I. SANG, LYMPHE ET CHYLE
698. Pour examiner le sang des vertébrés, il faut en faire sortir une goutte en piquant avec une aiguille quelque partie de la peau On en prend une portion en approchant d'elle jusqu'au contact le plat d un porte-objet, et on la recouvre d'une lame mince. On peut en prendre dans le sang d'une saignée ou dans les vaisseaux d'un
^'0 PRÉPARATION DES IIÉMATILS.
Jiilimal récemment tué, à l'aide d'une baguette de verre ou d'un tube, une goutte assez petite pour qu'elle ne forme pas une couche trop épaisse entre les deux lames. (Voy. p. ôo3.)
On étudiera la préparation sous un grossissement de 500 diamètres au moins, et mieux de 4-50 à 550, si elle est faite avec du sang de mammifère ou d'oiseau. Le grossissement de 300 est suffisant pour les autres vertébrés.
Pour la conservation des préparations de ces éléments, voyez p. 376-377. On peut conserver des globules rouges du sang à sec, en laissant dessécher à l'air une mince couche de liquide sur un porteobjet, sans le recouvrir d'une lamelle. Les globules qui ne se touchent pas se montrent trés-neltement en relief et peuvent être observées à l'aide de Irés-forts grossissements. ; 699. Globules ronges. On verra deux sortes d'éléments analomiques cellulaires dans le sang, les c/lobnles ou disques rouges {hématies) et les globules blancs ou leucocytes. Les premiers sont de beaucoup les plus nombreux.
L'examen direct permettra de constater leur forme biconcave, circulaire dans les mammifères, ovalaire et convexe chez les ovipares, formes bien saisissables sur ceux que les courants du plasma entraînent, par suite d'évaporation sur les bords du couvre-objet, de l'eau, que vient remplacer le liquide qui est dans le reste de la préparation. On peut déterminer des courants de ce genre en pressant légèrement sur le couvre-objet avec l'aiguille à manche pour bien voir l'aspect d'un bâtonnet court qu'ils offrent quand ils sont placés de champ.
Peu à peu on suivra leur réunion en piles ou séries que la manœuvre précédente dissocie et qui se reforment ensuite. C'est surtout alors qu'on verra que par la lumière transmise leur couleur est rosée. Quand le liquide s'altérera cadavériquement, ou s'il est pris sur le cadavre d'un individu mort depuis plus de douze à quinze heures, de maladie ou non , ou s'il a élé mélangé à un peu de sueur, etc. , on verra le "passage des globules à l'état framboisé ou denlelé. Il sera utile de voir les modifications curieuses de leur forme obtenues en les portant lentement ou brusquement à la température de 40", qui tue les batraciens et les poissons, de 45" à 50", sur les oiseaux et les mammifères , ou à celle de la coagulation de l'albumine (60" à 70"), puis à celle de 100".
On pourra passer ensuite à l'examen de l'action dissolvante de l'eau, de divers acides, des alcalis, qu'il faut avoir soin de ne pas
PIIÉPARATION DES LEUCOCYTES. ,571
mêler au liquide dont on veut voir les globules, avant le moment où leur influence doit être constatée. On suit cette dernière en observant pendant que la goutte du réactif placée sur les bords du couvre-objet s'infiltre sous lui et se mêle au sang, dont il entraîne plus ou moins les éléments.
Les premiers de ces agents, en gonflant ou dissolvant le corps de l'élément, mettront en évidence, sans le dissoudre, le noyau des hématies de l'embryon des mammifères et celui qui existe à tous les Ages dans ces cellules sur les vertébrés ovipares.
700. Sur les grosses gouttes de sang frais placées sous le microscope, on pourra suivre au bout de dix à vingt minutes les phases de la coagulation de la fibrine sous forme de minces filaments incolores traversant le champ du microscope dans le plasma, qui ne montrait rien autre jusque-là que les globules. 11 sera question plus loin du mode de préparation des caillots flbrineux.
701. Pour déterminer la formation des cristaux d'hématoïdine dans le sang (d'après Brucke), on mélange à une petite quantité de sang quelques cristaux de chlorure de sodium ; une goutte de ce sang est placée sur une lame de verre et recouverte d'une mince lamelle; on fait alors couler sur les bords de la lamelle quelques gouttes d'acide acétique, de façon que l'acide cristallisable pénètre lentement ; puis on chauffe la préparation jusqu'à l'ébuilition, en ajoutant un peu d'acide acétique si le dessèchement est à craindre. On' distingue alors au microscope des cristaux d'hématoïdine plus ou moins nombreux.
702. Leucocijtes ou globules blancs. Çà et là, au milieu des globules rouges, on verra un leucocyte sur trois cents des premiers environ. Leur nombre est au moins deux fois plus grand sur les reptiles, les batraciens et les poissons ; leur volume est notablement plus considériible.
Leur adhérence naturelle aux lames de verre fait que la plupart restent immobiles, alors que les hématies sont entraînés par le plasma quand celui-ci coule. Leur teinte grisâtre, leur forme sphérique, leur volume un peu plus grand que celui des hématies, dans les mammifères du moins, les feront reconnaître.
Avant de les traiter par les réactifs, on cherchera à suivre leurs déformations par production d'expansions sarcodiques ou amibi formes, si le sang a étéprissur un animal vivant. On peut observer ces phénomènes quelques minutes après l'extraction du sang, puis ensuite pendant une ou plusieurs heures, si le sang desséché au pour-
572 PRÉPARATION DES HÉMATOZOAIRES.
tour du porte-objet empêche la dcssiccalion du liquide qu'il recouvre.
On cherchera à distinguer dans le sang les petits leucocytes ou globulins, ne donnant pas d'expansions amibiformes, plus petits que les globules rouges, tandis que les plus gros, o;i leucocytes proprement dits, sont les uns pâles, peu grenus, les autres foncés; cela tient, sur ces derniers, à ce qu'ils sont plus ou moins pleins de fins granules graisseux, jaunâtres, qui se voient surtout sur les reptiles, les batraciens et les poissons.
On préservera la préparation de l'évaporation du liquide en entourant le porte-objet de cire fondue ou de quelque autre lut inerte, pour suivre du jour au lendemain les modifications cadavériques de ces éléments et la production d'un ou deux noyaux vers leur centre dans ces conditions.
Sur d'autres préparations, on suivra comparativement 1 influence de l'eau de l'acide acétique et d'autres acides étendus sur les granules des leucocytes, dont ils amènent, chacun à sa manière, l'agglomération nucléiforme, après avoir fait cesser la production des expansions sarcodiques et ramené les éléments à la forme sphérique. On observera surtout le mouvement brownien des granules intérieurs des leucocytes gonflés sous l'influence de l'eau ou des altérations cadavériques du plasma On ramènera ces éléments à leur volume primitif, en réajoutant après l'eau une goutte de solution concentrée de phosphate ou de sulfate de soude, ou bien on attendra la rupture du leucocyte avec issue de ses granules, en laissant agir l'eau mise en quantité plus grande.
On suivra sur d'autres préparations l'action des fluides qui dissolvent complètement ces globules, tels que l'ammoniaque, etc.
11 sera utile d'observer l'influence des liquides qui, au contraire, comme l'alcool, les solutions chromiques et autres, resserrent et conservent ces cellules. On pourra également placer ces éléments dans le sérum iodé et dans les chambres chaudes, dans le cas où l'on voudrait faire sur eux quelques recherches spéciales.
703. Les /le'matooazVes, helminthes qui vivent dans le sang, seront cherchés dans des préparations du sang faites comme à l'ordinaire. Les prétendus vers trouvés dans les vaisseaux de l'homme ont été reconnus être seulement des concrétions fibrineuses, minces et allongées. Mais, dans le sang du cheval et du marsouin, on a trouvé des strongles ; chez le chien (Gruby et Delafond) et le rat [Mus rcUlus, L,)> des fdaireg (Chaussât), ainsi que sur les corbeaux
PdKPAIlATION .DU SAKG DES INVERTÉBHÉS. 575
et les grenouilles. Sur les grenouilles, on voit parfois ces filaires, en étudiant la circulation sur l'animal vivant ; il faut les chercher en automne, sur les batraciens amaigris, se trouvant clans de mauvaises conditions d'alimentation et de vie. On a l'encontré des infusoires parasites dans le sang de quelques poissons. Il semble résulter des recherches de Vulpian que les filaires du sang des grenouilles, qui n'ont jamais d'organes sexuels, sont \es jeunes de filaires adultes femelles qu'on trouverait en même temps, soit dans le tissu cellulaire, soit dans quelques viscères des animaux atteints d'hématozoaires. Les infusoires du genre Ainihe{Amœha) qu'on a prélendu avoir trouvés dans le sang ne sont autres que les leucocytes, se déTormant par des expansions sarcodiques, plus manifestes chez les invertébrés que sur les vertébrés supérieurs. (Pour les altérations du sang dans le charbon, etc., voyez dans la III'' section ciaprés, l'article qui concerne les Vibrions et les Bacléries.)
704. Le seing des invertébrés ne montre que des leucocytes, souvent réunis en groupes.
On suivra dans leur étude la même marche que pour celles des leucocytes des vertébrés. Les variétés de leurs formes, chez les insectes surtout, leur volume, l'énergie et l'étendue de leurs mouvements amiboïdes; la manière dont ils se creusent aussi de vacuoles pleines de liquide jaune rosé, etc., devront surtout fixer l'attention.
Pour les préparer, on incise transversalement le vaisseau dorsal des larves, des chenilles ou des insectes parfaits, des Araignées sur la ligne médiane de leur dos à l'aide de ciseaux ou d'un petit scalpel bien tranchant. On place ensuite une goutte du liquide sorti entre deux lames de verre, comme à l'ordinaire.
On procède de même pour les mollusques et les crustacés après avoir mis à découvert leur cœur, ou appris, par leur dissection préalable où il faut piquer tel ou tel de leurs sinus veineux.
705. La conservation des leucocijtes est très-difficile ; elle n'a jamais lieu sans production.d'un à trois amas nucléiformes, comme au contact de l'eau, etc. On les mettra dans le liquide de Pacini mdiquè plus haut (p. 576), de préférence à tout autre.
Préparation de la lymphe et du chyle.
706. Sur l'homme, on n'a guère d'occasions d'examiner de la lymphe en dehors des cas de fistules lymphatiques. On la prépare aussi en en plaçant une goutie entre deux lames de ven c. On y
5Tt l'HEPARATlON DE LA. LYMPHE, DU CllVLK, DES SÉROSITÉS.
cherchera les leucocytes plus ou moins nombreux, parfois rares, qu'elle renferme. Presque toujours, dans les conditions précédentes, elle est lactescente. On observera alors les très-fins granules graisseux semblables à ceux du chyle, doués d'un vif mouvement brownien qu'elle tient en suspension. Le plasma et le sérum du sang blanc, montrent de fins granules semblables à ceux-ci. La lymphe des fistules entraine presque toujours quelques hématies que son contact resserre un peu et rend violacés.
Sur les mammifères, on prendra du chyle en piquant le réservoir de Pecquet chez un animal en digestion, ou plus facilement encore, en plaçant une ligature d'abord près d'un ganglion mésentérique» puis une autre à quelques centimètres plus loin, en allant du côté de l'intestin, de manière à retenir ainsi le liquide dans un ou plusieurs chylifères. On peut alors piquer tel ou tel vaisseau pour en étudier le liquide ou détacher les conduits ainsi liés pour emporter la pièce près du microscope.
On procédera de même pour étudier la lymphe proprement dite. On placera la ligature supérieure sur le cordon testiculaire du mâle, sur les vaisseaux ovariens, loin de l'ovaire, chez les femelles ou sur les vaisseaux iliaques primitifs près de l'aorte, en embrassant un peu des tissus ambiants. Lorsqu'on verra les lymphatiques bien distendus par le liquide clair et ritrin, on placera la ligature inférieure avant d'enlever la pièce.
On peut ainsi conserver la lymphe ou le chyle avec leurs leucocytes intacts pendant plus de vingt-quatre heures.