‹ Traité du palper abdominalChapitre 24 sur 43 · OM · texte numérisé non relu

OM

B. Pc 9.

Observations

Secondipare de huit mois. — Bassin oblique ovalaire de Naegele, diagnostiqué en partie par le palper mensurateur. Sommet en O I D T. Version par manoeuvres externes par laquelle on ramène un siège en S I GA. Ceinture eutocique , accouchement provoqué. Introduction du ballon dilatateur de M. Ghampetier de Ribes. Expulsion du ballon à la dilatation complète, six heures après. Rupture artificielle des membranes et extraction du siège par MM. Pinard et Champetier de Rires. Enfant vivant.

La nommée T. . ., âgée de 27 ans, couturière, entre le 28 mai 1888 à la Maternité de Lariboisière, salle Mauriceau n° 11.

Rien de particulier à signaler dans les antécédents de la parturiente au point de vue de la santé générale. Née à terme, nourrie au sein, la femme T.... a marché à 18 mois. A cette époque, elle paraît avoir été atteinte de paralysie infantile (?) pour laquelle elle resta couchée jusqu’à l’âge de 28 mois. Son enfance a continué à être débile jusqu’à l’âge de 14 ans.

Réglée pour la première fois à cette époque, elle a continué à l’être régulièrement cinq à six jours chaque fois. En même temps sa santé s’améliore notablement et continue à être bonne.

Elle devint enceinte pour la première fois au commencement du mois d’août 1886 : sa grossesse fut exempte d’accidents et elle alla faire ses couches à l'hôpital Gochin. Les douleurs commencèrent le lermail887,à 7 heures du matin, et durèrent jusqu’à deux heures du matin. A ce moment, on donna du chloroforme et on termina l’accouchement par une basiotripsie. Elle séjourna à l’hôpital pendant un long mois

218 Du palper mensurateur

et en sortit en bon état. On lui recommanda d’avoir soin de consulter un médecin au sixième mois de sa prochaine grossesse.

Elle redevint enceinte pour la deuxième fois vers la fin de septembre 1887. Sa grossesse fut normale, sans accidents d’aucune sorte. Un peu à cause de cette santé parfaite, beaucoup à cause de la crainte que lui inspirait un examen médical, la femme T... attendit jusqu’au huitième mois, puis se décida à venir consulter M. Pinard, le 28 mai 1888.

L’examen pratiqué par les élèves du service donna les résultats suivants : Utérus assez développé, plus peut-être qu’il n’aurait dû l’être à 8 mois; tête mobile au-dessus du détroit supérieur, occiput à droite, front à gauche, dos à droite; le siège et les petites extrémités occupent le fond de l’utérus; le maximum des bruits du cœur fœtal s’entend à droite près de l’ombilic. Promontoire accessible.

M. Pinard, en examinant à son tour la femme T... pour contrôler le diagnostic, remarque immédiatement qu’il existe une différence notable entre les deux os iliaques : celui de droite lui paraît moins développé que celui de gauche. En outre, en pratiquant le palper mensurateur, c’est-à-dire en déprimant la tête et en l’appuyant sur l’angle sacro-vertébral, il constate que le rétrécissement ne siège pas au niveau du diamètre antéro-postérieur, et pense immédiatement à l’existence d’un bassin oblique ovalaire de Naegele; il pratique aussitôt le toucher digital et affirme de nouveau son diagnostic, à savoir qu’on se trouve en présence d’un bassin de Naegele type, et remet au surlendemain l’exploration manuelle.

Le 30 mai, à 10 heures du matin, on donne du chloroforme à la femme T... et M. Pinard, après avoir introduit

Observations

successivement les deux mains dans les parties génitales, constate ce qui suit : la symphyse pubienne n’occupe pas le plan médian, elle est reportée à gauche de ce plan; l’épine sciatique est immédiatement accessible : c’est sur elle qu'on tombe d'abord et non sur l’angle sacro-vertébral. Celui-ci reporté à droite regarde directement à droite. Toute la partie droite du sacrum semble avoir disparu, et la face antérieure de cet os regarde à droite. On peut à peine introduire un doigt entre le sacrum et l’os iliaque du côté droit. La symphyse sacro-iliaque n’existe pas ; la partie du squelette représentant la symphyse sacro- iliaque absente est beaucoup moins étendue qu’à gauche, remonte moins haut et descend moins bas que de l’autre côté. La ligne innommée du côté droit est presque entièrement rectiligne.

Du côté gauche du bassin, il existe une courbure prononcée de la partie postérieure du squelette. Le diamètre oblique gauche est notablement plus grand que le diamètre oblique droit.

En présence de cette situation, M. Pinard se décide à provoquer l’accouchement. Le 31 mai, à 10 heures et demie du matin, on donne du chloroforme à la parturiente placée dans le décubitus obstétrical. Ne voulant pas laisser l’occiput du fœtus en rapport avec la partie étroite du bassin, M. Pinard transforme facilement la présentation du sommet 0. I. D. T. en présentation du siège en S. I. G. qu’on fixe au moyen de la ceinture eutocique. M. Champetier de Ribes introduit alors dans l’utérus, facilement et sans rompre les membranes, son ballon dilatateur grand modèle : le ballon est placé à gauche; on y injecte 480 gr. de liquide et on replace la femme dans son lit. Le travail débute presque aussitôt; à partir de midi, la femme crie constamment, et se plaint surtout de douleurs

Du palper mensurateur

lombaires très pénibles. Vers 3 heures et demie, les douleurs semblent se régulariser. On examine la paturiente à ce moment et on trouve que, dans l’intervalle des contractions, le ballon, situé au-dessus du détroit supérieur, n’appuie qu’imparfaitement sur l’orifice qui paraît dilatable dans une certaine mesure. Pendant la contraction, le ballon appuie mieux et la dilatation est à ce moment intermédiaire entre 2 et 5 francs.

A 4 heures et demie, il semble que la femme pousse : le ballon s’engage, presse sur l’orifice : dilatation comme 5 fr. Il s’écoule à ce moment une minime quantité de liquide, et on se demande si la poche n’est pas rompue.

L’état général est satisfaisant. La température est de 37<>; le pouls régulier est à 80; l’agitation qu’on avait remarquée au début du travail s’est calmée peu à peu.

A 5 heures, on retire la ceinture pour ausculter le cœur du fœtus; on trouve le maximum à droite et on constate que le siège primitivement en S. I. G. est maintenant en S. I. D. les battements sont normaux. La dilatation est alors comme une petite paume de main.

L’axe du ballon dessine parfaitement l’axe du détroit supérieur, et son extrémité conique vient presser sur le rectum et détermine un peu de ténesme.

A 5 heures et demie, le ballon est expulsé spontanément des voies génitales; on remarque qu’il est un peu dégonflé : il s’est formé un petit pertuis qui a laissé échapper une petite quantité du contenu (origine de l’écoulement qu’on avait cru être celui du liquide amniotique). Néanmoins, il mesure encore 27 centimètres de circonférence et 12 centimètres de hauteur.

La dilatation est complète; les membranes sont intactes.

Observations

On sent très haut une partie fœtale arrondie qui paraît être la fesse droite.

MM. Pinard et Champetier de Ribes trouvent à 7 heures et demie les choses dans le même état : les membranes sont toujours intactes, les bruits du cœur fœtal sont normaux.

M. Pinard introduit la main gauche dans les voies génitales, trouve les membranes si résistantes qu’il est obligé d’employer le perce-membranes. Au moment de la rupture, il s’écoule une notable quantité de liquide amniotique : la main pénètre dans l’utérus, reconnaît la fesse droite, fait évoluer le siège et va accrocher l’aine gauche, ce qui ramène le dos à gauche. Il saisit rapidement et volontairement un pied, le gauche, l’amène dans le vagin, puis à la vulve. Des tractions soutenues et énergiques dans l’axe du bassin, font apparaître le siège qui se dégage, puis le membre inférieur droit qu’on ramène à côté de l’autre.

Bientôt le tronc est expulsé. On dégage assez aisément le bras antérieur, puis le postérieur.

A ce moment, la tête s’oriente d’elle-même de façon à ce que l’occiput soit en arrière et à droite, le pariétal droit en rapport avec la ligne innominée droite, le pariétal gauche, dans la partie gauche du bassin; le front regarde en avant et à gauche.

M. Pinard va à la recherche de la bouche qu’il trouve derrière la symphyse pubienne ; pendant qu’il tire sur le maxillaire inférieur d’une main, et qu’il presse sur une épaule de haut en bas de l’autre, M. Yarnier exerce une forte pression sur le front à travers la paroi abdominale. La tête s’abaisse un peu. M. Pinard, fatigué, cède sa place à M. Champetier qui extrait facilement, à 7 h. 45, un enfant qui naît

Du palper mensurateur

étonné mais qui ne tarde pas, sous l’influence de quelques frictions, à se ranimer et à crier vigoureusement ensuite.

C’est un garçon pesant 3,220 grammes, long de 48 centimètres.

Diamètres 0. F 10

Aussitôt après l’expulsion, hémorragie assez abondante pour faire craindre une syncope, mais qui cède à des injections vaginales chaudes.

Délivrance naturelle une heure après.

Suites de couches normales. L’enfant pèse, le 17 juin, jour de sa sortie, 3,500 grammes.

Page 1