APRÈS LA PONCTION
26 juin
28 juin
lerjuil.
3 juill.
10 juil. 1
13 juil.
31 juil.
Circonférence au niveau de l’ombilic.
Circonférence à égale distance de l’ombilic et du pubis.
Circonférence à égale distance de l’ombilic et de l’appendice xiphoïde.
Distance de l’ombilic à l’appendice xiphoïde.
Distance de l’ombilic au pubis.
Distance de l’ombilic à l’épine iliaque ant. sup.
droite.
Distance de l’ombilic à l’épine iliaque ant. sup.
gauche.
A l’examen du 1er juillet, le palper pratiqué alors avec le plus grand soin ne permet de reconnaître qu’un ballottement léger perçu au-dessous de l’ombilic. Dans toute la région supérieure de ce ventre énorme on ne perçoit rien.
Il est impossible de trouver en un point quelconque, tellement la paroi abdominale est tendue, une différence de consistance.
Au toucher le col est ramolli, et le ballottement est facilement perçu.
200 Grossesse compliquée d’hydropisie de l’amnios
En introduisant son doigt dans le col jusqu’au delà de l’orifice interne, M. Pinard constate que les membranes qui sont en contact avec son doigt ne sont nullement tendues.
En présence de ces constatations, M. Pinard ne veut pas rompre les membranes au niveau du col. Hésitant toujours entre la grossesse gémellaire avec hydropisie de l’amnios d’un œuf et une grossesse simple coexistant avec une tumeur, il pratique une ponction en enfonçant à 8 centimètres à gauche et au-dessus de l’ombilic, un trocart n° 2 de l’appareil Potain.
Il s’écoule un liquide de couleur citrine ; le trocart paraît être libre dans une vaste cavité. Lorsque cinq litres du liquide sont retirés, on voit et on sent l’utérus se contracter et immobiliser le trocart. Puis au fur et à mesure que l’évacuation continue, on constate l’existence de parties fœtales dans la région supérieure, puis bientôt on peut percevoir deux têtes dans l’utérus.
Le diagnostic ne faisait plus de doute. Il s’agissait d’une grossesse gémellaire avec hydropisie des œufs.
L’aspiration dure une heure environ et permet d’évacuer dix litres et demi de liquide amniotique.
Après l’évacuation du liquide, on met du collodion sur l’orifice du trocart, puis un bandage avec compression ouatée est appliqué sur le ventre.
Pas de vomissements dans l’après-midi; les urines sont sanguinolentes.
Le 2 juillet, temp. 36,6; temp. soir 37. Urines 1 litre. La femme se sent très bien.
Le 3 juillet, temp. 36,6; temp. soir 37.
Par le palper on constate facilement la présence de deux têtes qui ballottent au fond de l’utérus. Mais on n’entend qu’un seul foyer d’auscultation à droite.
Observations
Le 7 juillet. État tout à fait bon.
La femme demande à sortir le 13 juillet.
A partir de cette époque, le ventre n’augmente plus. Elle marche facilement.
Le 20 juillet, à 3 heures du soir, se promenant au bois de Vincennes, elle est prise de douleurs, monte en voiture pour revenir à l’hôpital et expulse à quatre heures et demie un fœtus se présentant par le siège, ascitique et œdématié et pesant 1450 gr. Il meurt quelques instants après.
La seconde poche se rompt spontanément à six heures du soir. Le second fœtus est expulsé immédiatement. Il est macéré et présente un œdème considérable; il pèse 1000 grammes.
La délivrance se fait spontanément à six heures et demie Le placenta très volumineux forme une masse unique. Une cloison formée de 4 membranes sépare les deux œufs. Les membranes sont intactes. Celles qui contenaient le second fœtus sont distendues et présentent, à 10 centimètres environ du bord placentaire, un orifice arrondi qui répond à l’entrée du trocart. La femme sort bien portante le 31 juillet.
DU PALPER MENSURATEUR
Si nos traités classiques nous enseignent avec raison que la Pelvimétrie digitale fournit, dans la pluralité des cas de rétrécissement du bassin, des renseignements à peu près exacts sur les dimensions du diamètre promonto- pubien minimum ou diamètre utile , ils ne nous renseignent guère sur les procédés à employer pour reconnaître le volume de la tête fœtale pendant la grossesse.
Et cependant au point de vue pratique, s’il est important de connaître exactement l’étendue de la filière pelvienne, il ne le serait pas moins de connaître le volume du corps qui doit la traverser, c’est-à-dire de la tête fœtale.
Malheureusement, comme éléments de cette dernière appréciation, nous ne pouvons nous appuyer que sur des données extrêmement vagues.
On connaît, il est vrai, la moyenne des diamètres de la tête aux différentes époques de la grossesse, mais nul n’ignore combien ces moyennes appliquées à tous les cas s’éloignent de la vérité. De plus, en admettant que le volume de la tête fœtale soit sensiblement le même pour tous les fœtus, il resterait toujours une inconnue à résoudre: l’âge exact de la grossesse.
Pour parer à ces inconvénients qui ont frappé tous les accoucheurs, et qui les exposent à provoquer l’accouchement ou trop tôt ou trop tard, on a proposé déjà un assez grand nombre de moyens. C’est ainsi que certains auteurs préconisent les indications que l’on peut obtenir en obser-
Manuel opératoire.
vant la taille des parents et les dimensions de leur tête, leur âge, la race à laquelle ils appartiennent, etc., etc.
Il faut avouer que cette craniométrie est par trop indirecte et ne donne à l’esprit que des soupçons relatifs au développement de la tête fœtale, ce qui est loin d’être suffisant.
D’autres, et Matthews Duncan en particulier (1), conseillent de recourir à la craniométrie intra-utérine. Mais il faut reconnaître que les moyens conseillés par cet auteur, pour arriver à ce résultat, sont aussi peu efficaces que peu pratiques.
J’ai essayé moi-même un grand nombre de fois de mesurer la tête à travers la paroi abdominale et la paroi utérine à l’aide d’un compas d’épaisseur, et je dois reconnaître que les dimensions constatées au moment de la naissance et comparées à celles obtenues pendant la grossesse quelques jours avant l’accouchement, étaient souvent loin d’être semblables.
Aussi, j’ai abandonné ce procédé, excepté pour des cas particuliers (hydrocéphalie) et j’ai recours à un moyen, conseillé déjà, que j’ai employé à peu près exclusivement depuis bientôt trois ans, et que j’appelle le palper mensurateur.
Je le pratique de la façon suivante :
Dès que chez une femme enceinte dans le cours du septième mois, je trouve la tête non engagée, je ramène cette dernière si elle n’y est déjà, au-dessus de faire du détroit supérieur, je l’abaisse, je fais en sorte que la présentation soit franchement longitudinale pour que la tête soit parfaitement d’aplomb au-dessus de l’excavation. Je la saisis alors avec les deux mains, du front à l’occiput, en lui imprimant
(1) Matthews Duncan. Sur le Mécanisme de l’accouchement. Trad. Budin, Paris, 1876.
Du palper mensurateur.
quelques mouvements de latéralité afin de la faire toucher par le plus grand nombre de points possibles à l’ouverture pelvienne; et, cela fait, je la fixe en portant ma main au niveau du cou et en pressant de haut en bas. (Voyez fig. 26).
Fig. 26. — Montrant la situation des mains immobilisant la tête au niveau du détroit supérieur.
Puis avec l’autre main, je vais à la recherche de l’arc antérieur du bassin, du bord de la symphyse pubienne, et, à ce niveau, je tente en déprimant la paroi abdominale d’insinuer mes doigts entre la symphyse et la tête, tout en continuant à presser avec l’autre main de haut en bas.
Il arrive assez souvent que la main qui agit sur la tête au niveau de la symphyse la fait légèrement tourner sur son grand
Manuel opératoire
axe, la redresse et la met perpendiculaire au plan du détroit supérieur, en faisant disparaître l’inclinaison sur le pariétal antérieur, inclinaison qui est la règle quand le ventre n’est pas en besace. Ce redressement delà tête ne peut que rendre l’évaluation plus exacte.
Fig. 27. — Coupe montrant la tête arrêtée au détroit supérieur, et les deux mains en appréciant le volume.
Quoi qu’il en soit, je me rends alors aisément compte de l’engagement facile, possible ou impossible de la tête dans l’excavation.
J’apprécie, quand la tête est arrêtée au niveau de la symphyse, prise qu’elle est entre l’arc antérieur du bassin et l’angle sacro-vertébral (voyez fig. 27), si elle déborde la symphyse, et de combien elle la déborde.
Du palper mensurateur
Je crois aujourd’hui mon expérience assez grande, pour dire que l’on trouve, en procédant ainsi, des indications nettes d’intervention immédiate ou prochaine. On n’est pas seulement renseigné sur le moment où l’on doit interrompre la grossesse; on possède encore des éléments d’appréciation précieux concernant les tentatives d'extraction quand celle-ci est nécessaire.
Ainsi, quand une femme ayant un rétrécissement du bassin vient réclamer notre secours trop tard, c’est-à-dire quand le volume de la tête fœtale l’emporte considérablement sur celui de l’excavation, l’on apprécie facilement la disproportion, et l’on constate que la tête fixée comme je l’ai dit, fait une saillie considérable en avant et audessus de la symphyse.
Aussi dans ces cas-là, sera-t-on plus sobre de tractions en appliquant le forceps, et se rendra-t-on plus facilement et plus rapidement compte que Fobstacle est insurmontable.
Dans bien des cas où le toucher mensurateur m’avait démontré que le bassin était rétréci et quelquefois notablement, j’ai cependant laissé la grossesse aller à terme, le palper mensurateur pratiqué presque quotidiennement m’ayant démontré qu’il n’y avait pas disproportion entre les dimensions de la tête et celles du bassin.
Par contre, il m’est arrivé de provoquer l’accouchement, alors que le promontoire était à peines ccessible, parce que le palper m’avait démontré que le fœtus était volumineux et que la tête 11e s’engageant pas menaçait de déborder la symphyse.
C’est guidé par ce procédé que j’ai déjà pratiqué 23 fois l’accouchement provoqué, et chaque fois avec succès. Dans deux cas seulement, je fus obligé de faire une application de forceps.
Observations
L’observation suivante, dans laquelle je provoquai l’accouchement à six mois et quelques jours, chez une femme dont le diamètre promonto-pubien minimum mesure six centimètres et demi , montre d’une façon bien nette combien le palper mensurateur m’a été utile.
Rétrécissement du bassin. — Accouchement provoqué lors de la deuxième grossesse à V aide du ballon Tarnier. Application de forceps infructueuse. Basiotripsie. A la grossesse suivante , accouchement prématuré artificiel , indiqué par le palper mensurateur , application de forceps par M. Pinard. — Enfant vivant (1).
B..., 22 ans, entre le 30 mars 1886, salle Sainte-Anne. Père mort de tuberculose pulmonaire. Mère bien portante. Née à Courbevoie où elle a toujours habité; variole à deux ans et demie. Cette femme dit qu’elle était « nouée » dans l’enfance et qu’elle n’a marché qu’à trois ans. Réglée à l’âge de 15 ans, menstruation régulière, peu abondante, durant trois à quatre jours. Enceinte pour la première fois en 1883; est accouchée le 27 mars 1884. Présentation du tronc avec procidence du cordon. Un médecin fait la version par manœuvres internes et tente une application de forceps sur la tête dernière : il ne peut placer la seconde branche. A l’aide de la manœuvre de Mauriceau, il finit par extraire le fœtus qui avait succombé pendant le travail; suites de couches normales.
Deuxième grossesse en 1885 ; les règles ont lieu le 6 juillet 1885. Grossesse bonne, sans complications; sent remuer l’enfant vers la fin d’octobre.
(1) Observation recueillie par M. Bataillard, externe du service.
Du palper mensurateur
Malgré le conseil qui lui est donné en février par M. Lepage, interne, de se présenter de suite à Lariboisière, ce n’est qu’étant presque à terme que cette femme entre dans le service.
Elle est de très petite taille, sans grande déformation des membres. Pas d’altération des dents. Le diamètre promontosous-pubien mesure huit centimètres sans déduction. Le fœtus est mobile au détroit supérieur.
Le 2 avril, M. Pinard constate une présentation de sommet en 0. 1. G. T., tête non engagée; il maintient cette position à l’aide d’une ceinture eutocique, puis introduit un ballon Tarnier, assez profondément et au-dessus de la tête, à cause de l’ouverture du col et de son défaut de résistance. Hémorragie. M. Pinard retire un peu le ballon, puis fait faire une irrigation d’eau à 48°.
Le travail se déclare dans la journée du 2 avril, se continue le 3 avril.
Le 4, la dilatation est complète vers 9 heures et demie. La tête n’est pas engagée, elle déborde notablement la symphyse pubienne, lorsqu’on l’applique contre l’angle sacro-vertébral. On rompt la poche des eaux à 10 heures et demie, pour que la tête s’amorce. A 11 heures, après anesthésie chloroformique, M. Pinard fait une application de forceps. La branche gauche est introduite en arrière et placée au niveau de l’angle sacrovertébral; la branche droite est introduite à droite, ramenée par le mouvement de spire sur la ligne médiane. Tractions lentes, soutenues, continues et contenues pendant plus de dix minutes; la tête ne s’engage pas. M. Pinard pratique sans difficulté la basiotripsie; le fœtus sans substance cérébrale pèse 2,880 grammes. Suites de couches normales : maximum de la T. 37<> 5 le soir de l’opération.
Cette femme redevint enceinte en 1886; ses dernières
Observations
règles finissant le 20 octobre ; elle vient dans le mois de janvier à Lariboisière. Nous constatons tous les signes de probabilité d’une grossesse ; M. Pinard insiste auprès de cette femme pour qu’elle vienne le revoir vers le sixième mois de sa grossesse.
Elle se présente à la clinique d’accouchements le 2 juin.
M. Pinard l’examine avec soin le 2 et le 3 juin, et, après avoir ramené et fixé a plusieurs reprises la tête en bas audessus de Faire du détroit supérieur, il reconnaît que la tête déborde déjà notablement la symphyse. Malgré l’époque relativement peu avancée de la grossesse, il pense qu’on ne doit pas attendre plus longtemps si l’on veut conserver l’espoir d’obtenir un enfant vivant.
Le 4 juin, M. Pinard introduit un excitateur Tarnier à onze heures du matin. A cinq heures du soir, quelques douleurs; à neuf heures le ballon est expulsé intact. Les douleurs s’arrêtent.
Le 5 juin, le matin, pas de douleurs, présentation du sommet en O. I. G. T. Le col est intact; l’orifice externe largement ouvert. A onze heures du matin, M. Pinard introduit un autre ballon Tarnier. A quatre heures du soir quelques douleurs.
Le 6, le ballon tombé dans le vagin est retiré intact. Pas de douleurs. État général bon. A dix heures du matin M. Pinard introduit un sac dilatateur de Barnes. Quelques heures après légères douleurs. A cinq heures du soir, le sac est expulsé intact.
Le 7, à dix heures du matin, M. Loviot, chef de clinique, introduit un sac de Barnes plus volumineux qui est expulsé à midi.
Le 8, la tête fœtale, qui avait glissé dans la fosse iliaque,
Du palper mensuraleur
est ramenée au niveau de F aire du détroit supérieur. M. Loviot introduit un troisième sac de Barnes à onze heures du matin. Le sac est placé en avant et au-dessus de la symphyse. A six heures du soir, douleurs. A neuf heures, le sac est expulsé intact.
Le 9, le travail continue lentement. A dix heures un quart, M. Pinard pratique la rupture artificielle des membranes avec un perce- membranes; elles sont déchirées largement. Il ne s’écoule qu’une petite quantité de liquide amniotique. On commence à faire des injections phéniquées chaudes toutes les deux heures.
Le 10, douleurs peu intenses. La tête s’engage peu. État général bon.
Le 11, le travail est lent. L'orifice utérin n’est pas complètement dilatable. La tête s’engage un peu, la bosse sérosanguine commence à se former sur le pariétal postérieur, la suture sagittale est sur la symphyse. État général bon. (Café noir, 25 centigr. de suif, de quinine.)
Le 12, le travail est lent. L’enfant commence à souffrir; les bruits du cœur sont tumultueux et sourds.
Le 13, à neuf heures du matin, M. Pinard se décide à faire une application de forceps au détroit supérieur. L’enfant souffre de plus en plus; issue de méconium. M. Pinard fait une application régulière de forceps, suivant le diamètre promonto-pubien, en introduisant et en plaçant la branche gauche directement en arrière; la branche droite introduite à droite, est ramenée en avant sous la symphyse. La concavité des cuillers regarde à gauche. Pendant l’introduction de la deuxième branche, la première, mal maintenue, a été légèrement retirée. L’articulation est impossible.
On retire successivement les deux branches et on les
Observations
replace dans la même situation. Le forceps étant articulé, on exerce des tractions très lentes et soutenues. On sent la tête s’engager peu à peu, l’utérus est entraîné en avant, l’orifice du col apparaît à la vulve. A un moment donné, on éprouve un ressaut : la tête franchit le rétrécissement. Elle arrive à la vulve; la rotation s’achève et le dégagement se fait facilement. On est obligé de sectionner un circulaire très serré du cordon autour du cou du fœtus qui est extrait. Pas d’éraillure du périnée. Il est neuf heure et demie. Le fœtus est ranimé assez facilement.
Délivrance naturelle et spontanée à dix heures. Injection intra-utérine chaude et antiseptique après l’extraction et après la délivrance.
L’enfant est du sexe masculin ; son poids est de 1,870 gr. (après expulsion du méconium). Sa longueur totale est de 45 centim. Diamètres principaux :
10 centim.
Q/> 5 (6 cent, entre les branches du forceps.)
La tête est aplatie latéralement, il n’y a aucun enfoncement ; le pariétal droit qui était l’antérieur, a chevauché sous le gauche.
Les suites de couches sont bonnes ; le maximum de la température est de 37° 5. Le 15 juin, l’enfant se porte bien; il a été revu plusieurs fois après la sortie de la Clinique.
Il reste bien établi que je ne dédaigne point le toucher
Du palper mensurateur
mensurateur, et que chez toute femme dont la tête n’est, pas engagée à une époque de la grossesse où elle devrait l’être, on ne se contentera pas du palper mensurateur.
Le toucher devra toujours être pratiqué, car la physionomie de tout le canal pelvien doit être connue, et l’accoucheur peut alors rencontrer un maximum de rétrécissement siégeant au-dessous du détroit supérieur.
Seulement, je crois aujourd’hui que le palper mensurateur, en permettant d’apprécier en même temps le rapport qui existe entre les dimensions de la tête et celles du bassin, donne des indications plus nettes, plus précises que le toucher, et que c’est lui qui, dans la pratique, doit guider l’accoucheur en ce qui concerne le moment et la nature de l’intervention.
Je dois signaler quelles sont les conditions qui, à ma connaissance, pourraient faire commettre des erreurs.
La tête peut mal s’appliquer au niveau du détroit supérieur, ou déborder la symphyse, alors qu’il n’y a pas rétrécissement du bassin : 1<> quand la vessie est pleine, et le rectum rempli de matières fécales; 2° quand le placenta est inséré sur le segment inférieur de l’utérus.
La première cause d’erreur est facile à éviter, il suffit de vider la vessie et l’intestin. C’est là une précaution préliminaire indispensable à prendre dans tous les cas.
Quant à la seconde, on peut également la reconnaître et l’éviter. Lorsque le placenta est inséré sur le segment inférieur, de telle façon que la tête reste élevée, presque toujours cette dernière, au lieu d’être au-dessus de l’aire du détroit supérieur, est repoussée plus ou moins vers l’une des fosses iliaques et d’une façon constante. De plus, le toucher fournira des renseignements précieux, tant positifs
Causes d’erreur
que négatifs. En effet, le col est souvent dévié latéralement et du côté où se trouve la tête; de plus, le doigt ne pourra pas atteindre l’angle sacro-vertébral.
Enfin, le palper mensurateur démontrera que la tête s’applique mal sur faire du détroit supérieur. Elle reste pour ainsi dire suspendue au-dessus, et, quand les mains la fixent en essayant de l’engager, on éprouve une sensation particulière de mollesse. On sent que la tête est en un point en rapport avec des parties molles; et cette sensation contraste d’une façon significative avec la sensation de résistance dure, osseuse, que l’on éprouve lorsqu’on fixe la tête en la faisant reposer sur l’angle sacro-vertébral et sur l’arc antérieur du bassin, dans les cas de rétrécissement.
Ce sont ces diverses constatations qui, dans l’observation suivante, ainsi que dans plusieurs autres, me firent attendre l’accouchement à terme, bien que la tête restât élevée et semblât déborder la symphyse.
Placenta sur le segment inférieur empêchant V accommodation pelvienne , et faisant déborder la tête au-dessus de la symphyse. Maternité de Lariboisière, M. Champetier de Ribes, suppléant (1).
La femme B..., 26 ans, ménagère, vient à la consultation de la Maternité de Lariboisière le 15 octobre 1887.
Née et élevée à Paris, ignorant à quel âge elle a marché, courte et obèse, sans déformation notable du squelette, cette femme, enceinte pour la troisième fois, a eu deux accouchements à terme difficiles, et c’est en raison des difficultés présentées par ces deux premiers accouchements qu’elle s’est décidée à venir à l’hôpital.
(1) Observation rédigée par M. Varnier, interne du service.
Du palper mensurateur
Le premier accouchement s’est terminé spontanément, mais après un travail prolongé et pénible. L’enfant qui se présentait par le sommet est né en état de mort apparente et dut être ranimé. Il a vécu.
Le second accouchement fut également très long; B... dit qu’elle a souffert pendant deux jours. Au bout de ce temps, le travail n’avançant plus, la sage-femme manda un médecin qui, après deux applications difficiles de forceps, put extraire un garçon volumineux qu’il fallut ranimer et qui a vécu.
La grossesse actuelle paraît arrivée au terme de huit mois. Les dernières règles ont fini le 11 février.
Voici ce que révèle l’examen obstétrical.
Fœtus vivant se présentant par l’extrémité céphalique en gauche transversale. La tête, dans une attitude intermédiaire à la flexion et à l’extension, est mobile au-dessus du détroit supérieur et élevée au-dessus de faire de ce détroit.
Par le toucher on la devine au travers du segment inférieur; et cette absence d’accommodation nous paraît due à une viciation du bassin. Le diamètre promonto-sous-pubien mesure 10 centim. ; le promonto-pubien minimum nous paraît mesurer 8 centimètres 1/2.
Eu égard aux difficultés des accouchements antérieurs et à ce défaut d'accommodation pelvienne au huitième mois, B ... est gardée à la Maternité en observation.
Le 29 octobre (8 mois 1/2), la tête restant toujours très élevée et mobile au détroit supérieur, on se décide à provoquer l’accouchement prématuré.
Un ballon Tarnier est, sans difficulté, introduit à dix heures du matin. Il détermine quelques rares douleurs, est expulsé à quatres heures du soir et, à partir de ce moment, le travail s’arrête .
Observations
M. Pinard devant reprendre le service le surlendemain, nous décidons d’attendre son retour pour faire une nouvelle tentative.
Le 1er novembre, M. Pinard examinant B. est frappé par l’élévation de la région fœtale au-dessus de Faire du détroit supérieur. Il fait remarquer que la tête paraît en même temps refoulée vers la fosse iliaque droite, bien que la paroi abdominale soit encore douée d’une tonicité parfaite.
En cherchant à apprécier, par le palper mensurateur, les rapports de dimensions de la tête et du bassin, il semble qu’on ne puisse arriver à appliquer la tête sur le promontoire. Au lieu de la résistance solide qu’on rencontre d’habitude à ce niveau, on sent que la tête appuie sur quelque chose de mou et d’élastique. Le pariétal antérieur ne déborde pas notablement le plan de la symphyse.
Par le toucher on trouve le col refoulé à droite et un peu en avant. En arrière et à gauche, le segment inférieur est épais, élastique. On ne peut que difficilement atteindre la partie fœtale dont il est impossible de reconnaître nettement les caractères.
S’appuyant sur cet ensemble de signes fournis par le palper et le toucher, M. Pinard porte le diagnostic de placenta inséré sur le segment inférieur, en arrière et à gauche, et estimant que l’absence d’accommodation pelvienne est due surtout à la présence du placenta, il décide de laisser la grossesse continuer son cours.
Le 15 novembre, à huit heures du matin, rupture prématurée et spontanée des membranes aux premières douleurs. Le travail marche régulièrement. Dilatation complète à huit heures et demie du soir. La tête s’engage et l’accouchement se termine spontanément à dix heures du soir.
Du palper mensurateur
L’enfant vivant, du sexe féminin, pèse 3,200 grammes. Délivrance naturelle une demi-heure après. Le placenta était inséré à trois centimètres de l’orifice interne.
Principaux diamètres de la tête.
Si j’ai tenu à signaler les erreurs d’interprétation que peut faire commettre dans certains cas le palper mensurateur, je dois également faire connaître son mérite spécial dans quelques cas particuliers. Lorsque le bassin est rétréci suivant ses diamètres obliques ou transverses, l’on pourra être mis sur la voie du diagnostic en pratiquant méthodiquement le palper mensurateur.
Ainsi, lorsque l'on rencontrera un bassin oblique ovalaire, ou un bassin de Robert, l’on pourra en appliquant la tête au niveau du détroit supérieur, et en cherchant à insinuer les doigts entre la tête et la symphyse, constater qu’il y a un vide assez notable entre la tête et la symphyse, et que de plus l’arc antérieur du bassin est angulaire.
Si l’on n’a pas cette dernière sensation d’une façon nette, on aura la première dans tous les cas, et elle permettra de reconnaître que la tête n’est pas arrêtée par les diamètres antéro-postérieurs du détroit supérieur.
C’est ainsi que tout récemment, j’ai été conduit immédiatement à faire le diagnostic de bassin oblique ovalaire de Naegele, chez une femme venue à la consultation de la Maternité de Lariboisière et dont voici l’observation, rédigée par M. Mantel, interne du service.