‹ Traité du javart cartilagineuxChapitre 6 sur 8 · IO · texte numérisé non relu

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cales encore très-vives sont nécessairement augmentées par les frottemens ou les pressions dont s’accompagne le pansement; la suppuration n’étant point encore établie , n’a pu détacher les plumasseaux qui sont adhérens à la plaie encore toute sanglante et de mauvais aspect. Dans ce cas , de trois choses l’une : ou bien il faut se borner à n’enlever que l’étoupade la plus extérieure sans toucher à celle qui repose sur la plaie , et alors à quoi bon lever l’appareil? ou bien on enlève tous les plumasseaux en arrachant les plus profonds, ce qui cause de vives douleurs et fait de nouveau saigner la plaie ; ou bien , pour faciliter leur enlèvement, on plonge la partie malade dans un bain tiède, moyen presque toujours nuisible dans les plaies du pied, et qu’à moins d’indications particulières il importe toujours de ne pas employer.

Il est pourtant des cas où il y a moins d’incomvéniens à panser au bout d’un aussi bref délai; c’est lorsque l’élévation de la température et l’étendue des plaies ont déterminé une suppuration plus prompte , plus abondante, dont les produits peuvent acquérir des caractères irritans. Il en est d’autres, plus rares heureusement, où un examen prématuré de la plaie est nécessaire; c’est lorsque les douleurs de l’animal, loin de s’apaiser, vont toujours croissant, et que, mal-

gré le traitement antiphlogistique le plus actif, la lièvre générale 11e paraît pas s’amender : mais alors ce 11’est point seulement pour faire un nouveau pansement qu’on enlève le premier c’est pour rechercher les causes de ces douleurs si vives; c’est pour y remédier, si on les trouve. Quoi qu’il en soit, c’est toujours une nécessité fâcheuse que d’être obligé de lever l’appareil avant l’établissement complet d’une suppuration louable.

Quand il ne survient pas d’accident, c’est du huitième au douzième jour qu’on doit procéder au premier pansement. On prépare et dispose d’avance tout ce qui est nécessaire à son exécution, afin délaisser la plaie moins long-temps à découvert. On place l’animal dans un lieu assez éclairé pour permettre devoir bien distinctement l’état des parties , et on enlève avec précaution et successivement les différentes couches dont se compose l’étoupade. Il est extrêmement rare, si toutefois cela est possible^ qu’au bout de ce temps les plumasseaux soient encore adhérens à la surface de la plaie, dont ils sont complètement séparés par le pus ou. la corne qui ont été sé-^ crétés; il est donc inutile de mettre alors le pied dans un bain comme le conseille M. d’Arboval.

À cette époque (1) , quand le premier appareil a été bien disposé, la partie opérée se présente sous l’aspect suivant : toute la surface podophyileuse est recouverte d’une substance cornée molle, d’un jaune pâle^ formant une couche encore très-mince ; la peau de la couronne, légèrement tuméfiée, est réunie aux parties sousjacentes; on voit qu’à la surface sécrétante du bourrelet, a déjà été exsudée une couche peu épaisse de corne brunâtre encore sans consistance. Entre cette corne du bourrelet et celle du tissu podophylleux, se remarque une plaie d’un rose pâle ou vermeil, dont l’étendue est toujours en rapport avec la tuméfaction de la couronne : c’est par cette plaie qu’a lieu la suppuration, et c’est de sa cicatrisation que dépend la complète guérison. Cet aspect de la plaie est le plus satisfaisant possible , et quand il se présente, il suffit d’un ou deux pansemens à huit ou dix jours d’in-? tervalle, pour terminer la cure.

D’après ce qui précède , on conçoit que si , par une mauvaise disposition de l’appareil, ou lors de l’application de la ligature , le bourrelet a été refoulé en haut, la plaie dont je viens de parler

(i) Je suppose toujours que 1’opéra.tion était simple, et que le tissu feuilleté ainsi que le bourrelet ont été conservés dans une intégrité parfaite.

est plus grande et la couronne plus tuméfiée ; il faut alors disposer la nouvelle étoupade de manière à ramener le bourrelet en bas, et à le replacer dans sa véritable situation. On y parviendra plus facilement , en concentrant la compression sur la partie saillante de la couronne, où on serrera les tours de bande un peu plus fort que sur le reste de l’appareil, qui n’a pas besoin d’ètre serré, mais seulement d’ètre maintenu. Dans les deux cas précédens, quand la plaie qui sépare les productions cornées du bourrelet et du tissu feuilleté est de belle apparence, il suffit d’enlever légèrement avec une boulette d’étoupe bien molle la petite quantité de pus qui la recouvre, et de faire le pansement à sec ou avec de l’alcool, ou du vin très-étendus. On augmenterait avec avantage la portion de vin ou d’alcool, on pourrait aussi employer la teinture d’aloès affaiblie, si les bourgeons étaient pâles et blafards, comme on le remarque presque toujours sur les gros chevaux lymphatiques.

Quand une certaine quantité de tissu podophylleux a été détruite, la plaie suppurante est beaucoup plus étendue, et il n’existe de couche cornée que là où ce tissu a été conservé intact : de sorte que, si les feuillets ont été entamés en plusieurs endroits très-circonscrits., on voit autant de petites plaies qu’il y a eu d’entamures, et que ces

pet Ites plaies sont isolées les unes des autres, et entourées par des productions de corne qui recouvrent les portions podopbylleuses qui ont été respectées. Ces plaies sont belles et ne font point d’exubérances, si la compression a été méthodiquement faite. Il faut donc, dans les pansemens suivans , la continuer de la même manière sur les points non encore recouverts de corne ; et au fur et à mesure que le tissu feuilleté se régénérera (ce qui a toujours lieu de la circonférence au centre), chaque plaie diminuera d’étendue, et au bout de peu de temps , la cicatrisation complète aura lieu. Il est inutile de dire que cette cicatrisation s’opérera d’autant plus vite que les plaies seront moins étendues, et que le tissu feuilleté aura été blessé moins profondément. Aussi est- elle généralement fort longue, lorsque l’os du pied a été intéressé (i).

Enfin , si toute la portion de tissu podo-

(i) Gela se conçoit aisément, quand on réfléchit aux connexions organiques qui enchaînent et lient entre eux ces différens tissus; connexions telles, qu’en les examinant de l’extérieur à l'intérieur, il devient évident qu’ils sont la conséquence les uns des autres : c’est ainsi que la corne du tissu podophylleux ne peut se reproduire, si ce tissu n’existe pas : celui-ci , s’il n’y a pas de tissu réticulaire , et ce dernier si l’os du pied , duquel émanent en grande partie les vaisseaux qui îe constituent, a été détruit.

phylleux mise à découvert par l’enlèvement de la paroi , a été détruite ^ toute la surface que laisse à nu la levée du premier appareil au bout de huit à dix jours , ne forme qu’une seule plaie plus ou moins égale et rouge, qui suppure abondamment : c’est surtout alors qu’il est important de ne pas laisser long-temps la plaie au contact de l’air , et d’apporter la plus grande attention dans l’exécution du pansement; car c’est dans ce cas qu’on a le plus à craindre que les chairs ne surmontent, et que la moindre inégalité dans la compression ne permette le développement trop considérable de quelques bourgeons charnus. La plaie étant plus grande, la guérison est nécessairement plus longue que dans les cas précédens , et de même que dans ceux-ci, c’est de la circonférence au centre que les tissus se régénèrent. Les parties de cette plaie qu’il faut surveiller plus spécialement , sont celles qui avoisinent ou qui touchent les portions conservées du sabot ; car c’est là que les bourgeon n e m eus seraient plus 'douloureux et plus difficiles à combattre. Comme la sécrétion du pus est très-abondante à cause de l’étendue de la surface suppurante , il est nécessaire de rapprocher davantage les pansemens qui suivent ; sans cette précaution , la corne qui commence à descendre du bourrelet , et celle qui se forme successivement sur les parties régénérées de la

circonférence , s’altèrent et se ramollissent par l’espèce de macération qu’elles éprouvent au milieu du produit de la suppuration ; c’est une remarque que j’ai été à même de faire plusieurs fois.

Il est deux ordres d’accidens également graves qui peuvent se montrer dans le cours du traitement , retarder l’époque de la guérison ou la rendre moins parfaite : ce sont les fistules et les cerises.

Je ne pense pas que les fistules qui se manifestent après l’opération du javart puissent jamais être, comme on l’a dit^ la conséquence immédiate d’une compression mal faite. Elles sont constamment produites et entretenues, i° par une nouvelle carie développée sur des portions restées de la base du cartilage , quand on ne l’a pas enlevé complètement ; 20 par des parcelles cartilagineuses non cariées , mais qui , n’étant plus continues à l’os du pied, sont de véritables corps étrangers qui doivent être éliminés ; 3° par la carie ou l’exfoliation d’une portion de l’os du pied ; 4° Par la continuation de l’écoulement synovial , quand la capsule a été ouverte. Telles sont les quatre causes principales et les plus ordinaires des fistules. Celles-ci ne se reconnaissent pas toujours au premier ou deuxième pansement; la persistance de la boiterie n’en est pas non plus un effet nécessaire , quoiqu’il en

soit ainsi le plus souvent. On peut soupçonner l’existence d’une fistule, quand on aperçoit à la surface de la plaie, qui peut être belle du reste, un bourgeon un peu plus saillant, plus large, plus pâle et plus mollasse que les autres; si on explore avec une sonde la périphérie de ce bourgeon , on pénètre dans un conduit de profondeur variable, duquel s’échappe ordinairement un peu de pus quand on retire l’instrument.

Si ce sont des exfoliations cartilagineuses ou osseuses qui tendent à s échapper par cette voie , on débride avec un instrument tranchant pour faciliter leur sortie que l’on peut hâter, en arrachant avec des pinces ces portions mortifiées, si elles ne sont plus que faiblement adhérentes ; pour peu qu’elles offrent de résistance, on doit attendre que leur séparation s’effectue naturellement ; et afin que le trajet fistuieux qu’on a débridé ne se rétrécisse pas , on y introduit un petit plumasseau en forme de tente. Si c’est la carie d’une portion restée du cartilage qui entretient la fistule, ce qu’annonce la couleur verdâtre de son fond, il faut pénétrer jusqu’à cette portion et l’exciser le plus tôt possible : l’introduction d’une petite boule de sublimé corrosif sur le point carié a quelquefois produit d’heureux effets dans cette circonstance. Si c’est une carie de l’os, on la reconnaît à la couleur et à l’odeur du pus , au siège de la fistule et

à la sensation que fait éprouver la sonde , quand elle porte sur le point malade : il faut découvrir et ruginer le siège de la carie, ou bien si le malade est peu irritable ; on touche le point malade avec la pointe d’un cautère étroit et chauffé au rouge vif. Enfin, on reconnaît que la fistule est due à l’ouverture persistante de l’articulation, quand, en enlevant les derniers plumasseaux, on trouve à son orifice extérieur des flocons blanchâtres de synovie concrétée. Dans ce cas , qui heureusement est un des plus rares , la boiterie est excessive, et l’écoulement synovial abondant: si déjà douze ou quinze jours se sont écoulés depuis l’opération, il est bien à craindre que le mal ne soit incurable ; il se pourrait faire pourtant que l’occlusion long-temps prolongée de la fistule par un petit tampon d’étoupe, fût suivie d’un résultat heureux. Les xlnglais conseillent l’emploi du cautère actuel sur l’ouverture de la fistule; c’est une méthode que je n’ai point eu occasion d’essayer en pareille circonstance, et qui; je crois, ne devrait être mise en usage que comme dernière ressource. L’emploi des teintures résineuses et d’une légère compression me paraît moins dangereux et compte quelques succès dans le cas de plaies articulaires. Si , au bout d’un mois , on reconnaissait que la synovie coulât encore avec la même abondance, que les parties environnantes

fussent tendues, douloureuses, que l’animal n’appuyât pas sur son membre, il faudrait, à moins de considérations particulières, en faire le sacrifice ; car la guérison, en supposant qu’elle fût possible, serait certainement fort longue et très-imparfaite.

On désigne sous le nom de cerises , de petites excroissances charnues très-vasculaires , de forme hémisphérique , qui s’élèvent sur un ou plusieurs points d’une plaie, et que leur surface lisse, d’un rouge ordinairement vif, a fait comparer au fruit dont elles portent le nom. Après l’opération du javart, les cerises ne se développent que là où le tissu feuilleté a été détruit, et alors elles dépendent de l’inégalité de la compression, ou de quelque autre cause produite et entretenue par des pansemens mal laits. Quand elles sont récentes, peu élevées et non entourées ou avoisinées par de la corne, il suffit le plus souvent, pour les faire disparaître, d’exercer sur elles une compression un peu forte pendant un ou deux pansemens. Elles sont plus rebelles si elles existent depuis plus de six à sept jours, et si elles sont déjà circonscrites par des portions de nouvelle corne qui semblent en étrangler la base. Elles sont surtout douloureuses et difficiles à guérir, quand elles se développent à la partie antérieure de la plaie, et qu’elles touchent la paroi

conservée. Lorsqu’elles sont récentes , peu élevées, à base large, on devra toujours en tenter la guérison par la compression pure et simple; si celle-ci est’inefficace, on aura recours, suivant les cas, aux cautères actuel ou potentiel^ ou à l’instrument tranchant.

Les escarrotiques les plus usités , tels que l’onguent égyptiac, la poudre d’alun, la poudre du frère Corne, l’acétate de cuivre pulvérisé , etc. , ne sont efficaces que lorsque les cerises ont peu d’élévation; quand elles sont volumineuses et entourées de corne à leur base, on emploie avec plus d’avantage la poudre de sublimé corrosif, dont on recouvre un petit plumasseau qu’on applique sur l’excroissance. Celle-ci, promptement convertie en une escarre épaisse et dure , tombe au bout de 6 à 8 jours: il en résulte une petite plaie qu’on empêche de bourgeonner de nouveau , en amincissant bien les couches cornées qui l’avoisinent: on panse avec des plumasseaux recouverts d’onguent égyptiac affaibli, ou de tout autre dessiccatif, et on exerce une légère compression. La destruction par le sublimé , non-seulement de l’excroissance charnue, mais encore des tissus qui lui donnent naissance , est cause que ces petites plaies sont souvent assez long-temps à se cicatriser et à se recouvrir de

corne.

J’ai dit que les cerises qui se développaient au voisinage ou sous l’angle de la paroi , étaient plus graves que les autres; la raison en est, d’un côté, dans le contact douloureux de leur sommet avec la corne toujours très-dure de la muraille, qui ajoute à l’irritation dont elles sont le produit ; de l’autre , dans l’activité que donne à leur accroissement l’étranglement qidexerce à leur base l’angle interne de cette muraille. Aussi, quand elles ont leur siège sur ces parties de la plaie , voit-on souvent échouer l’emploi des caustiques, du cautère actuel, de l’excision même; et est-on obligé d’extraire la portion de paroi qui comprime et étrangle la base de la cerise. J’ai vu plusieurs fois de ces sortes de végétations qui avaient résisté long-temps à l’application réitérée des caustiques et du feu , disparaître en quelques jours par l’extraction de la portion de paroi qui les avoisinait.

Presque toujours les côtés de la sole et de la fourchette qui correspondent au quartier malade, sont soulevés par un liquide puriforme très-fétide ; cela se remarque surtout, quand la suppuration est abondante et que l’animal souffre beaucoup. On dit alors que le cheval fait sole neuve ou fourchette neuve y parce qu’en dessous des portions de corne soulevées, se forme une nouvelle corne dont on doit faciliter la pousse,

en enlevant celle que le pus a déjà détachée. D’autres fois, la fourchette ne se détache pas ; mais en macérant long-temps dans le pus qui séjourne autour d’elle, elle se ramollit, s’altère, s* échauffe. Il suffit de la bien déierger à chaque pansement , et d’introduire dans son vide et ses commissures un plumasseau imbibé d’eau vinaigrée, ou dans laquelle on aura délayé un peu d’onguent égyptiac. On doit avoir soin aussi, à chaque pansement, de nettoyer la peau de la couronne du pus qui salit les poils, s’y amasse, s’y concrète, et en se desséchant y détermine du prurit. C’est une précaution qu’on néglige peut-être trop souvent , car l’animal excité par la démangeaison qu’il éprouve , cherche à se gratter avec ses dents ou le pied opposé au malade , et peut ainsi déranger ou faire tomber l’appareil. Je pourrais en citer plus d’un exemple.

La guérison à la suite de l’opération du javart est ordinairement assez prompte, quand celle-ci a été simple , bien faite , et que les pansemens ont été exécutés avec discernement et méthode. Mais elle peut être plus ou moins retardée,

, même après l’accomplissement de ces conditions, par des maladies indépendantes de l’opération, qui existaient avant, ou qui se sont développées après qu’elle a été pratiquée. La plupart des vétérinaires s’accordent à regarder

comme des conditions fâcheuses , et qui peuvent rendre la guérison , sinon impossible, au moins tardive ou incomplète, la concomitance d’affections d’un caractère farcineux ou morveux, des eaux aux jambes, etc. ; en général , des maladies qui paraissaient inhérentes à la constitution de l’individu. M. le professeur Moiroud m’a assuré qu’il avait vu plusieurs chevaux farcineux, chez lesquels la plaie résultant de l’opération du javart avait long -temps conservé l’aspect des plaies dites farci neuses. Il paraîtrait pourtant que la morve, quand elle existe seule, n’a pas une influence aussi sensible sur l’état des parties opérées : en effet, la plupart des chevaux qui ont servi à mes expériences étaient morveux; sur presque tous j’ai fait l’extraction du cartilage, et je n’ai pas remarqué que la cicatrisation fût plus lente , et la pousse de la corne moins rapide que sur les chevaux non affectés de cette maladie. Au reste, cette dernière question est assez peu importante pour nous , car il faudrait des raisons toutes particulières pour qu’on se décidât à opérer un cheval morveux.

Une observation plus constante , c’est que l’existence des eaux aux jambes, notamment sur le membre opéré, rend la guérison souvent difficile, et dans presque tous les cas très-longue: soit que la plaie prenne un mauvais caractère, par

suite d'un vice inhérent à la constitution du sujet ; soit que l’écoulement abondant de la matière des eaux aux jambes , en pénétrant sous l’appareil , arrive jusqu’aux parties vives, et y produise une irritation spéciale qui en retarde ou en empêche la cicatrisation. Je dois à M. Bouley jeune la communication de quelques faits fort intéressans sous ce rapport. Trois chevaux affectés de carie du cartilage et en même temps d’eaux aux jambes, furent opérés par ce vétérinaire. Sur chacun d’eux le crapaud se manifesta aux pieds opérés r après six ou huit mois d’un traitement infructueux, et malgré les soins les plus appropriés à l’état des parties. ] /opération a été tentée dans des cas semblables avec des résultats tout-à-fait différens, par M. Sanitas, de Long- Jumeau r qui a bien voulu m’envoyer quelques notes à ce sujet. M. Sanitas ayant enlevé le cartilage sur quatre chevaux affectés d’eaux aux jambes au membre malade , ces animaux guérirent parfaitement des suites de l’opération , au bout d’un temps assez court. Une circonstance fort singulière dans les observations deM. Sanitas, c’est que les eaux aux jambes , bien qu'accompagnées de fies énormes chez un des chevaux , diminuèrent au fur et à mesure que les plaies du pied allaient mieux , et finirent par disparaître entièrement. Je cite ces derniers faits plutôt comme très^

curieux , que comme devant servir de base de conduite aux vétérinaires : je pense , au contraire, que ce n’est qu’avec la plus grande circonspection qu’on doit se hasarder à opérer des animaux affectés d’eaux aux jambes , surtout quand elles son anciennes et étendues, et qu’elles existent sur le membre malade*

Les phlegmasies viscérales aiguës ne paraissent pas entraver la marche de la cicatrisation. Trois chevaux amenés aux hôpitaux de l’École pendant l’été de 1 8^5 , pour y être traités du javart cartilagineux, furent atteints après l’opération et pendant le traitement, de l’entérite épizootique qui régnait alors ; ôn ne remarqua pas que cette maladie, dont la durée fut de dix-sept jours chez l’un d’eux , ait retardé la guérison de la plaie du pied, qui était tout-à-fait recouverte de corne au bout de trente-quatre jours.

L’époque à laquelle on peut faire travailler le cheval après l’opération, varie suivant une foule de circonstances dont je n’ai pu faire connaître que les principales. Il est des chevaux qui ont pu travailler au bout de dix-huit à vingt jours; d’autres ont été cinq à six mois avant d’ëtre en état de rendre le moindre service. M. d’Arboval assure que les chevaux opérés par lui, l’appareil disposé de manière à obtenir la réunion par première

intention, ont été en état de travailler tout doucement , les uns au bout de vingt-et-un à vingtdeux jours, les autres au bout de vingt-cinq à trente ; tandis qu’en cherchant à obtenir la réunion par seconde intention, on est très-heureux si l’on peut se servir de l’animal au bout de six semaines. J’ai donc été souvent plus que trèsheureux; car je puis assurer de mon côté, que la plupart des chevaux que j’ai opérés par le procédé que blâme M. d’Arboval , ont pu labourer du vingt-cinquième au trentième jour, et que quelques-uns même ont fait le service de poste et de diligence du deuxième au troisième mois. Les exemples de ce genre sont trop multipliés, et ils m’ont été fournis par un trop grand nombre de vétérinaires , pour que je croie devoir les rapporter ici. Je citerai seulement un de ceux qui m’ont été communiqués par M. Rossignol , médecin -vétérinaire à Paris : le cheval qui l’a fourni fut opéré du javart cartilagineux le 1 1 octobre 1827 ; des plumasseaux furent introduits sous la peau de la couronne ;et le ier novembre , vingt-un jours après, le cheval était ferré, ne boitait presque plus , et travaillait sur

le pavé à la voiture d’un gravatier.

On ne doit pas attendre, pour se servir de l’animal , que la plaie soit entièrement cicatrisée et recouverte de corne. Aussitôt qu’il 11e boite

plus , ou que très-peu , et qu’en même temps la plaie peu étendue est de belle apparence et marche à une bonne cicatrisation , on peut l’employer à un travail léger sur un terrain doux et meuble, au labour ou à la herse, par exemple. Dans les circonstances ordinaires , cet état de l’animal se remarque du vingt -cinquième au trente-cinquième jour. Pour les chevaux qui travaillent au pas sur le pavé, on doit attendre du trente - cinquième au quarante - cinquième jour; et pour ceux qui courent , il est nécessaire que la plaie soit entièrement recouverte de corne , et que la claudication ne soit plus ou que très-peu ^percevable.

Avant de faire travailler l’animal , il est indispensable de ferrer le pied malade d’une manière convenable au service qu’il va faire , et au maintien de l’appareil qui devra être renouvelé, jusqu’à ce que la corne partout régénérée , ait acquis quelque consistance. À cet effet , si la fourchette est assez forte, on se sert d’un fer à planche un, peu plus long que le fer à planche ordinaire, dont la branche correspondant au côté malade est plus large, et porte sur la rive externe en talon un pinçon de cinq à six lignes de hauteur ^ et d’une longueur égale à celle de la portion de muraille qu’on a enlevée. Ce pinçon est percé dans son épaisseur, de sept à huit petits trous

au moyen desquels on fixe sur cette branche du fer une bottine en cuir qui entoure le sabot qu’elle embrasse exactement , et sur lequel elle est adaptée et serrée par des courroies à boucles, ou des lanières. Cette bottine ainsi appliquée sur l’étoupade , la soutient pendant le travail , la garantit du choc ou du frottement immédiat des corps durs qui pourraient la déranger ou occasionner sa chute, et ne permet pas à l’humidité ou à la boue de pénétrer jusqu’à la plaie. On panse celle-ci tous les cinq à six jours, jusqu’à parfaite cicatrisation, soit avec des plumasseaux secs , soit avec un peu d’onguent égyptiac affaibli, pour en accélérer la dessiccation : il est bien entendu, dans ce dernier cas, qu’on ne met de dessiccalif que sur la plaie; tandis qu’au contraire on entretient la souplesse de la corne nouvellement formée , par des corps gras ou de l’onguent de pied dont on couvre tout le sabot. Lorsqu’il n’y a plus de plaie , l’appareil devient inutile. Il n’y a plus qu’à enlever avec la rénette, la feuille de sauge ou la râpe , les exubérances de corne qui déforment le sabot , et à recommander au propriétaire l’usage fréquent de corps gras sur l’ongle de nouvelle formation.

Jusqu’à ce que la corne sécrétée par le hurrelet ait complété son avalure , ou , en d’autres

termes, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue au niveau de la sole , il y a ce qu’on appelle un faux quartier. En effet , la corne qui existe alors en quartier et en talon du côté opéré, ne constitue pas 3a véritable paroi; elle n’est en quelque sorte qu’une paroi provisoire sécrétée par le tissu feuilleté, et la corne qui la constitue n’est, pour me servir d’une expression fort juste de Girard fils, qu’une corne de cicatrice . Jaunâtre dans te principe de sa formation , elle devient d’un jaune brunâtre avec le temps , mais elle ne prend jamais la couleur de la corne du bourrelet. Elle est alors inégale, dure, sècbe et cassante; aussi est-il impossible d’y implanter des clous pour fixer le fer. Au fur et à mesure que ta véritable paroi descend, elle chasse vers le bord inférieur la corne de cicatrice , qui a complètement disparu quand l’avalure est terminée , au bout de six à huit mois. À cette époque , le sabot a repris sa forme première, si le bourrelet n’a pas été endommagé; et après le dixième mois, il serait difficile de distinguer sur quel pied l’opération a été pratiquée , quand les pansemens ont été faits d’une manière convenable; car, je ne saurais trop le répéter, c’est du plus ou moins de méthode qui préside aux pansemens, que dépend le degré d’apparence des suites de l'opération sur le sabot. Cependant, quelque précaution

que l’on prenne , il est impossible d’éviter la formation d’un cercle qui s’étend sur toute la circonférence du sabot. Ce renflement circulaire de la corne de la muraille apparaît immédiatement au-dessous de la couronne, quinze jours ou trois semaines après l’opération ; il est beaucoup plus prononcé au voisinage de la partie opérée , et la saillie qu’il forme va en diminuant au fur et à mesure qu’elle s’en éloigne; de sorte que, dans les cas ordinaires , elle est à peine apercevable sur le quartier opposé à celui qui a été enlevé. Toutes circonstances égales d’ailleurs , ce cercle est d’autant plus saillant que l’animal souffre ou a souffert davantage. Son avalure se fait en

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même temps que celle du nouveau quartier.

Le bord inférieur du nouveau quartier qui descend du bourrelet , est toujours isolé dans une étendue de plusieurs lignes, de la corne que sécrète en dessous le tissu podophylleux. Il est utile de détruire cette lèvre de corne avec l’ins¬

trument tranchant ou la râpe, jusqu’à l’endroit où les deux cornes se confondent. Cette précaution n’a pas seulement l’avantage de donner au

sabot une forme plus régulière , elle évite aussi les éclats qui pourraient avoir lieu sur cette corne

excessivement sèche et cassante , et prévient l’in¬

troduction et le séjour de corps étrangers dans l’excavation qui résulte de cet écartement des

deux cornes du bourrelet et du tissu feuilleté. Quand l’avalure est complète, on peut cesser la ferrure à planche , et mettre sous le pied un fer ordinaire.

Lorsque le bourrelet a été fendu pendant : l'opération, si la réunion par première intention n’a pas été obtenue entre les deux lèvres de l’incision , il s’ensuit une fissure sur la muraille qui descend de cette portion du bourrelet. Mais ceite espèce de seime 11’est presque jamais complète ; elle intéresse rarement toute l’épaisseur de la paroi jusqu’au tissu feuilleté; et sa profondeur est ordinairement bornée par la couche de corne blanche dont est formée la face interne de la muraille. Aussi cet accident n’est-il défectueux qu’à la vue, et l’animal n’en boite-t-il pas sensiblement , à moins qu’il ne se forme audessous un kéraphjllocèle (i), ou que, par l’effet de circonstances particulières, la seime ne vienne à se compléter. C’est pour éviter ce dernier effet, qu’on doit avoir soin de renouveler

( i) C’est le nom donné par M. Yatel à des tumeurs cornées, çspèce de colonnes longitudinales qui se développent à la face interne de la paroi, compriment le tissu feuilleté, et font beaucoup souffrir le cheval qui en est affecté. Il y a deskéra-^ phyllocèies avec et sans fissure extérieure ; ces derniers sont assez rares ; tandis qu’il y a très-peu de fissures complètes qui ne soient accompagnées de kcraphyllocèles.

souvent l’application des corps gras sur ces fissures et dans leur fond.

Si le bourrelet a été détruit dans toute son étendue, il n’en descend plus de corne, et il y aura à jamais un faux quartier formé entièrement par la corne du tissu podopliylleux : or, comme il est impossible de fixer des clous dans celle-ci , il en résulte qu’on devra toujours ferrer l’anima! avec un fer à planche, ou à branche couverte et dépourvue d’étampures sur ce côté : c’est surtout dans ce dernier cas qu’il est nécessaire d’avoir souvent recours à des onctions d’onguent de pied , d’axonge , de cambouis, etc. Il est rare qu’après un accident semblable qui déforme toujours sensiblement Le sabot, l’animal ne boite pas fort long-temps, lors surtout qu’il est destiné à travailler sur le pavé.

L’engorgement de la couronne du côté opéré peut survenir et persister, à la suite de l’opéra¬

tion du javart; Le plus souvent , cette tumeur est la conséquence de la trop grande quantité de plumasseaux qu’on a entassés sous le bourrelet. Quelquefois elle résulte du refoulement en haut de‘ cet organe, lors de l’application du premier appareil. Elle peut aussi dépendre de

rexécution peu méthodique des pansements qui suivent, ou de l’irritation long-temps entretenue par une fistule. Quoi qu’il en soit , c’est une suite

qui peut être très-fâcheuse, non-seulement parce qu’elle déforme singulièrement la région où elle survient, mais, et surtout, parce que de cette tuméfaction résulte une obliquité plus grande de la surface sécrétante du bourrelet, et conséquemment une tendance inévitable de la muraille qui en provient à se resserrer. Il est donc bien important d’écarter avec le plus grand soin toutes les causes qui peuvent produire cet engorgement de la couronne , et de se hâter de le combattre lorsqu’il est survenu. Les préparations dites fondantes et l’application du feu, sont les moyens auxquels il convient d’avoir recours en pareil cas.

L’engorgement chronique des rayons inférieurs et l’amaigrissement desrégions supérieures du membre opéré, se font aussi remarquer, quand l’animal ayant beaucoup souffert est resté longtemps dans un repos absolu. Le temps, l’exercice graduel et quelques frictions excitantes ou irritantes, font ordinairement disparaître ces effets de la douleur et de l’inaction prolongée.

Si l’opération du javart cartilagineux, telle que je viens de la faire connaître, est la plus généralement adoptée par les vétérinaires ; si elle est, des procédés connus, celui qui offre le plus de garantie et de chances de succès , il est vrai aussi qu’elle oblige à des délabremens qui retardent beaucoup la guérison, qui peuvent même Fem-

pécher, par les accidens dont ils deviennent quelquefois la cause, et qui cependant ne servent qu’indirectement à l’obtenir : je veux parler de l’extirpation d’une portion de la muraille. Quel est, en effet, l’organe malade , celui dont l’extirpation importe essentiellement au succès du traitement? C’est le cartilage seul , quand il n’y a pas de complications. L’extraction du quartier ne constitue donc pas l’opération , elle n’en est qu’un moyen ; mais combien ce moyen, qui en est le temps le plus douloureux , ne la complique-t-il pas quand il est mis à exécution par des mains peu exercées ! Combien la plaie qui en résulte ne demande-t-elle pas de soins dans certaines circonstances, pour que le sabot n’en soit pas déformé par la suite!

Ce fut sans doute parce qu’il avait reconnu les graves inconvéniens dont pouvait être suivi rarrachement d’une aussi grande portion de la corne, que M. Huzard fils a conseillé un nouveau procédé par lequel on enlèverait le cartilage sans toucher à la paroi. Yoici comment cet auteur s’exprime à ce sujet, dans le tome VIII di| nouveau Cours complet cT agriculture :

« Pour éviter la difformité qui accompagne 3) toujours la croissance de la nouvelle corne » après cette grande opération , quelques vété- ^ rinaires ont songé à la pratiquer d’une autre

» manière , lorsque îe pus n avait pas encore fusé » sons la corne. Au lieu d’enlever le quartier, ils » se contentent de faire une large incision cruciale x> à la peau qui recouvre le cartilage carié y de » manière cependant que les fistules et l’incision » ne puissent produire aucune perte de légu- » mens. On détache les lambeaux de peau des » parties sous-jacentes ; on renverse les supé- » rieurs sur le paturon , les inférieurs sur le sabot ,

» et alors on enlève le cartilage en ménageant » avec grand soin le bourrelet de la couronne.

» On rabat ensuite les lambeaux sur la plaie , on » recouvre le tout d’un large plumasseau enduit » de cérat, et l’on donne les mêmes soins qu’a- » près l’autre opération. Celle dont il s’agit ici » peut être un peu plus difficile pour l’opérateur, » parce qu’il ne peut pas enlever aussi aisément » tout le cartilage de l’os du pied ; mais il laisse » la corne dans toute son intégrité , fait moins » souffrir l’animal, le met en état de travailler » plus tôt, et exige moins d’appareil. »

Ce procédé, ainsi que M. Huzard fils le reconnaît lui-même , ne pouvant être mis en usage que lorsque le cartilage seul est malade, ne saurait remplacer dans tous les cas l’opération proprement dite; et en admettant la possibilité, la facilité même de son exécution , il ne serait applicable que dans quelques circonstances parti-

culières: ainsi, il serait à rejeter tontes les fois que le javart serait la suite d’une bleirne, d’une piqûre en talon, ou de toute autre cause qui aurait préalablement désuni la paroi; toutes les fois que la carie du cartilage , bien que reconnais» sant pour cause une contusion ou une plaie sur la couronne, serait compliquée d’une altération du tissu podophyîleux ou de l’os du pied , puisque, dans ces cas, il y a nécessité d’enlever la muraille qui recouvre le mal, pour en apprécier la nature et l’étendue et y porter remède. En supposant maintenant les altérations bornées au seul cartilage , je ne pense pas que le procédé de M. Huzard puisse être avantageusement substitué à l’opération ordinaire. D’une part, en effet, se présentent des difficultés bien plus grandes dans l’exécution ; de l’autre , beaucoup d’accidens qui peuvent en être la conséquence prochaine ou éloignée. Je m’explique : s’il est vrai, comme je m’en suis convaincu, que dans l’état sain il faille beaucoup de temps et de dextérité pour extraire tout le cartilage, sans enlever la corne qui le recouvre en grande partie, combien à plus forte raison les difficultés ne seront-elles pas augmentées dans l’état morbide, où l’épaississement et l’iriduration de la peau de la couronne sont le plus souvent tels, qu’il serait impossible de renverser sur le sabot les lambeaux inférieurs dont la

rigidité est très-grande! Comment alors l’opérateur pourra-t-il extirper jusqu’à sa base le cartilage dont il aperçoit àpeine le sommet ? comment évitera-t-il de blesser la capsule synoviale et le ligament latéral antérieur, puisqu’il ne pourra les distinguer? comment son instrument pourra-t-il être gouverné avec facilité et ménagement, au fond d’une plaie où sa vue même ne peut pénétrer? Et pourtant nous avons dit qu’il était essentiel au succès de l’opération, qu’il ne restât plus, ou que des parcelles très-minces du cartilage; nous avons reconnu à quel point pouvaient être graves les suites de l’entamure de la capsule , et surtout du ligament latéral antérieur. Enfin, en admettant même que l’opération fui praticable sans danger, à quels signes certains reconnaîtra-t-on qu’il n’y a pas déjà altération des feuillets ou de l’os du pied? N’avons-nous pas vu , en parlant du diagnostic, combien était quelquefois obscure l’existence de ces complications? Or, dans le doute, la prudence commanderait de recourir à celle des méthodes opératoires qui est applicable à tous les cas. h Cependant je n’ai pas voulu rejeter le procédé que conseille M. Huzard fils, par cette raison seule qu’il me paraissait difficile et dangereux : l’expérience contredit quelquefois ce que la théorie semble établir de la manière la plus po-

sitive. J’en ai donc fait quelques essais dans le courant de l’année 1829, el leur résultat a com firmé mes prévisions. J’ai d’abord enlevé le cartilage par cette méthode sur des chevaux non affectés de javart , destinés aux expériences; et ce ne fut pas sans beaucoup d’attention et de difficultés que je parvins à ne pas blesser les parties qu’il importait de ménager. L’opération eut les suites les plus heureuses sur un de ces animaux ; la plaie était bien cicatrisée, et l’animal ne boitait plus du tout six semaines après ; on remarquait seulement qu’un cercle d’un demipouce à peu près de saillie s’était formé au biseau du côté opéré, et commençait à faire avalure : le sujet ayant été sacrifié, je pus me convaincre, par la dissection du pied , que le cartilage avait été totalement excisé, ce à quoi j’attribuai l’heureux résultat de l’expérience. Il n’en fut pas de même de l’autre cheval ; deux mois après, il existait encore une fistule qu’on avait déjà cautérisée en vain à plusieurs reprises. Cet animal fut sacrifié, et je reconnus que la carie d’une portion du cartilage restée antérieurement et à la base, était la cause de cette fistule ; j’avais cru pourtant que tout l’organe avait été extirpé.

L’occasion se présenta bientôt de faire des tentatives plus concluantes. Deux chevaux affectés déjà varts furent envoyés par l’équarisseur.

lTl

Je les opérai suivant le mode de M. Huzard; l’opération fut très-difficile^ et n’eut aucun résultat satisfaisant. L’un des deux chevaux ayant encore à la couronne une plaie assez étendue , à bords renversés, et de mauvais aspect, fut sacrifié, cinquante-trois jours après l’opération. L’autre mourut au bout de soixante et un jours, d’une injection d’acide oxalique dans la poitrine. Chez ce dernier, il existait encore à la partie antérieure de la plaie une fistule par laquelle une exfoliation de l’os du pied était sortie deux jours auparavant. Ces expériences dans lesquelles j’ai été aidé par les élèves Lassaux , Lepeu, Huin et Viriat, et qui ont été suivies avec le plus grand soin, prouvent, je crois, assez clairement, que les avantages que peut présenter le procédé de M. Huzard fils sont loin d’être aussi grands que les dangers auxquels il expose. Je partage donc entièrement l’opinion de M. d’Arboval sous ce rapport; c’est une méthode opératoire qui jusqu’à présent ne saurait être adoptée.

Une modification du même procédé se trouve consignée dans les notes ajoutées à l’ouvrage de White par M. Delaguette (1); voici en quels

(i) Abrégé de V Art vétérinaire , par White, traduit de l’anglais et annoté par Delaguette. Deuxième édition Paris ,

ijS

termes : « M. Paginer, vétérinaire des gardes-du- « corps de Monsieur , a amélioré l’opération du « javart cartilagineux, eu n’enlevant pas le quar- « tier, et prévenant par-là la déformation du sabot. « Après avoir aminci le quartier jusqu’à la rosée, « le cheval étant abattu et le pied fixé, il fait « une incision à la peau, qui part d’un peu auu dessus de la partie supérieure du cartilage, k jusqu’au talon : il rabat le lambeau jusqu’au « bourrelet , met le cartilage à découvert y et « l’enlève. Il lait un point de suture à la partie « antérieure et supérieure , et la suppuration « s’écoule par le talon. La plaie n’est pas pius «longue à se cicatriser, et le quartier n’ayant « pas été altéré, on peut promptement employer te la ferrure ordinaire. » Ce que j’ai dit du procédé de M. Huzard fils trouve ici son application , puisque ces deux méthodes ne diffèrent que par la forme donnée à l’incision de la peau ; elle est cruciale dans le premier, elle est semi- circulaire et suit le bord supérieur du cartilage dans le second. Il en résulte que par le procédé de M. Pagnier, le lambeau de peau étant beaucoup plus large , et sa base plus épaisse et plus résistante, ne peut se renverser que très-difficilement et ne permet de découvrir qu’une très -petite portion delà partie supérieure du cartilage. Aussi est-il tout-à-fait inexact de dire qu’en rabattant

ce lambeau , on met le cartilage à découvert , car dans l’hypothèse meme où il serait possible de le rabattre complètement (ce que son épaississement et son induration empêchent dans l’état maladif) , on ne découvrirait encore que le tiers supérieur de cet organe.

Après avoir fait connaître avec des détails proportionnés à leur importance , les principaux modes d’opération conseillés et mis en usage , i| me reste , pour terminer ce travail , à rechercher si , comme le prétendent quelques vétérinaires, l’opération ou les agens de cautérisation peuvent être exclusivement employés dans le traitement du javart cartilagineux ; et, dans le cas où il n’en serait pas ainsi, à indiquer s’il n'est pas des circonstances qui réclament plutôt tel mode de traitement que tel autre.

La méthode par les caustiques, la plus ancienne, avait été abandonnée par presque tous les vétérinaires français, après que les Lafosse eurent fait connaître tous les avantages que présentait l’extirpation du cartilage sur le moyen

de Solleysel. L’opération était donc généralement mise en usage avec plus ou moins d’habileté et de bonheur, lorsque M. Girard publia ses observations sur le traitement du javart cartilagineux par le deutochlorure de mercure (1). Ce travail, fruit d’une longue et judicieuse expérience, fut accueilli avec un empressement que justifiaient l’importance du sujet et le nom de l’auteur. Dès-lors , la méthode par le sublimé, comme M. Girard venait de la présenter, compta de nouveaux partisans. Plusieurs vétérinaires revinrent à l’usage des corrosifs ; et la publication des succès obtenus par quelques-uns d’entre eux, démontra qu’on s’était trop hâté de renoncer à ce genre de traitement. Mais il arriva ce qui arrive ordinairement, lorsqu’une idée susceptible de quelque extension est émise par un homme de mérite : M. Girard cherchait à tirer de l’oubli un moyen

qui, employé d’une manière convenable et avec

opportunité , pouvait avoir d’heureux résultats ; il le conseillait comme devant , autant que possible y être substitué à une opération difficile et douloureuse , quelquefois suivie d’accidens et de complications graves, et d’une

(i) Nouvelle Bibliothèque médicale , t. I, i8q3, et Recueil de Médecine vétérinaire , cahier de mai 182 5.

guérison tardive ou imparfaite. Ou comprit mal ses intentions ; et quelques-uns de ceux qui adoptèrent le traitement qu’il proposait, outrant les conséquences qu’il prétendait tirer de ses observations , proscrivirent l’opération comme pouvant toujours être avantageusement remplacée par l’application du sublimé corrosif. Il n’y eut pas jusqu’à la cautérisation actuelle qui ne fût bannie d’un traitement rationnel; et on alla jusqu’à assurer que, presque toujours après l’opération ^ le sabot restait difforme, et l’animal boiteux pour toute la vie, même dans les cas les plus simples, et lorsqu’elle avait été pratiquée dans les circonstances les plus favorables, et avec la plus grande dextérité (jJ,

D’un autre côté, plusieurs vétérinaires, et à leur tête JVJL d’Arboval , s’étayant de quelques tentatives infructueuses faites par eux avec le sublimé corrosif, proclamèrent l’insuffisance de la méthode curative dont il formait e base , sans tenir compte des nombreuses circonstances où elle avait été couronnée de succès dans d’autres mains que les leurs, et sans rechercher à quelle cause on pouvait attribuer ces résultats

différens d’un même moyen.

(j) Barreyie , Recueil de Médecine véfêrinàiie , cahier de mai 1826.

Ainsi donc, il existe aujourd’hui deux opinions bien tranchées : d’après l’une, l’opération doit être bannie du traitement du javart cartilagineux ; elle offre trop de dangers, et peut être avantageusement remplacée par les caustiques : d’après l’autre, l’opération seule doit être mise en usage dans toutes les circonstances , les caustiques n’offrant pas ou que très-peu de chances de succès. L’examen impartial des argumens et des faits invoqués de part et d’autre, nous conduira, je pense, à la démonstration de cette vérité toute pratique: que , s’il est vrai que l’opération puisse être employée dans tous les cas avec de grandes chances de succès , il est constant aussi qu’il est des circonstances où on doit d’abord essayer les caustiques, puisqu’il y a de fortes probabilités que leur usage , beaucoup plus facile , aura des résultats curatifs aussi heureux et plus prompts que ceux de l’opération. Développons cette proposition à laquelle se rattache, selon nous, toute la thérapeutique du javart.

Et d’abord, est-il vrai que presque toujours l’opération déforme à jamais le sabot ? est-il vrai que presque toujours l’animal reste boiteux pour la vie, même dans les cas les plus simples , et lorsque l’opération a été pratiquée dans les circonstances les plus favorables et avec le plus de dextérité? assurément, non. Sous

ce rapport, M. Barreyre a commis une grande erreur, et je suis encore à concevoir comment un praticien a pu avancer avec autant de légèreté une proposition contre laquelle s’élève une masse imposante de faits. Je Fai déjà dit , parce que je Fai vu fréquemment, et surtout parce que j’ai été^conürmé dans mon opinion par les vétérinaires les plus expérimentés de Paris où ces maladies sont si communes ; je le répète encore comme un fait avéré et raisonnablement incontestable : lorsque la carie n’affecte que le cartilage , que l’opération est bien exécutée , et les pansemens méthodiquement faits , il est rare que l’animal boite cinq ou six semaines après l’opération (i) , qu’il ne puisse labourer au bout de vingt-cinq ou trente jours au plus tard, et reprendre les travaux au pas sur le pavé, après le deuxième mois, et quelquefois plus tôt. Je possède même plusieurs observations dont les sujets, après avoir été opérés du javari cartilagineux, font aujourd’hui des services de poste ou de diligence sans boiter le moins du monde.

Quant à la forme du sabot , sans doute elle est altérée après l’opération , puisqu’il y a né-

(i) II ne faut pas oublier que la boiterie persisté ordinairement plus long-temps aux membres antérieurs.

cessaireiïient un faux quartier; mais cette déformation n’existe pas à jamais ; elle n’est que momentanée, et lorsque l’avalure du nouveau quartier est complète, c’est-à-dire, au bout de sept à huit mois, le sabot est à très -peu de chose près aussi bien conformé qu’il l’était auparavant; ( il est bien entendu que je ne parle que des cas où le bourrelet n’aurait pas été endommagé. ) Si donc M. Barreyre a vu presque toujours l’opération, dans ces cas simples, être suivie des accidens qu’il signale, il est bien probable qu’on doit les attribuer à la manière dont l’opération a été pratiquée, ou au défaut d’une bonne méthode dans les pansemens.

Il est vrai qu’il arrive quelquefois que le sabot soit altéré dans sa forme, quelque bien entendus qu’aient été les soins du vétérinaire pendant et après l’opération ; mais c’est qu’alors les ravages de la maladie s’étaient étendus jusqu’aux organes de sécrétion de la corne , et les avaient plus ou moins profondément altérés ou détruits. Dans ce cas, qu’on dise quel moyen aurait pu empêcher cette déformation? seraient-ce par hasard les caustiques, dont l’action s’exerçant sur les organes malades 7 n’aurait pu que les détruire dans une plus grande étendue ? Je ne m’arrêterai donc pas davantage à réfuter l’assertion de M. Barreyre, sur la boiterie et la déformation

du sabot considérées comme suites nécessaires et irrémédiables de l’opération ; il s’est évidemment trompé, et si j’avais besoin d’articuler des faits ou de citer des autorités pour en fournir la preuve, je n’aurais que l’embarras du choix.

Une circonstance principale , invoquée en faveur de l’emploi du sublimé corrosif, c’est que ce médicament aurait le précieux avantage de convertir le cartilage en une substance fibreuse inattaquable par la carie , et , dès - lors , de mettre pour jamais à l’abri du javart celui sur lequel il aurait été appliqué. En consignant ce fait curieux d’anatomie pathologique, M. Girard remarque avec raison que , pour que cette transformation de tissu ait lieu complètement, il est indispensable que Faction du caustique se fasse sentir directement dans toute l’étendue du car tilage : il faut donc qu’il détruise entièrement cet organe. Or, tel était l’effet de la méthode de Solieysel; ruais tel n’est pas celui du procédé de M. Girard. En effet, ce dernier conseille de porter sur le point carié seulement la boule ou le petit cône du sublimé corrosif; il en résulte que la portion de cartilage qui avoisine le caustique se trouve seule convertie en escarre d’abord , et bientôt remplacée par cette substance fibreuse que la carie n’attaque pas : tout le reste du cartilage que n’a point atteint le sublimé, conserve

son organisation primitive , et peut, comme auparavant , être affecté de carie sous l’influence des causes qui la déterminent. Ayant disséqué avec soin trois pieds , sur les cartilages desquels j’avais essayé deux mois auparavant l’application du sublimé , à titre d’expérience , j’avais acquis la certitude que la transformation fibreuse de cet organe par l’action du caustique, ne s’opérait que sur les points convertis en escarre; dans chacun des pieds , le reste du cartilage avait conservé tous ses caractères physiques , et ne paraissait nullement altéré dans son organisation ; il pouvait donc être attaqué par la carie , s’il eût été exposé à ses causes. Les deux observations suivantes, recueillies sous les yeux de M. Yatel, en fournissent la preuve irrécusable.

Un cheval de diligence appartenant à un entrepreneur de voitures de Choisy-le-Roy , fut conduit aux hôpitaux de l’école en février 1827, affecté d’un javart cartilagineux existant en talon à la face interne du pied antérieur droit. Il fut traité par le sublimé corrosif, et rendu guéri à son propriétaire trente jours après son entrée aux infirmeries. Au mois de septembre suivant , ce cheval fut amené de nouveau à l’école , atteint d’une carie ayant son siège vers le milieu du même cartilage : le propriétaire assura que depuis sa première sortie, il n’v avait

pas eu la moindre trace de maladie à cet endroit ; que l’animal avait toujours fait son service sans boiter, et que ce 11’était que depuis environ quinze jours que le nouveau mai s’était déclaré. Cette fois, vu le siège du javart, on eut recours à l’opération , et l’inspection du cartilage confirma l’existence de la carie. L’autre fait, à peu près semblable, a été observé à l’entreprise des berlines de Charenton. Le cheval qui l’a fourni fut atteint, à la fin de l’année 1827, d’un javart en talon que M. Yatel traita et guérit par le sublimé corrosif. En juillet 1829, une nouvelle carie se déclara un peu en avant de l’endroit où la première avait existé. L’emploi du cautère actuel à deux reprises différentes amena la guérison au bout de cinq semaines.

Ce serait donc à tort qu’on prêterait à la méthode par le sublimé des résultats qu’elle n’a véritablement pas quand elle est employée partiellement , et qu’elle partage avec l’opération quand elle agit sur la totalité du cartilage. N’avons-nous pas vu, en effet , que, quelques mois après l’extirpation complète de cet organe, on retrouvait à sa place une substance fibreuse, résistante et élastique; substance tout -à- fait la même que celle dont parle M. Girard, et qui, pas plus que cette dernière, ne peut se carier, puisque la carie dont nous nous occupons est une

maladie particulière au tissu fibro - cartilagineux ?

Il est digne de remarque qu’on se soit tant occupé des suites fâcheuses que pouvait avoir l’opération par rapport au sabot, qu’on les ait même autant exagérées, et qu’on n’ait pas dit un seul mot des détériorations souvent inévitables et toujours irrémédiables, que peut occasionner à cette boîte cornée l’emploi des caustiques. Pourtant, elles sont assez fréquentes, assez visibles et assez graves. Par exemple, il n’est pas rare que les trajets fistuleux qui conduisent au point carié, aient leur ouverture extérieure précisément sur le bourrelet ; cette ouverture , quand elle n’est pas le résultat d’un javart cutané, est assez ordinairement peu étendue ; en pratiquant l’opération , on ne courrait pas risque de l’agrandir; elle se cicatriserait bientôt , et le bourrelet, conservé intact, donnerait naissance à uiie paroi partout égale, et partout continue. En sera-t-il de même , si on a recours à l’introduction d’un cône de sublimé ou d’un cautère actuel? Non, sans doute; le caustique ou le feu détruiront plus ou moins largement la portion du bourrelet qu’ils auront touchée, et plus tard, la muraille descendant de partout ailleurs, excepté du point désorganisé, il en résultera une dépression longitudinale profonde sur la portion correspondante

(lu sabot. La paroi n’étant plus formée dans celte dépression que par la matière cornée sécrétée par le tissu feuilleté, y sera dure, sèche, inégale et partout très-mince; et il y aura au moins difformité, si par la suite il n’y a pas boiterie. Tel est l’effet presque inévitable du feu , et surtout du sublimé , quand on est contraint de les appliquer sur le bourrelet ou à son voisinage, ce qui arrive assez fréquemment : effet que j’ai constaté, toutes les fois qu’on a amené à l’École des chevaux affectés du javart, et qu’on avait préalablement cautérisés à une ou plusieurs reprises ; effet que j’ai fait remarquer aux élèves, sur des animaux qui maintenant encore existent aux environs de l’École, dont un appartient à M. Lecouteux, fermier à Créteil , un autre à l’entreprise des berlines de Charenton , un troisième à la poste d’Alfort.

Maintenant qu’il me paraît bien démontré , non-seulement que l’opération n’est pas aussi nuisible à la forme dû sabot qu’on l’avait supposé assez gratuitement , mais encore qu’elle est , dans certaines circonstances, le seul moyen d’éviter la déformation qu’occasionnerait infailliblement l’emploi des agens de cautérisation, envisageons et comparons entre elles ces méthodes de traitement, sous le seul point de vue de leurs effets curatifs de la carie, et indépendamment de leur

influence sur la forme du sabot ; cherchons s’il est vrai que , dans tous les cas , la cure par les caustiques soit plus certaine et plus prompte, en laissant autant que possible à la logique si puissante des faits, à décider cette question qui nous paraît bien simple.

Une vérité qu’aucun vétérinaire ne contestera sans doute , c’est que le succès de l’opération est certain, dans tous les cas où l’emploi des caustiques aurait pu réussir : mais peut-on renverser cette proposition ? peut-on dire que les caustiques auraient eu des résultats heureux, dans toutes les circonstances où l’opération a été couronnée de succès? Il n’est pas besoin d’avoir vieilli dans la pratique pour répondre négativement.

Les chances de réussite seront incomparablement plus nombreuses par l'extirpation complète du cartilage , dans les circonstances suivantes :

i°. Lorsque la carie aura son siège vers la base ou la partie antérieure du cartilage ;

2°. Lorsque la fistule, bien qu’existant en talonne continuera en dedans par des trajets sinueux que ne pourront suivre le cautère actuel ou le caustique ;

3°. Lorsque la mauvaise odeur de la suppuration , ou d’autres symptômes extraordinaires, pourront faire croire à des lésions autres que celles du cartilage, et qu’il importe de découvrir-

4°. Enfin, lorsque déjà les caustiques ou le feu auront été mis en usage infructueusement. Prouvons d’abord la vérité de ces assertions.

Ire Observation ( M. Renault , Recueil de Médecine vétérinaire , n° d'octobre 1827).

Cheval de trait, boitant du membre antérieur gauche. Il y a un mois qu’il est tombé dans les limons , et un des brancards ayant porté sur la face interne de la couronne, il en est résulté une écorchure peu considérable et un léger engorgement. D’abord la boiterie a été légère, elle a même disparu; mais depuis quinze jours, elle s’est manifestée de nouveau , après un voyage fatigant. Il n’y a plus de tuméfaction ; il existe à la partie latérale de la couronne , au niveau du bout antérieur du cartilage , une fistule étroite et profonde qui se dirige un peu en arrière. On procède à l’application du sublimé, en suivant de point en point les préceptes consignés dans l’ouvrage de M. Girard, après avoir préalablement dilaté la fistule avec le cautère actuel. Douze jours après, chute de l’escarre; un bourbillon verdâtre de la grosseur d’un petit pois se montre au fond de la plaie ; on l’extrait facilement avec des pinces. Au bout de dix-huit jours.

la fistule toujours aussi profonde a repris son étroitesse première , et le pus grisâtre qui s’en écoule annonce la persistance de la carie : l’opération est pratiquée , et cinquante - cinq jours après le cheval est remis à son travail ordinaire.

IIe Observation [idem).

Petit cheval propre au bât. Il porte à la face

interne de la couronne du pied postérieur gauche une petite plaie située sur la partie de cette région qui correspond au milieu de la base du cartilage. Au centre de cette plaie se trouve une ouverture fistuleuse dans laquelle la sonde pénètre à cinq ou six lignes de profondeur. On s’assure de la carie du cartilage , et on pousse au fond de la fistule un cône de sublimé qu’on y maintient avec étoupe et ligature. Au bout de quinze jours, chute de l’escarre; il n’y a pas de tendance à la cicatrisation ; au contraire, la fistule devient de jour en jour plus profonde, et le pus continue à être de mauvaise nature. Nouvelle application du sublimé qu’on a bien soin de faire pénétrer jusque sur le point carié : l’escarre est détachée le onzième jour, mais la suppuration continue avec les mêmes caractères qu’auparavant : on procède à l’opération, et sept

semaines après, l’animai portait ia somme sans boiter, meme sur le pavé.

IIIe Observation ( communiquée par M. Rossignol , médecin vétérinaire à Paris).

Cheval entier, de trait , boiteux depuis huit jours d’une atteinte au côté interne du membre antérieur gauche.Une petite plaie oblongue existe sur la couronne, le biseau du sabot est fendu, pas de suppuration , engorgement chaud trèsdouloureux, boiterie extrême. (Saignées, caïa« plasmes émolliens, bains.) Deux jours après, on reconnaît une fistule profonde de six à sept lignes, dirigée de haut en bas, ayant son fond au milieu de la base du cartilage. La carie étant bien reconnue , on dilate la fistule avec un cautère actuel , et on introduit jusqu’au fond un petit cône de sublimé corrosif. Le quatorzième jour, l’escarre est tombée , et laisse à découvert la iar~ geur d’une pièce de cinq sois du cartilage qui ne paraît pas carié; la plaie est vermeille; ori panse avec des plumasseaux imbibés de vin tiède. Trois jours après , la plaie est sensiblement diminuée , le pus en petite quantité paraît de bonne nature : le cheval souffre moins et s’appuie mieux. Au bout de quatre jours , les douleurs

sont plu s vives , le pied malade est toujours levé, l’engorgement de la couronne est augmenté, un pus grisâtre, glaireux , s’échappe de la plaie; on reconnaît que la carie a fait de nouveaux progrès. Seconde application d’un cône de sublimé soutenu par des étoupes imbibées elles-mêmes d’une dissolution de ce médicament. Quelques jours après, on s’aperçoit que du pus de mauvais caractère s’échappe de dessous l’escarre : on ne juge pas nécessaire d’attendre sa chute, et on a recours de suite à l’enlèvement du cartilage , dont on reconnaît que la carie occupe toute la base, qu’elle a en grande partie détruite en s’étendant jusqu’à l’os du pied. Quarante jours après , le cheval a été ferré convenablement et a repris ses travaux ordinaires. M. Rossignol observe en terminant , que pendant toute la durée du traitement, il n’a fait que cinq pansemens ainsi qu’il suit : les deux premiers de dix jours en dix jours et les trois autres dans les vingt derniers jours.

IVe Observation (idem).

Jument de carrosse atteinte depuis dix jours d’un javart au talon interne du pied postérieur gauche. La fistule se dirige de bas en haut et

d’arrière en avant : la carie paraît exister un peu en avant du tiers postérieur du cartilage. Dilatation de la fistule avec le cautère actuel et introduction d’un cône de sublimé corrosif. L’escarre est complètement détachée le douzième jour; le pus est abondant et de mauvaise nature: nouvelle application du sublimé que l’on pousse jusque sur la carie. Huit jours après la chute de cette seconde escarre, on voit au fond de la plaie un point vert dont on sollicite avec précaution , mais inutilement, la sortie. On fait pénétrer sur ce point un troisième morceau de sublimé. La suppuration n’ayant pas changé de caractère, malgré cette dernière cautérisation, l’extraction du cartilage est pratiquée, et trente jours après, la jument est ferrée et remise à un léger travail.

Y® Observation ( idem ).

Un cheval de cabriolet , boiteux depuis deux mois d’un javart au pied postérieur du côté externe, a été pendant ce temps confié aux soins d’un charlatan des environs de Paris, qui se dit possesseur d’un spécifique pour guérir le javart sans opération. Ce spécifique consiste tantôt en une liqueur verte, tantôt en une liqueur blanche qu’il injecte dans les fistules, et dont il imbibe

les plumasseaux qu’il y introduit (i). Malgré ces moyens, le cheval boite plus que. jamais. La peau de la couronne du côté externe est désorganisée sur plusieurs points de son étendue, et le biseau presque partout décollé. Deux fistules s’ouvrent au dehors, et communiquent sur divers points du cartilage déjà en grande partie détruit par la suppuration. On pratique l’opération^, et ce n’est que cinquante-six jours après que l’animal peut commencer à travailler. Le pied a été long-temps difforme, parce que les liqueurs corrosives qui avaient détruit la peau de la couronne, avaient aussi altéré le bourrelet.

y Ie Observation ( Recueillie par M. Dy Arboval, et consignée dans le Dictionnaire de médecine et de Chirurgie vétérinaires ).

Une jument affectée d’un javart cartilagineux ( on ne dit pas à quel pied , ni à quel point du cartilage), est soumise au traitement par le sublimé. La portion cariée est convertie en escarre, tombe, et la fistule s’oblitère. Un mois après, apparition d’une nouvelle fistule

(1) L’eau verte est probablement une dissolution d’acétate de cuivre, et l’eau blanche une dissolution de sublimé

auprès de l’ancienne : même traitement, même résultat; la bête paraît une seconde fois guérie. Au bout de six semaines , deux autres fistules apparaissent, Tune en avant, l’autre en arrière de l’ancienne cicatrice : on les dilate avec le cautère actuel, et on introduit dans chacune un cône de sublimé qu’on pousse jusque sur la carie. Ces moyens n’ayant pas amené la guérison , un vétérinaire est appelé, et pratique l’opération ; la guérison eut lieu , et la jument put reprendre son travail au labour; mais elle resta un peu boiteuse (i). M. D’Arboval possède l’histoire de dix autres expériences, qui ont eu des résultats semblables ou très-analogues.

VIIe Observation ( idem ).

Une jument de labour est affectée depuis trois mois d’un javart, situé à la partie antérieure moyenne du cartilage interne de l’un des pieds postérieurs. Dilatation de la fistule; introduction du sublimé; chute de l’escarre le quinzième jour. On fait pénétrer alors au fond

(i) La boiterie fut vraisemblablement le résultat des détériorations produites au bourrelet et à la couronne par les applications de sublimé plusieurs fois répétées.

(le la plaie une petite boule composée de deutochlorure de mercure et d’éther sulfurique; on recouvre le reste du trajet fis tu leux d’une couche de la première des substances réduite en poudre. Le meme pansement est répété à la chute de chaque nouvelle escarre. Le point correspondant à la capsule est garanti de l’action du caustique par une boulette d’étoupe qu’on a soin d’interposer, lorsqu’on s’aperçoit de l’amincissement extrême du cartilage à cet endroit : on injecte la dissolution de sublimé dans les fistules où la poudre ne peut aisément pénétrer. Ce traitement n’a fini, et la guérison n’a eu lieu que lorsque le cartilage s’est trouvé entièrement détruit.

VIIIe Observation ( M. Prévost , Journal pratique de médecine vétérinaire , n° de septembre 1827 )*

Un vieux cheval de menuisier, affecté d’un javart cartilagineux, est traité successivement par le feu et les caustiques. Aucun de ces moyens 11’est couronné de succès. Le cheval ne valant pas la peine d’être opéré, est sacrifié.

IXe Observation (M. Barreyre , Recueil de Médecine vétérinaire ? mai i8a5).

Un cheval anglais , de quinze ans, étant atteint d’un javart encorné , on enlève la portion de paroi détachée; et comme il n’existe pas de fistule apparente, on procède à l’application de l’appareil. Au bout de quelques jours, une fistule se déclare , et on reconnaît la carie du cartilage. Des injections de sublimé en dissolution sont essayées et continuées pendant douze jours. Une légère escarre se forme; la suppuration diminue, mais elle reparaît aussitôt qu’on cesse les injections. Ce moyen faisant perdre beaucoup de temps , et la carie persistant toujours, on en vient à l’opération.

X* Observation ( idem ).

Une jument d’artillerie, âgée de sept ans, est affectée d’un javart encorné. Le pus fuse sous la sole. Sur le cartilage interne ; qui, du reste, ne paraît pas autrement altéré, existe une tumeur du volume d’un œuf de poule. La moitié de la paroi est enlevée avec toute la sole et une portion de l’os ; les tégumens sont soulevés pour

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extirper la tumeur, et un appareil convenable est appliqué. Quinze jours après, tout paraissait bien aller, lorsqu’un foyer purulent s’établit précisément à l’endroit de la tumeur enlevée. Deux ouvertures donnent issue aux produits de la suppuration. Pendant trois semaines , on panse sans succès avec de la teinture d’aloès. L’une des fistules persiste toujours; on y plonge un cautère à olive incandescent. L’escarre se forme ; la suppuration est supendue pendant quelque temps, mais bientôt elle reparaît et persiste. La plaie a un mauvais aspect. Seconde cautérisation , qui reste aussi sans succès. On pratique l’opération.

Il est à regretter que dans ces deux observations ? M. Barreyre n’ait pas fait connaître quelles avaient été les suites de l’opération.

XIe Observation (communiquée par M. Decoste , vétérinaire en chef aux cuirassiers de Berri ) .

Un cheval prend un clou de rue, qui pénètre peu profondément entre la sole et la fourchette, au côté interne du talon du pied postérieur gauche. Le clou ayant été immédiatement retiré, l’animal continue sa route sans boiter. Au bout de plusieurs jours, et après une marche

forcée sur un terrain caillouteux, la claudication est très-forte. On pare le pied , et on donne issue à une grande quantité de pus amassée sous la sole du talon. (Amincissement de la sole, pansement , cataplasme émollient autour du pied.) Le malade étant obligé de suivre le régiment, la boiterie augmente. Un abcès se forme à la couronne en talon: on l’ouvre, et on reconnaît la carie du cartilage. (Cautérisation avec le cautère en pointe, pansement, cataplasme émollient.) Après trois jours de mieux, apparition d’un nouvel abcès en avant du premier. (Nouvelle cautérisation, mêmes soins.) L’amélioration qui suit cette seconde opération est si sensible , que le cheval pourrait être monté au bout de quelques jours ; cependant on continue l’usage des cataplasmes. On croyait la guérison complète, lorsqu’une nouvelle collection purulente se forme vers la partie moyenne du cartilage. Troisième cautérisation plus profonde que les précédentes, mais non plus heureuse; car de nouveaux abcès s’établissent successivement d’arrière en avant , et nécessitent chaque fois l’emploi du cautère actuel, jusqu’à ce qu’enfin le cartilage soit entièrement détruit par la carie. Alors les plaies deviennent belles, la suppuration de bonne nature, et le dégorgement des parties s?opère presque entièrement.

M. Decoste a remarqué que les fistules antérieures furent beaucoup plus long-temps à se cicatriser que les postérieures. Il ajoute, en terminant cette observation , qu’elle n’est pas la seule de ce genre qu’il possède ; que déjà auparavant, il avait eu plusieurs fois l’occasion de constater le peu de certitude des effets curatifs des agens de cautérisation contre la carie du cartilage^ notamment quand elle a son siège à la partie antérieure de cet organe; et que s’il n’a pas opéré de suite le sujet de cette observation, c’est qu’il craignait que le régiment qui était alors en Espagne, ne reçût d’un jour à l’autre l’ordre du départ.

A ces exemples, que je ne veux pas multiplier, j’ajouterai quelques citations empruntées à des ouvrages récens , et dont les auteurs ont des titres mérités à la confiance des vétérinaires. On lit dans le Traité du pied , par M. Girard (2e édition), à l’article Javart cartilagineux , page 175: « Le procédé par ablation du carti- « lage est aujourd’hui le plus général, et pres- « que le seul employé dans la chirurgie vétéri- « naire; les caustiques et le feu ne sont commute nément employés que dans le principe du « mal , comme des essais dont l’application in- « considérée ne contribue qu’à aggraver la ma- « ladie, à retarder la guérison, et à la rendre « quelquefois impossible. »

Idem , page 1 88 : « L’expérience a constaté « que lès agens de cautérisation réussissent beau- « coup mieux en talon , qu’à la partie antérieure « du fibro-cartilage. »

Idem, page 193 : ce Malheureusement, i’ap- « plication des caustiques n’a de résultats bien « avantageux que dans le cas de fistules sises en « talon; elle est toujours incertaine, lorsque l’ul- « cératiou se trouve en avant de cette partie, ft Ainsi que nous l’avons fait remarquer , la « substance portée immédiatement sur le point « malade fait bien disparaître la carie, mais elle « ne change pas la disposition du fibro-cartilage « à de nouvelles altérations de même nature ; « tout semble prouver, au contraire, qu'elle « l’augmente. De là, la formation d’autres fis- « tules qui se montrent pendant ou peu après « la guérison de celles qui ont été attaquées par « le deuto-chlorure de mercure. Une première « cautérisation étant infructueuse , en nécessite « conséquemment une seconde, parfois une « troisième, une quatrième, etc. (1). »

(1) Ces extraits de la deuxième édition du Traité du pied trouvent d’autant mieux leur place ici, qu’on s’est souvent appuyé de l’autorité de M. Girard pour rejeter aveuglément l’opération du javart cartilagineux, et préconiser l’emploi exclusif des agens de cautérisation , et plus particulièrement du .sublimé corrosif. 1

On lit dans les Êlêmens de pathologie vétérinaire de M. le professeur Yalel : « Lorsque les « fistules du javart s’étendent profondément , « qu’elles se dirigent vers la capsule , le ligament « latéral antérieur , ou la Lase du fibro-cartilage , « il est préférable de mettre en pratique l’opéra- « tion par ablation ».

Enfin , voici la réponse écrite que m’adressa un des vétérinaires les plus distingués de Paris , M. Bouley jeune , à qui j’avais demandé son avis sur ce point de pratique : « Lorsque la carie a « son siège à la partie antérieure du cartilage , je « n’emploie jamais la cautérisation; je regarde « ce moyen comme ne devant être employé dans « cette circonstance qu’avec beaucoup de circons- « pection , et je doute qu’il puisse jamais réussir « aussi bien que postérieurement ».

Quand, aux faits que j’ai rapportés, viennent s’ajouter des noms aussi recommandables, des autorités aussi imposantes, je n’ai plus besoin , je crois , de plaider en faveur de cette proposition : que l’ablation complète doit être préférée à tous les autres moyens connus, toutes les fois que la carie a son siège vers les parties moyenne ou antérieure du cartilage (i).

(1) Celle différence dans les résultats d’un même moyen, suivant qu’on l’applique à tel ou tel point de cet organe , n’a

Il ne faudrait cependant pas conclure de ce qui précède, que les moyens de cautérisation doivent toujours être employés, lorsque les fistules existent en talon : car il peut très-bien se faire que leur ouverture extérieure se trouve à la partie postérieure, et qu’elles s’étendent en avant à une profondeur que l’irrégularité de leur trajet ne permet pas toujours d’apprécier. D’un autre côté , si les fistules viennent aboutir sur le bourrelet, n’y a t-il pas un grave inconvénient à

rien qui doive étonner celui qui tient compte de l’organisation différente du fibro-cartilage à ses parties antérieure et postérieure. En effet, si nous nous rappelons. i° que vers sa base et sa partie antérieure (j’en excepte le bord lout-à-fait antérieur qui est presque fibreux et mince), la substance de cet organe a la plus grande ressemblance avec le tissu cartilagineux proprement dit ; 2° que ce tissu ne jouit qu’à un trèsfaible degré des propriétés vitales; 3° que l’inflammation qui s’y développe sous l’influence des irritans extérieurs est trèslente dans sa marche , et se termine ordinairement par la carie ; 4° que celle-ci fait des progrès tant qu’elle trouve un aliment, c’est-à-dire, tant qu’il existe du cartilage: il nous sera facile d’expliquer par le seul raisonnement la fréquente inefficacité de la cautérisation dans le cas de javart sur cette région du fibro-cartilage de l’os du pied. Par exemple, admettons une carie déjà établie à la partie antérieure ou à la base de cet organe ; le point mortifié se trouvant en contact avec du tissu cartilagineux , déterminera une irritation dont la conséquence inévitable sera la carie. Si, voulant éviter ce contact du point carié sur les parties qui lui font continuité , on le détruit avec le feu pu un caustique quelconque, on détermine sur des

porter sur cet organe d’une importante sécrétion, des agens dont les effets inévitaÎ3les seront de détruire à jamais la partie qu’ils en auront touchée , et conséquemment de déformer le sabot sur ce point de son étendue? Et puis, s’il arrivait que^ malgré deux , trois ou quatre cautérisations successives, la carie persistât toujours, et qu’après avoir perdu six semaines, deux mois et plus, on fût obligé den venir à l’opération;

tissus lion susceptibles de suppurer, un autre genre d’irritation qui, dans le plus grand nombre des cas , se terminera encore par la carie, même avant la ch'ute de l’escarre; ou bien, si l’escarre tombe avant cette terminaison, ce qui est rare, le tissu cartilagineux ne pouvant par sa structure se recouvrir que très-lentement de bourgeons charnus, reste exposé presque à nu au contact de l’air , s’enflamme , se carie , et il faut avoir recours à une nouvelle cautérisation, avec les mêmes chances d’insuccès.

Supposons , au contraire , que la carie n’existe qu’à la partie postérieure; là, la substance du fibro-cartilage est moins dense, moins homogène; l’existence du tissu cellulaire est démontrée, et d'n conçoit alors la possibilité d’une inflammation éliminatoire. Il y aura lieu de d’espérer , surtout si le point carié est un de ces noyaux cartilagineux qui semblent complètement entourés de tissu fibro-cellulaire , comme on en trouve tout-à-fait à la pointe des talons. Dans ce cas , on se rend bien compte des effets salutaires de la cautérisation : la carie est convertie en escarre ; l’inflammation change de nature , et devient suppurative; des bourgeons charnus se développent sous l’escarre que le pus soulève et détache, et la plaie, devenue simple , ne tarde pas à se cicatriser.

combien le vétérinaire n’aurait-il pas à se repentir de n’avoir pas en recours tout d’abord à un moyen dont l’effet, un peu plus long à la vérité , était en revanche beaucoup plus certain ! Combien le propriétaire qui n’aurait pas conçu

les motifs du vétérinaire dans l’essai de la cauté-

risation, ne lui ferait-il pas de reproches, souvent injustes à la vérité, ne considérant que le long espace de temps pendant lequel son cheval n’aurait pu travailler , et les dépenses qu’il lui aurait occasionnées! Ces derniers inconvéniens sont beaucoup plus sensibles dans les grandes vilies que dans les campagnes, où les chevaux, généralement moins irritables , peuvent travailler sur les terrains doux et' meubles, pendant presque tout le temps que dure le traitement par la cautérisation. Aussi doit-on toujours, sur ces animaux et dans de telles localités , essayer d’abord les caustiques ou le feu , même au risque d’altérer un peu le bourrelet; car sur eux, une déformation du sabot est , sous tous les rapports, d’une gravité bien moindre que sur un cheval de selle , d’attelage , ou destiné à faire un service continuel sur le pavé des grandes villes.

En résumé, il n’y a d’avantage réel à mettre en usage le cautère actuel ou les caustiques , que lorsque le cheval affecté du javart peut être employé pendant le traitement à un travail léger

sur un terrain doux; et surtout lorsqu’on est certain que le cartilage seul est malade , et que la carie ne s’étend pas au-delà du tiers ou tout au plus de la moitié postérieurs du cartilage. Dans toute autre circonstance , il est prudent d’avoir recours à l’opération.

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