INJECTIONS DES LYMPHATIQUES
tain qui ne donne que des résultats incomplets ; on évitera de pousser l'injection dans le sens opposé au courant de la lymphe, à moins d'y être obligé, comme,,par exemple, lorsqu'on veut remplir le lymphatique central des villosités intestinales ou les vaisseaux effêrents des ganglions.
Tous les sujets ne sont pas également bons pour servir aux injections des lymphatiques ; ceux qui ont de l'œdème sont trèsfavorables ; on se rapprochera de cette condition, en déterminant un œdème artificiel. Pour cela, on fera passer un courant d'eau par les vaisseaux sanguins, et bientôt les tissus seront infiltrés, les lymphatiques distendus et il deviendra aisé de les atteindre. - C'est dans ces conditions surtout qu'il faut se placer pour injecter les conduits lymphatiques afférents et effêrents des ganglions avec les matières à injections liquides, dont nous avons parlé plus haut. Une fois l'injection ainsi pratiquée, on fait durcir ces glandes dans l'alcool absolu pour pratiquer les coupes, destinées à montrer les rapports de ces conduits avec la substance glandulaire propre.
C'est également en procédant comme il a été dit plus haut, et en injectànt des chyliféres près de leur issue de l'intestin, en piquant la muqueuse au bord des plaques de Peyer, que l'on parvient à remplir avec les matières à injection liquides, non-seulement les sinus lymphatiques entourant ces glandes, mais encore les réseaux de la muqueuse intestinale et les prolongements en cul-de-sac qui en partent pour s'enfoncer dans les villosités. On fait durcir la muqueuse en remplissant l'intestin d'alcool et en laissant plonger toute la pièce dans ce dernier liquide pendant quelques jours. On pratique alors les coupes minces au rasoir, pour les examiner à l'aide du microscope et les préparer dans la glycérine ou dans le baume de Canada.
Pour avoir une injection lymphatique qui réussisse sur une étendue assez considérable, il est nécessaire de prendre un animal mort, mais^ussi frais que possible; car alors les parois des vaisseaux conservent leur intégrité et leur résistance mieux que plus tard après la mort. Sur l'homme, l'injection peut être faite vingt^quatre à trente^six heures après la mort, en hiver, mais, au delà l'injection ne réussit pas convenablement. .
Pour injecter en même temps les vaisseaux sanguins et les lymphatiques, et voir leur épithèlium , on introduit une seringue ordinaire dans une artère. On remplit, avec la solution cidessus, tout le conduit sanguin choisi jusqu'à ce que les vemes
bouts de l'artère et de la veine; on met l'organe dans l'eau avec un peu de glycérine ou même d'acide acétique, suivant Belajcff, et on l'expose à l'action de la lumière pendant cinq à huit heures.
Aussitôt que la couleur grisâtre paraît, la préparation peut être considérée comme prête. La dessiccation par l'alcool, l'action de la rendre transparente par la térébenthine ou par l'huile de pavot ne l'abîment pas et la réaction de la pierre infernale n'est pas empêchée. Elle est, au contraire, rendue plus évidente. Après avoir obtenu la coloration des vaisseaux, il est nécessaire de conserver les préparations dans l'obscurité, si l'on n'a pas eu soin de les rendre inaltérables par l'hyposulfite de soude.
Injection des- veines enjMi'ticulier.
87. Bien que l'injection des veines soit assez rarement pratiquée dans le but spécial d'en étudier le résultat à l'aide du microscope, et que ce que nous en avons dit plus haut (pages 59, § 78, et 61, § 80) soit suffisant sous ce rapport, il n'est cependant pas inutile, en terminant ce sujet, de rappeler les notions suivantes; elles concernent spécialement la réplétion de ces vaisseaux.
11 est un certain nombre de veines qui peuvent être injectées de leur tronc vers leurs rameaux comme les artères. Parmi celles-là il faut signaler en premier lieu les veines pulmonaires ou arte'rieuses, les veines portes abdominales et rénales des poissons, des batraciens et des reptiles. Quand on veut colorer différemment les branches d'origine d'une part et les branches de terminaison d'autre part, tant dans le foie que dans le rein, il faut, par le même orifice de la veine, pousser dans un sens l'une des matières choisies et l'autre dans le sens opposé.
88. Notons ici que, sur des poissons, le système artériel à sang rouge est disposé comme les veines portes en général; il est, en effet, sans communication directe avec le cœur et terminé par un système capillaire à ses deux extrémités. D'une part, les branches venant des capillaires des branchies se réunissent en aorte, et celleci se distribue en capillaires généraux dans tous les organes comme sur les autres animaux. 11 en résulte qu'il faut procéder pour pratiquer l'injection de ce système, comme on le fait pour la veine porte. Si l'on veut injecter en une même couleur le tronc ainsi qiid les branches d'origine et de terminaison, on pousse l'injection par. l'une des branches quelconques naissant de l'aorte; celles qui se prêtent le mieux h celle opération soni les artères gasli'i(juos et mé-
sentériques. Quant on veut injecter avec une seule couleur tout le système de telle ou telle veine porte, on prend aussi une des branches principales se jetant dans le tronc, l'une de celles qui viennent des anses de l'intestin, particulièrement, s'il s'agit de la veine porte intestinale. Si celte branche même ne s'est pas remplie par l'intermédiaire de quelque anastomose, on l'injecte ensuite séparément, s'il en est besoin.
89. Le tronc de la veine cave, les veines sus-hépatiques, ovariques, utérines, testiculaires, et beaucoup des veines périrachidiennes et intrarachidiennes, les veines azygos même, peuvent être injectées, soit séparément, en les remplissant de leur tronc vers les capillaires, soit ensemble en poussant la matière de haut en bas dans la veine cave, ou de bas en haut en plaçant la canule sur l'une des deux veines crurales ou iliaques.
Les veines cardiaques, dépourvues de valvules peuvent être mjectés du tronc vers les capillaires en plaçant la canule au travers de la valvule de Thébésius. la veine vertébrale peut être aussi injectée de la sorte, quand on place la canule entre les valvules qui sont au niveau de son abouchement dans la sous-clavière. Il en est de même pour les jugulaires externes dont les valvules incomplètes laissent, du reste, souvent passer la masse poussée dans la veine-cave supérieure ou dans l'un des troncs brachio-céphaliques.
Les veines jugulaires internes, les sinus de la dure-mère, ainsi que la plupart des veines du cou, de l'encéphale, du crâna et de la face qui se jettent dans ces conduits collecteurs, s'injectent aussi du tronc vers les capillaires en plaçant la canule dans la veine cave supérieure ou au point d'abouchement de l'une des jugulaires dans le tronc brachio-cèphalique veineux qu'elle vient former.
Dans toutes ces circonstances, il importe d'ouvrir d'avance la veine à l'endroit où doit être placée la canule, et de faire sortir le plus de san- possible, tant par des pressions répétées, dirigées dans le sens convenable, que par une position déclive donnée au cadavre pendant plus ou moins longtemps. C'est aussi, loi^ de l'injection des v^mes qu'il est utile souvent de pousser préalablement de 1 eau dans es artères assez longtemps pour que le liquide revenant par les p cniières les débarrasse de leur sang, qu'il entraîne en sortant pa. l'ouverture faite d'avance au point où sera placée la canule
90 11 ne reste, comme on le voit, qu'un petit nombre de veines oui pour être remplies, exigent que l'injection soit poussée des rameaux vers le tronc. Ce nombre est moindre encore dans les oiseaux.
les reptiles, les batraciens et les poissons que chez les mammifères, dont les veines manquant de valvules, sont plus multipliées que sur les animaux des autres classes.
Pour injecter les veines superficielles et profondes des membres antérieurs de l'homme, on introduit successivement la canule dans la branche d'origine de la veine céphalique qui vient du pouce, dans l'une de celles qui sortent de la paume de la main et dans la veine salvatelle. Parfois les veines des doigts sont assez grosses pour que la canule puisse y être introduite.
Pour le membre inférieur, on pousse l'injection par l'une des veines dorsales des orteils ou de la face dorsale du pied prise dans le voisinage de l'extenseur du pouce. Souvent il est nécessaire on outre d'injecter par l'une des branches d'origine de la saphène externe prise derrière l'extrémité inférieure du péroné. Sur les autres mammifères, on placera la canule dans l'une des veines digitales des membres antérieur et postérieur, ou dans l'une des branches qu'elles forment en se réunissant, selon que l'animal est de petite ou de grande taille.
Souvent il arrive que quelque veine volumineuse des membres ou du tronc n'a pas reçu la matière à injection. Il faut alors remplir chacune, d'elles séparément, en plaçant le tube sur le point de sa longueur que l'observation fera paraître le plus convenable.
Pour injecter les tissus érectiles de l'urèthre et des corps caverneux, et les veines qui en ramènent le sang, on introduit une canule dans quelqu'une des aréoles de ces organes, et l'injection, après avoir rempli celles-ci, passe dans les veines de la verge et de là dans celles du petit bassin. On injecte aussi parfois ces dernières en plaçant la canule dans la veine dorsale delà verge, tant chez l'homme que sur les animaux dont la taille permet de procéder ainsi.
91. Pour l'injection delà vessie, le suif coloré et bouillant, poussé par la veine dorsale de la verge et par les deux veines fémorales d'un même sujet, ne remplit que les gros troncs de la face inférieure de l'organe. Aucun des réseaux de la muqueuse ne peut être injecté par ce procédé.
Les injections partielles, en prenant successivement une à une les vemes que l'on rencontre, sont aussi, la plupart du temps, insuffisantes.
Le moyen qui parait le meilleur, le plus simple et le moins dispeudieux, est celui qui consiste à pousser, par la veine dorsale de la verge, après avoir lié les deux veines fémorales et la veine cave
inférieure, un litre et demi d'eau ordinaire colorée avec du bleu d'outre-mer en poudre ou du jaune de chrome. Celte mjection pénètre immédiatement dans les vaisseaux les plus fms de la muqueuse, qui restent pleins de matière colorante, l'eau transsudant travers les tissus. Les gros troncs doivent être aussitôt remplis par une injection au suif de même couleur, ce qui a l'avantage d'empêcher les vaisseaux de moyen calibre de se vider. Les injections d'eau et de minium sont impossibles, ce dermer produit n'étant pas miscible à ce liquide. La même matière, mêlée a 1 essence de térébenthine, donne un rouge magnifique; mais, une lois injecté, ce liquide transsude partout, colore les tissus, et on ne peut distinguer les vaisseaux dans la masse. La glycérine avec une poudre donne de beaux résultats ; mais la simple injection d eau et de bleu d'outre-mer par la veine dorsale de la verge, plus aisée a pratiquer, réussit aussi bien. (P. Gillette.)
92 Les remarques faites précédemment (page 63, ^ 85) sur le temps, les précautions, etc., exigés par les injections, s'appliquent à celles des veines plus encore qu'à la réplétion des autres vaisseaux. Le nombre des ligatures qu'il faut placer à la base du membre ou aux points d'abouchement des grosses veines dans les principaux conduits collecteurs, pour que la matière n'y passe pas et pour que les ramuscules puissent se remplir est en général considérable. 11 en est particulièrement ainsi quand on injecte l'utérus et les organes o-ènitaux externes. Il faut de plus avoir toujours sous la main les aiguilles et porte-aiguilles préparés pour placer de nouvelles ligatures aux endroits voulus pendant l'injection. 11 sera bon aussi, dans le but également d'oblitérer certaines anastomoses, de se servir des pinces à pression continue déformes diverses (fig. 12), dont l'application est plus prompte et plus rapide que celle des ligatures, et devient d'une grande utilité toutes les fois que survient une rupture pendant la durée de l'opération.
C'est particulièrement pour l'injection des veines qu il est utile de prendre dâns la ligature un peu du tissu entourant le vaisseau, afin que le fil ne coupe pas les parois de celui-ci au moment ou on serre le nœud sur la canule. Cela est d'autant plus utile ici que 1 opi ration est lente et prolongée. On peut ne faire qu'un seul nœud, mais à double tour', ce qui l'empêche de se desserrer seul, tout en permettant de le relâcher pour enlever la canule et la réintroduire sous le même fil, en cas d'oblitération ou autre accident. Il est des circonstances assez nombreuses relatives aux injec-
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lions veineuses partielles et même artérielles dans lesquelles la canule introduite à frottement dans le vaisseau n'a pas besoin d'être liée et où il suffit de la maintenir avec les doigts, qui ramènent sur elle un peu des tissus ambiants. On est forcé de procéder ainsi pour injecter les veines de beaucoup de poissons, celles des sinus veineux des plagiostomes et des cyclostomes, beaucoup des veines des mollusques gastéropodes et céphalopodes, etc.
La mollesse des tissus est telle, en effet, chez divers de ces animaux, qu'ils se coupent, ainsi que la paroi vasculaire, sous l'influence de la constriction du fil placé autour de la canule. Dans le cas des sinus, leurs rapports et leurs adhérences aux organes ambiants s'opposent souvent à ce que cette ligature soit appliquée. Tantôt alors on glisse une canule cylindrique ou conique, relativement volumineuse , de manière à ce qu'elle s'adapte à frottement contre la face interne du conduit ; d'autres fois, il suffit même d'appliquer simplement son extrémité contre l'orifice pratiqué sur ce dernier et do pousser rapidement la matière liquéfiée. Ce procédé réussit souvent, sur les veines et les sinus des animaux de petit volume et sur leurs artères également.
93, Quoi qu'il en soit de ces diverses circonstances, qui se rencontrent assez fréquemment dans les recherches de laboratoire et dans le cours des études d'anatomie comparée, c'est en opérant sur des vaisseaux à parois minces, comme celles des veines, plus encore que sur les artères, qu'il faut avoir des aiguilles destinées à passer au-dessous du conduit le fil qui doit fixer la canule et à saisir ou non une certaine quantité du tissu voisin dans l'anse de la ligature.
Ces aiguilles doivent être des aiguilles à sutures chirurgicales, tant droites que courbes et demi-conrbes (fig. 14), une aiguille à ligature à manche courbée dans le sens de sa longueur (fig. 15) et deux aiçpiilles deBeschamps, l'une droite et l'autre gauche, des plus petites de celles que tiennent les fabricants d'instruments de chi-
Fig. l'i. — Pinces â pression continue.
rurgie et à extrémité pointue. Ces aiguilles à manche servent surtout lorsqu'il faut fixer la canule sur un vaisseau place profondément dans les cavités thoracique et abdominale des vertgbrés
L'expérience seule peut apprendre quels sont les cas dans lesquels il faut passer l'aiguille et le fil au-dessous du vaisseau avant d"introduire la canule dans celui-ci, et ceux dans lesquels il faut mettre la canule d'abord et passer ensuite le fil. Dans ce dernier cas, il faut avoir soin de retenir la canule, pour que les mouvements que lui imprime l'aiguille, quand on la
passe, ne la fassent pas sortir.
94. Les injections veineuses exigent que la matière soit poussée lentement, sans violence , en raison de la minceur des parois des conduits. Leur achèvement demande par suite un temps assez long, surtout
quand, injectant des extrémités veineuses vers le tronc, il faut se servir d'une canule de petit calibre et arriver jusqu'à la réplétion des capillaires.
11 en résulte que, si la nature des préparations à faire exige l'emploi d'une matière solidiflable, il faudra tenir l'animal injecté dans un bain d'eau chaude ou sous une cloche chauffée pendant toute la durée de l'opération. Cela est même nécessaire lorsqu'on se sert de la gélatine. C'est dans ces conditions également qu'il est parfois utile de remplir les capillaires à froid avec une masse non solidiflable (voy. p. 52 et suivantes), puis de laisser les grosses veines se vider pour y pousser ensuite une matière solidiflable de même couleur que la première.
On voit, par ce qui précède, que les appareils à pression contmiie peuvent être très-utilement employés pour pratiquer les injections des veines. j
Fig. 13.
Aiguille à ligature
Fig. 14.
Aiguilles à suture.