DU PALPER APPLIQUÉ AU DIAGNOSTIC DE L’HYDROCÉPHALIE
Bien que l’hydrocéphalie soit une affection rare, il est bon de savoir que le palper peut rendre les plus grands services, en permettant de reconnaître ce vice de conformation pendant la grossesse et pendant le travail. En présence de la fréquence des ruptures de l’utérus qui se produisent pendant le travail, dans les cas d’hydrocéphalie, on comprend l’importance et la nécessité d’un diagnostic précoce.
Dès 1854 déjà, Blot a montré que l’auscultation pourrait donner de précieux renseignements. « En effet, dit-il, deux fois dans des cas d’hydrocéphalie, assez volumineuse pour mettre obstacle à l’engagement de la tête au détroit supérieur, j’ai constaté que le maximum d’intensité des bruits du cœur fœtal répondait à un point très élevé de l’abdomen; une fois au niveau de l’ombilic, une autre fois un peu en dessus de ce point, c’est-à-dire à la hauteur à laquelle on le perçoit d’ordinaire dans les présentations de l’extrémité pelvienne. En même temps le toucher faisait reconnaître les signes d’une présentation de l’extrémité céphalique. »... ce On pourra donc par la réunion des données que je viens d’indiquer : présentation du sommet reconnue par le toucher, coïncidant avec le maximum des
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bruits du cœur au niveau ou même un peu au-dessus de l’ombilic, on pourra, dis-je, être certain qu’on a affaire à une tête volumineuse et très probablement à une hydrocéphalie. L’hydrocéphalie est, en effet, la cause de beaucoup la plus fréquente de l’augmentation du volume de la tête fœtale. »
« Pour que ce signe ait toute sa valeur, ajoute M. Blot, il faut préalablement s’être assuré de la bonne conformation du bassin. Le défaut d’engagement de la tête peut en effet dépendre aussi bien de l’étroitesse du bassin que du volume trop considérable de la tête. »
Tout en reconnaissant l’importance du fait mis en lumière par Blot, à savoir : la perception du foyer d’auscultation au niveau ou au-dessus de l’ombilic dans la présentation du sommet, alors que le bassin n’est pas rétréci, je ferai remarquer, d’une part, que en dehors de l’hydrocéphalie et d’un rétrécissement du bassin, d’autres causes — l’insertion vicieuse du placenta par exemple, — peuvent empêcher l’engagement de la tête et donner lieu aux mêmes constatations; d’autre part, que ces conditions permettent de soupçonner et non d’affirmer l’existence de l’hydrocéphalie.
D’un autre côté, le toucher pendant la grossesse se montre impuissant. Comme le dit fort bien le professeur Alphonse Ilerrgott « ce moyen d’exploration si précieux ne donnera le plus souvent, pendant la grossesse, que des résultats négatifs. La tête, maintenue par son volume au-dessus du détroit supérieur, ne sera que très difficilement atteinte par le doigt de l’accoucheur, qui souvent même ne pourra reconnaître la région fœtale qui se présente (1). »
(1) Des maladies fœtales qui peuvent faire obstacle à l’accouchement. Thèse d’agrégation, Paris, 1878.
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Pendant le travail seulement, le toucher digital et surtout le toucher manuel permettront d’apprécier les caractères de l’extrémité céphalique sur une assez large étendue pour pouvoir affirmer le diagnostic. Mais le palper, au contraire, permet de constater assez facilement le volume et la consistance de la tête, pendant la grossesse et pendant le travail, pour que je puisse avancer que le diagnostic de l’hydrocéphalie devra être fait dans tous les cas, excepté quand la tension de la paroi utérine, la tension de la paroi abdominale et l’œdème, empêchent d’interroger et d’apprécier le contenu de l’utérus.
Si les observations publiées jusque dans ces derniers temps démontrent que le diagnostic de l’hydrocéphalie n’a pas été fait dans la plupart des cas, ou a été fait tardivement, cela tient à ce que le palper était peu connu, et surtout peu pratiqué. Or, n’ayant pas la possibilité de reconnaître la situation, l’attitude du fœtus, dans la cavité utérine pendant la grossesse, on examinait peu les femmes à ce point de vue avant le début du travail.
Aujourd’hui, je le répète, à part les quelques cas exceptionnels que j’ai signalés plus haut, le palper méthodiquement appliqué permettra facilement de faire le diagnostic pendant la grossesse et pendant le travail.
Déjà, en 1878, A. Herrgott disait : « Le palper, grâce aux récents perfectionnements dont ce mode d’exploration vient d’être l’objet, nous permettra, parfois , de reconnaître la présence d’une tête hydrocéphale située au-dessus du détroit supérieur. En effet, si l’utérus n’est pas trop fortement distendu par une accumulation anormale de liquide amniotique ou par une tête trop volumineuse, en un mot si l’utérus est encore dépressible, de façon à permettre
Palper appliqué au diagnostic de l’hydrocéphalie
à l’explorateur de délimiter la forme et le volume des corps contenus dans sa cavité, on pourra en sentant au-dessus du pubis une tumeur dure, très volumineuse et arrondie, diagnostiquer, ainsi que l’a fait M. Tarnier, l’existence d’une hydrocéphalie (1). » Si à l’heure actuelle le professeur Alphonse Herrgott avait à refaire sa thèse, il remplacerait, j’en suis convaincu, le mot parfois , du passage que je viens de citer, par le mot souvent , sinon toujours.
En effet, le professeur Tarnier fit en 4868 le diagnostic d’un cas d’hydrocéphalie par le palper (voir Alphonse Herrgott, thèse d’agrégation, obs. XXXYI), et, depuis cette époque, il diagnostiqua par le même moyen tous les cas d’hydrocéphalie qu’il eut à observer soit pendant la grossesse, soit pendant le travail.
J’ai pu également diagnostiquer,par le palper, l’hydrocéphalie dans les cinq cas qu’il m’a été donné de voir. Dans trois de ces cas, le diagnostic fut fait pendant la grossesse ou au début du travail.
Je fis mon premier diagnostic à la Maternité, chez une femme enceinte de huit mois. M. Tarnier confirma mon diagnostic et pratiqua la ponction du crâne dès le début du travail.
Dans le deuxième cas, je fis le diagnostic à la Maternité de la Charité. En voici l’observation qu’a bien voulu me communiquer le Dr Champetier de Ribes, qui dirigeait alors le service.
(1) Alphonse Herrgott, loco citato.
Observations
Hydrocéphalie . — Diagnostic fait par le palper au début du travail.
O . . . , femme S .... , primipare, âgée de 28 ans, entre à la Maternité de la Charité le 24 mai 1885, à trois heures après midi.
Elle a des douleurs depuis neuf heures du matin.
Les dernières règles datent du 6 au 10 août 1884; elle est à terme; la grossesse n’a rien présenté d’anormal.
Je vois S. . . le 25 mai, à la visite du matin.
Elle est de grande taille, ne présente aucun signe de rachitisme, aucun antécédent pathologique et paraît jouir d’une excellente santé.
Les membres inférieurs et la région sus-pubienne sont le siège d’un œdème peu prononcé : on ne trouve pas d’albumine dans les urines.
Le volume du ventre est considérable. Le palper montre :
1° Que l’utérus est très développé, sans tension permanente;
2° Qu’une tumeur sphérique très grosse, légèrement mobile d’un côté à l’autre, occupe la région sous-ombilicale, et ne pénètre pas dans l’excavation. On reconnaît le plan dorsal d’un fœtus se continuant en bas avec cette tumeur, en haut dans le flanc droit avec le siège et les petites parties.
La tumeur sous-ombilicale est une tête fœtale d’un volume exagéré;
3° Qu’un seul fœtus est contenu dans l’utérus en attitude 0. I. G. A ;
4« Qu'il ne paraît pas y avoir d’hydro-amnios.
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L'auscultation fait entendre les bruits du cœur fœtal normaux à gauche et au-dessus de l’ombilic.
Le toucher permet d’affirmer que le bassin est bien conformé.
Hier, au moment où S... est entrée dans le service, le col était effacé, l’orifice lenticulaire ne laissant pas pénétrer le doigt; aucune partie fœtale n’était accessible par le toucher.
Les contractions douloureuses fréquentes se sont succédées toute la nuit : actuellement l’orifice atteint les dimensions d’une pièce de cinq francs, les membranes sont intactes; au travers on sent très haut, comme suspendue au-dessus des pubis, la tête qui donne la sensation d’une surface plane (non d’une sphère) sur laquelle le doigt rencontre un large espace membraneux limité par du tissu osseux; c’est la suture sagittale dirigée suivant le diamètre oblique gauche du bassin; on n’atteint pas les fontanelles. Les renseignements fournis par le palper et par le toucher concordent pour faire porter le diagnostic d’hydrocéphalie. A trois heures, les membranes se sont rompues, la dilatation est restée stationnaire malgré des contractions très douloureuses ; M. le Dr Pinard examine la malade, fait à l’aide du palper le diagnostic d’hydrocéphalie, et nous conseille de ponctionner la tête fœtale sans plus tarder, dans la crainte de voir survenir une rupture utérine. Les précautions antiseptiques étant prises, nous faisons une ponction avec un trocart courbe : il s’écoule une petite quantité de sang et nous recueillons 550 grammes de liquide céphalo-rachidien.
L’auscultation pratiquée pendant la ponction fait constater la cessation brusque des bruits du cœur fœtal aussitôt après l’introduction du trocart.
Observations
Nous abandonnons le travail à lui-même, laissant à la tête, réduite de volume, le temps de se mouler et de descendre dans l’excavation.
Les contractions sont peu efficaces : la tête cependant s’engage un peu et la dilatation se complète, nous permettant de terminer l’accouchement. Il est onze heures du soir, la malade est exténuée par un travail qui dure depuis trente-huit heures : nous prenons le basiotribe, qui nous assurera une prise solide pour l’extraction. L’opération, faite sous le chloroforme, ne présente aucune difficulté et nous permet d’amener au dehors un garçon pesant 4,290 grammes, auxquels il faut ajouter le poids de la matière cérébrale et les 550 grammes de liquide recueillis par la ponction : intact, il pesait environ 5 kilogrammes.
La délivrance eut lieu sans incident. Les suites de couches furent normales, la température ne dépassa pas 38°.
La malade quitta l’hôpital, en bonne santé, le 4 juin.
En 1887, elle accoucha spontanément d’un très gros enfant qui ne présentait aucun vice de conformation.
Je fis le diagnostic de trois autres cas à la Maternité de Lariboisière.
Voici les sensations que l’on pourra percevoir quand on pratiquera le palper dans le cas d’hydrocéphalie.
Tout d’abord on pourra être appelé à pratiquer le palper dans deux conditions bien différentes : ou le liquide amniotique est en quantité normale, ou il y a hydropisie de l’amnios. De là deux sensations différentes en appréciant la tension de la paroi utérine. Dans le premier cas, la tension normale permettra facilement de faire le diagnostic, quelle que soit la présentation. En recherchant les deux pôles de l’ovoïde fœtal, en étudiant leurs caractères, on ne
Palper appliqué au diagnostic de l'hydrocéphalie
tardera pas à se rendre compte du développement anormal de lun deux.
Une augmentation de volume même peu marquée pourra être ainsi appréciée, ainsi que je l’ai fait dans l’observation suivante :
Secondipare. — Absence d' accommodation. T ôte volumineuse diagnostiquée par le palper. Accouchement spontané par le sommet (1).
G. B., 28 ans, domestique, entre le 14 mai 1885 à la Maternité de Lariboisière, salle Sainte-Anne, lit no 6.
Cette femme a eu un premier enfant en janvier 1876; accouchement à terme spontané, présentation du sommet, suites de couches normales. L’enfant, élevé au biberon en Suisse, est vivant.
Régulièrement réglée pendant quatre jours, B. a eu ses dernières règles à la fin d’août; elle est enceinte de 8 mois environ ; grossesse normale.
L’utérus est bien développé. Le fœtus, vivant, n’est pas accommodé; il est extrêmement mobile. Durant les premiers jours du séjour de B. à la Maternité de Lariboisière, on trouve par le palper la tête du fœtus tantôt dans la région sus-ombilicale, tantôt dans les hypocondres ou les flancs. Cette tête paraît au palper très volumineuse et très dure. Le peu d’épaisseur des parois abdominales permet à M. Pinard de la délimiter assez nettement, et les mensurations faites en divers sens, à l’aide du compas d’épaisseur, donnent à plusieurs reprises les chiffres de 16 centimètres et demi et 13 centimètres.
Au commencement de juin, l’accommodation se fait. La tête revient spontanément au-dessus du détroit supérieur,
(1) Observation rédigée par M. Varnier, interne du service.
Observations
où elle reste jusqu’à l’accouchement, sans qu’il soit besoin de la maintenir par la ceinture. Dans cette nouvelle situation, elle est plus difficile à explorer que précédemment et elle semble moins volumineuse que lorsqu’elle occupait le fond de l’utérus. La mensuration donne comme chiffres habituels 14 et 15 centimètres. Le toucher permet de constater un commencement d’engagement, mais la région fœtale est trop élevée pour qu’on puisse sentir, au travers du segment inférieur de l’utérus, les fontanelles et les sutures; la tête est extrêmement dure.
Pendant les derniers temps de la grossesse, la tête ne semble pas augmenter beaucoup de volume; d’autre part, elle s’engage et il devient probable que l’accouchement se fera spontanément en 0. 1. G. A.
Les premières douleurs apparaissent le 21 juin, à 10 heures du soir ; la dilatation est complète à 7 heures et demie du matin, le 22; la poche des eaux se rompt à la même heure et l’accouchement se termine spontanément à 8 heures du matin. L’enfant, du sexe féminin, est vivant et pèse 3.900 grammes. La tête est volumineuse, très ossifiée, et les fontanelles ne présentent pas de dimensions anormales. Les principaux diamètres de la tête sont les suivants :
Occipito-mentonnier . 15
Occipito -frontal 13
Bipariétal 10y2
Sous-occipito-bregmatique 11
Bitemporal 9
Délivrance naturelle à 8 heures 20. Membranes 15/30. Liquide amniotique normal.
Je dois à ce propos signaler une erreur de sensation ou
Palper appliqué au diagnostic de l’hydrocéphalie
d’interprétation communément éprouvée ou commise dans les cas de présentation du siège.
Lorsque la tête ayant un volume normal est bien mobile et superficielle au fond de l’utérus, elle donne tout d’abord aux mains qui l’explorent la sensation et l’idée d’un corps ayant un volume exagéré. Bien souvent il faut, pour être définitivement fixé, ramener la tête au niveau du détroit supérieur, où l’exploration et l’appréciation sont beaucoup plus faciles et permettent de connaître aussi exactement que possible la vérité.
En dehors de la sensation de volume, le palper donnera la notion de consistance. Cette dernière n’est pas la même dans tous les cas. Tantôt la tête donne une sensation de résistance presque normale, tantôt elle offre à la main la sensation d’une tumeur plus ou moins molle ou fluctuante.
Ces sensations différentes sont en rapport avec la quantité de liquide contenu dans la cavité crânienne et avec l’état d’ossification et de disjonction des os de sa paroi.
Quand la tension de la paroi utérine et de la paroi abdominale ne permettent pas d’explorer le contenu de la cavité utérine, le diagnostic ne peut être fait qu’après la rupture des membranes et pendant le travail, ainsi que cela a eu lieu dans un cas dont j’ai communiqué l’observation au Dr Poullet. (Dr Poullet, thèse d’agrégation 1880, obs. XI.)
Pendant le travail, on pourra faire par le même moyen le diagnostic de l’hydrocéphalie dans l’intervalle des contractions. Mais alors le toucher peut renseigner, si l’enfant se présente par le sommet.
Si au contraire il se présente par le siège, si le tronc est expulsé et la tête retenue, il sera facile encore, en admettant que le diagnostic n’ait pas été fait précédemment, de recon-
Observations
naître si la cause qui empêche la tête de descendre est produite par son volume exagéré, par un rétrécissement du bassin, ou par un autre fœtus engagé ou tendant à s’engager en même temps.
Le toucher permettra de reconnaître facilement le rétrécissement du bassin ou la présence d’un second fœtus; et le palper mensurateur, le défaut de rapport entre le volume de la tête et celui de l’aire du détroit supérieur.
Le toucher manuel permettra également, lorsque les sutures sont accessibles, de reconnaître leurs dimensions exagérées. Mais quand la tête est très volumineuse, elle reste élevée, et le palper seulement permettra de reconnaître l’exagération du volume de la tête et de faire le diagnostic différentiel entre l’hydrocéphalie et une grossesse multiple.
La régularité de l’utérus constatée par le palper mettra immédiatement sur la voie du diagnostic.
C’est ainsi que M. Tarnier put faire le diagnostic dans l’observation suivante, publiée dans la thèse d’agrégation d’Alphonse Herrgott.
Hydramnios , hydrocéphalie diagnostiquée par le palper ,
présentation du siège, section de la colonne vertébrale.
Observation recueillie par M. A. Ribemont, interne de la
Maternité.
La nommée P... (J.), âgée de 25 ans, couturière, entre au pavillon Tarnier, chambre n° 6, le 2 juin, à 5 heures du soir. Cette femme a eu antérieurement trois grossesses qui se sont terminées : la première et la troisième à terme; la deuxième à sept mois, par la naissance de deux garçons et d’une fdle vivants et bien conformés. Le dernier accouchement s’est fait à la Maternité, le 4 mars 1876.
Palper appliqué au diagnostic de l’hydrocéphalie
Elle devient grosse, une quatrième fois, des œuvres de son amant, plombier.
Les dernières règles datent du 20 au 23 août 1876; des nausées, des lipothymies, de l’odontalgie ont troublé le cours de cette grossesse, pendant laquelle la diarrhée a alterné avec la constipation. Hémorroïdes.
Dans le courant du septième mois, la région sus-pubienne est devenue le siège d’un œdème assez marqué.
L’abdomen a présenté un développement considérable dans les premiers temps.
On est frappé tout d’abord, en examinant cette femme, par l’énorme distension de l’abdomen dont les parois sont infiltrées des pubis jusqu’à l’ombilic.
L’utérus, très développé, renferme une quantité anormale de liquide amniotique.
Le palper ne peut être pratiqué d’une façon approfondie, à cause de l’indocilité de la malade. 11 donne cependant la sensation des parties fœtales dans un grand nombre de points (fœtus volumineux, mal conformé ou grossesse multiple).
L’auscultation ne découvre qu’un centre de bruits cardiaques, siégeant au niveau et à gauche de l’ombilic.
Le doigt trouve le col non seulement entièrement effacé, mais avec une dilatation de dimension égale à une pièce de 2 francs.
Les membranes sont entières et paraissent épaissies.
On n’atteint pas de parties fœtales.
Quelques douleurs dans les reins reviennent à intervalles irréguliers.
Cette femme reste dans le même état jusqu’au 8 juin. Ce jour-là, à 7 heures du matin, le travail commence et la
Observations
dilatation est complète à 6 heures 1/2 du soir; les membranes sont intactes.
On n’atteint qu’une petite extrémité fœtale, probablement une main.
A 7 heures 15, on rompt les membranes, ce qui fait écouler 1 litre 350 gr. de liquide amniotique làctescent. On reconnaît exactement la présentation : extrémité pelvienne (mode des pieds), S. I. G. A. avec procidence de la main droite.
La malade est placée sur les bords du lit; saisissant les deux pieds, on exerce quelques tractions pour les engager dans le vagin. Bientôt les membres inférieurs et le siège se dégagent.
Quelques instants après on vit apparaître rombilic.
Une anse du cordon est attirée au dehors.
Celui-ci n’a plus de battements. L’enfant fait deux mouvements d’inspiration.
Voulant terminer rapidement l’extraction, on exerce quelques tractions qui amènent le thorax au dehors, et on dégage facilement le bras postérieur, puis l’antérieur; mais il est impossible de faire exécuter à la tête son mouvement de rotation en agissant sur le tronc du fœtus. Deux doigts de la main gauche, introduits dans la cavité buccale, prennent un point d’appui sur le maxillaire inférieur, tandis que la main droite agit sur la nuque.
La tête reste fixe.
M. Ribemont cherche aussi à l’extraire sans plus de succès. Une application de forceps est tentée. La main droite, introduite dans les parties génitales, arrive sur l’oreille droite, en arrière et au-dessus de laquelle elle rencontre une surface large, rénitente, donnant la sensation d’une poche
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membraneuse, distendue à l’extrême par un liquide. Cette sensation ne peut guère s’expliquer que par l’existence d’une hydrocéphalie. L’impossibilité de l’extraction de la tête, le volume considérable encore de l’utérus, sont autant d’arguments qui plaident en faveur de cette opinion.
La femme est replacée dans son lit.
M. Tarnier, prévenu, arrive à 9 heures 45.
Il est frappé tout d’abord par le développement de l’utérus qui offre le volume d’une matrice arrivée au septième ou huitième mois de la grossesse. La première idée qui se présente à son esprit est qu’il existe un deuxième fœtus.
Mais le palper la lui fait de suite abandonner.
En effet, il ne sent pas de petites extrémités, mais trouve une tumeur régulière, sphérique, tendue plutôt que dure. U diagnostique une hydrocéphalie, ce que confirme le toucher pratiqué avec la main.
M. Tarnier, voulant donner issue au liquide contenu dans le crâne par l’ouverture du canal rachidien, essaie de sectionner la colonne dorsale à l’aide de ciseaux de Dubois, mais c’est à peine si leur pointe entame la peau.
Il enfonce alors la lame d’un bistouri, à droite et à gauche de la colonne vertébrale, dans les deux espaces intercostaux correspondants, introduit profondément les lames d’une paire de ciseaux dans les incisions ainsi faites et sectionne d’un seul coup la colonne vertébrale. La partie inférieure du tronc du fœtus s’abaisse aussitôt, laissant à découvert le canal rachidien au niveau du segment supérieur de la colonne vertébrale. Une sonde en gomme, armée de son mandrin, est poussée dans le canal rachidien vers la cavité crânienne, mais aucun liquide ne s’écoule. M. Tarnier, craignant que les yeux de la sonde aient été bouchés par de la
Observations
substance nerveuse, la retire lui-même. Les yeux sont libres.
Il réintroduit la sonde plus profondément, et immédiatement un jet de liquide clair citrin se produit. Chaque contraction de l’utérus comprimant la tête active l’écoulement du liquide.
J’ai fait également le même diagnostic dans des circonstances identiques, comme le montre l’observation qui suit.
Hydrocéphalie. Présentation du siège. Tronc expulsé.
Tête retenue au-dessus du détroit supérieur. Diagnostic
fait par le palper (1).
Alphonsine Y..., 26 ans, secondipare à terme, entre à la Maternité de Lariboisière le 4 janvier 1886, à 8 heures du soir. Elle est en travail depuis deux jours ; les membranes se sont rompues spontanément aux premières douleurs, l’enfant se présentant par le siège.
Le 4 janvier, au matin, le siège du fœtus apparaissant à la vulve, la sage-femme qui assistait Y... se met en devoir de l’extraire; le tronc et les membres supérieurs sont amenés au dehors, non sans peine, mais, malgré tous ses efforts, la sage-femme ne peut extraire la tête. Après plusieurs tentatives d’extraction restées infructueuses, elle administre à la patiente deux grammes de seigle ergoté.
A 4 heures du soir, l’état de la parturiente commençant à devenir inquiétant, un médecin est appelé en consultation et essaie d’extraire la tête à l'aide du forceps. Deux applications de l’instrument sont tentées sans succès.
C’est alors que Y... 'est amenée à Lariboisière.
M. Pinard est immédiatement prévenu et voit la patiente
(1) Observation rédigée par M. Varnier, interne du service.
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à 9 heures du soir. Elle est épuisée; le pouls est rapide, la langue sèche, la température atteint 38°5. Le tronc du fœtus pend entre les cuisses et commence à se putréfier; le cou, considérablement allongé, disparaît dans le vagin; les lèvres de la vulve sont œdématiées.
Mais ce qui frappe surtout, c’est la saillie, le développement de l’hypogastre. Bien que le fœtus soit presque en entier en dehors des parties génitales, l’utérus forme encore, au-dessus de faire du détroit supérieur, une tumeur régulière, sphérique, remontant au-dessus de l’ombilic, remplissant entièrement le grand bassin et projetant en avant la paroi abdominale. Tétanisé par l’ergot, il a une consistance ligneuse, et on pense tout d’abord à une tumeur fibreuse; mais on peut aisément percevoir dans cette grosse tumeur une sensation de flot. Le cathétérisme montre que la vessie est vide.
Sans pratiquer le toucher, M. Pinard fait chercher une paire de ciseaux et une sonde métallique d’Avrard. Il sectionne en travers, à la partie supérieure de la région dorsale, la colonne vertébrale, et introduit aussi loin que possible la sonde métallique dans le canal cervical et le crâne du fœtus. Immédiatement il s’écoule par la sonde 1500 gr. de liquide citrin. Au fur et à mesure que le liquide s’écoule, la tumeur utérine diminue de volume, et bientôt on peut extraire sans difficulté la tête aplatie, affaissée, d’un fœtus hydrocéphale du sexe masculin pesant 3,800 gr.
Le moule de ce fœtus est conservé dans le musée de la Maternité.
Les applications de forceps faites en ville ayant déterminé des déchirures multiples du vagin et du col, la patiente fut mise, immédiatement après la délivrance, à l’irrigation continue qui fut maintenue pendant cinq jours. Guérison sans fièvre.