CHAPITRE IV
Emploi du microscope dans Tétude de la pourriture des plantes et des fruits.
975. Le blétissement des fruits est une simple altération moléculaire ou chimique, comme une exagération de la maturation ; les parois des cellules ne sont pas détruites, elles sont seulement devenues plus molles, leur contenu plus ou moins grenu, etc.
La pourriture doit être distinguée de l'altération produite par une contusion, par la chaleur ou par la congélation; elle est déterminée par le développement du mycélium d'un champignon, qu'on trouve, en effet, dans toute partie pourrie, accompagné quelquefois de spores.
La pourriture que l'on voit le plus ordinairement sur les fruits dont nous faisons usage, est déterminée par deux des mucédinèes des plus communes et des plus connues; l'une est le Mucor mucedo
* Grongniàrt, Revue t/es Cours scientifiques. l'aris, ISG'J, p. 745 à 751 Les observateurs qui voudraient éludicr particulièrement les cspcccs de champignons donl il vient d'être question et leurs analogues, leur polymorpliisnie,elc., quand ils se développent sur telle ou telle plante cultivée ou sauvaj;e, devront consulter le texte et les planches de l'excellent traité de M. C. Cooke, Lôndon, in-12, 18P5, intitulé : Stiidy of rnicroscopic fungi.
970 HXAMEN DE LA l'OUlUllTUliE DES I-'RUITS.
(L. l'orsoon), qui rocouvi c d'iiiiG erilorcscence noire la surface des siibslaiiccs qu'ollo cnvnliil ; l'aulre osl le PeniciUunnçjlaucmn (Liiik), qui la recouvre d'une efflorescence vcrdâire. Le mycélium de ces deux mucédinées se distingue par des caractères non moins précis ; l'un étant formé de tubes non cloisonnés et l'autre de tubes cloisonnés. Les coupes minces de ces fruits observtes à un grossissement de 400 diamètres les montrent aisément.
La pourriture occasionnée par le développement de ces mycéliums est contagieuse pour les fruits sains, mais dans des conditions particulières ; la peau revêtue d'un épidémie intact protège le fruit contre cette contagion.
La protection des fruits est en rapport avec l'épaisseur et la consistance de l'épiderme qui les recouvre; aussi l'orange, la pomme, la' poire, la prune, etc., se préservent beaucoup plus facilement que la figue, la fraise, la framboise, etc., dont l'épiderme est mince et délicat.
L'iniroduction des spores du Mucor ou du Pénicillium sous l'épiderme des fruits produit le même résultat qu^ le contact du mycélium, c'est-à-dire que le contact de la partie pourrie; la pouirilure ne tarde pas à s'emparer du point où les spores ont été déposées, et cette pourriture s'étend rapidement à tout le fruil. Sur une orange, une poire, une prune, etc., après vingt-quatre ou trentesix heures, le point inoculé montre déjà des traces de pourriture ; après quatie ou cinq jours, le fruit est tout entier envabi. La pourriture causée par ces champignons n'a pas une marche identique; elle est infiniment plus rapide par le Mucor que par le Pénicillium. Celte rapidité est en rapport parfait avec celle de la germination des spores de ces deux végétaux; les spores du Mucor germent, en elfet, en cinq à six heures, tandis que celles du micillium, dans le même milieu et par la même température, ne germent qu'en douze ou quinze heures.
La pourriture qui est déterminée par le Mucor a une couleur plus foncée, une mollesse plus grande ; il se fait en outre un dégagement abondant d'acide carbonique, qui donne aux tissus, lorsi,ue ce gaz est retenu, une sorte de turgescence, une apparence empNysèmateuse que \c PenicHÏium ne produit pas.
Le mycélium de ces mucédinées ne donne sa fructification qu'au contact de l'air, de soi te que cbez les fruits dont la peau est épais&° t résistante, la pourriture s'empare de tout le parenchyme sans s( montrer au dehors sous forme de moisissure, à l'exception toute