-* ter dans la plaie aucune parcelle de cartilage. M. Girard a dit , et l’expérience le démontre tous les jours, que non - seulement il n’y a pas de

grands inconvéniens , mais même qu’il y a prudence à laisser quelques lamelles cartilagineuses bien minces, soit sur la capsule, soit sur le ligament , quand leur excision exposerait au danger de blesser l’un ou l’autre de ces derniers organes. La suppuration ne tarde pas à enlever ces légers débris (i).

Il est des vétérinaires qui attachent beaucoup d’importance à amputer tout le cartilage d’une seule pièce, pour se donner levain plaisir d’avoir fait une opération plus brillante , comme ils le disent. Ce moyen est plus expéditif, sans doute; mais est-il le plus sûr? non. Or, comme avant tout il faut opérer sûrement ; comme le vétéri-

(1) J’ai remarqué aussi qu’on pouvait oublier impunément d’extraire des portions cartilagineuses , même assez considérables, pourvu qu’elles fussent complètement isolées de la base, et qu’elles ne tinssent plus aux parties environnantes que par du tissu cellulaire. Dans une des premières opérations de javart que je pratiquai, la peau très-dure et tuméfiée adhérait tellement aux parties sous-jacentes , que , croyant introduire ma feuille de sauge double sous le bourrelet, je l’enfonçai dans l’épaisseur du cartilage dont une couche assez étendue resta à la face interne de la peau. Au deuxième pansement, douze jours après l’opération, la suppuration avait détaché cette couche que je trouvai tout entière sur le plumasseau. Une autre fois je laissai au fond de la plaie , sans m’en apercevoir, le volume d’une pièce de cinq sous, du bord supérieur du cartilage; il était sur les plumasseaux dix jours après, à la levée du premier appareil.

naire le plus habile n’est pas celui qui opère le plus vite, mais celui qui guérit le plus promptement; je regarderai toujours de pareilles tentatives comme très-imprudentes , ou au moins téméraires.

J’ai entendu dire aussi à des personnes dont les opinions peuvent avoir quelque poids, que rien n’était plus facile que de distinguer l’endroit où le cartilage se termine antérieurement. Quoique j’aie opéré bien des javarts, j’avoue qu’il m’a toujours été impossible de reconnaître nettement la limite antérieure de cet organe. Je ne cesse l’opération, que lorsqu’arrivé au point que je sais être approximativement celui de sa terminaison , je ne sens plus de tissu cartilagineux dans la plaie. Et comment n’en serait-il pas ainsi, lorsque la peau , le sang , l’infiltration des parties gênent l’opérateur? puisqu’après avoir découvert ces mêmes parties sur le pied sain d’un cadavre , après avoir enlevé la peau et la corne qui les recouvrent, il est extrêmement difficile de dire précisément : C’est là que finit le cartilage ; c’est là que commence l’expansion tendineuse qui lui fait continuité.

Quand on s’est bien assuré avec le doigt qu’il ne reste plus de cartilage, ou que des couches trèsrninces dont il serait dangereux de tenter l’extraction, on fait fléchir le pied deux ou trois

fois de suite , pour se convaincre qu’on n’a pas ouvert la capsule articulaire ; on la voit se boursoufler et faire saillie sans laisser échapper de synovie. L’opération alors est terminée. Mais elle n’est pas toujours aussi simple que nous venons de le voir; il est des circonstances qui en compliquent singulièrement l’exécution : les unes sont un effet des ravages de la maladie ; les autres en sont tout-à-fait indépendantes , et tiennent à des dispositions organiques accidentelles. Parmi ces dernières se trouve l’ossification du cartilage.

J’ai dit précédemment quelles étaient les causes présumables de cette transformation osseuse , et comment elle avait lieu ordinairement. Examinons maintenant les indications à remplir suivant les formes et l’étendue de l’ossification. Si elle est à peu près complète, si elle a envahi presque tout le cartilage, on se borne à enlever le peu de substance cartilagineuse qui reste et qu’affecte la carie. On rugine ensuite la portion osseuse, si elle est malade; et on arrondit avec la rénette ou une grosse feuille de sauge, les angles ou les arêtes qu’elle peut présenter. Selon quelques vétérinaires , on devrait, dans ce cas, enlever avec la rénette , la gouge ou une scie demi -circulaire, toute la portion ossifiée. Cette opération peut être bonne

à permettre au pied plus d’élasticité après la guérison ; mais , outre qu’elle est très-difficile à cause de la dureté extrême que présente la base de ces sortes d’ossifications , elle expose au danger presque inévitable de blesser la capsule , fait beaucoup souffrir l’animal y rend la cure trèslongue et incertaine, et est tout- à-fait inutile au but que l’on se propose en opérant, puisqu’il suffit d’enlever ce qui reste de cartilage pour n’avoir plus à craindre de carie. En effet , cette substance osseuse accidentelle est susceptible de suppurer, de se recouvrir de bourgeons charnus , et de se cicatriser comme l’os du pied auquel elle fait continuité. Lafosse fils s’exprime ainsi , relativement à cette ossification : « Avant de faire l’opération, il faut examiner » s’il y a un cartilage, ou si c’est un os qui oc- » cupe la place du cartilage ; car, comme je l’ai « dit plus haut , il y a quelquefois une éminence » osseuse aplatie à la place du cartilage; on sent » au tact si c’est un os. Dans ce cas , il n’est pas « besoin de couper la corne il faut seulement » faire une ouverture à la peau vers la partie » supérieure de cette éminence osseuse, pour » couper le cartilage dont elle est bordée supé- » rieurement , et qui est le siège du javart, » Cette opération n’est pas dangereuse, parce » que ce cartilage est éloigné du ligament et de

» la capsule. » Le moyeu indiqué par Lafosse, dans le cas qu’il a supposé, est simple et rationnel; mais je doute qu’il soit possible, à travers la peau et l’engorgement dont elle est le siège, de reconnaître aussi précisément l’état de l’ossification.

Lorsque l’ossification n’occupe que la surface externe du cartilage ; lorsqu’elle ne consiste qu’en irradiations osseuses partant de la base; ou bien , lorsque le cartilage n’est qu’imparfaitement ossifié , il n’y a pas à hésiter , il faut enlever toutes ces productions jusqu’à l’endroit où l’ossification se trouve parfaite , ayant la précaution de ne laisser subsister ni tissu cartilagineux , ni angles, ni pointes, ni aspérités sur l’os. La rénette , une feuille de sauge à tranchant obtus , et de fortes pinces sont les instrumens qu’on emploie dans ce cas , où on a besoin de la plus grande attention pour ne pas blesser la capsule qui le plus souvent adhère à la production osseuse dans une grande partie de son étendue (i).

(i) Il m’est arrivé deux fois de rencontrer au-dessous du cartilage un noyau osseux du volume d’une noisette , à surface irrégulière, comprimant la partie postérieure de la capsule , et n’adhérant que faiblement au cartilage. Ce noyau s’enfoncait du coté de l’extrémité correspondante du petit sésamo'ide auquel il paraissait faire continuité. Comme il s’appuyait sur la capsule qu’il refoulait même en avant, je n’osai l’enlever

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Si quelquefois on rencontre le cartilage ossifié en totalité ou en partie , il arrive d’autres fois , lorsque la carie existe depuis long-temps , qu’il ne reste plus que très- peu de substance cartilagineuse , et qu’on trouve à sa place un tissu fibreux lardacé qui n’a pas de forme déterminée, fait continuité à la peau et aux tissus sousjacens, ou du moins leur est uni d’une manière très-intime. Si ce tissu n’est pas altéré lui-même, il ne faut pas l’enlever; on se contente de suivre les fistules qui le traversent , et d’extraire ce qui reste de cartilage.

La capsule de l’articulation du deuxième avec le troisième phalangien peut être blessée pendant l’opération, soit par inadvertance de la part

avec l’instrument tranchant; mais je parvins chaque fois à l’arracher sans accident, après l’avoir saisi avec de grosses pinces, et exercé pendant quelques minutes des tractions lentes et multipliées en différens sens. Je pense que cette production était due à l’ossification delà grosse bride ligamento-cartilagineuse, qui se porte de chaque extrémité du petit sésamoïde à la face interne du cartilage. Ce qui m’autorise à émettre cette opinion, c’est qu’en disséquant le pied d’un cheval affecté d’un ancien javart qu’on avait cautérisé plusieurs fois, je trouvai ce ligament converti en une substance osseuse, légère, poreuse, friable , à surface irrégulière , en tout semblable à celle dont je viens de parler. Je remarquai avec surprise que dans aucun de ces cas , la substance du cartilage , meme la plus voisine du ligament, ne paraissait disposée à participer à cette Iransfor» tnation.

de l’opérateur, soit par l’événement d’une circonstance imprévue, comme, par exemple, un mouvement brusque de l’animal au moment où l’on incise la partie du cartilage qui la recouvre. Il peut se faire aussi qu’un développement extraordinaire de cette membrane en impose au vétérinaire. C’est ainsi qu’elle peut être boursouflée outre mesure , et recouverte de tissu cellulaire adipeux, au point de simuler une petite tumeur graisseuse sur laquelle on croit pouvoir porter l’instrument sans danger (i). Cette erreur est surtout facile , lorsqu’une ossification commençante de la base du cartilage refoule tellement en haut et en arrière ce boursouflement, qu’il ne correspond plus à l’intervalle qui sépare les deux ligamens (2).

L’ouverture de la capsule , lorsqu’elle a lieu , s’annonce par l’épanchement immédiat sur la

(1) M. Girard assure avoir vu quelques-uns de ces boursoufîemons dont îe volume égalait celui d’un œuf de poule-

(2) Ce fut en février 1827, aux hôpitaux de l’Ecole, que i’etts pour la première fois occasion de remarquer ce singulier déplacement de la membrane synoviale. J’opérais un cheval du javart cartilagineux ; et au moment où j’excisais des tissus altérés situés entre la lace interne du cartilage et le ligament latéral postérieur, je vis la synovie s'écouler par une ouverture que je venais de faire à la capsule. Je fus d’autant plus surpris de cet accident , que la place où se trouve ordinairement la synoviale élait recouverte par le tiers antérieur

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plaie d’un liquide clair, filant, qui est la synovie. Quand la blessure est très-petite, cette liqueur ne s’écoule pas sur l’instant,' mais peu à peu, et surtout lorsqu’on fait exécuter au pied des mouvemens successifs de flexion et d’extension. Au-

trefois cet accident était regardé dans tous les cas comme une circonstance éminemment grave. Lafosse recommande expressément d’éviter d’endommager la capsule, sous peine $ estropier l’animal sans ressource. Il est bien démontré aujourd’hui que les suites n’en sont point aussi redoutables qu’on se l’était imaginé, lors toutefois que l’ouverture a été faite par l’instrument tranchant; car lorsqu’elle existe avant l’opération et que les bords en sont ulcéreux, elle est excessivement dangereuse, quoi qu’en ait dit M. d’Àrboval, et éioigne de beaucoup l’époque de la guérison , dans les cas assez rares où elle

du cartilage que je n avais pas encore touché. Le grand développement de celte membrane , et 1 ossification de la base antérieure du cartilage , m’expliquèrent la cause de la blessure. J’appelai l’attention des élèves sur cette disposition remarquable, que nous retrouvâmes quelques mois plus tard , sur une jument à laquelle je faisais la me nie opération. Dans celle-ci, la poche synoviale était refoulée en haut par l’ossification , et correspondait au milieu de la face latérale de l’os de la couronne. Ayant reconnu à temps cet état anormal des parties, j’évitai, non sans peine, d’entamer la capsule , dont le boursouflement apparent égalait le volume d’une aveline,.

permet de l’espérer. La blessure faite par l’instrument peut être une simple piqûre, et alors elle ne doit inspirer aucune crainte ; elle est plus grave, si c’est line incision de quelques lignes d’étendue; enfin, elle peut avoir des suites très-fâcheuses , si elle a été faite avec perte de substance.

Pour y remédier, quelle qu’en soit la cause, les anciens hippiatres conseillaient l’application sur l’ouverture de la capsule, d’un plumasseau enduit de pâte camphrée ( camphre écrasé, délayé presque à consistance pâteuse dans l’alcool ou l’éther ). Ce moyen qu’emploient encore beaucoup de praticiens , est aussi préconisé dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie vétérinaires. M. Girard a dit avec raison qu’un simple tampon d’etoupes était préférable: je puis assurer, de mon côté, qu’ayant ouvert la capsule, légèrement à la vérité , sur quelques-uns des chevaux que j’ai opérés à l’école , j’ai seulement eu la précaution de recouvrir l’endroit blessé d’un petit plumasseau légèrement humecté , et de ne lever l’appareil qu’au bout de neuf à dix jours au plus tôt. Ce délai a constamment suffi à l’occlusion de l’ouverture , sans que les souffrances de l’animal aient été sensiblement augmentées. Tout le secret consiste à empêcher que le pus ou l’air ne pénètrent dans la plaie. Il serait possible ,

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pourtant, que la pâte camphrée ou toute autre préparation excitante produisît de bons effets, lorsque la synovie s’écoule déjà depuis quelque temps, et qu’on peut supposer que les bords de l’ouverture sont ulcéreux. Ces applications médicamenteuses agiraient alors, quoiqu’avec une énergie bien différente, comme agissent les teintures résineuses et le feu même, que l’on a quelquefois mis en usage avec succès dans les plaies pénétrantes et anciennes des articulations.

J’ai dit qu’il était prudent de laisser plutôt antérieurement quelques parcelles fibro-cartilagineuses, que de risquer d’endommager le ligament latéral antérieur. En effet , la moindre lésion de ce ligament est considérée depuis long -temps par tous les praticiens comme un accident des plus fâcheux , qui rend la guérison douteuse ou très-longue, et empêche l’animal de se redresser jamais complètement. N’ayant point eu l’occasion de constater les effets de cette blessure sur des animaux opérés du javart, j’ai fait quelques expériences dans lesquelles j’ai excisé des portions plus ou moins considérables du ligament. Les résultats que j’en ai obtenus ont pleinement confirmé l’opinion des vétérinaires sur le danger de ces accidens : les animaux souffrent horriblement; les plaies

sont long-temps à guérir , et la claudication persiste presque toujours; du moins était-elle encore très-forte sur un des sujets d’expérience que j’ai gardé quatre mois.

M. Girard dit que, dans quelquescirconstances, le ligament dont il est question acquiert une texture fibro - cartilagineuse , et que, parvenu a cet état , il est susceptible de la même altération que le fibro-eartilage latéral. Ges cas doivent être rares; cependant, s’ils se présentaient, il serait indispensable de faire l’ablation de la portion cariée, ce qui augmenterait singulièrement les dangers de l’opération. Il y aurait peutêtre indication alors d’employer plutôt le cautère, et de ne toucher que le point qu’aurait envahi la carie. Je ne sache pas qu’aucun fait de ce genre ait encore ét é publié.

Nous n’avons jusqu’à présent tracé la marche à suivre dans l’opération, que dans le cas où le cartilage seul est malade , et nous avons dit les indications à remplir, lorsque cet organe est ossifié. Mais il est des circonstances où d’autres désordres compliquent le javart : tantôt le bourrelet qui recouvre l’organe malade a été détruit en totalité ou en partie, soit par une inflammation violente de la peau , soit, par l’emploi plusieurs fois répété des caustiques ou du feu avant l’opération , soit par l’action directe de la cause

de la earie , si cette cause a été une contusion violente; tantôt le pus a fusé sous la paroi , altéré plus ou moins profondément le tissu podopliylleux, soulevé la sole, et quelquefois carié l’os du pied lui-même. Cette dernière série d’accidens s’observe, surtout, quand le javart est la suite d’une bleime suppurée , d’une piqûre faite par un clou de rue au talon , ou par un clou du fer. Ces deux genres de complications sont graves, non pas seulement parce qu’elles rendent l’opération plus longue, et nécessitent des délabremens plus profonds , mais bien parce qu’elles intéressent deux organes dont l’intégrité est nécessaire à la sécrétion d’une bonne corne, le bourrelet et le tissu podophylleux.

Si le bourrelet a été entièrement détruit (i), il n’y a rien à faire; mais s’il ne l’a été qu’incomplétement , s’il en reste encore des lambeaux , ou s’il n’a été lésé que sur quelques points de sort étendue, il faut s’attacher à bien ménager ce qui en reste, lors meme que ces lambeaux ne tiendraient plus à la peau que par des pédoncules très-étroits : car, s’ils sont déjà mortifiés, ils tomberont par la suppuration; et s’ils ne le sont

(î) Je parle seulement cle la portion de bourrelet correspondante au quartier enlevé, de celle qui recouvre le cartilage malade.

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pas , ils fourniront encore une corne de bonne nature , sur tous les points où ils auront été conservés, et rendront le nouveau quartier plus solide et moins difforme. Si la blessure du bourrelet consiste en une division simple et peu étendue, faite accidentellement pendant l’opération, on devra tenter d’en obtenir la réunion par première intention , en rapprochant les deux lèvres de l’incision, et en les maintenant en contact par une disposition convenable de l’appareil de pansement.

L’altération des feuillets existant seule, sans lésion de l’os du pied, il importe d’ètre extrêmement réservé sur leur excision. Je pense même que, lorsqu’on a la certitude que leur désorganisation n’est que superficielle , il est préférable -de n’y pas toucher avec l’instrument, et de laisser à la suppuration le soin de séparer et d’entraîner les parties désorganisées. Ce qui me fonde à recommander cette grande circonspection , c’est qu’ayant constamment remarqué combien l’enlèvement de quelques portions du tissu podophylleux retardait la guérison , je me suis hasardé, dans quelques circonstances où il n’y avait pas carie de l’os, à ne pas toucher à un seul feuillet de ce tissu, bien que sa couleur noire et son extrême mollesse dans quelques endroits, fissent croire à l’impossibilité de sa conservation :

îe succès a répondu à mon attente; et clans tous ces cas J’ai trouvé à la levée du premier appareil toute la surface des feuillets déjà recouverte de corne jaunâtre, meme sur les points que j’avais regardés comme mortifiés. Certes, il n’en eût pas été ainsi si je les eusse enlevés.

Dans le cas pourtant où il y a carie de l’os du pied , on est forcé de détruire les tissus podophylleux et réticulaire qui recouvrent le siège de la carie , afin de pouvoir ruginer avec la rénette ou enlever avec la feuille de sauge toute la substance osseuse malade. On s’attache alors à n’en détruire que le moins possible , puisqu’il est vrai qu’à profondeur égale , les plaies de ce tissu, comme celles de la peau, se cicatrisent plus vite quand elles sont moins étendues. Si la carie de l’os du pied s’étendait antérieurement sous la muraille qui a été conservée , on enlèverait une nouvelle portion de cette muraille, jusqu’à ce qu’on ait mis à découvert le point où s’arrête l’altération de l’os.

Là se termine cette opération toujours délicate et très - douloureuse , et dont il est difficile de prévoir la durée et les résultats avant d’y procéder. Souvent , en effet , ce n’est qu’après l’ablation du quartier qu’on découvre des désordres qu’on n’avait pas même soupçonnés, et qui peuvent être tels, que, si le malade n’a pas

une grande valeur, on hésite à tenter la chance du traitement, tant elle paraît incertaine. Il faut donc bien se garder, pour peu que Ton conserve de doute , de garantir la curabilité parfaite d’un javart qu’on ne voit qu’en dehors, et surtout, de prédire à peu près à terme fixe quelle devra être l’époque de la guérison. La prudence et l’intérêt de sa propre réputation doivent toujours tenir le vétérinaire dans une sage réserve , dans les cas douteux et avant l’opération.

Quelques opérateurs, avant de procéder au pansement, et pour peu que l’animal soit sanguin , ôtent momentanément la ligature du paturon , desserrent les liens qui fixent le membre, et laissent le sang s’écouler par la plaie pendant quelque temps. Ils pratiquent ainsi une véritable saignée locale , plus ou moins abondante suivant le cas, qui peut, ce me semble, présenter plutôt des avantages que des inconvéniens. Pour l’arrêter, il suffit de resserrer les liens du membre et de replacer la ligature dans le paturon. Il ne reste plus alors qu’à procéder à l’application du premier appareil.

Si le fer a été enlevé avant l’opération, on le rattache avec quatre ou cinq clous à lame délicate, que l’on broche dans les vieux trous , de manière à n’ébranler le pied que le moins possible. Il faut prendre garde pendant cette opération de

prendre un point d’appui ou d’exercer des frottemens sur la plaie que Ton a dû garantir du contact de l’air, en la couvrant d’une légère couche d’étoupe. Pour éviter au pied des ébranlemens toujours douloureux, on rabat les lames des clous sans les river , ou bien on leur laisse des rivets très-longs sans les écraser.

Ici commence pour nous l’examen d’une question fort importante , et sur laquelle les avis des vétérinaires sont encore partagés: quelles sont les règles à suivre dans l’application du premier appareil , après l’opération du javart cartilagineux? Ce point de thérapeutique chirurgicale est d’autant plus digne d’attention , qu’il est bien vrai que la promptitude et quelquefois même la possibilité de la guérison, sont subordonnées à la méthode plus ou moins parfaite qui préside aux pansemens; et qu’il est bien reconnu aujourd’hui, que l’opération la mieux laite n’aura qu’un succès difficile ou très -incomplet, si les pansemens sont mal exécutés. Étudions donc avec tout l’intérêt qu’elle mérite, cette partie de l’histoire du javart ; comparons entre elles les opinions si diverses qui ont été émises sur la meilleure manière de disposer les pièces du pansement, et n’adoptons que ceux des préceptes dont la raison et l’expérience nous paraîtront avoir démontré les avantages.

Tous les vétérinaires sont d’accord sur ce point, que la compression exercée par l’étoupade doit être ferme et égale; mais tous ne s’accordent pas sur les moyens de l’obtenir. Les uns pensent que l’on parvient plus facilement à ce résultat, en mouillant légèrement les premières couches des plumasseaux ; les autres blâment au contraire cette méthode, et préfèrent l’emploi de l’étoupe sèche. On lit à ce sujet le passage suivant dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie vétérinaires : « Plusieurs praticiens, dans l’inten- » tion d’égaliser davantage l’étoupade et la com- » pression , trempent les plumasseaux dans l’eau » et les expriment avant de les appliquer. Il en » résulte que les filamens des étoupes se rappro- » chent, et que l’appareil doit exercer une com- » pression trop forte, puisque ses différentes » couches n’ont plus la souplesse qu’elles doivent » avoir : cette manière est donc défectueuse , non- » seulement sous ce rapport, mais encore parce » qu’elle empêche la plaie de saigner, etc. »

La meilleure réponse à cette argumentation serait peut-être de citer trente ou quarante observations qui me sont particulières , et une foule d’autres encore dans lesquelles la guérison a eu lieu assez promptement , malgré l’emploi des plumasseaux imbibés d’eau plus ou moins alcoolisée suivant les sujets; mais j’espère prouver,

sans peine , qu’un peu plus de reflexion sur ce qui a lieu lors du pansement sec, aurait fait éviter à l’auteur du Dictionnaire l’erreur dans laquelle il est tombé. En effet , toute la différence entre la méthode qu’il adopte et celle qu’il rejette, est que, dans celle-ci, les plumasseaux sont mouillés avec de l’eau , du vin ou de l’eau-de-vie ; tandis que , dans celle-là , ils sont mouillés avec du sans. Deux mots le feront facilement concevoir :

Suivant le procédé de M. d’Arboval , après avoir terminé l’opération et avant le pansement, on défait la ligature du paturon, afin de rétablir la circulation dans le pied : or, qu’arrive- t-il ? Le sang n’éprouvant plus d’obstacle dans son cours, inonde bientôt toute la surface de la plaie, est promptement absorbé par les premiers plumasseaux secs que l’on applique, et pénètre assez avant dans l’étoupade , lorsqu’on vient à serrer la ligatqre destinée à la maintenir. Les plumasseaux sont donc mouillés par le sang, et le même effet est produit que s’ils eussent été mouillés par tout autre liquide. Il suffit, pour se convaincre de cette pénétration du sang à travers les premières couches de l’appareil , de lever celui-ci cinq à six minutes seulement après qu’il a été' placé, comme je l’ai fait à titre d’expérience. Si , voulant éviter cet inconvénient , on procède au pansement avant d’enle-

ver la ligature du paturon, un autre inconvénient plus réel et plus grave se présente : l’étoupade qui se conserve bien sèche pendant son application , n’est serrée qu’au degré nécessaire pour exercer la compression qu’on juge convenable; mais lorsqu’après le pansement fait, on rétablit la circulation , le sang affluant vers la plaie s’insinue à travers l’étoupade, la pénètre; les plumasseaux ainsi humectés reviennent sur eux-mèmes ; leurs filamens se rapprochent , se serrent ; et la compression , si elle avait été bien établie d’abord , est nécessairement alors imparfaite. Rien de plus clair, il me semble, que ce raisonnement ; rien de plus en rapport avec la réalité des faits. Je n’insisterai donc pas davantage sur ce point ; et, sans rejeter formellement l’emploi de l’étoupade sèche, puisqu’elle a réussi et qu’elle réussit encore à quelques vétérinaires , je puis assurer qu’il est plus facile , plus sûr , et partant plus rationnel , pour établir méthodiquement la compression, de mouiller un peu les plumasseaux que l’on applique les premiers. Arrivons à la discussion d’une question plus grave dans ses conséquences, et sur laquelle on a beaucoup erré, selon moi.

Il résulte de l’opération deux plaies; l’une sous-cutanée , produite par le détachement de la peau et l’extraction du cartilage; l’autre sous-

cornée, causée par l’enlèvement d’une portion de la muraille. Toutes deux méritent beaucoup d’attention ; mais je pense que quand le cartilage est seul malade , ce qui arrive le plus ordinairement , la plaie qui est sous le bourrelet exige généralement plus de soins, est plus difficile et plus importante à bien diriger, que celle qui résulte de T extirpation de la muraille. Parlons d’abord des indications à remplir pour la plaie sous-cornée , et n’oublions pas que nous avons supposé un cas où le tissu podophylleux serait parfaitement intact.

Jusqu’à présent on a dit que dans l’état naturel, les tissus qu’entoure le sabot étant retenus et comprimés par la corne qui les recouvre , il devenait nécessaire, toutes les fois que l’on enlevait une portion de cette corne, de la suppléer par un appareil exerçant sur les parties mises à nu, une compression égale à celle qu’elles éprouvaient avant l’opération , sous peine de voir se développer des boursouflemens énormes , des cerises, etc. De là, la nécessité, aux yeux de quelques vétérinaires , de serrer le plus possible leur appareil; de là, ces accidens inflammatoires locaux si douloureux ; de là , ces fièvres de réaction si violentes , qui peuvent faire succomber le malade , ou qui nécessitent la levée de l’appareil avant le temps , ce qui est tou-

jours très- nuisible ; et tout cela , parce qu’on est parti d’une donnée entièrement inexacte. Il n’est pas vrai, en effet, que dans l’état naturel la corne comprime les tissus sous-jacens ; elle ne maintient même pas ces tissus, parce que dans l’état naturel ils ne tendent pas à se tuméfier. Si la moindre compression avait lieu sur des parties aussi éminemment sensibles que le tissu feuilleté , une douleur plus ou moins vive en se» rait infailliblement le résultat, et la boiterie en serait le symptôme. N’est-ce pas ce qui arrive , lorsque la muraille tout entière, ou seulement un quartier, se resserre sous l’influence d’une cause quelconque? N’est-ce pas. la même cause qui détermine la claudication dans les cas de kéraphyllocèle ? N’est-ce pas encore parce que le tissu réticulaire , engorgé par le sang , pousse les tissus feuilleté et velouté contre la muraille et la sole , que les douleurs sont si promptes et si vives dans la fourbure? Or, si tels sont les constans effets de la moindre compression sur

le tissu feuilleté, peut-on raisonnablement ad-

mettre qu’il soit comprimé dans l’état normal , comme on l’a avancé?

On m’objectera peut-être qu’à la suite de l’opération , les parties ne sont pas dans l’état normal; qu’elles sont alors le siège d’une irritation violente, que le sang y afflue, etc., et qu’il est in-

dispensable de s'opposer à l’excès d’engorgement des tissus. Je tombe d’accord sur ce point ; mais j’observe qu’une compression forte ne serait nécessaire que dans les cas où cette tendance à l’engorgement serait forte elle-même , et sans bornes; dans le cas où on aurait à craindre le développement extrême de bourgeons charnus. Ici de pareils accidens ne peuvent survenir, puisque le tissu cellulaire seul peut bourgeonner;, et que le tissu cellulaire n’a pas été mis à découvert ; mais seulement le tissu feuilleté, véritable membrane exhalante, peu extensible, qui peut bien se prêter un peu à l’engorgement du tissu réticulaire sous-jacent , mais qui n’est pas plus suceptible de bourgeonner, que la surface des muqueuses ou de la peau, dont elle est une continuité' (i). Il n’est donc besoin que de maintenir cette surface par un appareil souple et bien égal sur tous les points, et non de la comprimer fortement ; une pareille compression ne pouvant être que très-préjudiciable sur un organe dont la sensibilité, naturellement très-grande, est encore

(i) H est bien constant que les tissus feuilleté et velouté ne sont qu’une modification de la peau , au moment où elle s’enfonce dans le sabot pour envelopper l’os du pied. Je ne puis qu’énoncer ici celle vérité anatomique, me réservant de la développer dans un mémoire que je prépare sur le mode d’accroissement et de régénération de la corne.

augmentée par la maladie. C’est guidé par ce raisonnement physiologique , et par l’observation d’aceidens dus à de trop fortes compressions, que dans tous les javarts ou seimes que j’ai opérés depuis quatre ans , je n’âi exercé sur le tissu feuilleté qu’une très-légère compression , toutes les fois qu’il n’avait pas été endommagé. Les succès que j’ai obtenus de cette conduite, m’ont entièrement convaincu de la justesse de mes observations.

Afin de faire partager ma conviction aux élèves qui suivaient le cours de chirurgie, j’ai fait en 1828 quelques expériences dont les résultats ont été tels que je les avais prévus.

Sur un cheval morveux confié aux soins de l’élève Huin, j’enlevai tout le quartier interne du membre antérieur droit, avec l’attention de ne point blesser le tissu podophylieux ; je n’appliquai sur la plaie qu’un seul plumasseau trèssouple de l’épaisseur de la main, que je soutins à peine avec quelques tours de bande; une enveloppe de toile destinée à empêcher cet appareil de tomber, fut maintenue par une ligature qui la fixait au-dessus du canon seulement , de manière à ce qu’aucune compression ne pût avoir lieu sur la plaie. Le sang coula pendant près de trois quarts d’heure de moins en moins abondamment; l’animal en perdit à peu près

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sept à huit livres. Quatre jours après, je visitai la plaie : il n’y avait par-dessus que quelques faibles caillots de sang desséché et peu adhérent; le tissu feuilleté, légèrement soulevé dans toute son étendue , était entièrement recouvert d’une couche d’un jaune pâle , granuleuse , et encore tellement mince, qu’elle laissait apercevoir la teinte rouge bleuâtre du tissu qu’elle revêtait ; l’animal souffrait peu ; pansement semblable au premier. Au bout de cinq jours, nouvelle visite : la couche cornée est plus jaune, plus épaisse, et recouvre toute la plaie; on ne distingue plus la texture feuilletée de la partie. Au dernier pansement que je fis quatre jours après, toute la surface s’était affaissée; il n’y avait plus de soulèvement apparent , et la corne de cicatrice présentait une certaine résistance : je la fis recouvrir d’onguent de pied, et la laissai désormais exposée à l’air. L’animal ne boita un peu que jusqu’au deuxième pansement. Je répétai la même expérience sur le quartier externe du membre postérieur droit d’un cheval morveux surveillé par l’élève Ghaignaud. Les pansemens furent faits de la même manière, et je remarquai tout-à-fait les mêmes phénomènes.

M. Bouley jeune, à qui je fis part de ces résultats , parut douter qu’ils fussent aussi heureux si j’enlevais une portion de la paroi en pince,

parce que là, le tissu feuilleté, étranglé en quelque sorte par les deux lèvres de corne qui le comprimeraient latéralement , devrait avoir une tendance plus grande à se tuméfier. Dans le but d’éclaircir ces doutes qui me paraissaient fondés, j’extirpai la largeur de trois doigts de la muraille en pince, sur le pied postérieur gauche d’un cheval surveillé par l’élève Dubousquet : le tissu feuilleté fut scrupuleusement respecté ; un seul plumasseau bien mollet fut soutenu sur la plaie par une ligature trèsdâche, et recouvert par une enveloppe de toile fixée au-dessus du boulet; il ne s’écoula guère que cinq à six livres de sang. Au bout de trois jours, j’examinai la plaie: le soulèvement de toute la surface mise à nu, était plus prononcé que sur les sujets des précédentes expériences ; l’animal paraissait souffrir davantage ; du reste, il s’appuyait assez bien sur son pied ; la plaie, bien qu’un peu plombée, était généralement belle. Six jours plus lard, elle était sensiblement déprimée, quoique le pansement eût été fait avecla même mollesse que la première fois; une couche mince de corne jaune et molle en recouvrait toute la surface. Quatorze jours après l’opération, on cessa d’envelopper le pied; l’animal ne boitait plus , et la corne de cicatrice avait assez de consistance pour rassurer contre tout accident ultérieur.

Certes, ces expériences sont assez concluantes pour démontrer l’inutilité d’une forte compression , toutes les fois que le tissu feuilleté n’a pas été enlevé en totalité ou en partie. Mais si ce tissu a été détruit dans un point de son étendue , il convient alors d’exercer une compression méthodique et concentrée sur le point endommagé , pour y prévenir le développement de bourgeons charnus qui pourraient y végéter avec d’autant plus de rapidité, que le tissu cellulaire sous-podophylleux est abondamment pourvu de vaisseaux. Une compression exacte dans ce cas est surtout nécessaire, quand l’endroit où le tissu est détruit avoisine la portion conservée de la paroi ; car c’est là que les cerises sont le plus à craindre.

La plaie qui résulte de l’ablation du cartilage présente aussi des indications particulières sur lesquelles on a professé deux opinions diamétralement opposées : suivant les uns, on doit tou jours chercher à obtenir la réunion par première intention de la peau avec les tissus sousjacents, et conséquemment ne jamais mettre de plumasseaux dans cette plaie; suivant les autres , il y aurait plus d’inconvéniens que d’avantages à tenter cette réunion immédiate, qui d’ailleurs ne serait pas toujours possible. M. d’Àrboval , qui a longuement agité cette question, regarde comme peu fondées les objections faites par ces

derniers contre la réunion par première intention, et s’efforce de faire ressortir tous les inconvéniens de l’introduction des plumasseaux sous la peau , d’où résultent, d’après cet auteur, ces bourrelets plus ou moins gros qui donnent naissance à de faux quartiers toujours difformes, et retardent singulièrement la guérison. Il assure que depuis qu’il a cessé de mettre des plumasseaux entre la face interne de la peau et les tissus qu’elle recouvre , il a obtenu des guérisons beaucoup plus promptes , et qu’au bout de trois semaines à un mois, terme moyen, on a pu se servir tout doucement des chevaux opérés. Il conseille donc de préférer la réunion par première intention, qu’on obtient en réappliquant exactement la peau sur toute la surface mise à nu, sans aucun corps intermédiaire, et en procédant ensuite au placement de l’appareil, de manière à maintenir les deux surfaces comprimées convenablement l’une contre l’autre, dans un contact exact et permanent. Il ajoute : « Une '» remarque que nous avons faite maintes fois, et » que nous pouvons présenter comme certaine, » c’est que ce premier appareil méthodiquement » appliqué et laissé en place un temps suffisant, » suffit pour guérir même la partie opérée recou- » verte par l’ongle; la cicatrice dépendant de » la pousse d’une nouvelle corne , se faisant sans

» suppuration sensible et de même par première » intention. »

Je ne m’arrêterai pas à rechercher le sens probable de cette dernière phrase qui me paraît fort obscure (1); j’arrive de suite à la discussion du fait principal. On établit comme règle constante qu’il faut toujours chercher à obtenir la réunion par première intention , oubliant que rien n’est moins prouvé que la possibilité de ce mode de réunion dans le cas dont il s’agit. Je pense que ce n’est jamais ainsi que s’opère la cicatrisation après l’opération du javart; je suis fondé à croire, au contraire, qu’il se fait dans tous les cas une

(i) Il semblerait d’après ces derniers mots deM. d’ Arborai, que, quel que soit l’état de la plaie sous-ongulée, elle 11e suppure pas et se recouvre de corne, par cela seul qu’on n'a pas mis de plumasseaux sous la peau. C’est une grande erreur : car il serait difficile de concevoir comment la sécrétion cornée du tissu feuilleté peut être modifiée par la présence ou l’absence d’é~ toupes dans la plaie sous - cutanée. Quel que soit le mode de réunion qu’on cherche à obtenir, le tissu feuilleté se couvrira de corne sans suppurer, s’il n’a pas été préalablement altéré ; tandis que , s’il a été détruit en totalité ou en partie par le pus ou par l’opérateur, la suppuration précédera toujours la reproduction de corne. Et puis, qu’a voulu dire M. d’Arboval par ces mots : « La cicatrisation dépendant de la pousse d’une nouvelle corne, se faisant de même par première intention. » A-t-on jamais dit, par exemple, que la régénération sans suppuration de l’épiderme détruit, constituait une cicatrisation par première intention?

suppuration plus ou moins longue suivant l’état des parties. En effet, et en raisonnant d’abord , comment supposer que la réunion primitive, si difficile à obtenir sur les herbivores , puisse avoir lieu dans celte circonstance où une suppuration lente existe souvent depuis long-temps; où la peau est dure, lardacée , quelquefois traversée par une ou plusieurs fistules; où son adaptation exacte sur les tissus sous-jacens ne peut pas être aisément obtenue; où des débris cartilagineux qui devront être éliminés, existent presque toujours entre les surfaces; où des caillots de sang plus ou moins considérables forment une couche assez épaisse entre les parties qu’on prétend réunir? Evidemment la cicatrisation primitive ne peut s’effectuer, quoi qu’en ait dit M. d’Arboval , qui va jusqu’à assurer quune sorte de fausse membrane se forme , s' organise entre les parties et les réunit entièrement . Je demanderai à cet auteur s’il a quelquefois disséqué et aperçu la fausse membrane dont il parle ici , et s’il pourrait en démontrer l’existence?

Cette théorie sur la réunion par première intention de la peau avec les parties qu’elle recouvre, est tout-à-fait imaginaire; et l’observation démontre que la suppuration , qui n’a lieu dans la plaie sous-cornée que lorsque le tissu feuil leté a été un peu gravement lésé, a constamment \

Heu dans la plaie sous-cutanée ; qu’elle y est meme nécessaire , pour entraîner avec elle le& portions de tissu altéré qui n’ont pas été enlevées par l’opérateur. M. d’Arboval a reconnu lui-même que cette plaie suppurait, puisqu’en parlant des bourgeons ceilulo-vascuî aires qui s’y développent, il a dit : « Lorsqu’ils jouissent d’un degré convenable d’excitation , ils sont d’un rouge clair ; ils ne déterminent qu’un peu de douleur; la matière qui en découle est louable . » Cependant le même auteur ajoute plus loin : « Nous avons plusieurs fois disposé notre appareil sans mettre de plumasseaux sous la peau; sept ou huit jours après, nous l’avons levé, et nous avons trouvé la peau réunie sur tous les points avec les parties sous-jacentes.» Est -ce donc là une preuve irrécusable qu’il y a eu réunion par première intention? Non sans doute : ce fait prouve seulement que les bourgeons celiulo-vascuîaires se sont développés avec une grande rapidité, ce qui n’est rien moins qu’étonnant, dans une partie si abondamment pourvue de vaisseaux : mais ces bourgeons ont suppuré, comme on peut s’en convaincre en voyant le pus dont est empreint l’appareil, et comme l’a reconnu M. d’Àrboval ; mais ils se sont développés du fond de la plaie vers les bords, comme j’ai pu le constater dans diverses expériences faites dans ce seul but, et

comme le démontrent évidemment les deux faits suivans recueillis à la clinique de l’école d’Alfort, sur lesquels j’ai spécialement appelé l’attention des élèves. /

Le 22 novembre 1827, j’opérai du javart cartilagineux un cheval de trait de huit ans, boiteux depuis deux mois. La capsule fut ouverte pendant l’opération; mais les feuillets restèrent intacts. Un petit tampon d’étoupe fut placé sur la blessure de la synoviale et recouvert par un plumasseau peu épais , qui s’étendait depuis le ligament latéral antérieur jusqu’au talon, et occupait la place du cartilage. La peau fut appliquée pardessus et maintenue par l’étoupade. Le ier décembre, on reconnut à la levée de l’appareil que la peau était réunie sur tous les points avec les tissus sous-jacens. Le petit tampon et le plumasseau avaient été repoussés en dehors de la plaie, sans doute par le bourgeonnement rapide qui s’était effectué du fond de celle-ci vers son ouverture. Une certaine quantité de pus répandue sur la face interne de l’appareil, attestait qu’il y avait eu suppuration : or, elle ne pouvait s’être établie que dans la plaie sous-cutanée, puisque le tissu podophylleux, étant resté intact, n’avait pu suppurer, et était déjà recouvert de corne de cicatrice. (Ce cheval était surveillé par l’élève Collandre). Quatre mois après, un fait

semblable a été fourni par un cheval opéré du javart aux hôpitaux de l’école,, et surveillé par l’élève Prétot. Il y eut seulement cette différence, que sur ce dernier sujet, la synoviale ne fut pas ouverte, et que l’appareil ne fut levé que onze jours après l’opération. De même que dans l’observation précédente , la réunion de la peau était complète , et le plumasseau qu’on avait mis à la place du cartilage fut trouvé à la face interne de l’appareil , roulé sur lui-même dans le sens de sa largeur, et imprégné de pus. Le tissu feuilleté n’ayant pas été endommagé était déjà recouvert de corne.

Ces deux faits répondent suffisamment aux argumens qu’on pourrait tirer de la promptitude de la cicatrisation, en faveur de la réunion par première intention. Mais de ce que la réunion par première intention ne peut avoir lieu, je n’en infère pas qu’il faille accumuler des étoupes sous la peau ; je pense au contraire que c’est à cette pratique imprudente et déraisonnable que l’on doit attribuer ces gros bourrelets et ces quartiers difformes, si fréquens autrefois après l’opération du javart.

J’ai tenté aussi dans plusieurs circonstances qui me paraissaient favorables, de placer l’appareil sans mettre de plumasseaux sous la peau: je n’ai pas remarqué que cette méthode ap-

portât aucun retard dans la cure; mais je n'ai pas remarqué non plus qu’elle la rendît plus prompte , malgré tous les soins que j’y apportai. On dit que des chevaux ont été en état- de travailler tout doucement au bout de trois semaines ou un mois, après avoir été pansés par l’application immédiate de la peau, et l’on attribue à cette méthode ces heureux résultats. Je pourrais produire en assez grand nombre des exemples de succès au moins aussi prompts , obtenus par plusieurs vétérinaires qui ont bien voulu me faire part de leurs observations, et par moimeme dans ma pratique particulière, ou aux hôpitaux de l’École, bien que sur les sujets de - ces exemples, des plumasseaux eussent été placés sous la peau. Il y a donc avantage égal entre les deux procédés, sous le rapport de la promptitude de la guérison; mais ce qui me détermine puissamment à préférer l’interposition d’un ou deux plumasseaux, surtout sous le bourrelet, Cjest que , par ce moyen , on peut donner à cet organe la position et la direction qu’il a dans l’état normal; condition qu’on ne peut obtenir, quand il est refoulé avec la peau de la couronne dans l’espèce de cavité formée par l’enlèvement du cartilage. Or, le quartier qui descend du bourrelet est d’autant plus en rapport avec le reste du sabot , et d’autant moins défectueux par

conséquent , que l’on a mieux conservé au bourrelet sa position et sa direction naturelles. C’est depuis que l’observation m’a convaincu de cette vérité importante , que je me suis surtout attaché, toutes les fois que j’ai opéré des javarts, à donner à l’appareil la disposition la plus convenable pour atteindre ce but. Aussi arrive-t-il rarement aujourd’hui, et sans des circonstances particulières , qu’aucun quartier défectueux se remarque après mes opérations : le sabot n’est nullement altéré dans sa forme ou dans son ensemble , à moins que le bourrelet n’ait été trèsmalade ou détruit plus ou moins complètement fi). Il est même une circonstance qui

(i) J’ai déposé au cabinel de l’Ecole quelques pieds ayant appartenu à des chevaux abandonnés, qui m’ont fourni des sujets d’expérience. Ces pieds ont été enlevés cinq à six mois après avoir subi l’opération du javart , et on peut voir à leur inspection combien la corne est parfaitement régénérée depuis le bourrelet jusqu’à l’endroit où elle a fait avalure.

Il y a donc , selon moi, un avantage réel à mettre sous la peau du bourrelet une quantité d’étoupes suffisante, pour que, combinée avec l’épaisseur acquise de la peau , elle puisse représenter un peu moins du volume qu’avait le cartilage. Je dis un peu moins, parce que le léger gonflement qui résultera de l’inflammation complétera à peu près ce volume. Il est des cas où la peau du bourrelet est tellement épaissie , qu’on peut se dispenser de mettre des plumasseaux par-dessous ; non pour obtenir la réunion par première intention , mais seulement pour ne pas augmenter le volume déjà trop considérable de la couronne.

nécessite impérieusement l’interposition de plumasseaux, au moins sous une partie de la peau: c’est lorsqu’il y a ossification , soit de la partie antérieure, soit seulement de la base du cartilage. Si dans ce cas on négligeait de remplir par quelques boulettes d’étoupes les excavations qui existent aux endroits où les portions non ossifiées ont été enlevées , il en résulterait que l’appareil placé par-dessus la peau et serré par les tours de bande , d’un coté la comprimerait sur la partie ossifiée, et causerait de très-vives douleurs ; de l’autre, l’enfoncerait dans les vides formés par l’ablation des points cartilagineux, et donnerait à la couronne une conformation toutà-fait irrégulière.

Il n’est donc point déraisonnable, il est meme rationnel de disposer convenablement quelques plumasseaux sous la peau qui recouvrait le cartilage : aussi n’est -ce pas sans quelqu’étonnenement que j’ai lu dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie vétérinaires , qu’il n’y avait plus que quelques routiniers qui suivaient cette méthode. Je pourrais citer le nom d’un assez grand nombre de praticiens fort recommandables qui la suivent encore; je me contenterai de dire que parmi eux se trouve M. Bouley jeune ; et que MM. Barthélemi aîné et Yatei font successivement professée dans leurs cours:

on ne doit pas craindre de s’égarer , quand on est d’accord avec de pareils routiniers.

Après les détails dans lesquels j’ai cru devoir entrer pour établir les règles du pansement , il me reste à indiquer la manière de procéder suivant ces préceptes à l’application du premier ap-

pareil.

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire , comme on l’a dit, de défaire la ligature du paturon avant de commencer le pansement. Je trouve au contraire de l’avantage à la laisser jusqu’à la fin, puisque par-là on éyite le grave inconvénient d’étre aveuglé par le sang qui inonde la plaie aussitôt qu’il peut reprendre son cours. On basait la nécessité de cette précaution sur ce motif, que le sang en pénétrant dans les tissus, les ramenait à leur volume naturel, et empêchait ainsi qu’on ne les comprimât au-delà du degré où il convient qu’ils le soient. Ces raisons seraient bonnes , si l’inconvénient qu’on redoute existait; mais. comme il est de fait que le sang ne tarde pas à affluer dans les vaisseaux de la plaie , même après le pansement fait sans ôter la ligature , à moins qu’on n’ait comprimé tout exprès pour l’empêcher d’aborder; comme je n’ai connaissance d’aucun accident que l’on puisse attribuer à l’omission de ce précepte; comme je lis au contraire dans les excellentes considérations de M. Girard sur les

maladies du pied en général;, que ce n’est que lorsque l’appareil est fixé qu’on doit ôter la ligature du paturon ; je suis fondé à dire qu’il y a un avantage réel, etaucun inconvénient à ne rétablir la circulation qu’après la terminaison du pansement.

Lorsque le fer est appliqué , l’opérateur, qui a fait mettre à sa portée tous les objets dont il a prévu le besoin, nettoie la plaie du sang qui la recouvre, et procède à l’application de l’appareil dans l’ordre suivant : Il introduit d’abord un, deux ou trois plumasseaux sous la peau de la couronne, et les couche en long et à plat dans lalplace qu’occupait le cartilage (i). Il doit en mettre d’autant moins que la peau est plus épaisse , puisque son but doit être de représenter à peu près le volume ordinaire de la couronne , et de conserver au bourrelet la position et la direction qu’il a dans l’état normal. Quand il en juge la quantité suffisante , il couche sur la plaie souscornée un plumasseau mince qui en recouvre toute la surface; et par-dessus celui-ci, il place en long à la partie antérieure , près de l’angle interne de la paroi conservée , un bourdonne! très -souple de la grosseur tout au plus d’une

(i) Oo n’a pas oublié qu’il est avantageux que ces plumasseaux soient imprégnés d’eau vineuse ou alcoolisée*

plume à écrire. Ce bourdonnet , s’étendant jusqu’à la sole par sa partie inférieure, ne doit point reposer sur le bourrelet à son extrémité supérieure, mais partir seulement de l’endroit où cet organe se termine (i). Si, en détruisant avec la rénette l’arète formée par le bord interne de la paroi , on a ménagé sous celle-ci une petite excavation longitudinale , c’est dans cette excavation , et conséquemment entre la paroi et les feuillets du pied , qu’on loge avec avantage le bourdonnet. Ensuite on étend le bourrelet , on le couche dans sa position naturelle sur l’étoupade sous-jacente, et pour le retenir dans cette position , onde re-

(i) La compression exercée par le bourdonnet sur le bourrelet y produirait, outre la douleur, un enfoncement, duquel résulterait sur la nouvelle parroiune dépression longitudinale (et non un cercle, comme on l’a dit) qui pourrait occasionner une boiterie après la guérison complète du javarL

L’utilité d’un bourdonnet à cet endroit se conçoit facilement ; l’irritation produite par l’opération , en appelant le sang en plus grande quantité sous le tissu feuilleté découvert , en occasionne le gonflement. La portion qui avoisine la corne conservée, étant ainsi tuméfiée, serait poussée contre l’angle interne de la paroi, et éprouverait des douleurs d’autantplus vives, que son tissu jouit d’une très-grandesensibiîité. Il est donc nécessaire d’empêcher que la tuméfaction ne- soit aussi forte à cet endroit; c’est dans ce but qu’on y applique un bourdonnet dont la fermeté oppose une résistance suffisante au soulèvement du tissu feuilleté, et dont la forme ronde

la flexibilité rendent la pressien moins douloureuse.

couvre de plumasseaux plus longs et moins mouillés que les premiers , et qui s’étendent depuis le haut de la couronne jusqu’au bord plantaire du tissu feuilleté. On les place d’abord à la partie antérieure, et successivement à la partie postérieure de la plaie ; on en dispose plusieurs couches les unes au-dessus des autres, et toujours dans le même ordre, en ayant soin que les plumasseaux soient plus grands , plus épais , et moins humectés au fur et à mesure que l’on avance ; on peut même ne pas mouiller les derniers. On recouvre le tout d’un plumasseau plus grand et plus large, et on applique la ligature. L’épaisseur de l’étoupade est suffisante, quand on est certain que, lorsqu’elle sera serrée au degré convenable par la ligature, son niveau dépassera encore au moins d’un pouce la surface extérieure du sabot; car, s’il n’en était pas ainsi , s’il y avait trop peu • d’étoupe, il arriverait, lorsque l’appareil serait affaissé par l’effet de la compression jusqu’au niveau de la paroi , que la ligature , bornée par cette dernière sur laquelle elle appuierait, ne pourrait pas suivre l’étoupade ainsi dérobée à son action, ne la maintiendrait que très imparfaitement , et ne permettrait pas à l’opérateur de comprimer davantage les parties malades , s’il le jugeait à propos.

Afin d’égaliser autant que possible la com-

pression, l’opérateur doit procéder d’une main à l’application des plumasseaux, tandis que de l’autre il maintient ceux déjà placés , en même temps qu’il explore et sonde en quelque sorte la densité de l’appareil, afin de reconnaître les endroits où il présenterait plus de mollesse, et d’y placer de suite quelques boulettes. S’il arrivait pendant cette manœuvre que Fanimal se livrât à des mouvemens capables de déranger l’appareil, il n’y a pas à hésiter un seul instant, il faut enlever le tout , et recommencer le pansement avec les mêmes précautions qu’auparavant. Si les mouvemens sont légers, et ne durent que peu d’instans , on peut, en appliquant les deux mains à la fois sur l’étoupade, empêcher qu’elle ne se déplace.

Pour faciliter l’application de la ligature , et être moins exposé, en la serrant, à blesser la peau ou à déranger l’appareil , il est avantageux de disposer celui-ci de telle manière qu’il soit également épais dans toute son étendue, et qu’il représente une forme à peu près cylindrique lorsqu’il est fixé. Si je fais cette recommandation , c’est que j’ai vu quelques vétérinaires lui donner une forme lout-à-fait hémisphérique, en accumulant l’étoupade sur le centre qui était ainsi le point le plus élevé, et en n’en laissant qu’une couche très-mince à toute la circonfé-

rence. Par cette disposition, les tours de bande qui passent à la partie supérieure , peuvent plus facilement glisser en haut , si on ne les serre pas suffisamment; et si on les serre assez pour les empêcher de couler, ou bien ils font descendre l’appareil qu’ils refoulent de haut en bas (1), ou bien ils font ressentir trop fortement leur action au bourrelet dont ils ne sont séparés que par une couche d’étoupes trop mince. Par la même raison, les tours inférieurs ne compriment pas à plat, et peuvent remonter l’appareil ou glisser en bas avec plus de facilité.

C’est ainsi qu’on dispose les plumasseaux , quand l’opération a été simple : mais il y a quelques autres précautions à prendre lorsqu’il existe des complications : je vais les indiquer trèssuccinctement. Si le bourrelet a été fendu pendant l’opération , on rapproche le plus possible les bords de l’incision, de manière à les mettre en contact dans toute leur étendue, et on prend bien garde de déranger ce contact en faisant le pansement. Les expériences que j’ai tentées à ce sujet m’ont démontré que les points de suture sont, dans ce cas, plus nuisibles qu’utiles. Une

(i) On n’a pas à craindre ce premier inconvénient, quand, à l’exemple de plusieurs opérateurs, on soutient le pansement par une ou deux éclisses , fixées sous la sole du côté malade.

oîi deux bandelettes agglutinatives conviendraient mieux, si on était à même de s’en procurer. On cherche, par ce moyen, à obtenir la réunion par première intention des deux lèvres, afin d’éviter une espèce de seime sur le nouveau quartier : mais ce mode de réunion est généralement assez difficile à obtenir, surtout quand la peau est dure et tuméfiée. Si le bourrelet a été détruit partiellement , quelle qu’en soit la cause, il n’y a pas de cicatrisation primitive à espérer ; on ne peut que chercher à rendre moins étendue l’altération de la paroi qui doit en résulter, en ne laissant que le moins d’écartement possible entre les deux bords de la solution de continuité. Si la capsule a été ouverte, on applique immédiatement sur l’ouverture un petit tampon d’étoupe légèrement humectée,, assez large pour la recouvrir tout entière. On fait bien attention que des filamens de ce tampon ne s’interposent pas entre les bords de la blessure „ et on place le reste de l’appareil comme nous l’avons indiqué. J’ai dit plus haut ce qu’on devait penser des préparations médicamenteuses dont les anciens hippiatres vantaient l’efficacité dans cette circonstance , et qu’emploient encore beaucoup de praticiens. Quand Faniculation a été ouverte, on doit reculer l’époque ordinaire du premier pansement ; ou , si des raisons particulières

obligent à lever plus tôt l’appareil , on n’en enlève ( si on le peut sans inconvénient ) que la partie qui repose sur la plaie sous-cornée ; car il est extrêmement important de ne pas déranger les plumasseaux couchés sous le bourrelet , par lesquels est soutenu le tampon qui recouvre la capsule ; celle-ci , à cette époque , pouvant bien n’être encore qu’imparfaitement cicatrisée, lors surtout qu’elle a été largement ouverte, ou que récoulement de la synovie s’est manifesté avant l’opération.

La blessure du ligament latéral antérieur, que nous avons dit être dans tous les cas très-grave, ne présente, lors du pansement, aucune indication particulière.

La destruction d’une partie du tissu podophylleux par l’instrument tranchant , mérite ici la plus sérieuse attention. On se rappelle ce que j’ai dit plus haut sur l’inutilité, sur le danger même d’une compression forte, lorsque le tissu feuilleté n’a point été endommagé. Dans le cas contraire , qui est celui que nous supposons, comme du tissu cellulaire abondamment pourvu de vaisseaux a été mis à nu , il y a une tendance très-grande au bourgeonnement qu’il est nécessaire de prévenir, en exerçant une compression plus forte sur l’endroit où il est à craindre. C’est pourquoi on rend l’étoupade plus

résistante et plus ferme, en accumulant un peu plus de plumasseaux sur le point lésé. Ce précepte doit être surtout observé, lorsque la destruction partielle du tissu a eu lieu vers la partie antérieure de la plaie ; car c’est auprès de la paroi que les bourgeonnemens offrent le plus de gravité.

Enfin, dans le cas où on aurait été obligé de pratiquer aussi la dessolure , on n’oubliera pas que le pansement indiqué à la suite de cette opération doit précéder celui du javart.

La ligature la plus avantageuse pour maintenir l’appareil , est du ruban de fil bis de i5 ou 18 lignes de largeur au moins. L’opérateur ordonne à un aide de la prendre par le milieu de sa longueur, et de l’appliquer sur le point de l’appareil correspondant à la partie supérieure du bourrelet , en en dirigeant les deux extrémités de manière que l’une d’elles vienne passer entre l’éponge du fer et le talon non malade, tandis que l’autre passe sur la partie antérieure du sabot qu’elle contourne, et rejoint la première en la croisant au-dessus de l’éponge. Pendant que l’aide serre ce premier tour, l’opérateur, les deux mains étendues et appuyées sur l’étoupade, empêche qu’elle ne soit refoulée en haut ou en bas par la compression exercée au centre. C’est par ce moyen , et principalement

par l’application du premier tour de bande un peu au-dessus du bourrelet, qu’on prévient le changement de position que pourrait éprouver cet organe; changement fâcheux, non pas, comme on l’a dit , à cause de l’augmentation des douleurs locales qu’il produirait, mais bien à cause de la fausse direction que prendrait la surface sécrétante, et conséquemment la paroi qui doit en descendre. Il est donc bien important d’éviter ce dérangement , puisqu’il est vrai que ce n’est qu’avec beaucoup de peine qu’on parvient à redresser le bourrelet lorsqu’il a été remonté; l’épaississement considérable de la peau après l’opération, nécessitant pour cet effet une compression très- méthodique continuée pendant plusieurs pansemens. Lorsque le premier tour est assez serré pour qu’on n’ait pas à craindre le dérangement de l’appareil, l’opérateur confie une des extrémités de la ligature à l'aide qui la maintient et l’empêche de glisser; tandis que lui-même saisissant l’autre extrémité , la fait passer à la partie supérieure , puis à la partie inférieure de l’étoupade, afin de fixer celle-ci tout d’abord, et de prévenir son déplacement en haut ou en bas, dans le cas où ranimai viendrait à se livrer à de grands mouvemens. Il continue ensuite les circonvolutions autour du pied, en observant bien, i° d’appliquer la ligature à plat,

et de l’adapter sur l’appareil en la tenant toujours bien tendue d’une main, tandis qu’avec le plat du pouce de l’autre main qu’il passe à plusieurs reprises sur sa surface , il l’étend et la moule en quelque sorte sur les parties qu’elle recouvre; 2° de ne jamais faire prendre un point d’appui aux tours de bande ailleurs que sur le sabot ou l’éponge du fer ; l’expérience ayant appris que des accidens plus ou moins graves peuvent être la conséquence d’une pression exercée par la ligature sur la couronne, et notamment sur la partie molle des talons. C’est ainsi que Lafosse , M. Girard et M. d’Àrboval s’accordent à recommander de ne pas faire passer le ruban sur cette dernière région, dans la crainte d’y déterminer par une pression trop forte la carie de l’autre cartilage. J’ai publié l’exemple d’un accident semblable^ dans le numéro d’octobre 1827 du Recueil de Médecine vétérinaire ; et je sais que des faits de ce genre ont été observés par d’autres vétérinaires. Si la conformation du pied était telle qu’on ne pût éviter le passage de la bande sur ces parties , il serait prudent, lorsqu’on n’a pas à sa disposition de fer à crochet, de les préserver d’une pression immédiate par l’interposition de quelque peu d’étoupe.

Dans les pieds plats et évasés, dont la paroi est

très-oblique , il est extrêmement difficile de maintenir les tours de bande sur la partie antérieure du sabot; comme ils n’appuient sur la muraille que par leur bord inférieur, ils laissent un certain intervalle entre leur bord supérieur et la corne; ils font ce qu’on appelle des godets. C’est en vain qu’on multiplie les renversés , on ne peut empêcher la ligature de remonter vers la couronne , ce qui fatigue beaucoup cette région, et nuit singulièrement à la solidité du pansement. Il n’est qu’un moyen de prévenir ces inconvéniens sur de tels pieds, c’est de se servir des lames des deux clous de pince pour arrêter la ligature : on ne les coupe pas ou que très-peu après avoir broché ; on les coude à moitié , et on passe les différens tours de ruban au-dessous de ces espèces de crochets qu’on rabat ensuite complètement. Le nœud qui arrête la ligature ne doit jamais se trouver du côté de la plaie ; et si le ruban n’est plus assez long pour permettre de faire un nœud on en fixe les deux chefs ou extrémités avec de fortes épingles.

L’appareil étant ainsi placé, on doit en explorer avec soin toutes les parties, pour s’assurer qu’il exerce une compression égale et suffisante sur tous les points, et en même temps qu’il a assez de souplesse pour fléchir sous la pression des doigts. Alors tout est terminé ; on ôte la ligature

du paturon, que l’on frictionne pendant quelques instans pour y rétablir la circulation ; on met une enveloppe de grosse toile par-dessus l’appareil; on relève le malade avec précaution ( i), et on le fait ensuite bouchonner et conduire à l’écurie sur une bonne litière. Il n’est pas rare de voir l’animal boiter sensiblement moins qu’avant l’opération ; il est même des chevaux qui ne boitent pour ainsi dire pas du tout , et chez lesquels la claudication est très-légère pendant toute la durée du traitement. Le plus ordinairement il n’en est point ainsi ; la boiterie devient excessive, et le pied ne pose pas à terre pendant plusieurs jours.

Quelquefois , immédiatement après l’opération , lorsque le cheval relevé cherche à appuyer sur le sol le pied malade , le boulet fléchit en avant, et la chute devient imminente à chaque pas que fait l’animal. Il marche comme certains chevaux auxquels on vient de pratiquer la névrotomie; il semble qu’il n’ait plus le sentiment de son appui. J’ai cru pendant quelque temps que

(1) En mai 1827, j’ai vu aux hôpitaux de l’École un cheval qu’on venait d’opérer d’un clou de rue pénétrant au pied antérieur gauche , et qui en se relevant brusquement, posa un des pieds postérieurs sur l’éponge du fer fixé au pied malade, et arracha ainsi le fer et l’appareil. On avait négligé de lui mettre une enveloppe avant de le faire relever.

cet état pouvait être attribué à la blessure d’uii des nerfs plantaires pendant l’opération ; mais il est plus vraisemblable qu’il est dû à l’engourdissement du membre, qui a été long-temps et fortement serré par la plate-longe et la ligature du paturon. Cette faiblesse n’est en effet que momentanée , et cesse bientôt d’elle -même, ou après quelques frictions sèches sur les parties qui ont été comprimées par les liens. Au bout de quelques instans, on voit le sang s’échapper de tous les points de l’appareil; il corde pendant huit ou dix minutes en assez grande quantité ; mais bientôt un caillot se forme sur la plaie, et cette hémorragie s’arrête. Je ne sache pas qu’on ait jamais été obligé de recourir à des moyens particuliers pour la faire cesser.

Quelque peu irritable que soit le malade , il convient toujours de le tenir à la diète blanche les trois ou quatre premiers jours qui suivent l’opération , sauf à rendre ce régime plus substantiel, si la fièvre est légère et bientôt dissipée. Mais si les souffrances sont vives, si les symptômes de réaction générale sont très-intenses et se prolongent, non-seulement on continue la diète et on la rend plus sévère , mais on saigne une ou plusieurs fois l’animal, suivant son tempérament , l’état du pouls, des muqueuses apparentes et de la respiration; on donne quelques

lavemens, on fait des lotions adoucissantes ou calmantes sur la région du membre située audessus de l’appareil , et on applique par-dessus celui-ci un large cataplasme émollient qu’on renouvelle matin et soir. Quand les douleurs sont grandes , l’animal ne prend aucun appui sur le pied malade : si c’est un pied postérieur > il le tient toujours levé, et craint le moindre attouchement sur le sol ; de temps à autre il se manifeste dans le membre des mouvemens comme convulsifs d’élévation et d’abaissement qui attestent des éîancemens dans la partie opérée : si c’est un pied antérieur, l’animal tient le membre malade demi-fîéchi , l’épaule basse , la pince touchant à peine le sol; tout le corps est rejeté sur l’autre membre qui peut devenir fourbu, pour peu qu e cette situation se prolonge : aussi , presque toujours dans ce cas , les animaux irritables restent-ils couchés sur le côté non malade , la tête étendue sur l’encolure, les lèvres crispées, la respiration haute et plaintive, donnant tous les signes d’une vive douleur. Il 11e faut pas pourtant se hâter d’enlever ou de desserrer l’appareil , ce qui ne changerait rien à l’état du malade : les souffrances qu’il éprouve sont les conséquences nécessaires d’une opération aussi grave sur des parties vasculaires douées d’une très-grande sensibilité; elles ne doivent

donc point étonner; seulement elles commandent une surveillance plus attentive , un régime plus sévère , et l’usage des moyens antiphlogistiques que j’ai indiqués plus haut. S’il arrivait cependant que le vétérinairecraignîtavec quelque fondement d’avoir trop serré l’appareil ^ il ne saurait trop s’empresser de diminuer une compression dont les suites pourraient être fort graves.

Cet état d’exaspération , quand il a lieu , dure rarement au-delà de six à sept jours; le plus souvent il cesse ou diminue sensiblement le quatrième où le cinquième jour. En général, il est plus fréquent, plus intense et dure plus longtemps , quand l’opération a été faite sur un membre antérieur, quand il y avait ossification du cartilage , ou quand on a été obligé de ruginer l’os du pied. Ces accidens inflammatoires sont plus rares et moins à craindre sur les pieds postérieurs; et parmi les nombreuses observations que je dois à la complaisance de M. Yatel , il en est une dont le sujet affecté d’un javart cartilagineux au membre postérieur gauche, ne boita jamais ni avant ni après l’opération.

Il est impossible de déterminer précisément combien de temps doit s’écouler entre l’opération et la levée de l’appareil. L’abondance et la qualité du pus, le degré d’élévation ou d’abais-

sement de la température atmosphérique, la nature des souffrances qu’éprouve l’animal , sont autant de circonstances qui hâtent ou retardent l’époque du premier pansement. Cependant ^ sans rien fixer à cet égard , on peut dire qu’il est toujours avantageux de la reculer le plus possible, quand les circonstances le permettent ; lors, par exemple, que les souffrances locales et générales diminuent graduellement , et que le pus qui suinte par la partie supérieure de l’appareil est peu abondant et de bonne nature, ou même qu’on n’en aperçoit pas de trace. J’ai vu, ainsi que plusieurs vétérinaires , des chevaux sur lesquels, l’opération ayant été simple, il a suffi d’un seul pansement bien fait pour la conduire à parfaite guérison. Quand les ravages de la maladie ont nécessité de grands délabremens, il serait impossible, imprudent même d’attendre jusqu’à guérison ; mais il est d’observation que dans ce cas encore, les plaies qui prennent une bonne direction ont un aspect d'autant plus satisfaisant, qu’on a été plus long- temps à lever le premier appareil: aussi ne saurais- je trop désapprouver l’habitude qu’ont encore beaucoup de vétérinaires, de croire que le premier pansement doit se faire de rigueur, et, quoi qu’il arrive , du troisième au cinquième jour. Le plus ordinairement, à cette époque, les douleurs lo-

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