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CHAPITRE V

Conditions anatomiques à remplir pour faire les injections.

•62. Lorsqu'il s'agit d'injecler des animaux, il est facile de se placer dans les conditions favoral)les. On choisira de préférence un animal mort d'hémorrhagie, afin que les capillaires conlieniienl peu de sang, et que l'injection posseplus facilement. Aussitôt après la mort, pendant que l'animal est encore chaud, on commence l'opération, c'est l'instant le plus propice; la faible quantité de sang qui reste encore dans les vaisseaux n'est pas coagulée ; les artères ont conservé leur conlractilité normale; mais, alors on ne réussit complètement qu'à la condition d'employer des liquides qui n'irrilent pas trop vivement les parois vasçulaires. La glycérine, l'alcool, la térébenthine doivent être bannis de ces liquides, ils amèneraient la contracture des vaisseaux et l'injection pénétrerait difficilement. Ce qu'il y a de mieux, dans ce cas particulier, c'est la gélatine diversement colorée et sans mélange de glycérine ; le cadavre de l'animal conserve assez de chaleur pour qu'il soit inutile de l'échauffer.

63. Si l'injection ne peut se faire immédiatement après la mort, il faut attendre un, deux ou trois jours suivant la température et suivant que la rigidité cadavérique durera plus ou^moins longtemps; jamais on ne se servira d'un cadavre en état de rigidité.

Pour l'homme, si l'on excepte les membres récemment amputés, les opérations des tumeurs et les rares circonstances où l'on peut disposer des condamnés à mort, on injecte les tissus deux jours après la mort. 11 <'st donc inutile de se préoccuper de l'action de la matière à injection sur les vaisseaux, il suffit que celle-ci soit trèspénétrante; mais on devra choisir des jeunes sujets plutôt que des vieillards, et des corps peu chargés de graisse, ne présentant pas d'ecchymosos ou de vergetures. Les cadavres des hommes morts brusquement à la suite d'un traumatisme grave sont préférables. Si la mort est survenue lentement et, surtout, s'il y a altération du sang, comme dans la plupart des maladies générales et des inflammations, le sang coagulé engorge les capillaires et même les arlérioles, la réussite devient alors incertaine, et elle n'est guère possible qu'à la condition de faire passer par les vaisseaux un murant d'eau qui dissociera et entraînera peu

l'HI'lGAUTlONS A MŒiNDIlE AVANT L'INJECTION. 45

à peu les caillots e(. les globules agglomérés ; ce lavage du système circulatoire devra se faire avec précaution; on agira avec lenteur en employant une pression faible. Généralement ou fixe sur la canule appliquée à l'artère principale un tube en caoutchouc qui aboutit à un robinet d'eau ; on peut employer avantageusement notre appareil à entonnoir (flg. 3). Lorsque les tissus seront devenus tout à fait pâles, on arrêtera le courant d'eau et on suspendra la pièce de façon que le liquide, qui distend les vaisseaux et œdémalie les tissus, puisse s'écouler partiellement. Cette opération préparatoire facilite singulièrement l'injection des réseaux lymphatiques, qui se gonflent et sont aisément atteints par les canules piquantes ou les tubes de verre eflilés. Malgré tout, le lavage des vaisseaux a quelques graves inconvénients ; il altère plus ou moins les minces parois capillaires, et la matière à injection s'épanche ensuite 'dans les tissus plus souvent que dans le cas contraire; on ne s'y résoudra que dans les cas où cette opération préliminaire sera jugée indispensable.

64. Du reste, les globules du sang que renferment les vaisseaux ne gênent pas autant qu'on pourrait le croire au premier abord, si toutefois il n'y a pas accumulation trop considérable, comme dans les organes enflammés. L'injection chasse devant elle le liquide contenu, en laissant appliqués contre leur face interne les caillots ou la matière colorante qui s'est déposée. Lorsqu'on pousse ensuite l'injection par l'ordre de vaisseaux opposés au premier, .le sérum comprimé transsude au travers des parois vasculaires, comme, lorsqu'on injecte de l'eau ou de la gélatine, on voit ces substances s'inlillrer dans les tissus sans rupture des tuniques.

Les globules sanguins, ou leurs détritus tenus en suspension dans ce liquide, restent appliqués contre la face interne des vaisseaux, même des capillaires, et n'empêchent pas l'injection de passer et de les remplir ; mais il faut user d'une pression plus considérabl(^ et plus soutenue que dans le cas de vacuité des capillaires.

Il se rencontre presque toujours quelques points , quelquefois assez étendus, où les parties solides du sang s'accumulent et empêchent l'injeclion de pénétrer. On observe ce fait constamment dans les tumeurs dites cancéreuses et épidermiques ; dans diverses altérations des muqueuses, etc., où le sang, coagulé déjà pendant la vie dans les capillaires, et même dans des vaisseaux non capillaires, empêche l'injeclion de pénéti'er; mais il y a toujours des parties injectées dans le voisinage de celles-ci. L'étude des iujec-

4(i INFILTMTIUIN DES TISSUS l'AU L'INJECTION.

lions à la loupe ou au microscope fait eonstaler tous ces faits.

65. Si les injections réussissent, quandl'annnal est mort depuis un certain temps, et en été surtout, il faut cependant prendre garde que l'altération des tissus ne soit déjà trop avancée. On ne peut pas donner dè signes précis du degré d'altération qu'il faut éviter d'atteindre; cela varie trop suivant la température, l'humidité, les espèces animales et les divers organes. L'habitude seule peut servir de guide à cet égard.

C'est lorsque les tissus sont trop altérés que l'on voit les lymphatiques de l'organe s'injecter très-facilement par les artères ou par les veines, par ces dernières principalement. On sait pourtant, qu'en raison des rapports anatomiques existant entre les capillaires sanguins et les lymphatiques, la gélatine et même le suif colorés ou non par des matières en suspension poussées dans les artères pendant longtemps, en sortent par transsudation exosmotique et œdémalient le tissu injecté. Ils passent souvent incolores ou à peine colorés dans les lymphatiques qu'ils remplissent alors, des réseaux d'origine vers les conduits collecteurs. C'est même là le procédé employé par Mascagni pour l'injection des lymphatiques du rem et de beaucoup d'autres organes. Ce procédé donne assez fréquemment de bons résultats, pour qu'il mérite d'être employé dans des cas qui ne peuvent être fixés d'avance, mais que dans chaque ordre de recherches l'expérience du laboratoire apprend à détermmer.

Quand on injecte les conduits excréteurs des diverses glandes ou les bronches, les lymphatiques du parenchyme se remplissent du véhicule de la matière colorante ; le suif, par exemple, ou la gélatine y passent sans que toujours la couleur les pénètre elle-même; mais c'est par un mécanisme différent du précédent. Ici c est une transsudation moléculaire exosmotique du suif ou de la gelatme au travers de la muqueuse du conduit qui a lieu, et, si cette substance pénètre plus facilement dans les lymphatiques que dans les vaisseaux sanguins, c'est parce qu'ils ont leurs parois plus mmces que celles de ces derniers et parce qu'ils sont plus superficiels Lorsque après avoir rempli les capillaires sanguins par un seul ordre de vaisseaux et fait passer l'injection des artères dans les veines, ou quand, après ;avoir injecté successivement ces deux ordres de conduits, on vient à continuer trop longtemps la pression et surtout à l'exagérer, on voit apparaître ce qui a été décrit sous le nom de capillmdes par Bourgery. C'est souvent en même temps q„e se forment ces prétendus capilliculcs plus petits que les glo-

INl-'ILTHAT10N DES TISSUS PAU L'INJECTION. 47

billes du sang, que s'injectent aussi les lymphatiques, cl le fait se produit surtout quand on pousse l'injeclion par les veines, *ainsi que l'a remarqué déjà M. Ludovic liirschfeld

Longtemps auparavant, M. Lambolle* avait signalé dans les séreuses l'existence de vaisseaux plus petits que le diamètre* des globules du sang. 11 avait dit aussi que les lymphatiques comme les veines se continuent avec les artères par l'intermédiaire d'un réseau commun formé de ces vaisseaux plus étroits que les globules du sang. Peu de. temps après, MM. Doyère et de Quatrefages sont arrivés aux mêmes conckisions, en injectant par double décomposition les artères d'un chien, etc., et ils ont obtenu ainsi des vaisseaux dont le diamètre est quatre ou cinq fois plus petit que celui des globules sanguins, et même plus (O'^^.OOl à 0°"", 004)5.

66. H ne faut pas croire à une contradiction entre le fait de l'injection des lymphatiques parles artères, constaté par MM. Lambotle, Doyère et de Quatrefages, et celui de l'injection des mêmes vaisseaux par les veines, que beaucoup d'anatomistes ont signalé. On les injecte en effet par l'un ou l'autre ordre de conduits, dès qu'on arrive par rupture des capillaires à remplir ces espaces canaliculaires plus petits que les globules du sang; réplélion qui a lieu plus facilement quand on pousse l'injection par les veines que si on la chasse dans les artères, sans doute à cause de la plus grande fragilité des parois veineuses.

Seulement il faut être prévenu que ces capiUicules (en prenant le nom introduit par Bourgery, quoiqu'il soit défectueux) sont dus a un accident d'injeclion et ne sont pas naturels; car on peut remphr complètement les vaisseaux des villosilés intestinales et ceux

rein, du tissu cellulaire sans que 1 injection pénètre ni dans les chylifères, ni dans les Ivmphaiques proprement dits. Et cependant on ne saurait douter que I injection ne fût complète, puisqu'on voit le bleu et le jaune en nu f ^^^^,«^P''^^"7« ™nt de volume entre 0-,009 et

lante, on tr uve qu'elle a passé des artères dans les veines.

à 2.b e t'i:T ''''' avec la matière

omp 1 ^T'' -"^ P''°^^"=^^ t'^oP long-

temps operafon en ra.son de causes dont il sera question plus loin.

I llirschleld, thùse. l'aris, 1«48

' Jouni«l l'imlilul. I'ari«, 1841, „» 73 '

« IBFILTIIATIOB DES TISSUS PAU L'IBJliCnOS.

67. Les dimoi.sio.is prises sur les vaisseaux iiijeclès avec les substances à douWe dècomposilion ne peuvent pas élre m,ses en comparaison avec celles des capillaires injeclés aulremenl ou vus sans injection au microscope; car elles sont '-J°-y;'";P; ; En effet, sur le chien, le lapin et le cochon d Inde. »' l^J'',^' de Quatrefages ont constaté, comme nous I avons vu, a 1 aide d m •ect?ons par°douhle décomposition, des canau. ^'-^^^^ que le diamètre des globules du sang dans '^ f ™"^

avec la pins grande facilité et presque à coup sur. . Les ^nscles m particulier OUI présenté des canaux de celte nature en nombre Û Considérable que celui des fbres musculaires elles-meme 1 Do,L fut le premier à tirer de ces faits la ; cinaux n'étaient autre chose que les espaces mlerjibnUau es, c est : à-dh e dè véritables lacunes, et non point des vaisseaux cap.llatres

" CmuXsènt','à''la Vérité, trés-vascnlaires. le nombre de leurs valsse uT comme n peut le voir sur des pièces fraîches ou sèches s e;, travers, esî à peu prés le double de celm des —

îfir:i:=:r;:tdft;^^

nt p itetCe les vaisseaux primitifs striés, mais plus grosses

plTs" m;rt:ment; ou bien étaient desséchés et revenus sur eux- "Tsi ces vaisseaux étaient réellement dfS -P»- ■nt;,-^lbrd^ , et non des capillai.s ^^^^^^ ritT Z ranger avec ces P™<'"''^/ ""„ ;, ,^'' formant un ordre

des capillaires. infUlralions de ce genre distincles

de°:a;ii::

n M /« 'iociélr iihilomatliique, 1845, p. -'O.

' De Quatrefages. ^^^^^^l^^^ ^éÀ^ ''^ ''''' 2 Bourgery, Coinides nndm «<-

DIFFÉRENCES ENTllE L'INJECTION ET LTNFILTRi^TlUN. iO

lion. Cependant ou n'en peut l'aire dans le cerveau, le placenta et autres tissus cités tout à l'heure. Ces capillicules sont des conduits fins ayant de 0""",002 à 0""",0Û4 de diamètre, et dans certains points beaucoup plus, de manière à être vus facilement à l'œil nu, tandis que les globules du sang des mammifères ont de 0""",006 à 0""",008. Leurs bords ne sont pas aussi nets que ceux des capillaires proprement dits, qui ont toujours au moins un diamètre de 0'»"',007 ; car ce sont là les plus petits, et ordinairement ils ont davantage dans les séreuses, la peau, les muqueuses, le poumon, elc. Ce sont ces capillaires les plus petits, n'étant pas plus larges que les hématies, qui, à cause de l'épaisseur de leurs parois, qu'il faut déduire de ce diamètre, se trouvent avoir un calibre moindre (voy. fig. 8, p. 50) que le diamètre des globules du sang, et alors forcent ceux-ci à s'étirer un peu pour les traverser, quand ils y pénètrent, ainsi qu'on le voit quelquefois, lorsqu'on étudie la circulation sur des animaux vivants.

68. L'aspect des bords de ces traînées extra-vasculaires qu'on a nommées capillicules les fait facilement reconnaître pour des conduits sans parois propres. Elles forment des réseaux à mailles régulières, en général à angles aigus, variant de forme suivant les lissus, toujours très-élégants. Mais elles peuvent, quand on a déjà étudié les vaisseaux des mêmes lissus , sans produire ces capillicules, être distinguées des capillaires proprement dits, quoique, cependant, ces derniers forment des réseaux dont les mailles partagent les caractères généraux propres à la texture des fibres de chaque tissu, selon que leurs fibres ont telle ou telle direction. Ainsi, pour le foie, les capillaires encadrent régulièrement les cellules hépatic£iies, et il peut être difficile de distinguer les capillaires vrais des capillicules ou conduits produits artificiellement. Lorsqu'on injecte les canaux biliaires en employant une lorte pression, ou même une pression faible longtemps continuée, l'injection passe dans le réseau sanguin; si ce réseau sanguin a été préalablement rempli, la matière s'échappant des conduits biliaires se fait une voie autour des cellules hépatiques et donne l'apparence d'mi réseau L'examen au microscope éclaircit les doutes sur la nature des uns et dos autres. Les contours .arrondis, les caractères des ramifications, des capillaires et de leurs flexuosités surtout,

1 il!°!,:^r,^°''''!'«,'!'> ^^^^J)^<Honmired'his(oira ncdtndlc do d'Ui--

gny, 2" cd,l,o„, 1809, t. VII, p. rro-m, Cl, liraf^e à part sous le titre : Analc^ nue microscopique des Imus. l'ai i , 1>1G!I. iu-8°, p. 58-5'J.

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